Certes la diversité est
devenue un thème très à la mode, qui s’impose désormais dans la plupart des partis politiques, du moins en apparence, comme un impératif démocratique. Ainsi
Nicolas Sarkozy lors de son élection a mis en avant des personnalités dites «de la diversité », devenues ensuite ministres telles que Rama Yade ou Rachida Dati, jusqu’alors inconnues du
grand public.
Pourtant, pourtant, on sent bien encore que quelque chose cloche, comme du
temps de la promotion d’Azouz Begag, sous Chirac, qui avait eu ce bon mot : « je ne veux pas être l’Arabe qui cache la forêt ».
C’est là qu’intervient
l'enquête réalisée par Vincent Geisser et El Yamine Soum.
Les auteurs, après avoir
enquêté auprès d’une vingtaine d’élus et de militants politiques issus de l’immigration et des DOM-TOM, dénoncent une opération de diversion, une
colorisation superficielle de la vie politique française pour mieux dissimuler les rapports de type colonial qui prévalent encore dans les formations politiques.
La diversité en politique,
parlons-en ! Elus locaux ou nationaux, cadres et responsables, au PS, à l’UMP, chez les Verts, au PCF, au Modem, ils ont accumulé parfois plus de 20 ans de militantisme. Pourtant, aujourd’hui
encore, ils sont unanimes à dénoncer les discriminations qui sévissent dans leur parti politique.
On s’aperçoit à travers ce
livre que la diversité telle que pratiquée par les partis politiques conduit davantage à une gestion exotique des minorités dites « visibles », qu’à un
véritable partage du pouvoir. Des noirs et des arabes, on en veut bien comme militants de base et colleurs d’affiches, mais quand il s’agit de devenir élu, représentant du peuple, là les partis
sont unanimes pour favoriser les « non colorés ». On entend à ce propos d’ailleurs toujours les mêmes vielles rengaines : « le peuple n’est pas prêt », « cela
choquerait notre électorat », « la prochaine fois sera la bonne », etc.
Dressant un bilan critique
des élections législatives de 2007 qui se sont traduites par une totale invisibilité des « minorités visibles », les militants décrits dans le livre, issus de l’immigration maghrébine, africaine
et des DOM-TOM, réclament un « traitement de choc républicain », pour instaurer une égalité réelle dans les partis.
Sceptiques à l’égard de la
« discrimination positive », perçue majoritairement comme un faux remède, ils proposent un certain nombre de mesures concrètes pour lutter contre ce phénomène de « plafond de verre » qui domine
encore aujourd’hui, en 2008, la vie politique française.
Le véritable
communautarisme, ne serait-ce pas plutôt celui des grandes formations politiques, qui fait que les institutions ne sont plus aujourd’hui à l’image de la France, diverse ?
La diversité à la Française ne doit pas être une voie de garage ethnique servant d’alibi aux partis politiques pour se donner bonne conscience.
Après la lecture de cet ouvrage, les nombreuses hypocrisies et impostures qui règnent sur le sujet sont démasquées et des pistes sont ouvertes.
- En ces mois d’été mornes et pluvieux, que vous soyez cancéreux au fond de votre lit, juillettistes arnaqués, de retour au bureau les yeux et les poches vides, sans images de vacances promptes à ressusciter un enthousiasme professionnel bien léger, aoutiens en camping, sous une tente humide, à regarder gambader des marmots insupportables dont les cris sont à peine couverts par les rots et pets de bière nauséabonds des voisins de caravane, dans une promiscuité balnéaire faisant presque regretter la promiscuité citadine ; chômeurs disparus des statistiques parce qu’ en « fin de droit », travailleurs précaires, jeunes et pourtant sans avenir, mais en vacances, perpétuelles et involontaires ; que vous soyez devant votre téléviseur où les « Sarkozy en vacances » prennent le pas sur « les Sarkozy au travail », dans une omniprésence médiatique digne du Turkménistan, etc. ; bref que vous soyez ici où là-bas, toujours avec vous-même au cœur d’une époque en manque de magie et de sacré, voici quelques petites lectures salvatrices pour vos neurones (et qui ne parlent pas du nain de l’Elysée ou de sa « compagne », et oui, extraordinaire, ça changera de l’Express, de Paris Match, du Nouvel Obs, du Point, du Monde, du Figaro, etc, bref de la quasi–totalité des hebdomadaires et quotidiens hexagonaux qui vendent de la paperasse grâce à la marque « Sarko » !)
-Comment les riches détruisent la planète, d’Hervé Kempf, journaliste au Monde et ardent défenseur de l’écologie. L’auteur nous y fait «comprendre que crise écologique et crise sociale sont les deux facettes d’un même désastre, et que ce désastre est mis en œuvre par un système de pouvoir qui n’a plus pour fin que le maintien des privilèges des classes dirigeantes. » Hervé Kempf nous explique comment les différentes classes sociales inférieures tentent de copier (par le choix de la voiture, du téléphone, de l’ordinateur, etc.) sur le mode de vie d’une caste de privilégiés devenus apatrides, sans aucun but si ce n’est la poursuite perpétuelle d’un bien être matériel illusoire et surtout prédateur pour notre planète et ses ressources naturelles. En tentant d’imiter le mode de vie de ces aristocrates inconséquents du 21e siècle, stars du Showbiz, chefs et cadres de multinationales, sportifs, princes anachroniques et autres jet-setters ridicules, les « classes moyennes » ou du moins ce qu’il en reste, et en dessous tous les autres, courent derrière un rêve prompt à faire oublier l’essentiel, la question sociale, au cœur d’une question plus vaste, celle de l’écologie. Toujours cette contradiction d’un système économique basé sur une croissance infinie prenant place sur une planète aux ressources finies. Quand la gauche acceptera enfin de se poser sérieusement la question de la décroissance, peut-être que l’on pourra enfin avancer. Un des grands intérêts de l’ouvrage de Kempf et de faire resurgir des vieux grimoires un économiste trop peu connu de la fin du XIXème siècle: Thorstein Veblen. Celui-ci a démontré comment le jeu économique est déterminé par l’ostentation et l’imitation. Ainsi : «puisque la classe de loisir établit le modèle de consommation de la société, si son niveau est abaissé, le niveau général de la consommation diminuera ». En gros, diminuons le train de vie des riches, et la planète pourra respirer un peu. Elémentaire mon cher Watson. A faire lire à ses copains pleins aux as. (PS:Merci Anne L. S. de m'avoir offert ce livre)
- Dans un autre registre, la saison se prête bien à la relecture d'Ebène, aventures africaines de Ryszard Kapuscinski. Né en Pologne en 1932, l'auteur est correspondant de l'Agence de presse polonaise jusqu'en 1981. A ce titre, il couvre le monde d'Asie en Amérique en passant par l'Afrique et ses grandes vagues de décolonisation des années 60. Ce sont ces dernières, vécues de l'intérieur, que Kapuscinski nous relate dans Ebènes. S'en suivront guerres et famines, dans la grande désillusion africaine des années 70 et 80, avant le terrible génocide rwandais de 94 qui traumatisera à jamais les esprits. Témoin de multiples coups d'état et guerres civiles, le grand reporter nous relate l'histoire de potentats tels qu'Amin Dada et remonte la véritable source des conflits postcoloniaux africains, à mille lieux des généralités occidentales stupides habituelles sur les "guerres tribales et ethniques" du continent noir. Armé d'une plume d'écrivain et d'un regard humaniste, Kapuscinski semble avoir su éviter tout au long de sa carrière le regard paternaliste et néocolonial du Blanc du nord pour s'attacher aux gens et à la vie tumultueuse d'un continent immense et pluriel, ne se résumant certainement pas aux guerres, aux famines ou aux problèmes économiques. Ca change du Négrologie de Stephen Smith et autre "bouquin" sur le soi-disant retard perpétuel des Africains. Du vrai travail de journaliste, ça manque de nos jours.
-Une dernière pour la route: Une petite BD, aux fabuleuses éditions poitevines imprononçables, FLBLB, Petite histoire des colonies françaises, Tome 1. Excellente réponse, sarcastique et historiquement très bien documentée, à la loi totalement incongrue sur les "aspects positifs de la colonisation française" que nous avaient sortie l'année dernière quelques députés et politiciens débiles nostalgiques de l'Algérie française sans aucun doute. L'ouvrage remet les choses à leur place en passant en revue cinq siècles de colonisation. Avec des dessins minimalistes, il explique clairement les choses et peut ainsi parfaitement convenir aux enfants, bien souvent peu renseignés sur ces questions à l'école. Vivement le tome 2! (PS 2:Merci à Yoyo pour cette petite BD de convalescence). Americans are NOT stupid - WITH SUBTITLE
Si vous cherchez à lire ou à offrir une excellente BD en ces fêtes de fin d'année, petite suggestion. Chez Fayard et Vents d'Ouest est sortie une "BD enquête" sur le nabot de la place Beauvau. Illustrée par Riss, un des dessinateurs géniaux de Charlie Hebdo, écrite par Phillipe Cohen, journaliste d'investigation et ancien du Monde, scénarisée par Richard Malka, cette BD nous retrace la véritable vie de Sarko, depuis son enfance jusqu'à la veille des élections présidentielles de 2007. Pour tous ceux qui, naïfs, imagineraient encore que l'actuel ministre de l'Intérieur a des idées et pas seulement le désir incontrôlable de "niquer tout le monde", cette oeuvre salutaire leur permettra peut-être d'éviter l'immense connerie de voter pour lui en avril prochain.
Son enfance difficile? Après le divorce des parents Nagy de Bogsa, héritiers de l'aristocratie hongroise ayant fui le communisme, Sarko et ses deux frêres sont obligés, les pauvres, d'aller habiter chez le grand-père maternel, dans un hôtel particulier de Neuilly, pendant que maman, désormais livrée à elle-même, n'a d'autre choix que d'exercer la profession d'avocate. Terrible! Piètre élève, Sarko, le cancre, redouble même sa sixième. Il obtiendra tout de même son dîplome d'avocat, minimum syndical pour quelqu'un issu de ce milieu.
En revanche, contrairement à ses études, Sarko semble très tôt doué en politique. Attention, à une certaine forme de politique, celle de Machiavel en plus cynique et moins esthétique, celle de la trahison permanente et du mensonge mégalomaniaque en guise de boussole.
Ayant fait ses classes avec Chirac, qui très jeune trahit Chaban-Delmas, le petit Sarko apprend très vite à agir comme son mentor, avec peut-être encore moins de scrupules. C'est comme ceci qu'en 1983, à 28 ans, trahissant sans aucun remord Charles Pasqua qui l'avait pourtant formé, Sarko s'empare de la mairie de Neuilly. De là, sa carrière nationale va prendre forme dans l'ombre de Chirac, avant de s'émanciper très vite.
La suite, je vous la laisse découvrir dans cette BD salutaire. A faire tourner, en particulier chez les gens de droite qui n'ont pas comme seul horizon leur nombril, mais conservent "une certaine idée de la France".
