Tout ou presque a été dit: le "vote utile" en faveur de Ségolène Royal, qui a laminé les candidats de la gauche de la gauche, dont les électeurs étaient effrayés par un second tour Le Pen/Sarkozy. A cet égard la propagande du PS et son discours culpabilisateur ont fonctionné à plein. Le vote protestataire, "antisystème", que Bayrou a su incarné bien mieux que tous les autres et qui a permis à l'UDF de passer de 6, 84% des voix en 2002 à plus de 18% en 2007, en ratissant très large à gauche. Les mauvaises campagnes, inaudibles, de Voynet comme de Bové, puisque Besancenot, qui aurait du également subir l'effet "vote utile", s'en sort plus qu'honorablement avec un score de 4,08%, etc. Il me semble qu'il manque une analyse qui a été déterminante dans ces élections, celle de la victoire totale, et de la revanche par rapport à 2002, des fabricants d'opinion publique, instituts de sondage, grands médias, et spin doctors de la com. politique, dont d'excellents spécimens sont tout de même chez Sarko. Tout d'abord aujourd'hui, d'après tous les calculs électoraux, l'excité du karcher a toutes les chances d'être notre futur chef de l'état. On va laisser à un type dont la phrase récurrente est "je vais tous les niquer!" et qui a notamment plusieurs fois qualifié de "connard" un de ses collègues au gouvernement, Azouz Begag, menaçant de "lui casser la gueule" (alors que du haut de ses 1m65, Sarko ferait mieux de se calmer), les clefs de l'Elysée et le bouton nucléaire.
Sarko peut être de droite, il peut également braconner sur les terres de l'extrême droite, même si cela est moralement condamnable. Finalement, le problème n'est pas là. Nous sommes en démocratie et toutes les opinions doivent pouvoir s'exprimer, même les plus nauséabondes. Le problème, c'est plutôt la personnalité de ce garçon et la façon dont il est arrivé jusqu'aux portes du poste suprême de notre République. Tout ceci est en effet très inquiétant.
Pour en revenir au rôle joué par les médias dans ces élections, premier élément: en dix ans, Sarkozy est passé environ 4500 fois à la télévision, soit en moyenne plus d'une fois par jour pendant 10 ans. C'est un phénomène inédit dans l'histoire de notre pays. Jamais aucun homme politique n'a passé autant de temps dans le petit écran, même Chirac ou Mitterrand. Ainsi tout le monde en France connaît Sarkozy. C'est devenu une marque déposée. D'ailleurs l'UMP en a bien conscience, en vendant à chaque meeting des T shirts Sarko, des stylos Sarko ou des tongs Sarko. Il est un peu notre Coca Cola politique. Tout le monde à l'étranger connaît désormais Sarkozy, à l'instar de Zidane. Et finalement, qu'on lui dresse des lauriers ou qu'on le critique sévèrement, peu importe. Ce qui est important pour le petit Nicolas, c'est qu'on parle de lui. Qu'on l'aime, qu'on le haïsse, mais surtout, surtout, il ne faut pas qu'on l'ignore. Cela caractérise une névrose certaine, égocentrisme (ce dont souffre la plupart de nos hommes politiques) voire mégalomanie et narcissisme obsessionnel. L'excellent article paru dans le Marianne de la semaine dernière est sur ce point très révélateur. Il explique à quel point Sarkozy n'a pour seuls inquiétude et intérêt que sa propre personne. Il n'a comme vision du monde que son propre miroir dans lequel se reflète démesurément sa petite personne. C'est le complexe bien connu du Narcisse qui finit par se noyer dans sa propre image.
Sauf que là, le petit homme n'est pas en passe de se noyer, bien au contraire. Les journalistes étrangers ont bien compris ce trait de caractère, comme quand quelqu'un d'une radio suédoise pose la question "Sarkozy ne représente t'il pas un risque de dictature?" (comme le rapporte Marianne). Chez les journalistes français, jamais de propos de ce genre. Même si beaucoup graignent une dérive autoritaire, personne ne l'évoque. Et oui, Nicolas est bien souvent l'ami du patron, Bouygues, Lagardère, Dassault et consorts, possédant les trois quarts des grands médias. Et il est un excellent client, faisant vendre sur son nom du papier et faisant grimper les chiffres de l'audimat. On a connu un phénomène semblable en Europe dans l'Italie de Berlusconi. En Russie, la première chose qu'a faite Poutine en arrivant au pouvoir, c'est de mettre au pas les grands médias nationaux. Aujourd'hui sa côte en Russie est de plus de 70% d'opinion favorable malgré sa dérive autocratique et le conflit immonde qu'il a provoqué en Tchétchénie.
Alors voilà, aujourd'hui le vrai pouvoir, c'est celui du contrôle du flux médiatique. Les UBM de Sarko (unités de bruit média, qui permettent de mesurer scientifiquement la présence dans les médias d'un sujet ou d'une personnalité), sont ainsi surveillées de très prêt tous les jours par son équipe.
Face à lui, pourquoi Ségolène? On l'a vu dimanche soir, on ne peut pas dire que ce soit la meilleure oratrice au PS. Mais les militants socialistes l'ont désignée comme candidate car elle arrivait en tête de tous les sondages, après une conquête lancée par la madonne il y a plus de deux ans du champ politico-médiatique français (pour reprendre une terminologie bourdieusienne plus que jamais d'actualité). Ainsi les médias et instituts de sondages ont réussi à persuader les socialistes, puis ensuite les Français, que c'était elle, le meilleur produit contre Sarkozy. Et ça a marché. Revanche de 2002, où les instituts et les médias voulaient un duel Jospin-Chirac, avec ensuite un outsider, en la personne de Chevènement, gonflé artificiellement pour faire croire au suspense. Le résultat, on s'en souvient, abstention énorme et présence de Le Pen au second tour. Là, ils ont pris leur revanche les bougres. Avec de la propagande Ségo-Sarko depuis six mois, ils ont mis tous les atouts de leur côté pour influencer l'électorat selon leur bon vouloir. Ca fait vendre des feuilles de choux, des nouvelles émissions poujadistes style "j'ai une question à vous poser" et de l'espace publicitaire. Après 2002, on avait dit "les sondages, on ne m'y reprendra plus". Après mai 2005 et la propagande ouiouiste au TCE ayant amené à la débâcle que l'on sait, on l'avait une nouvelle fois affirmé. Et cette année? Et bien 220 sondages en six mois, plus d'un par jour. Bien plus qu'en 2002. Et Roland Cayrol, et Pierre Giacometti, et toute la clique des sondeurs peuvent continuer à venir pérorer tous les soirs au bistrot télévisuel C dans l'air. Les résultats leur ont donné raison. Mais l'opinion donne les résultats des sondages ou les sondages créent l'opinion? Question de la poule et l'oeuf. Je reste pour ma part d'accord avec Patrick Champagne: "L'opinion publique, ça se fabrique".
Dernière chose, le bègue des Pyrénées. Lou Bayrou a commencé à monter dans les sondages et à accaparer les médias entre Ségo et Sarko à partir du moment où il s'est mis à taper sur les grands médias et leur manque d'indépendance. Et oui, la critique médiatique a le vent en poupe depuis le TCE. Paradoxe apparent donc, plus il critiquait les médias, plus il y était invité. Ses talents d'orateur et sa position "antisystème" ont fait le reste, de même que son omniprésence sur le web (Bayrou est un des premiers chefs politiques à avoir compris très tôt, il y a plus de dix ans, l'intérêt d'Internet pour la conquête politique. Il a d'ailleurs été élu candidat du Net par les Internautes pendant cette campagne. Pendant sa déclaration de dimanche soir d'ailleurs, Bayrou parlait avec en fond www.bayrou.fr à côté de son oreille droite). Finalement, même la critique systémique des médias sert à renforcer ces mêmes médias. Quadrature du cercle. Un peu comme Sarko finalement. Qu'on le critique ou qu'on le soutienne, on finit par le renforcer. Ignorons le, tout en votant Ségolène Royal, et puis en le qualifiant, juste un petit peu, ça ne fait pas de mal, de mégalomaniaque inconstant.
En attendant, je ne vois pas dans les résultats de ce premier tour qu'une droitisation, certes inquiétante, de l'ensemble du corps électoral français. J'y vois également une contamination à l'américaine du champ politique par le tout médiatique et communicationnel selon des méthodes marketing bien rodées. Sarko étant le produit le plus présent sur les étalages, il obtient forcément la meilleure part de marché. Ce n'est qu'un élément d'un ensemble multifactoriel, mais il est central. Alors vendons du Ségolène, même si ce n'est pas ce qui ce fait de mieux sur le marché. En plus, il paraît que les voix centristes sont à vendre. Espérons que ce soit dans des boutiques de gauche.
Gardons espoir tout en préparant les valises.
Il est "libre" François! Mouaih! Qui est-il vraiment? Homme providentiel voulant sortir
Nous avons un indice dans Le Parisien de ce jour, mercredi 21 mars 2007 : François Bayrou y déclare voir des « ressemblances » entre sa stratégie actuelle et celle de Chirac en 1995. Mais si, souvenez-vous, la « fracture sociale », devenue ensuite une triste farce !
L’expression « fracture sociale » a été forgée non pas par le démographe Emmanuel Todd, comme on le croit souvent, mais par le philosophe français de centre gauche Marcel Gauchet. Au début de l’année 1995, alors que Balladur règne dans les sondages (on sait ce qu’il adviendra par la suite, même pas présent au second tour), et que Chirac lui est au fond du trou (médiatique bien entendu), des intellectuels dits « de gauche », dont la fondation St Simon, fondée en 1981 par Pierre Nora et Marcel Gauchet, rejoignent le candidat Chirac. Celui-ci reprend alors à son compte la fameuse « fracture sociale » qui aura tant de succès, notamment dans les quartiers populaires et qui, avec le « mangez des pommes », conduira Chirac à la victoire (aujourd’hui d’ailleurs, les jeunes de l’UDF doivent distribuer des clémentines dans les rues de Paris, comme en écho à la fameuse pomme de 1995). A l’époque, nombre de gens de gauche, trouvant Jospin insipide, avaient voté Chirac, croyant dur comme fer à sa volonté de réduire cette fracture sociale. On sait ce qu’il en advint par la suite.
Comme il faut toujours savoir tirer des leçons de l’histoire, faisons donc un parallèle avec la stratégie actuelle de François Bayrou. Alors d’abord qui est réellement « Lou Bayrou » (avec l’accent Béarnais, s’il vous plaît) ?
François René Jean Lucien Bayrou est né le 25 mai 1951 à Bordères, entre Pau et Lourdes. Il est le fils de Calixte Bayrou et d'Emma Sarthou, tous les deux agriculteurs. Marié à 20 ans, il suit des études de littérature à Bordeaux et obtient l'agrégation de lettres classiques à 23 ans. Son père meurt alors d'un accident du travail, et, tout en enseignant, le jeune François aide sa mère à tenir l'exploitation. En plus de tout cela, il est bègue. Mais à force d’obstination, François parvient à vaincre son handicap. Ca c’est son côté Germinal.
Jeune, François Bayrou est proche des mouvements non violents, notamment de la communauté de Lanza del Vasto (philosophe et poète voyageur, premier disciple occidental de Gandhi). Ca c’est son côté très sympa.
À 30 ans, en 1982, il devient conseiller général, puis quatre ans après député UDF des Pyrénées Atlantiques. D'inspiration démocrate-chrétienne, Bayrou est un catholique pratiquant et un fervent partisan d'une Europe fédérale. Ca c’est son côté Jacques Delors.
On le voit, François n’est pas un « bleu » de l’échiquier politique français. Et député depuis 21 ans, il n’a pas vraiment le profil du « petit propriétaire terrien » que souvent il prétend être. Pour information, un parlementaire gagne 6700 euros par mois. On est loin du SMIC.
En 1993, alors que Mitterrand est en fin de règne et que Balladur débarque à Matignon à la suite de législatives désastreuses pour la gauche, Bayrou est nommé ministre de l’Education nationale. Il veut alors intégrer au budget de l’Etat les établissements d’enseignement confessionnel. Résultats des courses, le 21 janvier 1994, un million de Français prennent la rue pour défendre l’école laïque. Traumatisé, Bayrou se gardera bien ensuite de réformer quoi que ce soit, gérant tranquillement le ministère en partenariat avec les syndicats, ce qui finira par le rendre sympathique vis-à-vis des profs malgré sa grosse bourde de départ. Il reste ministre de l’Education jusqu’à l’arrivée de la gauche au pouvoir, en 1997. En 95, malgré la campagne très centre gauche de Chirac, Lou Bayrou soutient Balladur, au côté donc du petit traître Sarkozy. Le nouveau Président Chirac le gardera pourtant comme ministre, alors qu’il purge dès son arrivée à l’Elysée tous les traîtres balladuriens.
En 98, François prend la tête de l’UDF, parti qui à l’époque regroupe en son sein DL (Démocratie Libérale), mouvement ultra-droitier et ultra-libéral d’Alain Madelin. Mais DL approuve aux régionales de la même année les présidents de région se faisant réélire avec les voix du Front National. Bayrou refuse alors toute compromission avec l’extrême droite (ça aussi c’est un de ses côtés sympa) et DL quitte l’UDF. Il conduit l’année suivant la liste UDF aux européennes, qui obtiendra 9,28% des voix.
En 2002, François crée la surprise en étant 4ième aux élections présidentielles, avec 6,84% des voix, devant Chevènement que la presse qualifiait alors de « 3ième homme ». Il appelle alors Chirac à construire une large coalition avec les résultats qu’il obtient au 2nd tour face à Le Pen (82% des voix). Mais comme à son habitude, Chirac préfère placer son camp malgré le vote des Français et crée à cet effet avec Juppé l’UMP (Union pour une majorité présidentielle). Le grand geste politique de François durant cette période, c’est la baffe qu’il fout à un gamin qui tente de lui faire les poches, à Strasbourg, pendant la campagne.
Après les Présidentielles, tous « les rats quittent le navire ». La majorité des UDF, suivant Philippe Douste-Blabla, le neuneu de Lourdes et Toulouse, quittent François pour rejoindre l’UMP. Mais François, lui, il croit en son destin personnel (surtout qu’il paraît que Mitterrand lui a dit qu’un jour il serait Président). Toujours un peu mégalos les François ? En tous cas, trente députés UDF résistent et créent un groupe à l’Assemblée nationale pour la législature 2002-2007.
C’est le moment où Lou Bayrou dit s’opposer à l’ « Etat UMP » et déclare non sans emphase « lorsque l’on pense tous la même chose, on ne pense plus rien ». C’est cette période qui nous intéresse le plus au regard de ce qu’il se passe aujourd’hui. Regardons donc un peu quelques textes votés par les députés UDF durant cette période. En effet, aujourd’hui la politique, cela consiste à faire des déclarations. Les vrais gestes politiques eux, comme les votes au Parlement, les propositions de loi, les travaux des commissions, bref les bilans de mandat de nos gouvernants, ne sont que très rarement analysés.
Si tel était le cas, Sarkozy par exemple serait un piètre candidat. En effet, durant son premier mandat de député de Neuilly à partir de 1988, l’excité de Beauvau n’intervient qu’une seule fois dans l’hémicycle. Ministre du Budget sous Balladur entre 93 et 95, ses seuls actes seront de sortir les « affaires » de Chirac à la mairie de Paris pour ouvrir la voie de l’Elysée à son mentor Balladur. Ministre de l’Intérieur en 2002, ses principales actions seront de passer à la télé, de supprimer la police de proximité, à peine entrée en vigueur, et de multiplier les textes durs contre les immigrés, comme d’habitude boucs émissaires de la nullité de nos gouvernants. Ministre des finances en 2004, rien à signaler si ce n’est les cadeaux fiscaux accordés aux patrons du CAC 40. Reministre de l’Intérieur en 2005, Sarkozy revient surtout à Beauvau, pour d’après ses propres propos, « se défendre des coups tordus » de ses « amis ». Voilà. Bilan de Sarkozy depuis 15 ans, être passé plus de 4000 fois à la télé, en faisant l’homme politique le plus médiatisé de toute l’histoire de France. Pour le reste, aucun texte, aucune action qui ait fait progresser notre pays. Le bilan de la lutte contre la délinquance ? Calamiteux. Il n’y a jamais eu autant d’atteintes aux personnes en France. Mais voilà, chez nous on juge « à la parlotte », comme au temps des bons mots à
Je ne serai pas aussi sévère avec Bayrou. Mais bon… Alors que Bayrou faisait sa star des banlieues à St Denis mercredi dernier, petit rappel non négligeable. A l’Assemblée, l’UDF a voté l’état d’urgence en 2005 à la suite des émeutes en banlieues, renvoyant une nouvelle fois les gens issus de l’immigration à leur statut d’ « indigènes ». Une majorité d’habitants des quartiers populaires s’était à l’époque offusquée de cette mesure. François Bayrou a de même été un des premiers à voter la « loi sur les signes religieux dans les écoles publiques », texte venu une fois de plus stigmatiser les musulmans de France. Pire, l’UDF, du moins une majorité, a voté pour la réforme inique de l’excité du Karcher du Code de l’entrée et du séjour des étrangers (Ceseda), dénoncée par toutes les associations sérieuses qui travaillent sur l’immigration (voir UCIJ). Pas de doute que François aurait fait un tabac à St Denis s’il avait rappelé tout cela.
Donc il n’y a pas de grande différence, si ce n’est dans les déclarations, entre les visions UMP et UDF de l’immigration. Ne parlons pas de la réforme de la loi sur la prévention de la délinquance, de la loi sur l’eau, des OGM, etc.
En économie, François est un libéral convaincu. Il serait même prêt à prendre Peyrelevade comme Premier Ministre, vous savez, l’ancien PDG du Crédit Lyonnais, adepte du sport : « On privatise les bénéfices, on publicise les pertes ».
En écologie, espérons que Corinne Lepage viendra quelque peu éclairer ses lanternes, étant donné le vide sidéral de la pensée de François à ce sujet.
Un autre rappel : aux régionales de 2004, l’UDF a rallié partout l’UMP au second tour face à la gauche. Et aujourd’hui le président de l’UDF voudrait être élu par les électeurs de gauche ? Mais de qui se moque t’on ! Lorsqu’un journaliste malin de Libé demande à Bayrou le 15 mars 2007 : « Pour les prochaines législatives, l’UMP n’a pas investi de candidats contre les sortants UDF. Vous engagez-vous, si vous n’êtes pas élu Président, à ne pas vous faire réélire député UDF des Pyrénées Atlantiques avec le soutien de l’UMP ? », François répond : « Cette question est sans objet. » Bah tiens ! Attention François, à force de vouloir faire le grand écart, tu risques un claquage des tendons.
Si François Bayrou n’a pas rejoint l’UMP en 2002, ce n’est donc pas à cause d’un clivage idéologique irréconciliable, mais bel et bien parce qu’il croit en son destin personnel et qu’il voyait bien n’avoir aucune chance d’être investi par l’UMP aux présidentielles de 2007.
Un fauteuil ministériel, ce n’est pas assez pour François. On me rétorquera que tous les politiques sont comme cela, mégalos. Peut-être, mais c’est juste pour rappeler à ceux qui croient en « Bayrou le sauveur » qu’il est comme tous les autres, l’égo chevillé au corps et le nez dans les sondages, avec des préoccupations bien éloignés de celles mises en avant.
Et pour les électeurs de gauche tentés par le vote Bayrou : Attention à la gueule de bois ! Souvenez-vous du syndrome Chirac de 1995. Ce n’est pas parce que Ségolène est désespérante qu’il faut voter n’importe comment ! Certes gauche/droite est un clivage qui peut disparaître dans les paroles, mais jamais dans les actes. A l’Assemblée comme au Sénat, les vieux réflexes perdureront encore longtemps. Mais la France s'est aujourd'hui tellement droitisée que Bayrou peut, au "miyeu", apparaître comme un homme de gauche.
Les politiques savent très bien tout cela. Aux électeurs de ne pas prendre des vessies pour des lanternes.
Salut l'artiste! Du moins si l'on considère comme étant de l'art le fait de dire et de faire en permanence tout et son contraire. Alors ça y est! Chirac s'en va enfin, après 12 longues années passées au Palais de l'Elysée. Pour la première fois depuis 1981, Chirac ne se présentera pas aux élections présidentielles de mai prochain. Incroyable! Cet assoiffé de pouvoir comme la Ve République en a peu connu, si ce n'est Sarkozy, son fils rebelle, a enfin décidé de raccrocher les gants. Il nous l'a annoncé solennellement à la télévision hier soir, nous déclarant même sa flamme. Sur fond de drapeau français et de drapeau européen (beaucoup plus petit), le Président a ainsi déclaré : «Cette France que j'aime autant que je vous aime. Cette France riche de sa jeunesse, forte de son histoire, de sa diversité, assoiffée de justice et d'envie d'agir. Cette France qui, croyez-moi, n'a pas fini d'étonner le monde».
Voilà, Chirac s'en va et Chirac nous aime. Nous sommes ravis de l'apprendre. Le discours était du Jacques Chirac pur jus, lyrique et gaulliste à souhait, mais tellement éloigné de la réalité.
Pourtant, toute la presse "institutionnelle" française s'est empressée de louer notre "grand" chef d'Etat, avec des articles particulièrement flagorneurs, tel le Parisien de ce matin qui soulignait le "panache" de Chirac. A l'étranger en revanche, la presse s'est montrée beaucoup moins tendre vis-à-vis de notre girouette nationale: Ainsi des Américains et des Britanniques, comme le Daily Telegraph, quotidien de centre droit, qui a affirmé que si "les conventions demandent qu'on dise des choses gentilles sur les gens quand ils prennent leur retraite, il n'est pas facile de le faire dans le cas de Jacques Chirac". Le quotidien ajoute que Chirac "est charmant, inconstant, imposant, ayant fière allure et sans aucun scrupule." "Il a été, selon son humeur, un libre-échangiste et un protectionniste, un gaulliste et un atlantiste, un fédéraliste et un eurosceptique". "On dit qu'en démocratie, les peuples ont les hommes politiques qu'ils méritent. (...) La France méritait mieux", conclut ensuite le Daily Telegraph. Ca fait mal!
En fait que peut-on retenir des 12 années de présidence Chirac? Pour paraphraser Dominique Voynet, il n'y a que l'embarras du choix, entre la reprise des essais nucléaires français en 95; l'échec total de la réduction de la fracture sociale; la manipulation de l'insécurité à son profit puis au profit du petit excité du karcher; le grand écart entre les beaux discours sur l'écologie devant les Nations Unies, à Johannesburg et à New York ("Notre maison brûle et nous regardons ailleurs") et le soutien inconditionnel en France aux lobbying les plus pollueurs, dont les agriculteurs productivistes aux pratiques ayant entraîné la dégradation sanitaire de plus de 70% de nos nappes phréatiques; le "je ne vous comprends pas" lancé devant les étudiants qui ne voulaient pas de l'Europe qu'on leur proposait étant donné la précarisation croissante de leurs conditions de vie; la légion d'honneur épinglée sur le costard sanglant de Vladimir Poutine (la donner à Anna Politkovskaïa aurait été sans nul doute plus judicieux), l'invention d'un mot magnifique entré depuis dans le dictionnaire, "abracadabrantesque", pour désigner les "affaires" à l'époque du RPR, les augmentations des frais de l'Elysée de l'ordre de 700% pendant que les Français devaient se serrer la ceinture, etc.Dans ce bilan quelque peu calamiteux, deux décisions sont tout de même à mettre à l'actif de Chirac: le refus d'engager la France dans la guerre en Irak, qui fut une décision très courageuse pour un petit pays de 60 millions d'habitants comme le notre. Si c'est Sarkozy qui avait été au pouvoir à ce moment là, de même qu'un socialiste d'ailleurs (on se souvient de Miterrand vis-à-vis de la première Guerre du Golfe), cela ne se serait sans doute pas passé de la même façon. L'autre grande action de Chirac, qui elle a eu une répercussion directe sur ma vie de même que sur celle de millions de jeunes, fut la professionnalisation de l'armée et la fin du service militaire. Voilà, c'est un peu maigre dans la balance pour douze longues années de pouvoir suprême.
Pourtant, je ne sais pas pourquoi, mais au vu de ce qui se présente à l'horizon, et malgré son bilan chaotique, je sens que nous allons le regretter d'ici peu notre Chirac national, et c'est très révélateur de la crise abyssale qui secoue actuellement notre pays. Bien qu'élu par et pour la droite, Chirac, contrairement à beaucoup de ses condisciples d'appareil, s'est opposé à Le Pen et aux thèses d'extrême droite. Or Sarkozy, celui qui se présente comme son successeur, a proposé la semaine dernière la création d'un "ministère de l'immmigration et de l'identité nationale", assimilant donc sciemment immigration et menace contre notre "identité", dans la plus pure tradition idéologique frontiste. Cela fait peur, très peur. Chirac avait des défauts mais on était loin de Pétain. Avec le petit, nous ne sommes plus surs de rien.
Qu'avons nous donc en face? Un ancien bègue des Pyrénées qui a toujours été de droite mais qui essaye de se faire élire par la gauche pour gouverner "au centre". La stratégie de "l'extrême centre". C'est très beau mais avec qui gouvernera-t'il le sieur Bayrou? Jean Peyrelevade, ancien PDG du Crédit Lyonnais à la grande époque, comme Premier ministre? Très bien, un grand patron (on voit mieux où sont ses amis), et ensuite? Raymond Barre? Aux fraises depuis un bon moment. Simone Weil? Elle a rejoint le nain de Beauvau (la traîtresse). Giscard? Ca c'est une bonne idée, place aux jeunes! Et le programme? Pas grand chose à se mettre sous la dent, si ce n'est l'exonération de charges pendant cinq ans pour toutes les petites entreprises qui embaucheraient deux salariés.
De l'autre côté, une énarque maîtresse d'école type troisième République, mais qui aurait décidé de faire parler tous ses élèves, à l'écoute, toujours à l'écoute, mais dont on attend les propositions originales (si ce n'est aller encore plus loin que les autres dans la stigmatisation des jeunes de banlieues en leur proposant l'encadrement militaire), entourée de socialistes qui ont abandonné depuis longtemps leur idéologie de transformation pour se contenter de l'accompagnement d'un système économique qui court à sa perte (Quand est-ce que quelqu'un voudra bien m'expliquer d'ailleurs comment sur une planète aux ressources finies, on peut baser tout notre modèle sur la croissance infinie des biens et des services? Cf François Partant). Umpistes, Centristes, Socialistes, ils sont tous pour la recherche de la plus grande croissance économique. C'est là que le bas blesse. Notre planète va mal, très mal, et il est plus que temps de freiner nos activités dévastatrices pour l'ensemble des espèces.
Mais bon, l'écologie c'est réglé il paraît, d'un simple clic sur le pacte de Nicolas Hulot. Pour le reste: pas de réflexions sur la culture, rien ou très peu sur l'Europe, rien ou très peu sur les relations internationales, etc. Ceux qui proposent des voies alternatives disparaissent de l'écran. Les Verts avec Voynet plafonnent à 2% et Bové fait à peine mieux. Le système est bien verrouillé entre gros lobbying appuyés par les médias et grands partis accumulant toutes les ressources symboliques, institutionnelles et financières à leur profit.
Alors voilà. Les élections présidentielles sont une mascarade démocratique dans un système tel que la Ve république et Chirac en fut le meilleur représentant, surtout après son élection de 2002.
Adieu donc Chirac! Tu nous auras bien berné. Je ne te dis pas merci pour mon vote de 2002 contre l'extrême droite alors que quelques mois plus tard Sarko débarquait à Beauvau pour appliquer des pans entiers du programme du FN. J'espère bien que l'on ne te regrettera pas. Malheureusement, j'ai des doutes là-dessus tellement le casting officiel proposé est calamiteux.
"Alea jacta est!" comme disait César.
Commençons d'abord par les "grands" des "très petits candidats": nous avons Frédéric Nihous, 39 ans, candidat de Chasse Pêche Nature Traditions (CPNT). Lui, on l'a vu un
peu. Son programme: la ruralité d'abord. Ok, mais c'est quoi la ruralité, surtout quand on habite en ville? La chasse aux pigeons sans doute. Pour l'instant, il s'agit de chasser les maires et leur précieux paraphe et les pigeons électeurs. Bon, il y a également Antoine Waechter, 57 ans, président du Mouvement écologique indépendant (MEI), qui fut candidat en 1988 et obtînt 3,78% des voix (j'espère que Voynet fera au minimum aussi "bien"). Le seul des très petits à avoir eu (quand même!) sa marionnette aux Guignols (mais si, le fameux: "Brice! Passe-moi le cendrier en rotin!"). Jacques Cheminade (photo, une belle geule d'escroc), 64 ans, président de "Solidarité et progrès", fut candidat en 1995 et otînt 0,28% des voix. Bras droit de Lyndon Larouche, ancien militant américain d'extrême gauche ayant sombré dans la paranoïa et la mégalomanie, Cheminade est le représentant en France de la secte "Solidarité et progrès". Il a quand même été condamné en 92 pour escroquerie et en 2004 pour diffamation publique. La secte "Solidarité et progrès" est très active dans les campus français. Nous avons Nicolas Miguet, 45 ans, président du Rassemblement des contribuables français, qui apparemment s'adonne à l'escroquerie pour obtenir ces 500 signatures (voir article Yahoo actu).Il y a un "jeune", Rachid Nekkaz, 34 ans, président du "Club des élus Allez France", candidat de la diversité qui semble surtout vouloir se faire de la pub. Vient ensuite Roland Castro, 64 ans, architecte-urbaniste, fondateur du "Mouvement de l'utopie concrète". Lui aussi doit vouloir faire de la pub pour son cabinet. Comme s'il n'y avait pas assez d'écolos à cette élection, nous avons également France Gamerre, 64 ans, présidente de Génération Ecologie.
Pierre Larrouturou (photo), 41 ans, délégué national du PS, est lui candidat "pour pousser la gauche à plus d'audace". Personnage des plus intéressants, il défend notamment à rebrousse poil de toute la nomenklatura française qui veut que l'on travaille plus, l'idée de la semaine de 32h. Et en plus, c'est très bien argumenté. Il a reçu en décembre un soutien de poids, celui de Michel Rocard. Leila Bouachera, 45 ans, chargée de mission au CSA, est également candidate. Son parti c'est elle-même. Docteur en droit international, elle a commencé sa carrière à l'ONU et travaille actuellement au CSA. Quelques idées intéressantes dont des réformes institutionnelles. Le parti des Travailleurs n'est pas en reste avec Gérard Schivardi, 56 ans, maire du patelin de Mailhac et conseiller général. Si l'on suit la classification médiatique, suivent ensuite les candidats "microscopiques". Et là, "c'est d'la balle!" comme disent les djeun's:
Il y a Christian Chavrier, 40 ans, président du Parti fédéraliste et Jean-Philippe Allenbach, 58 ans, ancien dirigeant du Parti fédéraliste. N'en doutons pas que ces deux là se présentent pour plus d'Europe. Il fallait bien qu'ils soient au moins deux. Nous avons Eric Taffoureau-Millet, 43 ans, président de "Attention! Handicap". Reconnu handicapé de catégorie B, c'est un ancien producteur musical, artiste, biographe (de Serge Gainsbourg ou encore Marilyn Monroe) et interprète. Dans la catégorie neuneu anachronique pour le retour de Louis XXV, il n' y a pas que le Vicomte de Vendée De Villiers. Nous avons également Yves-Marie Adeline, 46 ans, président de l'Alliance Royale. Un jeune, Franck Abed, 25 ans, candidat de "Réconciliation nationale", groupuscule d'extrême droite qui a pour programme l'opposition au "parti de l'étranger". Jeune et déjà si vieux.
Viennent ensuite Jean-Marc Governatori, 47 ans, président du mouvement "La France en action". Soheib Bencheikh, 45 ans, ancien grand mufti de Marseille, Yvan Bachaud, 67 ans, retraité et défenseur du référendum d'initiative citoyenne et Michel Martucci, 75 ans, président de la Confédération nationale des syndicats CID (artisans et commerçants), sans doute le candidat préféré de Jean-Pierre Pernaut. Romdane Ferdjani, 59 ans, est lui
adjudant-chef à la retraite. Pour le port du képi pour tous? Robert Baud (photo), 57 ans, est pour une "majorité des minorités en souffrance morale et sociale". Il porte bien son nom. Attention la photo fait un peu peur. Alain Mourguy, 58 ans, est président de l'union droite-gauche. C'est sans doute le petit Bayrou. Le "Miyeu" en force. Jean-Christophe Parisot, 39 ans, se présente au nom du Collectif des démocrates handicapés tandis que Michel Baillif, 62 ans, le fait en tant que président de la Fédération nationale de l'invalidité. Lucien Sorreda, 64 ans, est candidat pour que "les revenus du bas tirent vers le haut". Edouard Fillias, 27 ans, est candidat et président de la secte madeliniste Alternative libérale. Détail intéressant, Marielle de Sarnez, grande copine de Bayrou, était au Congrès d'AL au Bataclan le 4 février dernier. L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux et maintenant des sondages ne serait-il pas sur une ligne bien à droite en matière d'économie?
Yves Aubry, 38 ans, veut permettre aux Rmistes et aux pauvres de vivre décemment. Visiblement maintenant, il se retirerait au profit du candidat de l'Union des candidats émergents. Merde! Lui qui était si près de l'Elysée. Gabriel Enkiri, 74 ans, ancien communiste, antisionniste, a un programme original: "soit Jacques Chirac se présente, soit j'y vais". Enfin, il y a Jean-Paul Le Guen, 63 ans, se disant "apolitique" (alors pourquoi vouloir faire de la politique?), ancien pompier qui veut rétablir la peine de mort (encore un maboul), Jacques Borie, 41 ans, candidat de France Equité, chef de service dans une entreprise de transport et ancien du PRG et Hervé Mathiasin, 38 ans, candidat du Centre humain ouvert à tous (CHOAT), et surtout ingénieur conseil en énergies renouvelables qui doit vouloir également se faire un peu de pub (je crois que pour l'instant personne ne le connaît). Et la meilleure pour
la fin, bien entendu, l'extraordinaire Cindy Lee (photo), candidate du Parti du plaisir, qui espère bien faire dresser les urnes. Son programme? Entre autre, le droit à une vie sexuelle épanouie pour tous. Ca au moins, c'est un beau programme. Vraiment les présidentielles françaises, avec tous ces beaux candidats, c'est encore mieux que la Star Ac'. Et on voudrait nous imposer le bipartisme? Hors de question. Ce qui fait plaisir au moins, c'est que Dominique Voynet comme José Bové feront plus que tous ces candidats. Aller les maires, soyez beaux joueurs, il y a plus de 36 000 communes. Arrêtez de conserver farouchement vos signatures, que l'on puisse tous voter Cindy Lee.
