Si l’écologie au sens large se définit comme le domaine de réflexion prenant pour étude les interactions de l’homme et de son environnement, et ses conséquences, alors l’écologie politique ne peut éviter de se préoccuper du champ religieux. Les religions sont depuis l’aube de l’Histoire les principales pourvoyeuses de mythes gérant les rapports de l’homme et de la nature, avant de voir la science devenir prééminente à partir du XXe siècle. En France, où les religions sont perçues avec méfiance par une bonne part de la population depuis les grands combats pour la laïcité de la Troisième République, l’écologie politique est encore parfois frileuse à aborder de façon pragmatique le champ religieux et spirituel. Pourtant, ailleurs sur la planète, des mouvements religieux ou spirituels sont les alliés objectifs de mouvements écologistes pour la défense de l’environnement face à certains prédateurs capitalistes, en premier lieu les multinationales. Alors la religion, et plus largement la spiritualité, amie ou ennemie de l’écologie ? A l’heure de la stigmatisation permanente de certaines personnes dans notre pays, en particulier celles de confession musulmane, à droite mais également à gauche, la question mérite débat.
Etats-Unis, 1966 : Lynn Townsend White Jr., professeur d’histoire médiévale à l’université de Los Angeles, jette un sacré pavé dans la mare, lors d’une conférence intitulée « les racines historiques de notre crise écologique » : d’après lui, le christianisme, et particulièrement sous sa forme occidentale, est responsable de l’exploitation à outrance par l’homme de la nature. L’anthropocentrisme exacerbé de la religion chrétienne aurait rendu les êtres humains totalement indifférents aux autres êtres vivants et à leur environnement si ce n’est à des fins d’exploitation pour leurs intérêts personnels. La religion chrétienne responsable de la crise écologique ? Sa réflexion fait l’effet d’une bombe dans l’Amérique bigote des années 60.
On pense alors à la thèse de Descartes sur l’ « animal-machine », défendue dans son illustre Discours de la méthode au XVIIe siècle, on pense également à Max Weber et à son ouvrage L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, sorti au tout début du XXe siècle. Le capitalisme occidental, dont les caractéristiques ont fini par s’imposer à l’ensemble du globe (même si en 2011 c’est la Chine encore officiellement « communiste » et de religion taoïste qui semble le mieux tirer son épingle du jeu) nous a amené à la crise écologique actuelle. Et ce capitalisme ne tombe pas du ciel… enfin si peut-être. Il s’inscrit sur un substrat philosophique et spirituel essentiellement chrétien (aujourd’hui, avec 2,3 milliards de croyants, le Christianisme, bien que divisé en 33 000 confessions différentes, est encore la religion la plus importante du globe).
Dieu (enfin l’interprétation qu’en font les hommes qui y croient) responsable du réchauffement climatique et de la crise de la biodiversité ? Alors à quel saint se vouer ? La thèse de Lynn Townsend White Jr. fit en tous cas son petit bonhomme de chemin puisque des mouvements écologistes occidentaux comprirent très vite l’influence de la spiritualité et de la religion sur le comportement des hommes et donc la nécessité de la prendre en compte. Ainsi par exemple le WWF célébra ses 25 ans d’existence en 1986 à Assise, en Italie, en présence des représentants des cinq plus grandes religions de la planète, et cela débouche en 1995 sur la création de l’ARC, Alliance of Religions and Conservation. Aujourd’hui l’ARC regroupe pas moins de onze religions et agit sur tous les continents en faveur de l’environnement, de la Chine au Etats-Unis en passant par le Cambodge, l’Inde ou encore le Royaume-Uni (voir http://www.arcworld.org/). L’ARC est essentiellement portée par le Prince Philipp, duc d’Edimbourg.
Des mouvements plus anciens et plus populaires prirent également appui sur la religion et la spiritualité à des fins de défense de la nature et de l’homme contre l’exploitation capitaliste. Ainsi de la Théologie de la Libération, qui prônait l’émancipation des pauvres par eux-mêmes pour sortir de leurs conditions de vie misérable en Amérique Latine. Les restes des prêches des premiers missionnaires chrétiens en Amérique du Sud, qui s’inquiétèrent très tôt de la façon dont les « indigènes » étaient traités par les colons, débouchèrent sur cette doctrine d’émancipation des plus vulnérables et de défense notamment des modes de vie des Indiens d’Amazonie contre la destruction du poumon vert de la planète à des fins mercantiles.
En Inde, le Mahatma Gandhi, hindouiste critique mais convaincu, réussit l’exploit d’opérer un syncrétisme entre hindouisme, christianisme et désobéissance civile qui amena à une doctrine politique ayant permis non seulement d’amener l’Inde à l’indépendance, mais également porteuse de sens pour réconcilier l’homme avec lui-même et avec la nature. La vision de la société non violente chère à Gandhi constitue aujourd’hui encore une critique radicale et pertinente du mythe occidental du développement et du progrès, fait au détriment de la majorité des hommes et de la nature. Aujourd’hui encore, en Inde et ailleurs, la « spiritualité » gandhienne inspire nombre d’écologistes de tout crin.
Ainsi les religions et leur interprétation, prises sous un certain angle, semblent capables parfois d’offrir à l’homme une vision du monde susceptible de le réconcilier avec ses semblables et avec son environnement. Si Dieu est parfois l’ennemi de l’environnement, comme dans la thèse de Lynn Townsend White Jr., la sacralisation de la nature portée par différentes religions peut au contraire aider à la défense de l’environnement.
Qu’en est-il donc en France, « patrie de la laïcité » ? Le combat pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat, qui amena à la loi de 1905 et à la conception française de la laïcité, a laissé des traces jusqu’à nos jours. Si les grands penseurs et politiciens de la Troisième République réussirent heureusement à débarrasser la sphère publique et politique de l’influence directe d’une Eglise envahissante et particulièrement conservatrice, on observe aujourd’hui certaines dérives racistes faites au nom de la laïcité, comme lorsque le mouvement Riposte Laïque organise des Assises contre « l’islamisation de l’Europe » ou des apéros « saucisson-pinard » clairement xénophobes vis-à-vis des personnes de confession musulmane. La conception française de la laïcité semble parfois ouverte à des interprétations quelques peu fumeuses. Des précisions s’imposent :
Plus largement, depuis maintenant une vingtaine d’années, nous assistons à un retour en France du vocable « république », invoqué à toutes les sauces dans le champ politique, à droite comme à gauche, comme si celle-ci était en grave danger face aux méandres de la mondialisation, des phénomènes migratoires, et plus particulièrement de la « montée » de l’Islam politique. A gauche comme à droite, on invoque la « République et ses valeurs », le « modèle républicain » contre toute une partie de la population soupçonnée de ne pas vouloir s‘intégrer : immigrés récents ou plus anciens, principalement de nos anciennes colonies africaines, personnes de confession musulmane, jeunes des quartiers, pourtant nés la plupart du temps sur le territoire national, etc. Sous ses dehors généreux, cette vision néorépublicaine fournit pourtant bien souvent à la société française une excuse pour se replier sur elle-même et l’illusion de sa supériorité, phénomène classique en période de crise. Le meilleur exemple de cette réalité fut sans doute le vote en 2005 de la fameuse loi « sur les bienfaits de la colonisation », dont l’alinéa 2 de l’article 4 stipulait :
« Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit ».
Ou comment falsifier l’Histoire et transformer une entreprise criminelle à grande échelle par le bais de la loi en une période de grandeur d’une France généreuse distribuant ses « valeurs républicaines universelles » aux quatre coins du globe. Or pour les colonisés et leurs descendants d’aujourd’hui, entre ce discours et la réalité des expériences vécues ou entendues, il y a comme qui dirait une sacrée « dissonance cognitive ». Mais attention, on ne touche pas au passé de notre précieuse République.
Un exemple récent encore de cette République intouchable fut les réflexions faites à notre candidate d’Europe Ecologie Les Verts aux élections présidentielles de 2012 Eva Joly, qui lors des dernières cérémonies du 14 juillet, avait juste signifié qu’elle rêvait d’un défilé citoyen pour remplacer le traditionnel défilé militaire d’une France par trop « guerrière » à ses yeux. Que n’avait-elle pas dit ? Crime de lèse république qui du parti socialiste au Front National entraina un concert de critiques, puis des remarques clairement racistes, plus particulièrement des membres de l’UMP et du Premier Ministre. La quasi unanimité de nos politiques, dans un réflexe « franchouillard » somme toute minable, n’a même pas relevé que la France était la dernière démocratie européenne à se livrer encore en 2011 à un défilé militaire de cette ampleur.
Et une des principales valeurs de la République, en dehors de son triptyque « liberté, égalité, fraternité », est notre laïcité, celle que le monde entier nous envierait, du moins d’après les Français. La laïcité, c’est la séparation du civil et du religieux dans l’Etat, le principe d'unité qui rassemble les hommes d'opinions, religions ou de convictions diverses en une même société politique, distincte par conséquent d'une communauté. Dans une perspective laïque, les croyances et convictions qui ont rapport à la religion ne sont que des opinions privées, sans aucun rapport avec la marche de l'État. La laïcité, c’est donc le droit de croire comme celui de ne pas croire, ce n’est pas un rejet des croyances et de la religion. C’est tout simplement un outil de démocratie.
Or la laïcité n’est pas une invention française. Il y a une conception américaine de la laïcité (Thomas Jefferson, Thomas Paine, James Madison), une conception turque de la laïcité (voir les Six principes d’Atatürk), une conception indienne de la laïcité (articles 15, 25 et 26 de la Constitution indienne), etc. Mais nous avons souvent tendance à croire dans notre pays que nous seuls avons compris la laïcité et quelle place devait avoir la religion dans le champ politique, c’est à dire officiellement aucune et officieusement juste pour la religion catholique considérée comme « identité majoritaire » (ou « identité nationale » pour la droite). A cet égard, on peut se rappeler le discours de Sarkozy en décembre 2007 sur les racines de la France « essentiellement chrétiennes ». Merci pour toutes les Françaises et les Français juifs, musulmans, agnostiques, hindous, sikhs, animistes, athées, etc. qui ne seraient donc pas des Français à part entière.
Cette version déviée de la laïcité vient alors enrichir une vision culturaliste dans laquelle les « minoritaires » sont sommés en permanence de « s’intégrer », voire de « s’assimiler ». Or la France est plurielle et diverse aujourd’hui, quoi que puisse penser le mâle blanc de plus de cinquante aux racines chrétiennes, ultra majoritaire au Parlement et dans tous les grands corps de l’Etat ; et nier ce fait, en instrumentalisant notamment la laïcité, ne sert qu’à élargir le fossé d’incompréhension entre « Français dit de souche » (ou « Français issus de Français », exprimant mieux le ridicule de cette perception) et immigrés récents voire plus anciens.
Au sein même des écologistes français, le débat sur la laïcité a provoqué des remous et des incompréhensions, en particulier au moment du vote de la loi sur les signes religieux dans les écoles publiques en 2004, puis lors de celle sur l’interdiction du port du voile intégral en 2011. Beaucoup, notamment au nom du féminisme, se retrouvaient en porte à faux entre le refus assez compréhensible de voir dans nos rues des femmes « fantômes » voilées de la tête aux pieds, et le soutien à une loi clairement outil de propagande électorale de la droite sarkozienne pour récupérer les électeurs tentés par le Front national. Le dernier malaise en date est l’affaire du mariage de Lyon, dans laquelle une élue municipale EELV, Fatiha Ben Ahmed, a demandé à la jeune mariée de retirer son voile avant de célébrer la cérémonie. Cette adjointe à la mairie du 9e arrondissement de Lyon s’est alors retrouvée vouée aux gémonies par la communauté musulmane alentours, avant que l’affaire ne devienne nationale. Accusations d’islamophobie d’un côté contre procès en intégrisme de l’autre, des milliers de mails aux tons parfois dignes de l’Inquisition ont été échangés entre militants et élus Europe Ecologie Les Verts dans un climat d’invectives peu prompt au débat serein.
Or il est plus que nécessaire, à l’heure de la mondialisation et alors que l’on observe un retour en force du fait religieux, bien souvent plus en tant qu’instrument d’affiliation et d’affirmation de son identité culturelle qu’en tant que dogme « dur » susceptible de s’imposer aux autres, d’analyser tous ces faits à tête reposée. L’Islam, depuis sans doute l’arrivée au pouvoir de l’imam Khomeini en Iran en 1979, et plus surement depuis les attentats du 11 septembre 2001, est l’objet de tous les fantasmes. Thomas Deltombe, dans son ouvrage « L’Islam imaginaire », a parfaitement montré comment les médias, en mélangeant un peu tout, « islam », « intégrisme », « islamisme », « laïcité », « intégration », ont fabriqué un ennemi de l’extérieur puis de l’intérieur en dehors de la réalité. Tous ces discours ont rendu en France le « jeune de banlieue » de culture musulmane soupçonnable de pouvoir sombrer à chaque instant dans le terrorisme islamiste. Alors que loin des télévisions, la tendance lourde pour l’Islam de France est une sécularisation de plus en plus affirmée, en témoigne l’augmentation constante des mariages mixtes.
Ce climat idéologique assez malsain empêche donc de raisonner sereinement en France sur l’apport potentiel des religions, de l’Islam et des autres, dans le champ de l’écologie politique. Pourtant, on le voit bien, la science seule n’est pas suffisante à répondre à la gravité de la crise environnementale que nous devons affronter à l’échelle du Globe. François Rabelais disait déjà au XVIe siècle « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». A l’heure de Fukushima et du débat sur la sortie du nucléaire, ses paroles résonnent encore particulièrement. Le scientisme exacerbé à la sauce Claude Allègre n’est pas apte à nous apporter la solution pour nous guérir de la croissance, de l’hyperconsommation et de la dégradation généralisée de la biosphère qu’elles entrainent. Et les fameuses « valeurs républicaines », si on n’imagine pas un nouveau pacte républicain dans lequel une place plus grande serait faite à la diversité culturelle, ne serviront qu’à stigmatiser les « minorités » selon une vision largement fantasmée d’une France éternelle face au reste du monde.
Certains mouvements ont parfaitement synthétisé toute cette réflexion en inversant avec humour la perception afin de montrer que les religions établies ne sont pas toujours celles auxquelles on pense à priori. C’est le cas par exemple de l’Eglise de la Très Sainte Consommation, mouvement potache où un prêtre et ses faux dévots se rendent dans les supermarchés pour y réaliser de grandes messes dédiées à la sacro-sainte croissance.
(voir http://www.consomme.org/).
Les religions, prises en temps que philosophie de vie et grille de lecture de notre rapport au monde, peuvent nous apporter des réponses adéquates à la crise environnementale et à notre crise de sens. On pense d’emblée au Bouddhisme, mais pas seulement. Encore faut-il se livrer au préalable à une déconstruction de tous les fantasmes et de tous les intégrismes. Ne jamais perdre de vue que les intégristes du libéralisme et des marchés, de même que les intégristes républicains (Riposte Laïque et consort) sont tout aussi dangereux que les intégristes de l’Islam pour l’homme et pour la nature en général, les premiers étant même plus dangereux car numériquement bien plus nombreux. Le Mahatma Gandhi, assassiné par un fanatique hindou, avait su prendre le meilleur de deux grandes religions pour réinterroger notre rapport à l’autre et au monde. Le pasteur Martin Luther King avait su en faire de même avec le protestantisme comme instrument d’émancipation des noirs américains. Alors ne soyons pas obtus, et en tant qu’écologistes sachons ouvrir les yeux et tendre les oreilles aux grands mouvements du monde, pour que la spiritualité puisse se mettre au service de l’homme et de la nature.
Viva la Pachamama !
Certes la diversité est
devenue un thème très à la mode, qui s’impose désormais dans la plupart des partis politiques, du moins en apparence, comme un impératif démocratique. Ainsi
Nicolas Sarkozy lors de son élection a mis en avant des personnalités dites «de la diversité », devenues ensuite ministres telles que Rama Yade ou Rachida Dati, jusqu’alors inconnues du
grand public.
Pourtant, pourtant, on sent bien encore que quelque chose cloche, comme du
temps de la promotion d’Azouz Begag, sous Chirac, qui avait eu ce bon mot : « je ne veux pas être l’Arabe qui cache la forêt ».
C’est là qu’intervient
l'enquête réalisée par Vincent Geisser et El Yamine Soum.
Les auteurs, après avoir
enquêté auprès d’une vingtaine d’élus et de militants politiques issus de l’immigration et des DOM-TOM, dénoncent une opération de diversion, une
colorisation superficielle de la vie politique française pour mieux dissimuler les rapports de type colonial qui prévalent encore dans les formations politiques.
La diversité en politique,
parlons-en ! Elus locaux ou nationaux, cadres et responsables, au PS, à l’UMP, chez les Verts, au PCF, au Modem, ils ont accumulé parfois plus de 20 ans de militantisme. Pourtant, aujourd’hui
encore, ils sont unanimes à dénoncer les discriminations qui sévissent dans leur parti politique.
On s’aperçoit à travers ce
livre que la diversité telle que pratiquée par les partis politiques conduit davantage à une gestion exotique des minorités dites « visibles », qu’à un
véritable partage du pouvoir. Des noirs et des arabes, on en veut bien comme militants de base et colleurs d’affiches, mais quand il s’agit de devenir élu, représentant du peuple, là les partis
sont unanimes pour favoriser les « non colorés ». On entend à ce propos d’ailleurs toujours les mêmes vielles rengaines : « le peuple n’est pas prêt », « cela
choquerait notre électorat », « la prochaine fois sera la bonne », etc.
Dressant un bilan critique
des élections législatives de 2007 qui se sont traduites par une totale invisibilité des « minorités visibles », les militants décrits dans le livre, issus de l’immigration maghrébine, africaine
et des DOM-TOM, réclament un « traitement de choc républicain », pour instaurer une égalité réelle dans les partis.
Sceptiques à l’égard de la
« discrimination positive », perçue majoritairement comme un faux remède, ils proposent un certain nombre de mesures concrètes pour lutter contre ce phénomène de « plafond de verre » qui domine
encore aujourd’hui, en 2008, la vie politique française.
Le véritable
communautarisme, ne serait-ce pas plutôt celui des grandes formations politiques, qui fait que les institutions ne sont plus aujourd’hui à l’image de la France, diverse ?
La diversité à la Française ne doit pas être une voie de garage ethnique servant d’alibi aux partis politiques pour se donner bonne conscience.
Après la lecture de cet ouvrage, les nombreuses hypocrisies et impostures qui règnent sur le sujet sont démasquées et des pistes sont ouvertes.
-Comment les riches détruisent la planète, d’Hervé Kempf, journaliste au Monde et ardent défenseur de l’écologie. L’auteur nous y fait «comprendre que crise écologique et crise sociale sont les deux facettes d’un même désastre, et que ce désastre est mis en œuvre par un système de pouvoir qui n’a plus pour fin que le maintien des privilèges des classes dirigeantes. » Hervé Kempf nous explique comment les différentes classes sociales inférieures tentent de copier (par le choix de la voiture, du téléphone, de l’ordinateur, etc.) sur le mode de vie d’une caste de privilégiés devenus apatrides, sans aucun but si ce n’est la poursuite perpétuelle d’un bien être matériel illusoire et surtout prédateur pour notre planète et ses ressources naturelles. En tentant d’imiter le mode de vie de ces aristocrates inconséquents du 21e siècle, stars du Showbiz, chefs et cadres de multinationales, sportifs, princes anachroniques et autres jet-setters ridicules, les « classes moyennes » ou du moins ce qu’il en reste, et en dessous tous les autres, courent derrière un rêve prompt à faire oublier l’essentiel, la question sociale, au cœur d’une question plus vaste, celle de l’écologie. Toujours cette contradiction d’un système économique basé sur une croissance infinie prenant place sur une planète aux ressources finies. Quand la gauche acceptera enfin de se poser sérieusement la question de la décroissance, peut-être que l’on pourra enfin avancer. Un des grands intérêts de l’ouvrage de Kempf et de faire resurgir des vieux grimoires un économiste trop peu connu de la fin du XIXème siècle: Thorstein Veblen. Celui-ci a démontré comment le jeu économique est déterminé par l’ostentation et l’imitation. Ainsi : «puisque la classe de loisir établit le modèle de consommation de la société, si son niveau est abaissé, le niveau général de la consommation diminuera ». En gros, diminuons le train de vie des riches, et la planète pourra respirer un peu. Elémentaire mon cher Watson. A faire lire à ses copains pleins aux as. (PS:Merci Anne L. S. de m'avoir offert ce livre)
- Dans un autre registre, la saison se prête bien à la relecture d'Ebène, aventures africaines de Ryszard Kapuscinski. Né en Pologne en 1932, l'auteur est correspondant de l'Agence de presse polonaise jusqu'en 1981. A ce titre, il couvre le monde d'Asie en Amérique en passant par l'Afrique et ses grandes vagues de décolonisation des années 60. Ce sont ces dernières, vécues de l'intérieur, que Kapuscinski nous relate dans Ebènes. S'en suivront guerres et famines, dans la grande désillusion africaine des années 70 et 80, avant le terrible génocide rwandais de 94 qui traumatisera à jamais les esprits. Témoin de multiples coups d'état et guerres civiles, le grand reporter nous relate l'histoire de potentats tels qu'Amin Dada et remonte la véritable source des conflits postcoloniaux africains, à mille lieux des généralités occidentales stupides habituelles sur les "guerres tribales et ethniques" du continent noir. Armé d'une plume d'écrivain et d'un regard humaniste, Kapuscinski semble avoir su éviter tout au long de sa carrière le regard paternaliste et néocolonial du Blanc du nord pour s'attacher aux gens et à la vie tumultueuse d'un continent immense et pluriel, ne se résumant certainement pas aux guerres, aux famines ou aux problèmes économiques. Ca change du Négrologie de Stephen Smith et autre "bouquin" sur le soi-disant retard perpétuel des Africains. Du vrai travail de journaliste, ça manque de nos jours.
-Une dernière pour la route: Une petite BD, aux fabuleuses éditions poitevines imprononçables, FLBLB, Petite histoire des colonies françaises, Tome 1. Excellente réponse, sarcastique et historiquement très bien documentée, à la loi totalement incongrue sur les "aspects positifs de la colonisation française" que nous avaient sortie l'année dernière quelques députés et politiciens débiles nostalgiques de l'Algérie française sans aucun doute. L'ouvrage remet les choses à leur place en passant en revue cinq siècles de colonisation. Avec des dessins minimalistes, il explique clairement les choses et peut ainsi parfaitement convenir aux enfants, bien souvent peu renseignés sur ces questions à l'école. Vivement le tome 2! (PS 2:Merci à Yoyo pour cette petite BD de convalescence).
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