Vendredi 5 janvier 2007

Article paru dans le journal de la ZEP pour le Congrès des Verts à Bordeaux les 2 et 3 décembre 2006:


« Il y a assez dans le monde pour satisfaire aux besoins de tous, mais pas assez pour assouvir l’avidité de chacun. ».

Gandhi

L’Inde, longtemps absente de notre champ de vision, si ce n’est dans quelques cercles politiques, universitaires et associatifs, est aujourd’hui de plus en plus présente dans les médias français, désignée en permanence comme la terre des contrastes, des paradoxes, comme l’Etat symbole, aujourd’hui encore, de l’orientalisme et de sa spiritualité face à un Occident matérialiste en quête de sens. Les tours opérateur indiens et étrangers ne manquent d’ailleurs pas d’exploiter cette image pour développer le tourisme sur le Sous Continent.

Or, on ne retient bien souvent que les facettes les plus spectaculaires et paradoxales de la société indienne, pour les opposer les unes aux autres : croissance fulgurante dans le domaine des nouvelles technologies contre prégnance de traditions ancestrales, système inégalitaire des castes contre vigueur de la démocratie représentative indienne, pays de la non violence qui promeut la bombe atomique, société spiritualiste dont une majeure partie de sa population recherche l’enrichissement matériel, etc. Si ces éléments détiennent une part de vérité, au bout du compte, ne subsiste qu’une image très partielle de la société indienne.

Certes le pays connaît depuis quelques années une croissance phénoménale, certes son leadership dans le domaine des logiciels informatiques est incontestable, certes le développement du cinéma indien et de ses chiffres faramineux (plus de 800 films produits chaque année) a un impact sur la production culturelle mondiale, mais l’Inde est loin de se limiter à cela. C’est également, on le sait beaucoup moins, un haut lieu de débats autour des choix de stratégies de développement, ce pays étant confronté à un immense défi en matières sociale et environnementale, et un véritable laboratoire d’actions militantes s’inscrivant clairement dans la mouvance de l’écologie politique.

L’Inde est en effet le deuxième Etat de la planète en nombre d’habitants, avec plus de un milliard d’individus. Un humain sur six est donc Indien et le Sous Continent sera probablement d’ici peu le deuxième marché de consommation mondiale, avec un demi milliard d’individus dotés d’un réel pouvoir d’achat.

Mais le développement indien pose à l’humanité un problème majeur : la planète ne dispose pas de suffisamment de ressources naturelles pour assurer à un milliard d’Indiens un niveau de vie équivalent à celui des populations occidentales, américaines ou européennes. La question de l’augmentation exponentielle de l’empreinte écologique indienne est ainsi devenue primordiale pour l’avenir de la planète et de l’ensemble de l’humanité.

A ce défi environnemental immense s’ajoute celui de permettre à la majorité de la population indienne de subvenir à ses besoins vitaux, que ce soit l’accès à la terre, l’accès à l’eau ou l’accès à la nourriture de base. 

Malgré le fameux trickle down effect cher à nos économistes et censé redistribué par le haut les fruits de la croissance, vivent encore aujourd’hui en Inde près de 800 000 millions de paysans pauvres, soit deux fois plus que l’ensemble de la population européenne, qui cultivent leurs terres de façon traditionnelle et sont condamnés par le système économique actuel à mourir à la campagne écrasés par les dettes (dans la filière du coton, plus de 4000 petits producteurs se sont suicidés l’année dernière) ou à venir s’entasser par millions dans les bidonvilles des grands centres urbains, Delhi, Bombay, Calcutta ou Madras.

Pour remédier à cette catastrophe humanitaire permanente, l’Inde abrite aujourd’hui pas moins de 1,2 millions d’ONG. Nombre d’entre elles se battent contre les effets néfastes du développement économique indien et tentent à leur niveau d’affronter les deux urgences actuelles du Sous Continent, qui sont bel et bien les deux faces d’une même médaille, l’urgence écologique et l’urgence sociale.

En organisant en janvier 2004 leur Forum social mondial à Bombay, les militants altermondialistes ne s’y sont pas trompés. Traversé de milliers de mouvements sociaux de résistances, résistance face à la destruction de l’environnement au profit du développement économique, résistance face à la disparition de modes de vie ancestraux au profit de la modernité urbaine, résistance face aux agissements des multinationales telles que Coca Cola, le Sous Continent est devenu aujourd’hui un des principaux laboratoires de résistance face au rouleau compresseur de la mondialisation libérale et de lutte pour une véritable écologie populaire face à la destruction programmée de l’environnement.

L’Inde possède, depuis Gandhi, une véritable tradition critique du mode capitaliste de développement à l’occidental : Le Mahatma Gandhi critiquait fortement la technologie moderne et beaucoup d'aspects de la culture occidentale et recommandait la production locale de nourriture plutôt que de recourir au commerce, de même que la fabrication artisanale de vêtements, le traditionnel dhoti indien et le châle cousu avec un charka (le fameux rouet) afin de subvenir à ses besoins et boycotter le textile de l’empire britannique. Ses critiques de la modernité occidentale ont influencé beaucoup de penseurs politiques et il peut être considéré comme un des pères de l’écologie politique.

Aujourd’hui ses enfants sont encore actifs, malgré la volonté d’une grande majorité d’Indiens d’accéder au « bien être » matériel de type occidental. On en retrouve beaucoup d’entre eux au sein d’Ekta Parishad.

Ekta Parishad (Forum de l’Unité en Hindi), c’est un mouvement créé au départ pour défendre des paysans qui se faisaient expulser de leurs terres par les autorités indiennes cherchant à fournir des terrains les moins chers possibles à des entreprises pour qu’elles puissent y implanter leurs usines. Ne sachant pas lire pour la plupart, ces paysans se voyaient offrir un acte de propriété (une patta) par les autorités, vidé en fait de sa substance. Ils étaient ainsi expulsables à tout moment, se voyant rétorquer l’irrégularité de leur acte de propriété.

Ekta Parishad s’est alors constitué pour défendre ces populations en suivant deux axes : d’une part la mobilisation des populations dans chaque panchayat (équivalent local de nos conseils municipaux), d’autre part le lobbying et le plaidoyer auprès des autorités. Le mouvement a pris de l’ampleur, mené par son leader charismatique Rajagopal, héritier de Gandhi basant son action sur l’ahimsa, la non violence.

Aujourd’hui Ekat Parishad est présent dans huit Etats indiens, soixante districts et plus de 4000 villages. Aux dernières élections législatives de mai 2004, en incitant les Adivasis et autres hors castes indiens à voter, Ekta Parishad a fortement contribué à faire pencher la balance du côté du parti du Congrès et non du BJP (Bharatiya Janata Party, « parti du peuple indien »), parti nationaliste hindou au pouvoir de 1998 à 2004. Partant de la base, dans chaque petit village, ce mouvement a permis à des centaines de milliers de petits paysans de prendre conscience de leurs droits et de leurs devoirs mais leur a également rendu leur dignité en leur montrant l’importance fondamentale de l’agriculture traditionnelle indienne face à la mondialisation libérale et la non viabilité d’une marche forcée vers une soi-disant « modernité » qui court à sa perte.

Multipliant les contacts à l’international, avec les sans terres aux Philippines, en Afrique et en Amérique Latine, Ekta Parishad fait aujourd’hui partie de Via Campesina et propose sa propre vision du Monde, antilibérale, résolument écologique, profondément populaire.   

Le 2 octobre 2007, anniversaire de la naissance du Mahatma Gandhi, Ekta Parishad a prévu d’organiser une marche de 350 km entre Gwalior et Delhi, devant rassembler au moins 250 000 personnes afin de réclamer une réforme agraire permettant enfin de fournir des terres aux exclus du développement économique indien et de la mondialisation.

La ZEP y sera, parce que des habitants des banlieues françaises aux paysans sans terres des campagnes indiennes, tous sont confrontés aux mêmes phénomènes économiques de prédation des ressources. Pour les contrer et proposer une véritable alternative, il est grand temps d’étendre jusqu’aux tréfonds de l’Inde la Zone d’écologie populaire.


Benjamin Joyeux

 

 

Mardi 22 août 2006

Après 5 semaines de pérégrinations en Inde, du Sud au Nord en passant par l’Est et l’Ouest (parcours en traits rouges grossiers), je reviens à Paris des images et des sensations plein la tête. Toujours aussi magique, ce pays, qui n’en est pas un mais des centaines, des milliers, rassemblés autour d’une entité, "India", est un paradis pour les photographes amateurs, pour les névrosés du matérialisme, pour les mystiques en mal de spiritualité, pour les sportifs, pour les nerveux, pour les moustachus bien sûrs, pour les fans de mode, pour les « pauvres » (en Europe qui deviennent presque riches en Inde), pour les acteurs, pour les danseurs, pour les sociologues, en herbe ou confirmés, pour les journalistes, pour les économistes, pour les politiques de toutes tendance, pour les amoureux du kitch, pour les cinéphiles ouverts d’esprit, etc. bref pour toutes celles et ceux qui sont curieux et veulent du « ailleurs ». En Inde, ils sont servis. Même ces saletés de Mac Do sont différents, avec comme un petit goût de « massala ». Pour tous les fatigués de la globalisation uniformisante, dépêchez-vous, l’Inde offre encore des sites, des quartiers, des croyances, des modes de vie survivance d’un monde autre, cyclique et sacré, mais ça ne va pas durer !

Allez, petite ballade touristique autour de quelques destinations incontournables ! Pour aujourd'hui l'Inde du Sud.

Après un atterrissage à Bombay, renommée en 1996 « Mumbai » par les extrémistes du Shiv Sena (groupement d’extrême droite réclamant une Inde « hindou » et passant leur temps à stigmatiser les musulmans, ça nous rappelle un peu chez nous), direction Goa. Ce n’est pas une ville comme on le croit souvent, mais un Etat, un des plus petits de l’Union indienne, ayant Panjim comme capitale. L’Inde, alors dirigée par Nehru, n’a repris ce territoire aux Portugais qu’en 1961. Depuis, c’est le paradis des touristes et surtout des hippies occidentaux qui viennent y passer l’hiver au chaud, allongés défoncés sur des plages paradisiaques. Pour les amoureux de la farniente, destination incontournable.

Voici Palolem Beach, tout au sud de Goa, l’une des plus belles plages de l’Etat, les vaches ne s’y sont pas trompées. On y loue des cases sur la plage et il n'y a plus qu'à se laisser aller. Par rapport à la chaleur étouffante et à la population écrasante du reste du pays, cet endroit peut être qualifié de "paradis indien". Il est magique de rester immbile sur la plage pour observer les pêcheurs au filet, utilisant les mêmes techniques depuis des temps immémoriaux sur leurs bateux en bois. Ils ne reviennent jamais bredouillent et les touristes du restaurant d'en face se font péter la pance le soir avec les fruits du travail de ces pêcheurs.

Allez, on descend un peu plus bas, vers Cochin, dans l'Etat du Kerala. Cochin regorge d'histoire. Vasco de Gama y débarqua en 1502, et il y mourut en 1524, dans le célèbre fort Cochin. Après les Portugais, les Hollandais s'y installèrent, puis  les Anglais colonisèrent la ville. Aujourd'hui se sont les touristes. 

Le nom de Cochin désigne l'agglomération Cochin ( Cochin est la partie ancienne de la ville, située à l'ouest, Ernakulam est la partie moderne). Cochin est réputé pour ses carrelets chinois, filets immenses et ancestraux, pour ses spectacles de Kathakali, théâtre traditionnel du Kerala très expressif et absolument époustouflant, et pour abriter une des diaspora juive les plus anciennes de la planète. Aujourd'hui n'y résiderait néanmoins plus qu'une douzaine de sémites (photos d'un carrelet chinois au soleil couchant et d'un spectacle de Kathakali représentant une scène du Mahabarata, équivalent indien de l'Illiade et l'Odyssée). 

L'Etat du Kerala est également une attraction touristique majeure pour ses fameux backwaters, canaux d'eau qui parcourent tout son territoire et sur lesquels il est de bon temps de se laisser porter au gré des eaux sur des ketuvallams, barques traditionnelles keralaises (voir ci-dessous).

Le Sud indien, moins visité que le Nord, constitue pourtant une destination féérique et encore quelque peu préservée du tourisme de masse. La surpopulation y est plus suportable, les cultures traditionnelles y sont très présentes, les paysages sont grandioses, bref que du bonheur, et je ne dis pas ça parce que j'ai écrit un guide sur l'Inde du Sud.

Petit rappel quand même: Inde du Sud, éd. Mondéos.

Mardi 11 juillet 2006

L’Inde est le deuxième Etat de la planète en nombre d’habitants avec plus de 1 milliard d’individus. Connaissant depuis plusieurs années un taux de croissance de plus de 7 %, le Sous Continent est une nouvelle puissance régionale qui ne cesse de croître, n’ayant bientôt plus rien à envier à la Chine.

Pour le moment 10e puissance économique mondiale en termes de produit national brut, l’Inde se situe d’ores et déjà à la quatrième place en termes de parité de pouvoir d’achat. Un humain sur six est Indien et le Sous Continent sera probablement d’ici peu le deuxième marché de consommation mondiale, avec un demi milliard d’individus dotés d’un réel pouvoir d’achat[1]. Possédant également l’arme nucléaire, la « plus grande démocratie du monde » est bien consciente de sa puissance et convaincue de son droit à siéger parmi les membres permanents des Nations Unies. De plus, le pays connaît aujourd’hui un nombre de diplômés équivalent à l’ensemble de la population française, ce qui lui permet par exemple d’être leader dans le domaine des technologies de l’information.

Pour tout cela, l’Inde est dès à présent un des principaux acteurs de la Mondialisation et un des grands consommateurs de matières premières. Le développement indien pose ainsi à l’humanité un défi majeur, celui de l’écologie. La planète ne dispose pas de suffisamment de ressources naturelles pour assurer à un milliard d’Indiens un niveau de vie équivalent à celui des populations occidentales. L’Inde est déjà le premier consommateur mondial d’or, et de loin : elle représente quelque 20% de la demande mondiale de ce métal, très prisé dans le pays sous la forme de bijoux par exemple, offerts à l’occasion de mariages ou de divers festivals. Le pays absorbe également 2% de la demande mondiale de cuivre et 3% de celle de pétrole brut[2], et ces chiffres ne peuvent que progresser.

La question de l’augmentation exponentielle de l’empreinte écologique indienne est devenue primordiale pour l’avenir de la planète et donc de l’ensemble de l’humanité.

Il faut néanmoins ne pas perdre de vue que les premières victimes du développement du Sous Continent, notamment sur le plan industriel, sont d’abord les Indiens eux-mêmes. Un exemple : Bhopal, capitale du Madhya Pradesh, Etat du centre de l’Inde. Dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, alors que la ville est endormie, un nuage toxique de plus de 40 tonnes s'échappe de l'usine de pesticide d'Union Carbide (voir photo du site), multinationale américaine de fabrication de pesticides. Le journal Le Monde, dans son édition du 6 décembre 1984, annonce alors le chiffre catastrophique de plus de 1000 morts. Le gouvernement du Madhya Pradesh établira ensuite un bilan final de 3828 morts. Aujourd’hui, on parle en fait de 15.000 à 30.000 morts des suites de cette catastrophe et de 500.000 à 800.000 personnes affectées par les gaz toxiques. Plus de 20 ans après ce drame, des émanations toxiques continuent de tuer à Bhopal des dizaines de personnes tous les mois. Il s’agit de la plus importante catastrophe industrielle de tous les temps. Seule une statue érigée à proximité du site contaminé rappelle encore la tragédie. Warren Anderson, PDG d’Union Carbide au moment des faits, vit aujourd’hui paisiblement ces années de retraite dans l’Etat de New York, ce malgré les poursuites judiciaires en responsabilité engagées contre lui. Le plus grave réside dans le fait que les victimes n’ont toujours pas reçu de dédommagements financiers conséquents 21 ans après la catastrophe. Une coalition d’ONG locales et internationales a décidé de lancer la Campagne internationale pour la justice à Bhopal (ICJB), relayée entre autre par Greenpeace ou encore Amnesty International[3].

Autre exemple de catastrophe due au développement indien : le projet de la vallée de la Narmada. Le barrage de Sardar Sarovar, sur le fleuve Narmada, constitue la pièce maîtresse d'un projet devant irriguer quelques 18 000 km² avec 75 000 kilomètres de canaux. Censé fournir en eau potable plus de 40 millions de personnes et produire de l'électricité, ce projet pharaonique nécessite le déplacement de près de 300 000 personnes. Devant en théorie être dédommagées par l’Etat pour la perte de leurs terres, ces dernières, souvent des paysans pauvres, Adivasis et autres Intouchables, se retrouvent au contraire bien souvent chassées manu militari de leurs villages sans aucune compensation financière. Révoltés par cet état de fait, des opposants aux travaux, menées par Medha Patkar, ont formé le Narmada Bachao Andolan (NBA, le mouvement Sauvez la Narmada). Après avoir gagné une première victoire devant la Cour suprême indienne en 1994 qui ordonna le gel des travaux, malgré le soutient au projet de la Banque Mondiale, le NBA se vit ensuite débouté en 1999 par la même Cour suprême déclarant que les travaux devaient être menés à leurs termes. Arundhati Roy (photo), écrivaine mondialement connue (elle a obtenue en octobre 1997 le Booker Prize pour son livre Le dieu des petits riens) et égérie du mouvement altermondialiste, s’est ralliée à la cause du NBA[4] et a donné une aura internationale à ce mouvement. Aujourd’hui le combat continue. Des paysans indiens ont su se structurer et prendre en main leur destin pour faire bloc face au rouleau compresseur du développement économique.

Ces deux exemples de résistance sont sans doute les plus connus et commentés sur la scène internationale, mais des milliers d’autres existent sur le Sous Continent.

Ekta Parishad[5] par exemple (Forum de l’Unité en Hindi), est un mouvement créé au départ pour défendre des paysans qui se faisaient expulser de leurs terres par les autorités pour entre autre fournir des terrains à des multinationales. Ne sachant pas lire pour la plupart, ces paysans se voyaient offrir un acte de propriété (une patta, photo prise en juillet 2004) par les autorités, vidé en fait de sa substance. Ils étaient ainsi expulsables à tout moment, se voyant rétorquer l’irrégularité de leur acte de propriété. Ekta Parishad s’est alors constitué pour défendre ces populations en suivant deux axes : d’une part la mobilisation des populations dans chaque panchayat (équivalent local de nos conseils municipaux), d’autre part le lobbying et le plaidoyer auprès des autorités. Le mouvement a pris de l’ampleur, mené par son leader charismatique Rajagopal, digne héritier de Gandhi basant son action sur l’ahimsa, la non violence. Aujourd’hui Ekat Parishad est présent dans huit Etats indiens, soixante districts et plus de 4000 villages. Aux dernières élections législatives de mai 2004, en incitant les Adivasis et autres hors castes indiens à voter, Ekta Parishad a fortement contribué à faire pencher la balance du côté du parti du Congrès et non du BJP (Bharatiya Janata Party, « parti du peuple indien »), parti nationaliste hindou au pouvoir de 1998 à 2004. Le 2 octobre 2007, anniversaire de la naissance du Mahatma Gandhi, Ekta Parishad a prévu d’organiser une marche de 350 km devant rassembler au moins 250 000 personnes afin de réclamer une réforme agraire permettant enfin de fournir aux oubliés du développement économique indien et de la mondialisation le minimum vital.  

En organisant en janvier 2004 leur Forum social mondial à Bombay, les militants altermondialistes ne s’y sont pas trompés. Traversé de milliers de mouvements sociaux de résistances, résistance face à la destruction de l’environnement au profit du développement économique, résistance face à la disparition de modes de vie ancestraux au profit de la modernité urbaine, résistance face aux agissements des multinationales telles que Coca Cola, l’Inde abrite aujourd’hui quelques 1,2 millions d’ONG dont nombre d’entre elles se battent contre les effets néfastes du développement économique indien. Rappelons que vivent en Inde près de 800 000 millions de paysans pauvres, soit deux fois plus que l’ensemble de la population européenne.

Le Sous Continent est devenu aujourd’hui un des principaux laboratoires de résistance face au rouleau compresseur de la mondialisation libérale. L’analyse de sa situation, à l’instar de la Chine, est une grille de lecture incontournable pour tenter de comprendre notre monde contemporain.


* Je viens d'apprendre que Bombay vient d'être frappée par une série de sept attentats dans les transports en commun, ayant fait au moins 130 morts (ça veut dire plusieurs centaines). Pauvres gens. Sympa. Je m'y rends dans deux jours.




[1] C’est à partir de 1991, lorsque P. V. Narasimha Rao, alors Premier Ministre, décida d’ouvrir le pays à la concurrence internationale, que débuta réellement l’insertion de l’Inde dans le processus de mondialisation. 

[2] L’Inde, une "deuxième Chine" pour les matières premières. Article paru dans Témoignages le lundi 4 juillet 2005

[3] Voir l’article de Olivier Bailly, Bhopal, l’infinie catastrophe, Monde diplomatique, décembre 2004.

[4] Arundathi Roy, le dieu des petits riens, éd. Folios, juillet 2002. Sur les barrages de la Narmada, voir Arundathi Roy, L’écrivain-militant, Folios documents, 2003.

par Ben publié dans : Inde
Mardi 6 juin 2006
 
Voici grosso modo à quoi ressemble la circulation en Inde. En zone urbaine bien sûr. Pour ce qui est de la campagne, là on prend toute la route et on klaxonne. Vivement que les plus de 1 milliards d'indiens puissent bientôt tous avoir un véhicule pour que le bordel devienne vraiment  anarchico-apocalyptique. Pour ceux qui se rendront prochainement sur le Sous-Continent, je leur conseille Connaught Place à Delhi, un des derniers cercles de l'enfer selon Dante pour ce qui est de la circulation: Vaches, autos, rickshaws, camions, tout cela dans un joyeux charivari et sous un mercure situé en permanence entre 25 et 35 °. Bref le pied.

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