Edito 2012 pour la commission Transnationale d'Europe Ecologie Les Verts:
Lorsque l’on dresse un bilan des évènements s’étant produits tout au long de l’année 2011 sur la scène internationale, on est d’emblée pris de vertiges par leur nombre impressionnant: les révolutions arabes, avec la chute de Ben Ali en Tunisie, suivie de celle d’Hosni Moubarak en Egypte, les bombardements occidentaux en Libye et la mort de Mouammar Kadhafi, le séisme au Japon et la catastrophe nucléaire de Fukushima, la crise financière internationale et son évolution vers une très grave crise des dettes « souveraines » en Europe, les mouvements des Indignés, qui se sont levés un peu partout dans le monde (Etats-Unis, Chili, Grèce, Espagne, etc.), la répression sanglante de Bachar Al Assad sur son propre peuple en Syrie, la mort du dictateur Kim Jong Il en Corée du Nord, etc.
Toute chose étant égale par ailleurs, 2011 semble avoir quelques similitudes avec 1989, lorsque l’effondrement de l’empire soviétique ouvrait la voie à de multiples bouleversements sur la scène internationale. Quelques-uns, comme le chercheur américain Francis Fukuyama, déclaraient alors que nous assistions à la « fin de l’histoire », à l’avènement partout sur la planète de la démocratie de marché suite à la fin de l’URSS. Puis Samuel Huntington (alors professeur à Harvard) nous persuadait qu’au contraire nous allions assister à un « choc des civilisations », principalement entre la « civilisation musulmane » et la « civilisation occidentale », la première n’étant dictée que par un Islam rigoriste tandis que la deuxième était portée par la démocratie, la liberté et s Unis on libre-échange intrinsèque. Ces civilisations ne pouvaient donc que se heurter dans leurs valeurs fondamentalement opposées, et les attentats du 11 septembre 2001 venaient valider spectaculairement cette thèse.
Or on s’aperçoit bien aujourd’hui à quel point toutes ces théories étaient fallacieuses et dangereuses :
Fallacieuses, car 2011 nous a démontré que non seulement les pays arabes avaient soif de démocratie et de liberté, mais que, à l’opposé, le libéralisme économique et le tout marché, étant censés être les vecteurs incontournables de la démocratie, pouvaient au contraire en être les fossoyeurs, lorsque par exemple des agences de notation et des investisseurs arrivent à provoquer la chute de gouvernements élus par le peuple (comme en Grèce ou en Italie, quoi que l’on puisse penser par ailleurs de tel ou tel gouvernement) .
Dangereuses, car soi disant au nom de la démocratie de marché, les Etats-Unis ont attaqué l’Irak en 2003. Alors que les troupes américaines ont commencé à se retirer en 2011 et que les bilans fleurissent, on entrevoit parfaitement le véritable désastre de l’intervention américaine en Irak. Tandis que des centaines de milliards de dollars, qui auraient pu bien mieux servir, ont été dépensés en armes et en bombardements, et que des milliers de vie humaines ont été sacrifiées (plus de 110 000 civils irakiens et près de 4500 soldats américains), soit disant au nom de la démocratie, l’immolation d’un jeune diplômé tunisien désespéré, vendeur de fruits et légumes à la sauvette dans les rues de Sidi Bouzid, dans le sud tunisien, a allumé une étincelle qui a embrasé l’ensemble des peuples arabes. On peut cyniquement en conclure que le sacrifice d’un vendeur ambulant tunisien s’est montré bien plus efficace pour la démocratie dans toute la région que la plus puissante armée du monde. L’histoire retiendra son nom, Mohamed Bouazizi (photo, sur la place de Sidi Bouzid).
Décidément non, la démocratie ne s’impose jamais de l’extérieur par les armes. « La fin est dans les moyens tout comme l’arbre est contenu dans la graine » nous dirait Gandhi. On risque de le voir malheureusement bientôt en Libye. Nous pourrons déjà l’observer en 2012, entre l’Irak et la Libye débarrassées de leurs dictateurs avec des bombardements massifs occidentaux, et une Tunisie qui s’est elle-même libérée de ses chaînes (la France s’étant pitoyablement illustrée au tout début de l’année 2011, pendant la débâcle de Ben Ali, en lui proposant l’aide de ses forces de l’ordre, par la voix de la ministre des Affaires étrangères de l’époque Michèle Alliot-Marie), lequel de ces pays évoluera vers plus de liberté et de démocratie.
Non vraiment, en 2012, ça commence à se voir, toutes ces vertus dont se pare un Occident encore présomptueux pour soi-disant exporter sa vision de la démocratie mais en fait principalement exploiter pour ses multinationales les richesses naturelles de ces pays (si la Libye de Kadhafi n’avait pas eu de sous-sol aussi pétrolifère, pas sûr que l’Otan serait aussi promptement intervenue, de même que la France pour faire également oublier l’épisode Kadhafi reçu en grandes pompes à Paris en 2007. Dramatique illustration en Syrie où les massacres de Homs entrainent de multiples condamnations mais aucune action efficace pour tenter un tant soit peu de stopper la folie meurtrière du régime, tant côté américain qu’européen).
La donne internationale a définitivement changé cette année, et il n’est vraiment pas dit qu’à l’avenir nos beaux discours sur la démocratie et le libre échange aient encore un impact sur la scène internationale. De leur coté, le Brésil, l’Inde, la Chine pour ne citer qu’eux, bouleversent le système économique planétaire sans s’encombrer de belles formules ou d’aventurisme interventionniste, mais en se servant pragmatiquement de « nos » armes économiques capitalistes. Ils risquent très bientôt d’imposer leurs vues (ils le font déjà dans certains secteurs, comme dans la monnaie pour la Chine) aux anciennes puissances impérialistes et considéreront alors, d’ailleurs à juste titre, que ce n’est qu’une revanche normale de l’histoire.
De même, ça commence à se voir, que le libéralisme économique débridé et le tout marché ne sont pas des vecteurs intrinsèques de la démocratie. Il n’y a qu’à voir la Chine d’un côté, jouant à fond le jeu du libre échange tout en maintenant d’une main de fer un système politique autoritaire, et la crise des dettes souveraines en Europe de l’autre, qui « impose » à des gouvernements démocratiquement élus des mesures impopulaires pour lesquelles ils n’ont pourtant aucun mandat démocratique.
Quand au bilan climatique et environnemental de notre petite planète, pour être tout à fait objectif, il est simplement alarmant, pour ne pas dire désespérant, plus encore en 2011. Alors qu’aucune décision concrète n’a été prise au sommet de Durban, le réchauffement climatique continue son petit bonhomme de chemin dans une encore bien trop grande indifférence. Pour les gouvernements actuels, il semble que le réchauffement climatique et la crise environnementale, « ça commence à bien faire », la crise économique ayant balayé toutes les bonnes intentions sur son passage. Là aussi, ça commence à se voir, que l’inquiétude de nos gouvernants pour le réchauffement climatique n’était qu’une attitude politicienne surfant sur un « phénomène » d’opinion sans avoir pris la réelle mesure des enjeux historiques auxquels nous sommes confrontés, pour l’humanité et l’ensemble de la planète. Finalement, que pèse la vie sur terre face à la crise de la dette ?
Face à ce sombre tableau, l’écologie politique a de multiples solutions à proposer, du local au global, pour plus de transparence, de démocratie, une meilleure prise en compte des citoyens, une réconciliation avec le vivant et la planète, la sortie du dogme du libre échange et de la croissance à tout prix au nom du bon sens : une croissance infinie de production de biens matériels est physiquement impossible sur une planète aux ressources finies, etc. L’écologie politique va dans le sens de l’histoire, elle doit donc se confronter à l’exercice du pouvoir pour démontrer la pertinence de ses thèses. Elle le fait déjà, localement, dans de nombreux villes et villages, en Europe, mais aussi en Amérique du Sud, en Afrique, au Japon, etc. Au parlement européen, nous avons un groupe de 58 députés Verts, dont 15 français, qui font valoir d’autres voies, notamment en matière de sortie de crise. En France, nous avons désormais un Sénat majoritairement à gauche comptant en son sein dix sénateurs écologistes (Europe Ecologie Les Verts - EELV) depuis septembre dernier qui « secouent » un peu et dépoussièrent déjà par leur travail et leurs analyses la vieille institution. Les élections présidentielle et législatives pointent à l’horizon (avril-mai et juin 2012) et nous avons une excellente candidate à l’élection présidentielle, Eva Joly, qui, par ses origines, son parcours, sa carrière, par tout ce qu’elle représente, porte haut et fort la parole de l’écologie dans une élection qui ne nous ait pourtant guère favorable. A elle et à EELV de montrer que l’écologie politique porte également une autre voix en termes de relations internationales, multilatérale, décentralisée, pacifique, dénucléarisée, désarmée, etc., au final tellement plus réaliste et plus raisonnable pour l’humanité que les diplomaties française et européenne auxquelles nous avons pu assister ces dernières années.
Europe Ecologie Les Verts a également de solides chances d’obtenir un groupe de députés nettement plus important (nous n’en avons que trois actuellement) en juin prochain, pour renouveler un peu les bancs, par trop uniformes, de l’Assemblée nationale.
Néanmoins, ces bonnes nouvelles et perspectives ne doivent pas nous pousser à « noyer le bébé avec l’eau du bain ». Pour que nous continuions à susciter l’espoir, notre maxime de « la politique autrement » ne doit pas être abandonnée. La perspective du pouvoir ne doit pas nous griser au point de renoncer au non cumul des mandats, au respect du vote des militants et des minorités, à la nécessité de continuer à multiplier les adhésions et à s’ouvrir à la société civile pour devenir un grand mouvement, à la transparence dans les prises de décision, à la convivialité, la bonne humeur et le respect des échanges dans les réunions, etc. Là encore, Gandhi avait trouvé la bonne formule avec le « sois toi-même ce que tu veux voir dans le monde ». Car si la poursuite du pouvoir se fait en oubliant au passage ce qui est sans doute l’essence même de notre engagement – vouloir changer le monde -, là aussi ça va commencer à se voir, et ce serait extrêmement dommageable, pas que pour Europe Ecologie Les Verts, mais pour l’écologie politique dans son ensemble qui en France a su commencer à ressusciter l’espoir et la croyance en une certaine forme de politique. Cela étant dit, que 2012 voit en France l’arrivée de la gauche et des écologistes au pouvoir et la fin de la clique sarkozienne constitue le grand espoir de cette année à l’échelle nationale.
La scène internationale risque en tout cas de continuer à connaître dans l’année qui vient de multiples évènements et profonds bouleversements. Il y a d’ores et déjà prévu au menu, outre l’élection présidentielle en France d’avril-mai prochain, de nombreuses élections qui vont être déterminantes en 2012 : au Sénégal en février, en Russie en mars, au Mexique en juillet et bien entendu aux Etats-Unis en novembre. Nous n’allons donc pas chômer encore cette année sur l’international.
En tous cas, le 21e siècle historique débute peut être en 2011, et non le 11 septembre 2001, comme l’ont trop hâtivement affirmé de nombreux observateurs. Que notre siècle s’ouvre sur la perspective de plus de systèmes démocratiques, notamment dans toute une aire, le « monde arabe », qui en était jusqu’à présent quasiment dépourvue, plutôt que sûr des attentats meurtriers aux Etats-Unis ayant entrainé dans leur sillage une guerre en Afghanistan, c’est tout de même nettement plus positif.
Alors qu’en 2012, les indignés d’ici et d’ailleurs, du monde arabe (Israël et Palestine notamment), de Chine, d’Iran, d’Inde, d’Amériques, auxquels les écologistes ne peuvent qu’intrinsèquement être liés, réussissent enfin à bien se faire entendre et que plutôt que de prophétiser la fin du monde pour cette année, nous assistions au commencement d’une nouvelle ère plus démocratique et plus responsable vis-à-vis des générations futures. Inch Allah !
Benjamin Joyeux
Janvier 2012
Ca y est ! Depuis vendredi dernier, 14h, les inscriptions pour pouvoir voter aux primaires de l’écologie politique, et ainsi départager les quatre candidats en lice, sont closes. 32 896 personnes, plus du double du nombre des adhérents d'Europe Ecologie - Les Verts, se sont enregistrées sur le site des primaires et devront donc départager entre le 15 et le 23 juin prochains Henri Stoll, Stéphane Lhomme, Nicolas Hulot et Eva Joly.
La première bonne nouvelle est que l’on n’a jamais autant parlé d’Europe Ecologie – Les Verts, et que ce parti semble enfin prêt à peser sur l’échiquier politique à la hauteur de ce que représente en 2011 l’écologie politique pour l’opinion publique française. Malgré son peu de moyens comparé aux « grandes » formations politiques telles que le PS et l’UMP, il faudra désormais (mais on l’avait compris depuis les Européennes de 2009) compter avec EELV.
(2e débat de la primaire d'EELV à Paris, jeudi 9 juin 2011)
La seule question qui vaille maintenant, c’est de savoir quelle campagne les écologistes doivent mener pour la présidentielle de 2012. Les deux débats qui se sont jusqu’à présent déroulés à Paris et à Toulouse, et auxquels j’ai pu assister en direct, ont permis d'illustrer les divergences entre ce que l'on nomme dans la presse "l'écologie de combat" (Eva Joly) et "l'écologie de la pédagogie" (Nicolas Hulot). Les deux candidats s'en sont bien sortis, et les deux autres (Stéphane Lhomme et Henri Stoll) aussi d'ailleurs. Ils se sont tous montrés prêts quoiqu'il advienne à porter le programme décidé collectivement par Europe Ecologie - Les Verts. Et au final, s'il n'y a qu'une seule personne véritablement issue des Verts (Henri Stoll, Stéphane Lhomme n'était pas adhérent jusqu'à présent), nos quatre candidats illustrent et l'ouverture de notre mouvement, et sa diversité.
Quoiqu’il advienne, la ou le candidat qui sortira en tête des primaires devra porter le programme du parti EELV, et les trois autres auront la responsabilité de faire campagne à ses côtés.
Reste la façon d’incarner ce programme, et c’est pourquoi, et ces quelques lignes n’engagent que moi, je pense qu’Eva Joly est la meilleure des candidates.
Certes elle a un accent, certes elle parle lentement et n'est pas la meilleure des bretteuses en débat. Mais elle incarne tellement de choses: la justice contre les puissants, les pétroliers, les paradis fiscaux, les multinationales de toutes sortes, celles qui pillent l'Afrique et ses ressources, ses minéraux, ses terres rares, etc. Au Parlement européen, en tant que présidente de la commission du développement, elle a montré son inflexibilité face à la puissance des lobbys industriels et financiers, etc. Avec son accent étranger et son parcours, arrivée en France sans parler un mot de la langue comme jeune fille au pair à peine sortie de l'adolescence, devenue secrétaire, puis magistrate après avoir passé le concours à trente ans, etc.
Voir http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=11035
Eva Joly incarne la persévérance et la résistance.
Face à cela, j'observe que Nicolas Hulot joue très bien le jeu d'EELV. Il se plie aux règles, multiplie les rencontres et les débats, se montre ouvert, sympathique, pédagogique, etc. Mais lorsqu'il laisse parler son inconscient, comme après quelques verres le vendredi soir du Congrès d’EELV à la Rochelle, il ne peut dissimuler sa sympathie et sa proximité pour Jean-Louis Borloo. Dans les mêmes circonstances, je suis sûr que demain il ne pourrait dissimuler bien longtemps son admiration et sa sympathie pour Jacques Chirac. Et cela est assez rédhibitoire pour l’électorat écolo. Je trouve cependant l'exploitation politicienne permanente des petites phrases assez pénible et on ne va pas passer notre temps à faire un procès d'intention à Hulot. Ce qui compte en effet, c'est l'avenir et non le passé, et Nicolas Hulot semble à présent avoir fortement évolué, notamment sur les questions sociales
Ainsi, plutôt que d'une posture moraliste ou politique, je défendrai une posture électoraliste sur pourquoi il faut voter Eva Joly, puisque c'est le principal argument des pro Hulot, comme Gilles Lemaire, ancien secrétaire national des Verts et pourtant très à gauche d’EELV, et même José Bové, que l’on ne peut vraisemblablement pas soupçonner d’accointances avec les multinationales. Ils sont tous persuadés que Nicolas Hulot doit être le candidat des écologistes car il fera un meilleur score.
Et je ne suis pas du tout d'accord avec cette analyse : en effet, le vote contestataire risque d'être très élevé lors des prochaines présidentielles. Et le parti qui fera le meilleur score au premier tour sera celui qui attirera le plus des voix des contestataires.
En stratégie électorale, il y a un terme pour désigner un parti qui accueille la majorité des voix anti gouvernement et «anti système » : on parle de « structure d’accueil ». Le parti « structure d’accueil » est ainsi le parti qui réussi à faire voter pour lui la plupart des mécontents à une élection donnée. En période de crise, l’électorat anti système qui se rue sur la structure d’accueil est celui qui fait l’élection. Pour capter cet électorat, le parti développe ainsi à fond le discours de l’anti, du contre, de la « rupture » (rappelez-vous le Sarkozy de 2007). Le pire exemple de l’histoire est le parti nazi qui est passé sous la République de Weimar de 3% des voix vers 1928 à presque 20% deux ans plus tard, et on connaît la suite, car il avait su mieux que tous les autres capter les mécontentements de la crise de 1929.
En 2012, les candidat(e)s qui donneront l'impression de faire partie du sérail, de ce qu'Hervé Kempf nomme « les oligarchies » (financières, politiques, médiatiques), n'attireront sans doute pas les voix de toutes celles et ceux qui en ont raz le bol, et ils sont largement majoritaires dans notre pays. Seule Marine Le Pen et l'abstention les attirent pour l'instant. Or je ne vois pas comment Nicolas Hulot pourrait attirer sur son nom cet électorat, lui qui dans la mémoire collective reste et restera le présentateur vedette d'Ushuaïa sur TF1. C'est pour cela que je ne crois pas à tous les sondages qui nous donnent un score à deux chiffres avec Nicolas Hulot.
Je pense à l'heure actuelle que la seule chose qui différencie Eva de Nicolas est le déficit de notoriété pour la première. Or si comme je l'espère elle devient notre candidate à la présidentielle, ce déficit sera très rapidement comblé.
(Eva Joly en compagnie de Julien Bayou à Paris lors de la manif du 1er mai cette année)
La seule chose qui compte est « quelle campagne voulons-nous »? Puisque de toute façon, comme je l’ai déjà écrit, les deux (les quatre pardon) candidats porteront notre programme. Et je suis persuadé qu'il faut que l'on fasse une campagne sur le mode « écologie de combat ». D'après toutes les enquêtes « quali », comme disent les « professionnels de la profession », seuls deux partis dans la tête des gens ne font pas partie de ce qu'ils désignent comme « le système »: le Front National et Europe Ecologie - Les Verts. Si nous avons un candidat qui « incarne » le système, les voix récoltées au centre ne pèseront pas lourd face à toutes celles perdues à gauche, à l'extrême gauche et surtout dans le camp des abstentionnistes et des dégoûtés de la politique.
Eva Joly reste et restera la juge de l'affaire Elf, celle qui a voulu mettre les puissants en prison et celle qui se bat contre l'oligarchie:
Lire notamment http://www.bastamag.net/article1551.html
C'est vraiment l'anti Marine Le Pen, et c'est pour cela que malgré tous les sondages, je pense que c'est la plus susceptible de faire le meilleur score, malgré également ses faiblesses à l'oral qui pourraient être compensées par le choix d'un excellent porte-parole. Et d'ailleurs Nicolas Hulot, excellent pédagogue et communiquant, serait très bon dans ce rôle.
C'est pour cela qu'au final je suis pour qu'Eva gagne les primaires, puis que l'on fasse ensuite un ticket avec Nicolas Hulot pour faire une campagne collective à contre courant qui dirait avant toute chose qu'il faut en finir avec la Ve république et son régime présidentiel anti démocratique. Mais là on va encore dire que je suis complètement naïf ou utopique. Au départ, je souhaitais même qu'on fasse une campagne collective avec toutes nos « vedettes » et qu'on tire au sort un nom juste avant le dépôt au Conseil constitutionnel.
Car pour finir, malgré tout, il faut bien garder en tête que la présidentielle française est vraiment une « maladie », là-dessus je suis complètement d'accord avec Dany Cohn-Bendit, et pour moi le meilleur remède est Eva Joly (dans le cadre d'une campagne collective et dans l'optique de faire d'EELV une structure d'accueil pour tous les dégoûtés de la politique). Mais Nicolas Hulot a néanmoins toute sa place au sein d’EELV, qui se doit de rassembler bien au-delà des Verts historiques pour être demain majoritaire, battre Sarkozy, et enfin mettre en œuvre la transformation écologique dont notre société a tant besoin. Et grâce à Henri Stoll, la cravate en bois (bois certifié bien sûr) sera bientôt le dernier accessoire à la mode dans les soirées branchouilles parisiennes.
Ceux qui édictent les lois doivent être les premiers à les respecter.
A vous de l'expliquer aux membres du Conseil de Paris d'ici lundi.
Et rendez-vous lundi !
L'équipe de Sauvons les riches.
www.sauvonslesriches.lu
« Dis-moi comment tu traites les étrangers
et je te dirai quelle société tu construis »
Vous avez aimé le feuilleton sur les Rom ? Vous allez adorer celui sur le nouveau droit des migrants, dont le scénario a été concocté par les apprentis sorciers du ministère de « l’immigration et de l’identité nationale », dont Judas, Eric Besson pardon, est à la tête. Dans la série « le droit pour les nuls », l’UMP continue son escalade vers les sommets.
Le 28 septembre prochain en effet, pour la quatrième fois en sept ans, un nouveau projet de loi sur l’immigration va être présenté aux députés à l’Assemblée nationale. Il y a eu en effet la loi Sarkozy I en 2003, la loi Sarkozy II en 2006, la loi Hortefeux en 2007. Et voici venir la loi Besson.
Mais pourquoi diable une telle focalisation sur ce sujet ? On aimerait voir autant de volontarisme en matière d’écologie, après le quasi abandon en rase campagne du processus du Grenelle parce que l’environnement, « ça commence à bien faire », dixit l’actuel locataire de l’Elysée au dernier salon de l’agriculture en mars 2010.
Allons, malgré cet acharnement législatif, faisons néanmoins preuve de bonne volonté et intéressons-nous donc précisément à ce projet de loi déposé par Eric Besson le 31 mars 2010.
Peut-être s’avérait-il vraiment nécessaire ? C’est en tous cas l’argumentaire du ministère d’Eric Besson, expliquant que ce projet de loi a essentiellement pour but de transposer dans le droit français trois directives européennes :
- la directive « Retour »
- la directive « Carte bleue européenne »
En effet, lorsque les instances européennes adoptent une directive qui crée de nouvelles normes, les Etats membres de l’Union européenne ont l’obligation de veiller à ce que leur droit national intègre bien celles qui s’imposent à eux (elles ne sont pas toutes impératives). Si ce n’est pas le cas, ils doivent modifier leur droit national avant la date limite fixée par la directive.
Eric Besson était donc dans l’obligation de déposer ce texte eu égard aux obligations européennes de la France.
Explication un peu facile : d’après le collectif UCIJ (Uni(e)s contre une immigration jetable), qui regroupe des organisations spécialisées connaissant parfaitement le droit, et notamment le droit des étrangers, comme la Ligue des Droits de l’Homme, le GISTI, l’ANAFE etc., derrière cette apparence trompeuse de « simples mesures techniques », se cache une nouvelle machine de guerre contre les étrangers. On me rétorquera que ces organisations sont des regroupements de « gauchistes » et autres « droits de l’hommiste » qui empêchent des « hommes politiques courageux » d’expulser les étrangers en situation irrégulière.
Pourtant, étant données les polémiques de ces dernières semaines sur les Rom, et notamment celle de la circulaire du cabinet d’Hortefeux, on m’excusera d’avance de préférer faire confiance à des professionnels en matière de droit plutôt qu’aux politicards qui nous gouvernent actuellement. C’est vrai quoi ! Imaginez que vous soyez convoqué devant un tribunal pour une action intentée contre vous au Pénal. Vous embauchez un bon avocat ou bien votre beau frère qui milite dans une section locale de l’UMP ?
Soyons donc sérieux et regardons ce que nous dit l’UCIJ sur le projet de loi Besson :
Il semble que ce projet diffère des précédents en marquant un tournant considérable dans la politique d’immigration française. Il introduit notamment de véritables régimes d’exception pour les étrangers. Attention point Godwin, mais je me couvre en citant Viviane Reding, qui n’est pas n’importe qui mais la vice-Présidente de la Commission européenne responsable de la Justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté : « Je pensais que l'Europe ne serait plus le témoin de ce genre de situation après la seconde guerre mondiale ».
Avec ce projet de loi, le gouvernement en profite pour aggraver sa politique d’hostilité aux étrangers, en allant au-delà de ce à quoi il est obligé en vertu des directives européennes et en glissant dans son projet de loi des changements sur des points qui n’ont rien à voir avec les directives de l’Union, au motif de « renforcer la politique d’intégration », ou encore d’introduire des mesures « de simplification », deux formules bien éloignées de la réalité d’après l’UCIJ.
Un exemple : la directive « Retour » : elle prévoit la possibilité de retenir enfermés des migrants, y compris mineurs, pour préparer leur « éloignement » pour une durée allant jusqu’à dix-huit mois. La durée de rétention est en effet aujourd’hui très variable d’un État membre à l’autre, parfois supérieure à dix-huit mois dans certains pays ou encore même pas réglementée, avec des migrants se voyant enfermés jusqu’à deux, voire trois ans. Dans ces Etats membres, la directive constituait donc un progrès. Mais pas en France, où la directive devient un bon prétexte pour allonger la durée de l’enfermement en centre de rétention (CRA).
La durée maximale de rétention y est en effet actuellement de 32 jours. Avec le projet de loi « Besson », elle passerait à 45 jours. Pourtant, selon la directive, la durée de rétention doit être « aussi brève que possible » et elle doit être un dernier recours, lorsqu’il y a « une perspective raisonnable » d’éloignement.
Et selon la Cimade, soit l’administration parvient à renvoyer les étrangers placés en rétention dans les 10 premiers jours, soit elle n’y parvient pas et devra donc les remettre en liberté. L’allongement de la durée de rétention n’a donc aucune utilité juridique, si ce n’est le plaisir d’enfermer des étrangers plus longtemps.
La directive précise que les Etats « peuvent » (et non « doivent ») procéder à l’enfermement, « à moins que d’autres mesures puissent être appliquées efficacement ». Le projet de loi Besson prévoit lui de prononcer des assignations à résidence au lieu d’enfermer en CRA, mais pour des durées pouvant aller jusqu’à deux fois six mois, voire plus, et sans possibilité réelle d’intenter un recours. Le principe de proportionnalité est donc bien mis à mal.
La directive limite également la possibilité de l’enfermement à des cas bien précis : - s’il y a « risque de fuite » du migrant, ou encore si le migrant empêche la préparation de son départ. La réforme envisagée par la France ne mentionne même pas ces cas spécifiques, et l’exposé des motifs fait référence, de façon floue, à « une menace pour l’ordre public ». Bien commode cette « menace pour l’ordre public ». On lui fait dire tout et n’importe quoi, comme le fait qu’une implantation de caravanes puisse constituer en tant que telle une… Une quoi ? Une « menace contre l’ordre public » ! C’est bien, vous progressez en « droit pour les nuls » version UMP.
Attention, le pompon : la zone d’attente « sac à dos » :
Les services de Besson nous ont concocté une nouvelle définition de la zone d’attente.Le projet de loi prévoit effectivement que dorénavant « la zone d’attente s’étend du lieu de découverte des intéressés jusqu’au point de passage frontalier le plus proche ». Une zone d’attente pourrait ainsi se créer juste à l’endroit où se trouvent des étrangers, comme s’ils l’avaient apportée avec eux dans leur sac à dos, et les suivre partout ! Alors ça c’est beau.
Explication de texte : en janvier 2010, plusieurs dizaines de Kurdes originaires de Syrie avaient été découverts venant de débarquer sur les côtes corses. Eric Besson avait décidé de les placer dans divers centres de rétention sur le continent. Or les juges qui avaient eu à se prononcer sur la prolongation de leur enfermement avaient sanctionné les irrégularités de procédure commises et avaient ordonné la libération de tous, ce qui avait constitué un désaveu cuisant pour le ministre. Salauds de juges qui s’acharnent à appliquer le droit.
Le droit français emmerde notre ministre ? Qu’à cela ne tienne ! On tord le droit et on en fait n’importe quoi. Et vive les zones d’attente « sac à dos » !
Laissons les faire et bientôt ils nous inventerons la « peine de mort démocratique », pour les multirécidivistes. Mais comme dirait Sarko « mais qu’est-ce que je dois faire ? (à dire avec l’accent de Stéphane Guillon imitant notre « grand président ») Laisser des barbus musulmans intégristes lancer des moutons égorgés du haut des minarets en criant « Allah Akbar » ? » (Voir Action discrète).
Les zones d’attente sont des espaces dans lesquels les étrangers qui arrivent en France attendent que l’on décide de les autoriser à entrer sur le territoire national. On trouve aujourd’hui ces espaces dans les aéroports, les ports ou encore les gares qui desservent l’international. Par un petit tour de passe-passe juridique, ces espaces sont hors territoire français et les étrangers y voient alors leurs droits soumis au bon vouloir des forces de l’ordre. Alors si les migrants transportent leur zone d’attente avec eux, ça sera très pratique.
Et tout le reste de ce texte est de cet acabit. Je vous laisse découvrir l’analyse synthétique de l’UCIJ sur le projet de loi Besson ici :
http://www.gisti.org/IMG/pdf/hc_ucij_mini-analyse_2010-07.pdf
Et dire que c’est un ancien socialiste qui porte ce projet de loi. Sarko 1er doit en éprouver une immense jouissance. Mais nos droits fondamentaux en prennent eux un sacré coup au passage.
Galouzeau de Villepin, dont je ne suis guère fan mais à qui je reconnais le sens de la formule, a déclaré à propos du discours ultra sécuritaire de Sarkozy à Grenoble cet été et de ses projets de déchéance de nationalité que tout ceci constituait « une tâche de honte sur notre drapeau ». Avec cet énième projet de loi sur l’immigration, notre actuel président et son gouvernement se servent carrément de notre drapeau comme papier toilettes.
Avant même le vote de ce projet de loi, on ne peut pas dire que le sort des étrangers en France soit déjà des plus exemplaires. Illustration par le livre sorti ces jours-ci par un collectif de 18 associations et intitulé « Etrangers, conditions d'accueil et traitement des dossiers à la préfecture de Bobigny: l'indignité ».

(Queue un matin comme les autres à la préfecture de Bobigny).
Mais où donc s’arrêteront-ils dans leur obsession de capter l’électorat du Front National ? Nicolas Sarkozy et l’UMP, en foulant aux pieds toutes les valeurs d’un mythe de plus en plus amoché, la « Patrie des droits de l’Homme » sèment les graines de la haine et de la xénophobie en espérant en cueillir les fruits aux prochaines échéances électorales. Malheureusement pour eux, en se mettant à dos la droite républicaine, gaulliste et catholique par ce type de politique, ils risquent surtout de n’en faire profiter que Marine Le Pen et ses troupes. Et on verra alors si le refus de Xavier Bertrand de toute alliance avec le FN, réaffirmé récemment sur France Inter, tiendra encore partout aux prochaines législatives.
Heureusement que face à ces comportements des plus dangereux pour notre démocratie et notre vivre ensemble, de simples citoyens s’insurgent et agissent, et pour dénoncer la politique xénophobe du gouvernement, et pour proposer d’autres alternatives.
Début septembre par exemple, neuf personnes ont entamé un jeûne de dix jours devant l'Assemblée nationale au moment où la commission des Lois examinait et amendait le projet de loi sur l'immigration pour «toucher les députés dans leur conscience», dixit Jean-Paul Nuñez, pasteur détaché auprès de la Cimade (voir l’article de Libération).
Un collectif, Circul’Air, vient également de se créer pour dénoncer avec humour mais détermination la politique du gouvernement sur d’immigration et proposer un vrai débat en matière de liberté de circulation et d’installation.
Car en matière d’immigration, tout comme en matières de retraites, en matières d’emploi, en matière d’imposition, en matière d’environnement, etc. d’autres politiques non seulement sont possibles mais sont nécessaires avant que les fractures qui ne traversent notre pays ne deviennent irréversibles.
Il va falloir que la gauche et l’ensemble des opposants à Sarkozy, en particulier les écologistes, s’emparent sérieusement du sujet de l’immigration, sans tabous ni faux fuyants, pour déconstruire enfin cette question manipulée depuis trente ans par une classe politique effrayée par le Front National qui, non et non, ne pose même pas les bonnes questions.
Commençons donc par aller voir le dernier film de Rachid Boucharef, Hors-la-loi, qui sort ce mercredi.
Commentaires