Mercredi 5 novembre 2008

Certes, Cynthia McKinney, candidate des Verts (ou plutôt « Greens ») n’a pas gagné l’élection présidentielle américaine du 4 novembre 2008. On pouvait en douter, non ? Doit-on pour autant faire les éternels écolos aigris et bouder notre plaisir ?

Mais d’abord avant de passer au cas de Barack qui intéresse tout le monde, un petit retour sur Cynthia :

Cynthia Ann McKinney (photo) est née le
17 mars 1955. Elue à la chambre des représentants des États-Unis avec l'étiquette du Parti démocrate à partir de 1993 et durant 12 ans, elle y représentait le 4e district de Géorgie. Après sa défaite en 2006 face à un policier au Capitole, elle a viré de bord pour se rapprocher des Verts américains, à tel point qu’elle est devenue leur candidate officielle pour l’élection présidentielle qui vient de se dérouler.

Cynthia McKinney est la première élue noire américaine du Congrès à avoir demandé une commission d'enquête sur les événements du 11 septembre 2001. Elle a également longuement enquêté sur la tragédie des Grands Lacs, dénonçant une politique étrangère américaine brutale et irresponsable en Afrique noire. Elle fut envoyée spéciale en Afrique du Président Clinton dans les années 90, l’ayant conduit en 2001 à l’organisation d’une table ronde sur l'attentat du 6 avril 1994 (avec des agents du FBI, des éléments de la CIA, des enquêteurs du Tribunal Pénal International et des témoins de l'attentat) qui avait provoqué la mort du président Juvénal Habyarimana et marqué le début du génocide rwandais.

Ces nombreuses prises de position courageuses lui ont surtout valu le fait d’être cataloguée par les observateurs de la vie politique américaine comme une « théoricienne du complot ». Il faut dire que d’après elle, 5 000 prisonniers avaient été abattus par le pouvoir après l'ouragan Katrina. Elle accusait également Jeb Bush, le frère du président, ancien gouverneur de Floride, de trafic de drogue avec la Colombie. En dehors de ces propos, qui peuvent d’ailleurs très bien relever de la manipulation, Cynthia avait comme piliers de son programme la justice sociale, la démocratie participative et la non-violence. Excellent programme ! Mais bon, l’en dehors du « politically correct » à l’Américaine garantit à coût sur le boycott médiatique.

Cynthia McKinney faisait partie des trois outsiders (avec Ralph Nader, l’éternel indépendant, et Bob Barr, le « libertarien ») capables de faire de la figuration à l'échelle nationale. A l’heure où ces lignes sont écrites, nous ne connaissons pas son score, mais ce qui est sûr, c’est que tout le monde s’en fout. En 2004, son prédécesseur, David Cobb, avait obtenu 120 000 voix (moins de 0,1 %).

Mais là, là, tous les espoirs de changement et les attentes d’une grande partie du peuple américain s’étaient focalisées sur la personne de Barack Obama. Et il a gagné ! De façon incontestable ! Autant en 2000, l’élection de Bush était sujette à controverse, autant là, rien à dire : Barack a obtenu 349 mandats de grands électeurs sur 538, contre 163 à son rival, selon des résultats non encore définitifs. Pour être élu, il devait en obtenir 270.

Dès cette nuit, des scènes de liesse ont éclaté dans tous les Etats-Unis, puis dans d’autres pays à travers le monde, notamment au Kenya, pays de la famille paternelle du nouveau président américain, où le président Mwai Kibaki a même décrété jeudi jour férié afin de célébrer « l'exploit historique » de Barack Obama.

A travers la planète, les alliés traditionnels de Washington, mais également certains pays hostile à l'hégémonie américaine, ont vu dans cette élection un signe de « changement et d'espérance ». La Chine et l'Inde, les deux grandes puissances émergentes, ont exprimé l'espoir que leurs relations avec la première puissance mondiale s'élèvent à « un nouveau niveau ». Le continent européen s’est réjouie à l’unanimité, Russie exceptée, celle-ci étant rarement enthousiaste sur les signes de manifestation démocratique qui semble fonctionner.

Le taux de participation quant à lui a atteint le chiffre record de 66%, ce qui peut paraître faible chez nous, mais qui est pourtant du jamais vu depuis 1908 aux Etats-Unis.

Barack dans le texte, lors de son 1er discours de Président des Etats-Unis devant ses partisans dans le Grant Park, au bord du lac Michigan, dans son fief de Chicago :

 

« Il a fallu longtemps. Mais ce soir, grâce à ce que nous avons fait aujourd'hui et pendant cette élection, en ce moment historique, le changement est arrivé en Amérique » […] « Si jamais quelqu'un doute encore que l'Amérique est un endroit où tout est possible, qui se demande si le rêve de nos pères fondateurs est toujours vivant, qui doute encore du pouvoir de notre démocratie, ce soir est la réponse ».

Tout est dit : ils sont forts ces Américains ! Un pays hier encore honni de la planète, détesté du Nord au Sud de l’Equateur, pour son impérialisme et ses guerres iniques en Irak et en Afghanistan, pour son hégémonisme et son orgueil vis-à-vis des autres pays, pour son système économique libérale appliqué par tout le monde et ayant amené à la crise actuelle, la plus grave depuis 1929, redevient le temps d’une élection le « phare devant guider le monde ». Attention tout de même à ce que sa lumière n’aveugle pas une nouvelle fois la plupart des gens. N’oublions pas que la doctrine de « la destinée manifeste » des Etats-Unis, idéologie quasi religieuse de la Nation américaine développée dès 1840 pour justifier le génocide des Indiens ou encore l’invasion du Mexique, guide encore la politique étrangère de ce pays, qui a toujours du mal à envisager les points de vue différents des siens.  

Sous Bill Clinton (1992-2000), qui était pourtant nettement plus apprécié que Georges W. Bush, n’oublions pas les guerres, n’oublions pas les plans d’ajustement structurels, n’oublions pas l’embargo irakien responsable de la mort de milliers de femmes et d’enfants innocents, n’oublions pas l’accélération du réchauffement climatique et de la diminution de la biodiversité, etc.

Alors certes, un garçon qui s’appelle Barack Hussein Obama, qui a 47 ans, qui est issu d’une famille somme toute modeste, avec un père kényan et musulman, qui est métis, allez, disons même noir, à la tête de la première puissance mondiale dès janvier prochain, c’est une sacrée revanche de l’Histoire, c’est un sacré symbole et c’est un sacré espoir pour des millions de gens à travers la planète.

Et c’est là le problème. Barack a été élu sur sa personne, et non sur son programme, démocrate et loin d’être révolutionnaire. Peut-être un peu trop d’attentes pèsent sur les épaules de ce garçon. Si la déception s’élève dans les mois qui viennent à la hauteur de l’espérance suscitée par Obama, attention à la « gueule de bois » et au retour de bâton.

Mais bon, pour le moment ne soyons pas bégueules et ne boudons pas notre plaisir. L’élection de Barack Obama est une sacrée bonne nouvelle en ces temps où les occasions de se réjouir politiquement se font rares. Déjà, il va enfin piquer la vedette à l’excité de l’Elysée et ça, ça va nous faire du bien pendant quelques semaines. Ensuite, avec ses talonnettes, notre « omniprésident » va faire bien pâlichon à côté du nouveau super héros américain.

So, now, in USA we will try to trust!

Et sinon une petite pensée pour Cynthia McKinney, que tous ceux qui ne connaissaient pas ont déjà oublié.  

Vendredi 26 septembre 2008

« Le discours politique est destiné à donner aux mensonges l'accent de la vérité, à rendre le meurtre respectable et à donner l'apparence de la solidarité à un simple courant d'air ». Georges Orwell

A Droite, il fait avaler de travers, à gauche également, bien entendu pas pour les mêmes raisons. Cette dernière se veut de ne pas l’avoir inventé plus tôt, la première s’indigne que son chef à talonnettes, élu sur les promesses des baisses d’impôt, en sorte actuellement un nouveau par semaine.

Mais l’ensemble de l’échiquier politique (exceptée la « gauche juste avant les bombes » comme dirait Denis Robert, ou l’extrême droite dont on se fout de l’avis) semble d’accord sur une chose, « le RSA est une bonne idée.» Est-ce donc si vrai ?

Premier argument pour commencer, certes un peu démago mais ça fait du bien : toutes celles et ceux que l’on entend sur les ondes dire du bien du Revenu de Solidarité Active n’auront jamais à le toucher à la fin du mois. 
 

Exemple : Martin Hirsch, grand gourou promoteur du RSA. Avec une allocation mensuelle de 12 795 euros, à laquelle il faut ajouter un accès gratuit au réseau SNCF (1ère classe), des quotas de déplacements aériens, une mise à disposition d'un parc automobile, des dépenses téléphoniques et de courrier, une voiture de fonction avec chauffeur et enfin un logement de fonction pris en charge par l'Etat d'une superficie maximale de 80 m² plus 20 m² par enfant à charge (autant dire un logement social), le Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté n’aura sans doute jamais besoin du RSA en complément de revenu. Lui et ses collègues ministres, de même que les parlementaires, de droite comme de gauche, dithyrambiques sur le RSA, n’auront jamais à se soucier de fins de mois difficiles (à moins qu’ils aient été assez cons pour souscrire à un PEA, plan d’épargne en actions, « dynamique », comme disent ces escrocs de conseillers financiers, bientôt tous « subprimés »).

Une fois cela dit, arrêtons-nous donc tout d’abord sur les termes, « solidarité active ». C’est quoi le contraire, une solidarité passive ? On regarde les pauvres à la télé d’un air attendri ? Et que la collectivité verse un complément de revenus aux travailleurs précaires parce que le système économique est devenu tellement inique que travailler ne suffit plus à subvenir à leurs besoins élémentaires, ça c’est « actif » ?

« Solidarité active », ça ne veut rien dire ! La solidarité est une et indivisible, comme la laïcité. La solidarité est une démarche
humaniste de personnes qui choisissent ou ressentent une obligation morale d'assister d’autres personnes. Elle existe en elle-même et n’a que faire d’adjectif lui collant au derrière. Elle est holistique, comme dirait les sociologues. De même que la laïcité, qui n’est pas « positive » (que signifie « laïcité positive » ? Comme dirait Christophe Alévêque « se faire mettre un doigt dans le cul par un curé en chantant la Marseillaise ? »).

C’est toujours la même méthode en Sarkozye : on prend un concept de gauche, la solidarité, ou la laïcité, on le saucissonne et on l’instrumentalise ensuite (la « bonne laïcité », la « bonne solidarité », comme s’il pouvait y en avoir des mauvaises). Et ces benêts du PS, au lieu de crier à l’imposture, courent derrière en se désolant de ne pas y avoir pensé plus tôt. Il ne faudra pas s’étonner après si François Bayrou devient Président en 2012 sur les cendres encore chaudes de la Rose, qui aura perdu définitivement ses épines.

Les termes mis à part, le Revenu de Solidarité active, c’est quoi donc ? Il s’agit d’une allocation qui vise à la fois à remplacer les minima sociaux existants comme le RMI ou l’API, allocation de parent isolé, et à se substituer à des dispositifs comme la prime pour l’emploi.

Le RSA, c’est censé être pour ceux qui ne travaillent pas un revenu minimum et pour ceux qui travaillent un complément de revenu. C’est du moins comme cela qu’on le présente au Gouvernement. La mise en place du RSA repose sur l'idée qu'une partie des chômeurs ne travaille pas car, bénéficiant de minimas sociaux assortis de droits connexes, ceux-ci n'ont pas intérêt financièrement à reprendre un emploi. C’est vrai qu’au chômage après un emploi au SMIC, situation déjà vécue par des millions de Français, on s’éclate par les temps qui courent. 

On voit bien que les crânes d’œuf qui ont pondu ce type d’analyse partent déjà d’un à priori quant à une situation, la pauvreté, qu’ils ne connaissent qu’à travers les statistiques, mais certainement pas à travers des expériences personnelles (prouvez-moi le contraire ! Je ne demande que ça !

De plus, les RSAistes, comme les chômeurs indemnisés par l'Assedic, devront respecter les obligations définies dans leur projet personnalisé d’accès à l’emploi et ne pourront refuser deux offres «raisonnables» sous peine de sanction/suspension de la prestation. Le RSA, un bel outil pour surveiller et punir les pauvres.

Le RSA garantira pour l’instant un revenu salarial plafonné à 1.040 € par mois. Ouaouh !  Les pauvres travailleront donc plus, seront surveillés, mais resteront pauvres. Certes on fera baisser les chiffres de la « très grande pauvreté », en faisant gagner une centaine d’euros supplémentaires à des précaires pour les faire sortir des barèmes statistiques désobligeants pour le Gouvernement, mais ces personnes resteront soumises à un salaire de misère, à un temps de travail rallongé, et la collectivité paiera de plus le complément qui devrait être réglé par les entreprises. Plutôt que l’assistance généralisée, des salaires décents pour tous me parait être une revendication plus classique mais beaucoup plus logique.   

Petite information, les entreprises ont reçu, en 2008, 65 milliards d'€ d'aides publiques, dont 32 milliards d’€ rien qu'en allègements de «charges» ou exonérations de cotisations. Ce chiffre est à comparer déjà avec le coût, 1,5 milliards d’€, du RSA. Qui sont réellement les plus assistés dans notre pays ? 

Martin Hirsch semble oublier qu'aujourd'hui les salaires pratiqués sont de plus en plus bas et l'emploi de plus en plus précarisé. Comme dirait Gérard Filoche, «Un salaire, c’est un salaire, pas un soin palliatif». C’est là la question centrale. Mais tandis que les entreprises et leurs actionnaires, après s’être gavées de façon ignominieuse sur le dos des salariés, font aujourd’hui payer la note de leur impéritie aux contribuables (voir crise des subprimes et autre couillonnade libérale), le gouvernement fait culpabiliser les premières victimes de ce système suicidaire et leur balance des cacahuètes. Surtout que cette grosse cacahuète de RSA risque d’inciter les entreprises, voyant que la collectivité paye la note, à verser des salaires de plus en plus minables. La suppression du Smic est en marche et la droite en a parfaitement conscience. La gauche elle dit que « l’idée est bonne mais qu’il ne faut pas la faire payer par les classes moyennes », avec le prélèvement prévu de 1 et quelques % du Capital. Ignares ! L’idée est mauvaise !

Comme d’habitude, les bénéfices, c’est pour le privé (le blocage de l’augmentation des salaires avec le chantage au chômage), et les pertes (le RSA), c’est pour la collectivité.

Tout ceci pour le plus grand bénéfice des patrons. La preuve : en mars 1998, le président du CNPF (ancêtre du Medef), un certain Ernest Antoine Seillière, avait suggéré dans un entretien à la Tribune que l’Etat pourrait compléter le salaire que les entreprises régleraient « à hauteur de ce que peuvent payer les clients » par un, et les mots sont de lui, « revenu de solidarité ». Il manquait le mot « active ». Merci Martin Hirsch. Avec lui, finie la pauvreté. Vive la précarité pour tous !       

Vendredi 12 septembre 2008
Une polémique stérile frappe actuellement le landernau politique français, montrant une nouvelle fois l’impéritie lamentable de nos hommes politiques actuels concernant leur vision et de la guerre, et du rôle du journaliste, et plus largement de la liberté de la presse :je veux parler des débats autour des photos publiées dans Paris Match (ci-dessous, dans le numéro du 4 au 10 septembre 2008) montrant les Talibans qui, le 18 août 2008, ont tué 10 soldats français lors d’une embuscade en Afghanistan.

Comme le rappelle Michel Guerrin, chef du service culture du Monde, dans son édito du vendredi 12 septembre 2008, les  critiques autour de ce photoreportage de Paris Match, réalisé par la journaliste Véronique de Viguerie, ont trois angles :

D’abord il constituerait « une insulte » vis-à-vis de nos soldats tués et de leur famille, ensuite il ferait « la promotion » des Talibans et enfin il fragiliserait l’effort militaire français en Afghanistan
.

Si le premier argument est à peu près recevable du point de vue des familles des victimes, qui n’ont pas encore eu le temps de faire leur deuil, les deux autres sont inopérants si l’on tient un tant soit peu à la liberté de la presse et au devoir d’informer. Néanmoins une phrase de Pascale Aragonès, épouse du chef de corps du 8e RPIMa encore en Afghanistan actuellement, est choquante : « Je me demande comment cette journaliste se regarde en face dans la glace », a t’elle déclaré à propos de Véronique de la Viguerie. Cette personne n’a visiblement pas compris quel était le rôle d’un journaliste, surtout reporter de guerre, mais nous mettrons cela sur le compte de l’émotion.


Mais le plus lamentable, ce sont les réactions de nos hommes politiques : Philippe de Villiers a parlé à propos de ce reportage de « haute trahison ». On en attendait pas moins de l’excité du bocage vendéen, mais le Premier Ministre François Fillon ou le Ministre de la Défense Hervé Morin ne sont pas en reste, de même qu’à gauche, ce qui est stupide de la part de personnes se voulant progressistes, chacun y va de sa critique à l’encontre de la journaliste de Paris Match : Pierre Moscovici ou Jean-Luc Mélenchon au PS, de même que Daniel Cohn- Bendit chez les Verts, qu’on a pourtant souvent connu bien plus inspiré.


Rappelons que les photos qui font polémique sont celle où l’on voit des Talibans qui semblent en train de poser avec des « trophées », objets qui appartenaient aux soldats français tués, casques, armes, treillis, et celle qui montre en gros plan la montre d’un des soldats remise ensuite par les Talibans à la journaliste qui l’a rendue à la famille de celui-ci de retour en France.


Revenons-en à l’argumentaire : ce reportage et ces photos feraient la promotion des Talibans et affaibliraient la France. Mais qu’est-ce que c’est que ce discours martial ? Nous sommes bien en temps de guerre, celui du « eux et nous » cher à Georges Bush et aux dangereux excités de la Maison Blanche qui , espérons-le, ont déjà commencé à faire leur carton. Mais, et désolé pour tous ces politiques français qui veulent surfer sur l’émotion des familles et de l’opinion publique pour se redorer l’image, le rôle du journaliste est de déconstruire ce discours : il n’y a pas de « eux et nous », il n’y pas que les affreux Talibans contre les gentils Occidentaux partis loin de chez eux pour apporter la démocratie aux quatre coins de la planète. Ca, ce sont les discours.

Mais ces Talibans sont des êtres humains qui existent, même si ça dérange, et le rôle du reporter de guerre, rempli ici avec beaucoup de courage et un grand professionnalisme par Véronique de la Viguerie, est de montrer les deux, voire les multiples facettes de la réalité.

Lorsque des journalistes filment nos seuls soldats français en Afghanistan, bien peu les accusent de faire la promotion de l’armée et de prendre parti, alors que d’un strict point de vue journalistique, il s’agit de propagande puisque l’on a qu’un seul discours à l’écran ou sur le papier, le notre, celui de l’Etat français par le biais de ces forces armées.


Si les Talibans recrutent si facilement en Afghanistan et qu’ils sont soutenus par une partie de la population, c’est qu’en face les « bavures » (le mot est bien trop faible) de l’OTAN se multiplient et les Occidentaux sont de plus en plus perçus comme des envahisseurs. Un exemple,  le 22 août dernier, près du village d'Azizabad, à quelques 120 kilomètres d'Hérat (non loin de la frontière iranienne), un raid des forces internationales sous commandement américain et de commandos afghans a fait 90 morts parmi les civils, principalement des femmes et des enfants. 90 morts bon sang ! Et pas des militaires qui ont signé pour être prêts à risquer leur vie! Des innocents, l’innocence même quand il s’agit d’enfants. Bien peu de nos hommes politiques français se sont alors indignés. Que feriez-vous si vous étiez Afghans?

Alors oui c’est vraiment affreux ce qui est arrivé à dix de nos soldats, mais c’est cela la guerre ! Et les responsables de tous ces deuils et ces drames, ce sont les politiciens qui ont décidé dans leur bureau d’aller livrer bataille dans un pays lointain, qui n’a jamais eu de répit depuis la fin des années 70. On amène la démocratie avec le dialogue, la confrontation d’idées, l’exemplarité, et certainement pas avec les bombes et les chars.

Les journalistes qui montrent la cruauté de ces Talibans ne sont eux, sûrement pas responsables de tout ce « merdier », mais ils tentent courageusement de faire leur travail en allant sur le terrain, au plus prêt des acteurs, pour déconstruire des discours politiques et nous montrer l’horreur de la réalité, à nous qui sommes bien loin de tout cela, tranquillement attablés devant le poste (malgré certes la « crise du pouvoir d’achat »).


Surtout, les reporters de guerre montrent à ces hommes politiques qui eux décident des guerres, portent réellement la responsabilité de tous ces morts, et restent soigneusement loin des combats, et bien que la guerre, c’est con et ça tue ! Je croyais que chez nous, on l’avait compris depuis la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948.

Rien ne justifie la guerre, seule peut se défendre l’idée de la résistance à l’oppression. Et pour paraphraser Gandhi, contrairement à la doctrine de Machiavel, la fin ne justifie pas les moyens. Quand les moyens utilisés ne sont pas justes, la fin n’est jamais bonne. Et la guerre n’apportera jamais la démocratie. L’Afghanistan est partie pour rester un bourbier dans les décennies qui viennent, et si Sarkozy a envoyé de jeunes soldats français là-bas, ce n’est certainement pas pour le bonheur des civils afghans.

Alors plutôt que de critiquer l’excellent travail de Véronique de Viguerie (bravo à elle !), prenons-en nous donc à nos dirigeants qui ont décidé, pour faire plaisir au Grand Frère américain, de participer à cette guerre inique.

Certes Paris Match se fait du pognon avec tout ça, mais « c’est de bonne guerre », sans vouloir faire de vilain jeu de mots.            

Mercredi 25 juin 2008

L’incendie qui a complètement détruit les bâtiments du centre de rétention administrative de Vincennes (CRA), dimanche 22 juin 2008, était malheureusement prévisible. Il est le résultat d’une politique inique, inhumaine et scandaleuse, en matière d’immigration, conduite sciemment par le Président de la République et son gouvernement. Cet incendie est également la conséquence d’une gestion calamiteuse des conditions de détention dans notre pays, que ce soit en centre de rétention administratif ou dans les établissements pénitentiaires.

Contrairement aux affirmations cyniques et grotesques du député UMP Frédéric Lefebvre, l’incendie n’a pas été provoqué ou entretenu par les associations de défense des sans papiers, qui manifestaient alors à l’extérieur du centre, mais bel et bien par le décès, samedi 21 juin en fin d’après midi, d’un Tunisien âgé de 41 ans suite à un arrêt cardiaque. Ainsi, un homme, non pas un chiffre ou une statistique chers à Brice Hortefeux, meurt enfermé, et ses codétenus s’interrogent légitimement sur les circonstances de son décès, jusqu’à la révolte ayant amené certains à mettre le feu à leur matelas. Ce type de phénomènes s'observe également de plus en plus dans les prisons françaises surpeuplées et indignes de la République, quoi que dise notre Garde des Sceaux ("à champagne" comme dirait le Canard). 

Cet incendie est donc le fruit d’un sentiment d’injustice et de colère vécu par des gens qui, rappelons-le encore, ne sont ni des délinquants ni des criminels mais des êtres humains dont la seule faute est d’avoir voulu coûte que coûte gagner la France pour améliorer leurs conditions de vie. Essayer de détourner l'attention sur la responsabilité des associations est absolument indigne. L'UMP n'a décidément peur de rien en matière de démagogie. 

Le CRA de Vincennes était le plus grand centre de rétention administratif de France, avec 249 personnes enfermées au moment du drame, tête de pont de la politique d’expulsion pratiquée par Sarkozy et son ministre de l’immigration Brice Hortefeux. Il est aujourd’hui totalement détruit.

Ce nouvel incident doit amener l'excité de l'Elysée à s’interroger sérieusement sur le bilan de sa politique migratoire à très courte vue, qui coûte cher à notre pays en terme de drames humains, entache douloureusement notre parvis des droits de l’Homme, donne une image calamiteuse de la France à l’étranger, et dont les bénéfices sont totalement nuls pour nos concitoyens qui eux, se préoccupent surtout de leur pouvoir d'achat. Et ce n'est pas une campagne de communication (de propagande) grotesque orchestrée par Thierry Saussez, le gourou publicitaire de Sarkozy, qui va faciliter les fins de mois de plus en plus difficiles de la majorité des Français.

Arrêtons donc de poursuivre, d’arrêter, d’enfermer et d’expulser les étrangers en situation irrégulière comme s’ils étaient des criminels. Stop à la politique du chiffre !  Dans un prochain article, nous verrons d'ailleurs combien coûte précisément, en monnaie sonnante et trébuchante, cette politique migratoire raciste et stupide faite pour galvaniser l'électorat d'extrême droite et qui ne résout en rien les problèmes de notre pays.

Si la France continue à pratiquer ce type de politique, la seule question à se poser est malheureusement: où et quand la prochaine explosion ?

Expulsion des immigrés clandestins, diminution des remboursements de soins, chasse aux sans papiers, aux chômeurs, aux jeunes des cités, aux syndicalistes, stigmatisation des profs, des petits fonctionnaires, des Français issus de l'immigration, des associations de défense des droits de l'homme, etc.

La stratégie de la majorité est simple et se résume en trois points: -aider les riches (paquet fiscal, privatisation des services publics, dont l'audiovisuel public, etc.) -culpabiliser les pauvres (notamment la nouvelle "offre raisonnable d'emploi" dont l'esprit sous-entend que l'on peut se complaire dans le chomage. On voit bien que ce texte a été écrit par un jeune sous-ministre, Laurent Wauquiez, qui ne connaît pas les mois à moins de 10 000 euros d'argent de poche). -détricoter les derniers restes de l'Etat providence tel qu'issu du Conseil national de la Résistance après la Seconde Guerre Mondiale, en gros ce qui faisait la spécificité, donc la fierté de la France.

On l'a voulue, on l'a la "rupture"!

Mais attention, l'urgence sociale est de plus en plus prégnante et la majorité ferait bien de se méfier d'un retour de bâton, pas de l'opposition, totalement inefficiente, mais bel et bien de la rue. Même Raffarin sent bien que "ça peut péter à tout moment!". 

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