Jeudi 20 novembre 2008

« L’eau peut agir sans poisson, mais le poisson ne peut agir sans eau »

 

Lao Tseu

 

 

L'eau est un élément fondamental, indispensable à la vie. Nous sommes tous composés à majorité d’eau. Sans elle, pas de vie sur terre. Malheureusement, dans certaines parties de la planète, elle est une denrée très rare et difficile d'accès. Polluée par les activités humaines, pillée par des multinationales, première victime du réchauffement climatique, l’eau est le meilleur baromètre pour constater l’état de santé de notre planète. Et l’eau est en danger !

 

 

Enjeu global

 

Synonyme de vie, l’ « Or bleue » est également vecteur de mort et de maladies : d’après un rapport de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) du 26 juin 2008, les problèmes d’eau, d’assainissement et d’hygiène, sont responsables de 9,1 % des maladies enregistrées chaque année dans le monde. Les enfants en sont les premières victimes, puisque l’eau est en cause dans 22 % des maladies des moins de 14 ans.

 

Mme Annette Prüss-Ustün, une des auteurs du rapport, a souligné lors d’une conférence de presse à Genève que : « Dans les 35 pays les plus touchés, plus de 15 % des maladies pourraient durablement être évitées en améliorant l’eau, l’assainissement et l’hygiène ».

 

Il existe en matière d’eau une forte inégalité entre pays riches et pays pauvres : si l’eau est à l’origine de moins de 1 % de la mortalité dans les pays développés, cette proportion atteint 10 % dans les pays en développement. L’eau est mise en cause dans des maladies comme le paludisme, la dengue ou les diarrhées. L’eau souillée est à l’origine d’un dixième des maladies et de 6 % des décès dans le monde.

 

Si l’accès à l’eau potable se généralisait, toujours d’après le rapport de l’OMS, à l’échelle de la planète, 9,1 % des journées de travail perdues pour cause de maladie pourraient être évitées.

 

Mais un grand nombre des pays en voie de développement n'ont pas les moyens de la dépollution, de même que ceux de lutter contre les multinationales qui s’approprient à des fins mercantiles les ressources en eau de certains pays.

 

En Inde par exemple, à Plachimada, dans l'Etat du Kerala, au sud du Sous continent, Coca Cola avait installé une usine pour produire ses bouteilles à partir de mars 2000. La société pillait sans vergogne les nappes phréatiques, jusqu’à 500 000 litres d’eau par jour. Après un combat acharné des paysans, aidés par des militants altermondialistes, dont la fameuse physicienne écologiste indienne Vandana Shiva, les opposants à Coca Cola gagnèrent une première bataille devant la Cour suprême du Kérala, avant de perdre le deuxième round. Aujourd’hui le combat continue.

 

Nombre d’endroits à travers la planète, bien souvent au sud, connaissent ce type de batailles. Ben S’mim, village du Maroc, dont les habitants luttent contre l’Euro-africaine des eaux qui cherche à privatiser la source du village ; Léré, village du nord-ouest du Mali, dont les villageois protestaient contre un projet de privatisation du réseau d'eau potable jusqu’à ce que les forces de l'ordre tirent à balle réelle sur les manifestants, faisant un mort et plusieurs blessés, tout récemment ; en Chine, où les multinationales de l’eau commencent à lorgner sur un « marché » gigantesque et encore peu développé, ce qui entraîne d’ores et déjà des annonces d’augmentation du prix de l’eau, etc.

 

Les simples individus sont bien souvent seuls et désarmés face à des groupes puissants à la force de frappe financière supérieure à celle de leur propre état. Leur incroyable détermination permet pourtant de gagner quelques batailles ponctuelles. Mais la vigilance permanente est de rigueur. C’est toujours «David contre Goliath».

 

Dans de nombreuses régions du monde, l'eau est également source de conflits géopolitiques plus ou moins larvés : bataille pour le partage des eaux du Jourdain entre Israël et ses voisins ; bataille autour du plateau du Tibet sur lequel prennent leur source le Brahmapoutre, le Mékong, l’Indus, le Fleuve Jaune et le Yangtze, parmi les plus grands fleuves du monde (on comprend mieux pourquoi la Chine ne tient pas vraiment à l’indépendance du Tibet) ; bataille pour la répartition des eaux du Nil, pomme de discorde entre l’Egypte et l’Ethiopie, etc.

 

Si l’on n’y prend pas garde, après l’or des Amériques du 16ième au 19ième siècle, ou encore le pétrole au 20ième siècle, l’eau pourrait devenir le facteur déterminant de guerres terribles au 21ième siècle.

 

Enjeu local

 

En France maintenant : comme dans le reste de l’Europe, l'eau y devient de plus en plus chère. Au sein de la facture Eau et Assainissement, l'eau potable représente près de 50 %. Le coût de ce bien de consommation pas comme les autres, parce qu’absolument indispensable, pèse donc de plus en plus lourdement sur les budgets des ménages et des collectivités territoriales.

 

La facture d'eau et d'assainissement représente en moyenne 400 euros par ménage et par an (facture moyenne de 120 m3 pour une famille de 4 personnes). La partie eau potable représente environ 190 de ces 400 euros.

           

L’eau un besoin essentiel, dont on ne peut se passer et dont l’achat ne peut être reporté à plus tard pour cause de difficultés passagères. Elle constitue une dépense parfaitement captive : l'usager ne peut choisir son fournisseur et faire jouer la concurrence. Cette dépense est totalement contrainte. On ne peut ainsi absolument pas faire l’économie d’une interrogation complète sur le meilleur mode de gestion possible de l’eau.

 

En l’Ile-de-France, l'eau potable est gérée par plusieurs syndicats : le Sedif, Eau de Paris, le syndicat de la presqu’île de Gennevilliers, le syndicat des eaux de Versailles et Saint-Cloud, la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise, etc.

 

Le Sedif - Syndicat des Eaux d’Ile-de-France - mutualise la production et la distribution de l’eau pour une bonne partie de la région parisienne depuis 1923. Cet établissement public de coopération intercommunale gère le service public de l’eau potable pour le compte de 144 communes, soit quatre millions de personnes dans sept départements.

 

Depuis 1962, le Sedif est lié par contrat à Veolia (leader mondial en environnement, multinationale vorace oeuvrant sur les cinq continents, plus de 300 000 salariés dans 67 pays, au chiffre d’affaires de plus de 26 milliards d’euros en septembre 2008). Or ce contrat arrive à échéance le 31 décembre 2010.

 

Les 144 communes sont ainsi invitées à se prononcer, par l'intermédiaire de leurs délégués siégeant au Sedif, le 11 décembre 2008, sur le futur mode de gestion de l’eau devant entrer en vigueur au 1er janvier 2011. Il semble logique qu’elles le fassent en toute connaissance de cause et dans l’intérêt général.

 

 

Or, depuis plusieurs années, nombre d’études (Cour des Comptes, Haut Conseil au Service Public, Conseil de la concurrence, Chambre régionale des comptes, UFC-Que-Choisir, etc.) se sont penchées sur la gestion de l'eau, en comparant gestion publique et gestion privée dans différentes villes. D’après ces études, il convient d’envisager la question sous trois angles :

 

-Celui de la gestion déléguée

-Celui du prix de l'eau

-Celui de la concurrence dans le cas d'un renouvellement de délégation

Sur la gestion déléguée, l'étude d'UFC Que-Choisir réalisée en 2008 par exemple, estime qu'une économie minimum de 80 à 90 millions d’euros sur les 300 millions de budget attribué au délégataire Veolia, est possible. Cette économie pourrait même atteindre 150 millions d'euros, soit 50 %.

Sur le prix de l'eau, toutes les études réalisées arrivent à la conclusion que la gestion privée entraîne un surcoût significatif pour l’usager. Dans le cas du Sedif, la Cour des Comptes a évalué ce surcoût à 31 % et l’UFC Que Choisir a estimé le "sur-profit" annuel de l’ordre de 80 à 90 millions d’euros, soit une économie potentielle de 27 à 30 %.

Sur la question de la concurrence dans le cas d'un renouvellement de délégation, dans un rapport publié en 1999, le Haut conseil au service public constate que seuls 5 % des contrats ne sont pas reconduits avec le délégataire antérieur, se demandant ainsi s’il n’existe pas un « monopole de fait », le facteur concurrentiel n’ayant alors aucun impact pour baisser les prix.

Tous les rapports montrent que la délégation de la gestion de l’eau à une entreprise privée est une très bonne affaire pour cette dernière et une facture toujours plus élevée pour les usagers. André Santini, actuel président du SEDIF, prône pourtant le renouvellement de la régie intéressée rénovée, soit la continuation de la délégation à Véolia.

A Paris, siège des deux plus grands opérateurs privés du secteur de l’eau, la gestion de celle-ci est pourtant en passe de revenir sous contrôle public.

Un nouvel opérateur public y verra le jour en 2009, qui reprendra les missions aujourd’hui dévolues à la Compagnie des eaux de Paris (Veolia Environnement) et à Eau et Force, (filiale de Suez-Lyonnaise des eaux), conformément à l’engagement contracté avant sa réélection par Bertrand Delanoë, réélu maire de Paris en mars 2008.

Au vu de tout cela,

Sachant que l'eau n'est pas un bien comme les autres, mais un besoin essentiel et qui constitue une dépense captive,

Sachant par ailleurs que d'importants bénéfices et plus-values sont réalisés par Véolia au détriment des populations des 144 communes relevant du SEDIF,

Sachant que ce dernier est propriétaire de toutes les installations de production et de distribution (usines, réservoirs, canalisations...) et a donc, depuis 85 années d'existence, les compétences requises pour être gestionnaire de la production et de la distribution de l'eau potable,

Sachant que de nombreuses villes et collectivités, telle Paris, ont prouvé la pertinence et l'efficacité d'une gestion en régie publique tant du point de vue de la maîtrise et de la qualité du service que de la baisse du prix de l'eau,

Sachant que tous les rapports et études réalisés depuis 10 ans concluent à une baisse du prix de l'eau plus importante dans l'hypothèse d'un retour en régie,

 

Ayant par ailleurs comme objectifs :

-la réduction significative du prix de l'eau,

-la recherche de l’excellence environnementale dans une logique de développement durable,

-le droit de regard des usagers, des salariés et des élus de ce secteur sur des décisions et une gestion plus transparente,

-la volonté de réduire les inégalités des populations et des territoires dans l’accès à l’eau,

 

Les villes au sein du Sedif ne peuvent pas accepter la continuation de la délégation de la gestion de l’eau à Véolia. Il faut que le 11 décembre une majorité de délégués disent non à André Santini et réclament une gestion de l'eau en régie.

 

 L’UFC Que Choisir a démontré par ailleurs que le prix de l’eau en région parisienne est le double de ce qu’il devrait être. C’est la plus chère de France, autour de 3 € le mètre3, alors qu’elle serait autour de 2 € si sa gestion n’était pas déléguée à Veolia. De plus, cette dernière réalise dans le secteur 90 millions d’€/an de bénéfices indus.

 

L’eau n’est pas une marchandise ! Elle n’a pas à rapporter de l’argent à des actionnaires mais à être accessible à tous, au même titre que l’air que nous respirons.

 

Alors battons-nous, du local au global, pour une eau bon marché, gérée dans l'intérêt général et dans la plus totale transparence.

 

 

Vendredi 7 novembre 2008
Chaque année en Europe 100 000 enfants meurent de maladies causées par l'environnement.
70% des cancers sont liés à l'environnement dont 30% à la pollution et 40% à l'alimentation.

Chaque année en France , on constate une augmentation de 1.1% des cancers chez les enfants.

En France , l'incidence du cancer a augmenté de 93% en 25 ans chez l'homme...

Rien à ajouter, si ce n'est qu'ayant eu moi-même un cancer dans les voies digestives dont personne n'a su m'expliquer exactement la cause, je me sens particulièrement et concerné par ce documentaire, et très en colère contre cette putain d'industrie agro-alimentaire. Qu'elle aille se faire foutre et que tout le monde aille voir ce film courageux!
Vendredi 31 octobre 2008

Les 27 et 28 octobre à Paris, DES ELUS SONT DEVENUS RECELEURS en acceptant des sachets de semences paysannes remis par le collectif "Semons la Biodiversité" !

Le 28 octobre, une délégation du collectif « Semons la biodiversité » a remis sur le Parvis de l'Hôtel de Ville de Paris des sachets de semences fermières (semences sélectionnées par l'industrie semencière mais multipliées à la ferme) et paysannes (semences sélectionnées et reproduites à la ferme) à Denis Baupin, adjoint au Maire de Paris chargé du Développement Durable, de l'Environnement et du Plan-climat, et Fabienne Giboudeaux, adjointe au Maire de Paris en charge des espaces verts.
 
Tous les échanges de semences paysannes, même à titre gratuit, sont interdits par la législation française alors qu'ils sont indispensables à la survie de la biodiversité cultivée par les paysans. Par ailleurs, les paysans qui ont récolté dans leurs champs ces grains de blé refusent de payer des royalties à l'industrie semencière : ils sont de ce fait coupables de contrefaçon et toute personne acceptant de recevoir ces semences devient coupable de recel d'une contrefaçon.

Après Jacques Boutault, Maire du 2e arrondissement de Paris qui avait accepté la veille au soir les sachets de semences paysannes, en présence de plus de 350 personnes en salle Jean Dame, deux autres élu-e-s sont devenu-e-s receleurs...


Les élus receleurs
envoyé par latelevisionpaysanne

DÉCLARATION COMMUNE ADOPTÉE LE 27 OCTOBRE A PARIS PAR LE COLLECTIF "SEMONS LA BIODIVERSITÉ"

"Nous, paysans, jardiniers, consommateurs, citoyens, réunis ce lundi 27 octobre à la salle Jean Dame de la mairie du 2° arrondissement de Paris, déclarons nous associer au mouvement des semeurs volontaires de biodiversité. En conservant, en semant, en multipliant, en échangeant et en vendant des semences de variétés paysannes libres de droit, non mutées ni manipulées et non inscrites au catalogue officiel, nous refusons : tout droit de propriété intellectuelle sur le vivant, brevet ou certificat d'obtention végétale, le fichage génétique des plantes ou des animaux dans le seul but de faciliter ces formes légales d'appropriation privée des biens communs, les semences industrielles manipulées grosses consommatrices d'engrais et pesticides chimiques qui réchauffent la planète et affament les peuples pauvres pour nourrir les animaux et les voitures des riches,

En conservant, en semant, en multipliant, en échangeant et en vendant des semences de variétés paysannes libres de droit, non mutées ni manipulées et non inscrites au catalogue officiel, nous : contribuons au renouvellement indispensable de la biodiversité cultivée, garantissons l'existence d'agricultures paysannes et biologiques seules capables de nourrir et de refroidir la planète, défendons notre droit à une nourriture suffisante, de qualité et à la souveraineté alimentaire, devenons volontairement receleurs et diffuseurs de variétés paysannes interdites par des lois illégitimes,

Nous exigeons une évaluation indépendante et contradictoire des risques des OGM sur la santé, l'environnement et les agricultures paysannes, biologiques et de qualité. Toute coexistence est impossible et le droit des régions et des pays à refuser toute culture de PGM et toute semence contaminée doit rester inaliénable. Une semence ou un produit n'est pas un peu contaminé. Ils sont contaminés ou ne le sont pas. Nous refusons toute dissémination de plantes génétiquement manipulées, que ce soit par transgénèse, mutagénèse dirigée, fusion cellulaire, nanotechnologies ou autres techniques de bricolage du vivant.

Les semences sont le bien commun des communautés rurales qui les ont sélectionnées et conservées. C'est pourquoi, au soir de cette initiative de la campagne « semons la biodiversité », nous nous engageons à faire respecter les droits collectifs des paysans et des communautés d'user, de développer, d'échanger et de protéger leurs semences, première marche du droit des peuples à la souveraineté alimentaire, contre la globalisation du commerce.

Si l'ensemble des paysans, jardiniers, consommateurs, citoyens sèment et cultivent la biodiversité enfermée dans les banques de gènes partout dans leurs champs, jardins privés, partagés ou publics, sur leurs balcons, alors le château de carte des Droits de Propriété Intellectuelle sur le vivant s'écroulera."

A Paris, le 27 octobre 2008
Lundi 8 septembre 2008

« Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l'homme, mais pas assez pour  assouvir son avidité ». Le Mahatma Gandhi

Que diriez-vous si une entreprise étrangère brevetait la recette de la baguette, chaque boulanger français se voyant alors obligé de lui demander l’autorisation et de verser des royalties pour faire son pain ? C’est pourtant ce qui arrive notamment aux Indiens Ashaninka du Pérou concernant le Sacha Inchi, une amande à la base de leur alimentation. 

En 2006, un rapport de l’Union internationale pour la Conservation de la nature a démontré une nouvelle fois que le développement de la civilisation humaine est en train de ravager un des plus grands trésors de notre planète, la biodiversité. L’exploitation croissante des ressources naturelles à des fins commerciales détruit non seulement la diversité du vivant mais s’accompagne également de ce qu’Aminata Traoré nomme pour l’Afrique un « viol de l’imaginaire », le pillage culturel des peuples autochtones. L’absence de règles internationales sur l’utilisation des ressources naturelles permet à chacun de s’approprier des savoirs traditionnels au détriment de leurs détenteurs ancestraux à travers le système des brevets. C’est ce que l’on nomme la biopiraterie.

Ce phénomène de prédation planétaire ne fait jamais la une de l’actualité, alors que des millions de personnes partout sur la planète, parmi les couches populaires les plus fragiles, en sont directement victimes. Il est donc grand temps que les militants écologistes s’emparent de ce sujet, au confluent des urgences sociale et environnementale, pour sensibiliser l’opinion publique et lutter contre ce fléau.

Le fait de s’approprier les ressources biologiques d’un pays, d’une population ou d’une communauté à des fins commerciales, par le biais de dépôts de brevets sur des gènes ou des espèces, sans respecter les droits des détenteurs des savoirs locaux, est essentiellement une pratique des laboratoires privés des pays du Nord.

Ces laboratoires profitent d’un vide juridique pour, d’une part diminuer leurs dépenses de recherche et développement en utilisant les savoirs traditionnels, et d’autre part s’approprier l’exclusivité des bénéfices de leur exploitation. 

Quasi absente des médias, la lutte contre la biopiraterie est un élément clef dans la défense de la biodiversité, enjeu écologique majeurs du XXIe siècle, aussi déterminant pour l’avenir de notre planète que le réchauffement climatique.

La biopiraterie a été théorisée et clairement définie par Vandana Shiva, (photo) physicienne indienne et militante écologiste, prix Nobel alternatif 1993, dans son ouvrage La Biopiraterie, ou le pillage de la nature et des connaissances[1]. Pour celle qui est également directrice de la « Fondation de recherche pour la science, les technologies et les ressources naturelles »[2] et fondatrice de l’association Navdanya[3] , la biopiraterie « est un déni du travail millénaire de millions de personnes et de cerveaux travaillant pour le bien de l’humanité ».

Le terme « biopiraterie » a été d’abord utilisé pour décrire les brevets déposés par les grosses firmes privées travaillant sur le génie génétique dans les années 1980 afin de s'approprier un droit exclusif sur les gènes du génome humain, des plantes, et plus largement de tout ce qui est vivant, notamment les ressources naturelles de populations autochtones.

Mais ce type de pratique est du point de vue de Vandana Shiva, bien plus ancien : ces velléités prédatrices exercées par l’Occident colonisateur peuvent s’observer par exemple dès le XVème siècle, lorsque le pape Alexandre VI Borgia accorde aux rois catholiques, Isabelle Ire de Castille et Ferdinand II d'Aragon, toutes les terres se situant à l'Ouest et au Sud des Açores, en l’occurrence les Amériques que découvre par erreur Christophe Colomb en 1492, croyant être arrivé aux Indes.

Une autorité occidentale proclame alors unilatéralement son droit de propriété sur des espaces encore inconnus (d’elle-même). Les populations locales, pourtant habitants légitimes de ces terres, regroupées sous le vocable erroné d’ « Indiens », n’ont plus qu’à accepter cet état de fait ou à disparaître. La suite de l’histoire tout le monde la connaît : au prétexte d’exporter le progrès en ces territoires inexplorés par les colons européens, ceux-ci vont massacrer sans vergogne la majorité des Amérindiens. Entre les pillages auxquels se livrent Anglais, Français et Néerlandais au Nord ou Portugais et Espagnols au sud, auxquels on peut ajouter les maladies apportées par bateaux du Vieux Continent, coqueluche, rougeole, variole ou encore peste bubonique, les « Indiens » d’Amérique passent de plusieurs dizaines de millions à la fin du XVe siècle à quelques centaines de milliers au XVIIe siècle. Ce « vol » des terres et de la vie de ces millions d’ « indigènes » américains par les colons européens avides d’or et de ressources naturelles n’a pas d’équivalent dans l’histoire de l’humanité. Nos livres d’Histoire sont pourtant bien peu bavards en la matière[4].

Aujourd'hui, il n’y a plus de tels espaces géographiques à conquérir, et le XXe siècle a été marqué par le paroxysme mortifère puis le déclin (relatif) des Etats Nations. Les grandes firmes multinationales ont pris le relais de ces derniers dans le processus de prédation planétaire, et leurs nouveaux terrains de conquête se trouvent désormais à l’intérieur des êtres vivants, au niveau des cellules et des gênes.

Après la conquête de l’or (qui a justifié les massacres perpétrées pendant trois siècles par les Espagnols en Amérique du Sud, à la recherche notamment du mythique Eldorado), puis de l’ « or noir » durant tout le XXe siècle, semble venu le temps de l’ « or vert ».

Toute la vie sur terre, infiniment riche et diverse, que l’on peut désigner sous le vocable « biodiversité », est devenue objet de convoitise pour les industries agrochimiques, pharmaceutiques ou encore biotechnologiques, se livrant à une prospection incessante des plantes et des savoirs y étant associés. Nouveaux médicaments, produits cosmétiques, produits phytosanitaires et agroalimentaires, les débouchés commerciaux des gisements verts constituent une immense source de profits pour les multinationales, particulièrement avides en la matière.

Non seulement ces firmes s’emparent de connaissances censées appartenir à l’ensemble de l’Humanité, mais de plus, comme 90% de la biodiversité se situe dans les pays du Sud, elles pillent les dernières richesses de populations extrêmement fragiles. Déjà martyrisés par l’histoire, massacrés, colonisés et exploités par les Occidentaux, nombre de peuples du Sud voient aujourd’hui leurs savoirs ancestraux appropriés par des grandes entreprises sans aucune contrepartie.

La biopiraterie constitue alors une des formes les plus poussées et les plus insidieuses de colonisation dont ait fait preuve l'Occident.

Il existe pourtant à l’échelle internationale des dispositifs censés protéger les droits des peuples autochtones. Ainsi la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) [5], signée lors du Sommet de la Terre à Rio en 1992, reconnaît officiellement l’existence de savoirs traditionnels et permet de faire valoir le principe de l’antériorité de ces savoirs oraux sur les droits conférés par des brevets. Mais dans le cadre des discussions autour de cette convention, les firmes multinationales cherchent encore à accroitre leur contrôle sur les ressources naturelles aux dépends  des communautés rurales et indigènes par le biais d’un lobbying incessant. Elles continuent de promouvoir la privatisation du vivant.

A l’ère de l’économie de la connaissance, les questions de propriété intellectuelle sont au cœur des négociations commerciales internationales. Dans le cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce, les ADPIC (Accords sur les Aspects de Droits de Propriété Intellectuelle qui touchent au Commerce) constituent depuis le G4 de Postdam, la clef de voute du système de libre commerce. Les ADPIC protègent ainsi les firmes multinationales du Nord en leur permettant de breveter les ressources naturelles au détriment de la souveraineté alimentaire des pays du Sud.

En France, sur le marché très développé des produits cosmétiques, de nombreux laboratoires vont puiser leurs matières premières dans les zones de grande diversité biologique, faisant de notre pays un territoire privilégié pour les biopirates.

Face à cela, un groupe de travail s’est crée en 2007 pour défendre les droits des peuples autochtones et proposer des modes de valorisation alternatifs de la biodiversité et des savoirs traditionnels associés. Il réunit des associations de défense des droits des peuples indigènes et relaye le travail de terrain réalisé par des organisations et des gouvernements sur la biopiraterie, dans le but de faire annuler les brevets biopirates déposés en Europe. Il est vrai que le temps presse. Le gouvernement péruvien a dénoncé en 2006 et 2007 deux brevets déposés par des laboratoires français sur le Sacha Inchi. Les laboratoires GREENTECH et COGNIS ont en effet déposé un brevet pour des applications cosmétiques de l’huile de Sacha Inchi, utilisée depuis des siècles par de nombreuses ethnies amazoniennes dans leur alimentation et leur hygiène corporelle. Ces entreprises prétendent avoir découvert que l'huile et les protéines extraites de cette plante pouvaient servir à faire des cosmétiques particulièrement performantes dans les soins anti-âge. Or des écrits datant de 1992 rapportent que l'usage cosmétique du sacha inchi par les peuples du Pérou est connu depuis longtemps. Il y est décrit que les femmes mélangent l'huile de sacha inchi à de la farine de la graine pour préparer une crème revitalisante et rajeunissante; et les hommes frottent leur corps avec l'huile pour soigner les douleurs musculaires et les rhumatismes après l'effort. La preuve est faite que les brevets sont contestables, et ce combat ne fait que commencer.

Face à des enjeux économique très importants, la lutte contre la biopiraterie ne concerne ni plus ni moins que de la défense de la diversité de la vie, biologique et culturelle. Les peuples autochtones qui ont su jusqu’à aujourd’hui préserver les secrets de la nature, sont plus que jamais menacés par la voracité des businessmen planétaires, démunis face aux règles du jeu définis par les pays développés. Notre participation à ce combat constitue à cet effet une humble pierre à l’édifice d’un monde solidaire, dans lequel l’enrichissement de quelques uns ne pourra plus se faire au détriment de tous les autres.

Benjamin Joyeux, avec l'aide de Matthieu Mellul (collectif Biopiraterie)

Pour plus d’infos :

-www.icra.org

-www.biotech.indymedia.org

-www.biopiraterie.org (en cours de construction)



[1]  Biopiracy : The Plunder of Nature and Knowledge, Vandana Shiva, SouthPress, 1997

[2] Research Foundation for Science, Technology and Natural Resource Policy

[3] http://www.navdanya.org/

[4] Lire à ce propos l’excellent ouvrage d’Howard Zinn, professeur émérite à la Boston University, Une histoire populaire des Etats-Unis, publié en France chez Agone, 2002.

[5]   www.cbd.int

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