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La course au château

Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 20:16


 

Hier soir sur France 2, en deuxième partie de soirée, Eva Joly, candidate d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) à la présidentielle, était l’invitée politique de Laurent Ruquier sur France 2, dans son émission « On n’est pas couché ». ONPC comme on dit dans le « landernau », est un peu à l’image du Grand Journal sur Canal Plus, le salon politique du tout Paris dans lequel il faut obligatoirement passer lorsque l’on a un livre, un film, ou tout autre message à faire valoir. Pourtant l’exercice semble particulièrement pénible, tant le bavardage, les bons mots et les rubriques cinglantes des chroniqueurs prennent le pas sur le fond des messages.  

 

Les années précédentes, dans ONPC, nous avions droit au duo insupportable des deux Eric, Zemmour et Naulleau : Zemmour s’est spécialisé dans les propos racistes, anti-«droits de l’hommiste » (injure suprême dans sa bouche) et anti-féministes primaires. Pour lui, critiquer les progressistes, les défenseurs des opprimés, les écologistes, les internationalistes, constitue le summum de la transgression. Son combat, dénoncer la « bien-pensance », notamment toutes celles et ceux qui défendent les droits des minorités et des opprimés, immigrés, sans papiers, homosexuels, etc.

 

Quel courage ! Dénoncer sous Sarkozy, Guéant et compagnie les défenseurs des droits de l’homme relève d’une extraordinaire indépendance d’esprit ! De l’art de transformer la flagornerie et la démagogie la plus crasseuse, cachées sous des monceaux de références culturelles (là-dessus, Zemmour a grosso modo la même technique qu’Alexandre Adler) en « courage », celui de « dire la vérité aux Français ». Heureusement pour nous, Zemmour n’assène plus ses idées nauséabondes sur le Service public audiovisuel à heure de grande écoute (il officie encore tout de même sur RTL, i-Télé et Paris Première). Sa haine des femmes vient peut-être de déconvenues passées avec la gente féminine, quand à ses pseudo-dénonciations des «élites », elles ne doivent pas être étrangères au fait qu’il ait raté deux fois l’ENA.

 

Eric Naulleau quant à lui, titulaire d’un DEA à la faculté des lettres de Nanterre, était un bon éditeur et critique littéraire avant d’aller faire le beau dans le Salon du marquis de Ruquier chez France Télévisions. Là, il s’est retrouvé à contre-emploi en donnant la réplique à Zemmour dans une surenchère de méchanceté vis-à-vis des invités qui défilaient le samedi soir la peur au ventre d’être humiliés.

 

Mais bon, les deux compères sont partis côte à côte casser les oreilles des spectateurs de paris Première, tout de même nettement moins nombreux.

 

Et sont arrivées à la rentrée 2011, à la place des Dupont et Dupont de l’analyse télévisuelle (ou des deux « chiens de garde » pour être plus méchant et rendre hommage à Paul-Yves Nizan et Serge Halimi), Audrey Pulvar et Natacha Polony.

 

Bonne idée sur le papier : Audrey Pulvar, belle et brillante journaliste (France 3, France Inter, etc.), originaire de la Martinique, plutôt à gauche, compagne actuelle d’Arnaud Montebourg, est l’exacte opposée de Zemmour. Natacha Polony, lettrée, personnalité du Mouvement des citoyens de Jean-Pierre Chevènement et journaliste au Figaro, joue elle la caution intellectuelle de « droite », disons néo-républicaine à la Zemmour.

 

Mais au fur et à mesure des émissions, le duo arrive progressivement à devenir aussi insupportable que ses prédécesseurs. Et le point d’orgue est peut-être arrivé hier soir.

 

Eva Joly, venue défendre sa candidature extrêmement critiquée actuellement dans le landerneau politico-médiatique, est arrivée sur le plateau de ONPC vers minuit et demi. Elle venait également parler de son dernier livre, Sans tricher, qu’elle a écrit pour tenter de lever les ambiguïtés sur sa personnalité et montrer à un maximum de Français qui elle était et pourquoi elle se présentait aujourd’hui à la magistrature suprême.

 

Et là, ce fut un florilège, un festival d’attaques plus ou moins violentes contre l’ancienne magistrate, à se demander si elle ne devait pas être tenue pour responsable de tous les égarements de la France. Même des journalistes peu soupçonnables de sympathie pour les écologistes comme Dominique de Montvalon à France Soir on reconnu qu’il s’agissait peu ou prou d’un « procès » intenté à Eva Joly :

 

http://www.francesoir.fr/actualite/politique/le-proces-d-eva-joly-par-ruquier-pulvar-et-polony-180912.html

 

Attaques sur le 14 juillet, sur son accent, sur sa soi-disant haine de la « nation », sur l’abandon du siège de la France au Conseil de sécurité de l’ONU, sur l’avenir du nucléaire, sur les jours de congé supplémentaires pour les autres religions, etc. Tout y est passé sur un ton agressif et condescendant. Dans l’exercice de lynchage, Natacha Polony fut la plus virulente, se servant sans doute de la présence d’Eva Joly pour pouvoir déverser des tombereaux d’opprobre à l’égard des écologistes. Cela semblait visiblement la soulager.

 

Mais les idées portées hier soir par Eva Joly ne sortent pas uniquement de son cerveau. C’est bel et bien le programme écologiste défendu avec beaucoup de dignité, de professionnalisme et d’aplomb par la candidate d’EELV face à des chroniqueurs maniant les poncifs et la « pensée en boite » en se croyant géniaux. « Abandonner le droit de véto et le siège permanent de la France au Conseil de sécurité de l’ONU, non mais vous n’y pensez pas ma bonne dame ! » Et bien si pourtant, nous ne sommes plus en 1945, désolé madame Polony. Brésil, Inde, chine, Afrique du Sud aspirent à leur part du gâteau et nous n’échapperons pas à une nouvelle architecture internationale dans la gouvernance mondiale pour tenter d’y apporter de la légitimité.

 

Mais pour les journalistes de salon, peut-être que le monde continue de tourner autour du génie français, un peu comme le soleil tournait autour de la terre avant que n’arrive Copernic.

 

Sur le 14 juillet, Eva Joly n’a jamais dit qu’elle voulait annuler notre fête nationale, mais qu’elle préfèrerait voir défiler sur les Champs Elysées des instituteurs, des infirmières et des pompiers notamment aux côtés des militaires plutôt que des chars et des avions. Il n’y a plus que la France qui fait défiler ainsi son armée le jour de sa fête nationale, avec notamment la Russie ou la Corée du Nord, comme elle l’a très bien rappelé hier soir. Ce n’est pas grave, la caricature de la Norvégienne qui ne comprend rien à la France et qui est dans un parti de dangereux écologistes fous, ça passe mieux à la télé. Sur le nucléaire également, comme d’habitude, les écologistes à travers Eva Joly ont été totalement caricaturés, et notamment malheureusement par Audrey Pulvar qui sur ce coup a vraiment manqué de se taire. Le rapport de cette semaine de la cour des Comptes devrait pourtant convaincre les derniers indécis de la dangerosité, de l’absurdité et du coût énorme du nucléaire. Mais non, rien y fait ! Même pas Fukushima qui a pourtant ouvert les yeux à nos voisins Allemands. Pourtant, combien de Français savent par exemple que lors de la grande tempête de décembre 1999, on a frôlé une catastrophe nucléaire majeure à la centrale du Blayais, près de Bordeaux, quand celle-ci a été envahie par les eaux alors qu’elle était coupée du réseau électrique. Alain Juppé, maire de Bordeaux, fut réveillé en pleine nuit le 27 décembre par le préfet qui envisageait un plan d’évacuation de la ville. Si le scénario s’était déroulé, c’est par exemple l’ensemble du vignoble bordelais qui aurait été rayé de la carte pour des siècles.

 

Mais Audrey Pulvar préféra hier soir invoquer le « mythe des énergies renouvelables » qu’Eva Joly opposerait au « mythe » du nucléaire. Madame Pulvar devrait plutôt lire Bernard Laponche, qui s’y connaît à coup sûr bien mieux qu’elle pour parler nucléaire, plutôt que de dérouler la propagande habituelle d’EDF et d’Areva en attendant la prochaine catastrophe.

 

Quant à madame Polony, son regard et ses propos condescendants méritent d’être remis à leur place. A cet égard, Eva Joly a été particulièrement polie avec une journaliste de 37 ans qui avait pourtant la prétention de lui infliger des cours de géopolitique. C’est vrai, Eva Joly a juste instruit l’affaire Elf, travaillé à l’international pour des gouvernements notamment norvégiens ou islandais, avant de présider aujourd’hui la commission du développement du Parlement européen. Elle qui s’est battue toute sa vie contre la corruption de la finance internationale et les paradis fiscaux a sans doute des leçons à recevoir d’une jeune journaliste du Figaro qui a beaucoup œuvré sur les plateaux de télévision mais très peu à l’international.

 

Cela me faisait penser à l’époque où Jean-Marie Cavada, recevant Pierre Bourdieu sur son plateau, avait l’insolence de vouloir lui expliquer la sociologie des médias. Oui après tout, Jean-Marie Cavada était tout de même un grand journaliste (en termes d’audience), et donc que valait face à lui la parole du plus important sociologue de la seconde moitié du 20e siècle, enseigné dans toutes les grandes universités du monde mais encore dénigré dans le champ politico-médiatique français ?

 

Pour en revenir à hier soir, pas la peine non plus de rappeler que si Eva Joly est la candidate d’EELV et pas Nicolas Hulot, c’est qu’elle a été choisie par 25 000 adhérents lors de primaires, et ce de façon incontestable. Argument imparable de Natacha Polony, « les militants ne font pas toujours les meilleurs choix ». Je plussoie, et ayant même envie de lui répondre « les citoyens non plus ». Pensons à 2007, au « Travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy face à l’état actuel du pays et du pouvoir d’achat de nos concitoyens. Oui, les militants ne font pas forcément les meilleurs choix, mais aux yeux de qui exactement ? Cela s’appelle la démocratie, et Eva Joly a gagné loyalement et largement les primaires d’EELV. Quand François Hollande viendra à ONPC, si c’est après une baisse dans les sondages, oseront-ils lui demander si Martine Aubry n’aurait pas finalement mieux convenue ?

 

Bref, hier soir, Eva Joly nous a surtout montré que quelles que soient les difficultés, elle n’ira pas se coucher et se battra jusqu’au bout pour porter les idées de l’écologie politique, car, comme elle l’a rappelé hier soir, tout comme l’avait indiqué Dany Cohn Bendit au début de la semaine lors dune conférence de presse, quel que soit le score d’Eva Joly aux prochaines élections présidentielles, personne n’échappera dans les mois et les années qui viennent aux questions fondamentales posées par l’écologie politique et aux réponses qu’elle apporte. Et tous les arguments des journalistes de salon pour en décrédibiliser la portée n’y suffiront pas.

 

Par Ben - Publié dans : La course au château - Communauté : Media - Actualité générale
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Mardi 24 avril 2007 2 24 /04 /Avr /2007 10:51
Alors voilà! Les résultats sont là: Sarkozy 31,18%, Royal 25,87%, Bayrou 18,57%, Le Pen 10,44%. Et les autres, dont les petits candidats de gauche? Aux fraises, dans les choux, à la masse. Voynet, la candidate des Verts, qui se présentaient encore en 2004 comme le deuxième partie de gauche, 1,57%. José Bové, candidat altermondialiste, leader des luttes planétaires contre les multinationales, respecté des sans terres brésiliens aux Intouchables indiens, 1,3%. A eux deux, Voynet et Bové dépassent à peine De Villiers, le neuneu Vicomte de Vendée dont la seule proposition concrète était la chasse ouverte aux musulmans, et qui a fait 2,3%. Ca fait peur!

Tout ou presque a été dit: le "vote utile" en faveur de Ségolène Royal, qui a laminé les candidats de la gauche de la gauche, dont les électeurs étaient effrayés par un second tour Le Pen/Sarkozy. A cet égard la propagande du PS et son discours culpabilisateur ont fonctionné à plein. Le vote protestataire, "antisystème", que Bayrou a su incarné bien mieux que tous les autres et qui a permis à l'UDF de passer de 6, 84% des voix en 2002 à plus de 18% en 2007, en ratissant très large à gauche. Les mauvaises campagnes, inaudibles, de Voynet comme de Bové, puisque Besancenot, qui aurait du également subir l'effet "vote utile", s'en sort plus qu'honorablement avec un score de 4,08%, etc. Il me semble qu'il manque une analyse qui a été déterminante dans ces élections, celle de la victoire totale, et de la revanche par rapport à 2002, des fabricants d'opinion publique, instituts de sondage, grands médias, et spin doctors de la com. politique, dont d'excellents spécimens sont tout de même chez Sarko.

Tout d'abord aujourd'hui, d'après tous les calculs électoraux, l'excité du karcher a toutes les chances d'être notre futur chef de l'état. On va laisser à un type dont la phrase récurrente est "je vais tous les niquer!" et qui a notamment plusieurs fois qualifié de "connard" un de ses collègues au gouvernement, Azouz Begag, menaçant de "lui casser la gueule" (alors que du haut de ses 1m65, Sarko ferait mieux de se calmer), les clefs de l'Elysée et le bouton nucléaire.

Sarko peut être de droite, il peut également braconner sur les terres de l'extrême droite, même si cela est moralement condamnable. Finalement, le problème n'est pas là. Nous sommes en démocratie et toutes les opinions doivent pouvoir s'exprimer, même les plus nauséabondes. Le problème, c'est plutôt la personnalité de ce garçon et la façon dont il est arrivé jusqu'aux portes du poste suprême de notre République. Tout ceci est en effet très inquiétant.

Pour en revenir au rôle joué par les médias dans ces élections, premier élément: en dix ans, Sarkozy est passé environ 4500 fois à la télévision, soit en moyenne plus d'une fois par jour pendant 10 ans. C'est un phénomène inédit dans l'histoire de notre pays. Jamais aucun homme politique n'a passé autant de temps dans le petit écran, même Chirac ou Mitterrand. Ainsi tout le monde en France connaît Sarkozy. C'est devenu une marque déposée. D'ailleurs l'UMP en a bien conscience, en vendant à chaque meeting des T shirts Sarko, des stylos Sarko ou des tongs Sarko.  Il est un peu notre Coca Cola politique. Tout le monde à l'étranger connaît désormais Sarkozy, à l'instar de Zidane. Et finalement, qu'on lui dresse des lauriers ou qu'on le critique sévèrement, peu importe.

Ce qui est important pour le petit Nicolas, c'est qu'on parle de lui. Qu'on l'aime, qu'on le haïsse, mais surtout, surtout, il ne faut pas qu'on l'ignore. Cela caractérise une névrose certaine, égocentrisme (ce dont souffre la plupart de nos hommes politiques) voire mégalomanie et narcissisme obsessionnel. L'excellent article paru dans le Marianne de la semaine dernière est sur ce point très révélateur. Il explique à quel point Sarkozy n'a pour seuls inquiétude et intérêt que sa propre personne. Il n'a comme vision du monde que son propre miroir dans lequel se reflète démesurément sa petite personne. C'est le complexe bien connu du Narcisse qui finit par se noyer dans sa propre image.

Sauf que là, le petit homme n'est pas en passe de se noyer, bien au contraire. Les journalistes étrangers ont bien compris ce trait de caractère, comme quand quelqu'un d'une radio suédoise pose la question "Sarkozy ne représente t'il pas un risque de dictature?" (comme le rapporte Marianne). Chez les journalistes français, jamais de propos de ce genre. Même si beaucoup graignent une dérive autoritaire, personne ne l'évoque. Et oui, Nicolas est bien souvent l'ami du patron, Bouygues, Lagardère, Dassault et consorts, possédant les trois quarts des grands médias. Et il est un excellent client, faisant vendre sur son nom du papier et faisant grimper les chiffres de l'audimat. On a connu un phénomène semblable en Europe dans l'Italie de Berlusconi. En Russie, la première chose qu'a faite Poutine en arrivant au pouvoir, c'est de mettre au pas les grands médias nationaux. Aujourd'hui sa côte en Russie est de plus de 70% d'opinion favorable malgré sa dérive autocratique et le conflit immonde qu'il a provoqué en Tchétchénie.

Alors voilà, aujourd'hui le vrai pouvoir, c'est celui du contrôle du flux médiatique. Les UBM de Sarko (unités de bruit média, qui permettent de mesurer scientifiquement la présence dans les médias d'un sujet ou d'une personnalité), sont ainsi surveillées de très prêt tous les jours par son équipe.

Face à lui, pourquoi Ségolène? On l'a vu dimanche soir, on ne peut pas dire que ce soit la meilleure oratrice au PS. Mais les militants socialistes l'ont désignée comme candidate car elle arrivait en tête de tous les sondages, après une conquête lancée par la madonne il y a plus de deux ans du champ politico-médiatique français (pour reprendre une terminologie bourdieusienne plus que jamais d'actualité). Ainsi les médias et instituts de sondages ont réussi à persuader les socialistes, puis ensuite les Français, que c'était elle, le meilleur produit contre Sarkozy. Et ça a marché. Revanche de 2002, où les instituts et les médias voulaient un duel Jospin-Chirac, avec ensuite un outsider, en la personne de Chevènement, gonflé artificiellement pour faire croire au suspense. Le résultat, on s'en souvient, abstention énorme et présence de Le Pen au second tour. Là, ils ont pris leur revanche les bougres. Avec de la propagande Ségo-Sarko depuis six mois, ils ont mis tous les atouts de leur côté pour influencer l'électorat selon leur bon vouloir. Ca fait vendre des feuilles de choux, des nouvelles émissions poujadistes style "j'ai une question à vous poser" et de l'espace publicitaire.

Après 2002, on avait dit "les sondages, on ne m'y reprendra plus". Après mai 2005 et la propagande ouiouiste au TCE ayant amené à la débâcle que l'on sait, on l'avait une nouvelle fois affirmé. Et cette année? Et bien 220 sondages en six mois, plus d'un par jour. Bien plus qu'en 2002. Et Roland Cayrol, et Pierre Giacometti, et toute la clique des sondeurs peuvent continuer à venir pérorer tous les soirs au bistrot télévisuel C dans l'air. Les résultats leur ont donné raison. Mais l'opinion donne les résultats des sondages ou les sondages créent l'opinion? Question de la poule et l'oeuf. Je reste pour ma part d'accord avec Patrick Champagne: "L'opinion publique, ça se fabrique".

Dernière chose, le bègue des Pyrénées. Lou Bayrou a commencé à monter dans les sondages et à accaparer les médias entre Ségo et Sarko à partir du moment où il s'est mis à taper sur les grands médias et leur manque d'indépendance. Et oui, la critique médiatique a le vent en poupe depuis le TCE. Paradoxe apparent donc, plus il critiquait les médias, plus il y était invité. Ses talents d'orateur et sa position "antisystème" ont fait le reste, de même que son omniprésence sur le web (Bayrou est un des premiers chefs politiques à avoir compris très tôt, il y a plus de dix ans, l'intérêt d'Internet pour la conquête politique. Il a d'ailleurs été élu candidat du Net par les Internautes pendant cette campagne. Pendant sa déclaration de dimanche soir d'ailleurs, Bayrou parlait avec en fond www.bayrou.fr à côté de son oreille droite). Finalement, même la critique systémique des médias sert à renforcer ces mêmes médias. Quadrature du cercle. Un peu comme Sarko finalement. Qu'on le critique ou qu'on le soutienne, on finit par le renforcer.

Ignorons le, tout en votant Ségolène Royal, et puis en le qualifiant, juste un petit peu, ça ne fait pas de mal, de mégalomaniaque  inconstant.

En attendant, je ne vois pas  dans les résultats de ce premier tour qu'une droitisation, certes inquiétante, de l'ensemble du corps électoral français. J'y vois également une contamination à l'américaine du champ politique par le tout médiatique et communicationnel selon des méthodes marketing bien rodées. Sarko étant le produit le plus présent sur les étalages, il obtient forcément la meilleure part de marché. Ce n'est qu'un élément d'un ensemble multifactoriel, mais il est central. Alors vendons du Ségolène, même si ce n'est pas ce qui ce fait de mieux sur le marché. En plus, il paraît que les voix centristes sont à vendre. Espérons que ce soit dans des boutiques de gauche.

Gardons espoir tout en préparant les valises.
Par Ben - Publié dans : La course au château
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Mercredi 21 mars 2007 3 21 /03 /Mars /2007 14:29

Il est "libre" François! Mouaih! Qui est-il vraiment? Homme providentiel voulant sortir la France d’un système d’alternance qui sclérose notre pays depuis 25 ans ? Simple citoyen plein de bon sens, paysan des Pyrénées, voulant gouverner dans l’intérêt de tous les Français ? Ou bien homme de droite démagogique et mégalo cherchant à être élu par les voix du « peuple de gauche », lui qui, déçu depuis 1983, ne cesse depuis de se faire avoir ?

Nous avons un indice dans Le Parisien de ce jour, mercredi 21 mars 2007 : François Bayrou y déclare voir des « ressemblances » entre sa stratégie actuelle et celle de Chirac en 1995. Mais si, souvenez-vous, la « fracture sociale », devenue ensuite une triste farce !


L’expression « fracture sociale » a été forgée non pas par le démographe Emmanuel Todd, comme on le croit souvent, mais par le philosophe français de centre gauche Marcel Gauchet. Au début de l’année 1995, alors que Balladur règne dans les sondages (on sait ce qu’il adviendra par la suite, même pas présent au second tour), et que Chirac lui est au fond du trou (médiatique bien entendu), des intellectuels dits « de gauche », dont la fondation St Simon, fondée en 1981 par Pierre Nora et Marcel Gauchet, rejoignent le candidat Chirac. Celui-ci reprend alors à son compte la fameuse « fracture sociale » qui aura tant de succès, notamment dans les quartiers populaires et qui, avec le « mangez des pommes », conduira Chirac à la victoire (aujourd’hui d’ailleurs, les jeunes de l’UDF doivent distribuer des clémentines dans les rues de Paris, comme en écho à la fameuse pomme de 1995). A l’époque, nombre de gens de gauche, trouvant Jospin insipide, avaient voté Chirac, croyant dur comme fer à sa volonté de réduire cette fracture sociale. On sait ce qu’il en advint par la suite.


Comme il faut toujours savoir tirer des leçons de l’histoire, faisons donc un parallèle avec la stratégie actuelle de François Bayrou. Alors d’abord qui est réellement « Lou Bayrou » (avec l’accent Béarnais, s’il vous plaît) ?


François René Jean Lucien Bayrou est né le 25 mai 1951 à Bordères, entre Pau  et Lourdes. Il est le fils de Calixte Bayrou et d'Emma Sarthou, tous les deux agriculteurs. Marié à 20 ans, il suit des études de littérature à Bordeaux et obtient l'agrégation de lettres classiques à 23 ans. Son père meurt alors d'un accident du travail, et, tout en enseignant, le jeune François aide sa mère à tenir l'exploitation. En plus de tout cela, il est bègue. Mais à force d’obstination, François parvient à vaincre son handicap. Ca c’est son côté Germinal.


Jeune, François Bayrou est proche des mouvements non violents, notamment de la communauté de Lanza del Vasto (philosophe et poète voyageur, premier disciple occidental de Gandhi). Ca c’est son côté très sympa.


À 30 ans, en 1982, il devient conseiller général, puis quatre ans après député UDF des Pyrénées Atlantiques. D'inspiration démocrate-chrétienne, Bayrou est un catholique pratiquant et un fervent partisan d'une Europe fédérale. Ca c’est son côté Jacques Delors.


On le voit, François n’est pas un « bleu » de l’échiquier politique français. Et député depuis 21 ans, il n’a pas vraiment le profil du « petit propriétaire terrien » que souvent il prétend être. Pour information, un parlementaire gagne 6700 euros par mois. On est loin du SMIC.


En 1993, alors que Mitterrand est en fin de règne et que Balladur débarque à Matignon à la suite de législatives désastreuses pour la gauche, Bayrou est nommé ministre de l’Education nationale. Il veut alors intégrer au budget de l’Etat les établissements d’enseignement confessionnel. Résultats des courses, le 21 janvier 1994, un million de Français prennent la rue pour défendre l’école laïque. Traumatisé, Bayrou se gardera bien ensuite de réformer quoi que ce soit, gérant tranquillement le ministère en partenariat avec les syndicats, ce qui finira par le rendre sympathique vis-à-vis des profs malgré sa grosse bourde de départ. Il reste ministre de l’Education jusqu’à l’arrivée de la gauche au pouvoir, en 1997. En 95, malgré la campagne très centre gauche de Chirac, Lou Bayrou soutient Balladur, au côté donc du petit traître Sarkozy. Le nouveau Président Chirac le gardera pourtant comme ministre, alors qu’il purge dès son arrivée à l’Elysée tous les traîtres balladuriens.


En 98, François prend la tête de l’UDF, parti qui à l’époque regroupe en son sein DL (Démocratie Libérale), mouvement ultra-droitier et ultra-libéral d’Alain Madelin. Mais DL approuve aux régionales de la même année les présidents de région se faisant réélire avec les voix du Front National. Bayrou refuse alors toute compromission avec l’extrême droite (ça aussi c’est un de ses côtés sympa) et DL quitte l’UDF. Il conduit l’année suivant la liste UDF aux européennes, qui obtiendra 9,28% des voix.


En 2002, François crée la surprise en étant 4ième aux élections présidentielles, avec 6,84% des voix, devant Chevènement que la presse qualifiait alors de « 3ième homme ». Il appelle alors Chirac à construire une large coalition avec les résultats qu’il obtient au 2nd tour face à Le Pen (82% des voix). Mais comme à son habitude, Chirac préfère placer son camp malgré le vote des Français et crée à cet effet avec Juppé l’UMP (Union pour une majorité présidentielle). Le grand geste politique de François durant cette période, c’est la baffe qu’il fout à un gamin qui tente de lui faire les poches, à Strasbourg, pendant la campagne.


Après les Présidentielles, tous « les rats quittent le navire ». La majorité des UDF, suivant Philippe Douste-Blabla, le neuneu de Lourdes et Toulouse, quittent François pour rejoindre l’UMP. Mais François, lui, il croit en son destin personnel (surtout qu’il paraît que Mitterrand lui a dit qu’un jour il serait Président). Toujours un peu mégalos les François ? En tous cas, trente députés UDF résistent et créent un groupe à l’Assemblée nationale pour la législature 2002-2007.


C’est le moment où Lou Bayrou dit s’opposer à l’ « Etat UMP » et déclare non sans emphase « lorsque l’on pense tous la même chose, on ne pense plus rien ». C’est cette période qui nous intéresse le plus au regard de ce qu’il se passe aujourd’hui. Regardons donc un peu quelques textes votés par les députés UDF durant cette période. En effet, aujourd’hui la politique, cela consiste à faire des déclarations. Les vrais gestes politiques eux, comme les votes au Parlement, les propositions de loi, les travaux des commissions, bref les bilans de mandat de nos gouvernants, ne sont que très rarement analysés.


Si tel était le cas, Sarkozy par exemple serait un piètre candidat. En effet, durant son premier mandat de député de Neuilly à partir de 1988, l’excité de Beauvau n’intervient qu’une seule fois dans l’hémicycle. Ministre du Budget sous Balladur entre 93 et 95, ses seuls actes seront de sortir les « affaires » de Chirac à la mairie de Paris pour ouvrir la voie de l’Elysée à son mentor Balladur. Ministre de l’Intérieur en 2002, ses principales actions seront de passer à la télé, de supprimer la police de proximité, à peine entrée en vigueur, et de multiplier les textes durs contre les immigrés, comme d’habitude boucs émissaires de la nullité de nos gouvernants. Ministre des finances en 2004, rien à signaler si ce n’est les cadeaux fiscaux accordés aux patrons du CAC 40. Reministre de l’Intérieur en 2005, Sarkozy revient surtout à Beauvau, pour d’après ses propres propos, « se défendre des coups tordus » de ses « amis ». Voilà. Bilan de Sarkozy depuis 15 ans, être passé plus de 4000 fois à la télé, en faisant l’homme politique le plus médiatisé de toute l’histoire de France. Pour le reste, aucun texte, aucune action qui ait fait progresser notre pays. Le bilan de la lutte contre la délinquance ? Calamiteux. Il n’y a jamais eu autant d’atteintes aux personnes en France. Mais voilà, chez nous on juge « à la parlotte », comme au temps des bons mots à la Cour de Versailles (Cf le film Ridicule de Patrice Leconte). Heureusement qu’on ne juge pas de la même manière un médecin ou un artisan.


Je ne serai pas aussi sévère avec Bayrou. Mais bon… Alors que Bayrou faisait sa star des banlieues à St Denis mercredi dernier, petit rappel non négligeable. A l’Assemblée, l’UDF a voté l’état d’urgence en 2005 à la suite des émeutes en banlieues, renvoyant une nouvelle fois les gens issus de l’immigration à leur statut d’ « indigènes ». Une majorité d’habitants des quartiers populaires s’était à l’époque offusquée de cette mesure. François Bayrou a de même été un des premiers à voter la « loi sur les signes religieux dans les écoles publiques », texte venu une fois de plus stigmatiser les musulmans de France. Pire, l’UDF, du moins une majorité, a voté pour la réforme inique de l’excité du Karcher du Code de l’entrée et du séjour des étrangers (Ceseda), dénoncée par toutes les associations sérieuses qui travaillent sur l’immigration (voir UCIJ). Pas de doute que François aurait fait un tabac à St Denis s’il avait rappelé tout cela.


Donc il n’y a pas de grande différence, si ce n’est dans les déclarations, entre les visions UMP et UDF de l’immigration. Ne parlons pas de la réforme de la loi sur la prévention de la délinquance, de la loi sur l’eau, des OGM, etc.


En économie, François est un libéral convaincu. Il serait même prêt à prendre Peyrelevade comme Premier Ministre, vous savez, l’ancien PDG du Crédit Lyonnais, adepte du sport : « On privatise les bénéfices, on publicise les pertes ».


En écologie, espérons que Corinne Lepage viendra quelque peu éclairer ses lanternes, étant donné le vide sidéral de la pensée de François à ce sujet.


Un autre rappel : aux régionales de 2004, l’UDF a rallié partout l’UMP au second tour face à la gauche. Et aujourd’hui le président de l’UDF voudrait être élu par les électeurs de gauche ? Mais de qui se moque t’on ! Lorsqu’un journaliste malin de Libé demande à Bayrou le 15 mars 2007 : « Pour les prochaines législatives, l’UMP n’a pas investi de candidats contre les sortants UDF. Vous engagez-vous, si vous n’êtes pas élu Président, à ne pas vous faire réélire député UDF des Pyrénées Atlantiques avec le soutien de l’UMP ? », François répond : « Cette question est sans objet. » Bah tiens ! Attention François, à force de vouloir faire le grand écart, tu risques un claquage des tendons.


Si François Bayrou n’a pas rejoint l’UMP en 2002, ce n’est donc pas à cause d’un clivage idéologique irréconciliable, mais bel et bien parce qu’il croit en son destin personnel et qu’il voyait bien n’avoir aucune chance d’être investi par l’UMP aux présidentielles de 2007.


Un fauteuil ministériel, ce n’est pas assez pour François. On me rétorquera que tous les politiques sont comme cela, mégalos. Peut-être, mais c’est juste pour rappeler à ceux qui croient en « Bayrou le sauveur » qu’il est comme tous les autres, l’égo chevillé au corps et le nez dans les sondages, avec des préoccupations bien éloignés de celles mises en avant.


Et pour les électeurs de gauche tentés par le vote Bayrou : Attention à la gueule de bois ! Souvenez-vous du syndrome Chirac de 1995. Ce n’est pas parce que Ségolène est désespérante qu’il faut voter n’importe comment ! Certes gauche/droite est un clivage qui peut disparaître dans les paroles, mais jamais dans les actes. A l’Assemblée comme au Sénat, les vieux réflexes perdureront encore longtemps. Mais la France s'est aujourd'hui tellement droitisée que Bayrou peut, au "miyeu", apparaître comme un homme de gauche.


Les politiques savent très bien tout cela. Aux électeurs de ne pas prendre des vessies pour des lanternes.   

Par Ben - Publié dans : La course au château
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Lundi 12 mars 2007 1 12 /03 /Mars /2007 13:22
Salut l'artiste! Du moins si l'on considère comme étant de l'art le fait de dire et de faire en permanence tout et son contraire. Alors ça y est! Chirac s'en va enfin, après 12 longues années passées au Palais de l'Elysée. Pour la première fois depuis 1981, Chirac ne se présentera pas aux élections présidentielles de mai prochain. Incroyable! Cet assoiffé de pouvoir comme la Ve République en a peu connu, si ce n'est Sarkozy, son fils rebelle, a enfin décidé de raccrocher les gants. Il nous l'a annoncé solennellement à la télévision hier soir, nous déclarant même sa flamme. Sur fond de drapeau français et de drapeau européen (beaucoup plus petit), le Président a ainsi déclaré :

«Cette France que j'aime autant que je vous aime. Cette France riche de sa jeunesse, forte de son histoire, de sa diversité, assoiffée de justice et d'envie d'agir. Cette France qui, croyez-moi, n'a pas fini d'étonner le monde».


Voilà, Chirac s'en va et Chirac nous aime. Nous sommes ravis de l'apprendre. Le discours était du Jacques Chirac pur jus, lyrique et gaulliste à souhait, mais tellement éloigné de la réalité.

Pourtant, toute la presse "institutionnelle" française s'est empressée de louer notre "grand" chef d'Etat, avec des articles particulièrement flagorneurs, tel le Parisien de ce matin qui soulignait le "panache" de Chirac. A l'étranger en revanche, la presse s'est montrée beaucoup moins tendre vis-à-vis de notre girouette nationale: Ainsi des Américains et des Britanniques, comme le
Daily Telegraph, quotidien de centre droit, qui a affirmé que si "les conventions demandent qu'on dise des choses gentilles sur les gens quand ils prennent leur retraite, il n'est pas facile de le faire dans le cas de Jacques Chirac". Le quotidien ajoute que Chirac "est charmant, inconstant, imposant, ayant fière allure et sans aucun scrupule." "Il a été, selon son humeur, un libre-échangiste et un protectionniste, un gaulliste et un atlantiste, un fédéraliste et un eurosceptique". "On dit qu'en démocratie, les peuples ont les hommes politiques qu'ils méritent. (...) La France méritait mieux", conclut ensuite le Daily Telegraph. Ca fait mal!

En fait que peut-on retenir des 12 années de présidence Chirac? Pour paraphraser Dominique Voynet, il n'y a que l'embarras du choix, entre la reprise des essais nucléaires français en 95; l'échec total de la réduction de la fracture sociale; la manipulation de l'insécurité à son profit puis au profit du petit excité du karcher; le grand écart entre les beaux discours sur l'écologie devant les Nations Unies, à Johannesburg et à New York ("Notre maison brûle et nous regardons ailleurs") et le soutien inconditionnel en France aux lobbying les plus pollueurs, dont les agriculteurs productivistes aux pratiques ayant entraîné la dégradation sanitaire de plus de 70% de nos nappes phréatiques; le "je ne vous comprends pas" lancé devant les étudiants qui ne voulaient pas de l'Europe qu'on leur proposait étant donné la précarisation croissante de leurs conditions de vie; la légion d'honneur épinglée sur le costard sanglant de Vladimir Poutine (la donner à Anna Politkovskaïa aurait été sans nul doute plus judicieux), l'invention d'un mot magnifique entré depuis dans le dictionnaire, "abracadabrantesque", pour désigner les "affaires" à l'époque du RPR, les augmentations des frais de l'Elysée de l'ordre de 700% pendant que les Français devaient se serrer la ceinture, etc.

Dans ce bilan quelque peu calamiteux, deux décisions sont tout de même à mettre à l'actif de Chirac: le refus d'engager la France dans la guerre en Irak, qui fut une décision très courageuse pour un petit pays de 60 millions d'habitants comme le notre. Si c'est Sarkozy qui avait été au pouvoir à ce moment là, de même qu'un socialiste d'ailleurs (on se souvient de Miterrand vis-à-vis de la première Guerre du Golfe), cela ne se serait sans doute pas passé de la même façon. L'autre grande action de Chirac, qui elle a eu une répercussion directe sur ma vie de même que sur celle de millions de jeunes, fut la professionnalisation de l'armée et la fin du service militaire. Voilà, c'est un peu maigre dans la balance pour douze longues années de pouvoir suprême.

Pourtant, je ne sais pas pourquoi, mais au vu de ce qui se présente à l'horizon, et malgré son bilan chaotique, je sens que nous allons le regretter d'ici peu notre Chirac national, et c'est très révélateur de la crise abyssale qui secoue actuellement notre pays. Bien qu'élu par et pour la droite, Chirac, contrairement à beaucoup de ses condisciples d'appareil, s'est opposé à Le Pen et aux thèses d'extrême droite. Or Sarkozy, celui qui se présente comme son successeur, a proposé la semaine dernière la création d'un "ministère de l'immmigration et de l'identité nationale", assimilant donc sciemment immigration et menace contre notre "identité", dans la plus pure tradition idéologique frontiste. Cela fait peur, très peur. Chirac avait des défauts mais on était loin de Pétain. Avec le petit, nous ne sommes plus surs de rien.

Qu'avons nous donc en face? Un ancien bègue des Pyrénées qui a toujours été de droite mais qui essaye de se faire élire par la gauche pour gouverner "au centre". La stratégie de "l'extrême centre". C'est très beau mais avec qui gouvernera-t'il le sieur Bayrou? Jean Peyrelevade, ancien PDG du Crédit Lyonnais à la grande époque, comme Premier ministre? Très bien, un grand patron (on voit mieux où sont ses amis), et ensuite? Raymond Barre? Aux fraises depuis un bon moment. Simone Weil? Elle a rejoint le nain de Beauvau (la traîtresse). Giscard? Ca c'est une bonne idée, place aux jeunes! Et le programme? Pas grand chose à se mettre sous la dent, si ce n'est l'exonération de charges pendant cinq ans pour toutes les petites entreprises qui embaucheraient deux salariés.

De l'autre côté, une énarque maîtresse d'école type troisième République, mais qui aurait décidé de faire parler tous ses élèves, à l'écoute, toujours à l'écoute, mais dont on attend les propositions originales (si ce n'est aller encore plus loin  que les autres dans la stigmatisation des jeunes de banlieues en leur proposant l'encadrement militaire), entourée de socialistes qui ont abandonné depuis longtemps leur idéologie de transformation pour se contenter de l'accompagnement d'un système économique qui court à sa perte (Quand est-ce que quelqu'un voudra bien m'expliquer d'ailleurs comment sur une planète aux ressources finies, on peut baser tout notre modèle sur la croissance infinie des biens et des services? Cf François Partant).

Umpistes, Centristes, Socialistes, ils sont tous pour la recherche de la plus grande croissance économique. C'est là que le bas blesse. Notre planète va mal, très mal, et il est plus que temps de freiner nos activités dévastatrices pour l'ensemble des espèces.

Mais bon, l'écologie c'est réglé il paraît, d'un simple clic sur le pacte de Nicolas Hulot. Pour le reste: pas de réflexions sur la culture, rien ou très peu sur l'Europe, rien ou très peu sur les relations internationales, etc. Ceux qui proposent des voies alternatives disparaissent de l'écran. Les Verts avec Voynet plafonnent à 2% et Bové fait à peine mieux. Le système est bien verrouillé entre gros lobbying appuyés par les médias et grands partis accumulant toutes les ressources symboliques, institutionnelles et financières à leur profit.

Alors voilà. Les élections présidentielles sont une mascarade démocratique dans un système tel que la Ve république et Chirac en fut le meilleur représentant, surtout après son élection de 2002.

Adieu donc Chirac! Tu nous auras bien berné. Je ne te dis pas merci pour mon vote de 2002 contre l'extrême droite alors que quelques mois plus tard Sarko débarquait à Beauvau pour appliquer des pans entiers du programme du FN. J'espère bien que l'on ne te regrettera pas. Malheureusement, j'ai des doutes là-dessus tellement le casting officiel proposé est calamiteux.

"Alea jacta est!" comme disait César.

Par Ben - Publié dans : La course au château
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