Partager l'article ! Eva pas se coucher: Hier soir sur France 2, en deuxième partie de soirée, Eva Joly, candidate d’Europe Ecolo ...
Hier soir sur France 2, en deuxième partie de soirée, Eva Joly, candidate d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) à la présidentielle, était l’invitée politique de Laurent Ruquier sur France 2, dans son émission « On n’est pas couché ». ONPC comme on dit dans le « landernau », est un peu à l’image du Grand Journal sur Canal Plus, le salon politique du tout Paris dans lequel il faut obligatoirement passer lorsque l’on a un livre, un film, ou tout autre message à faire valoir. Pourtant l’exercice semble particulièrement pénible, tant le bavardage, les bons mots et les rubriques cinglantes des chroniqueurs prennent le pas sur le fond des messages.
Les années précédentes, dans ONPC, nous avions droit au duo insupportable des deux Eric, Zemmour et Naulleau : Zemmour s’est spécialisé dans les propos racistes, anti-«droits de l’hommiste » (injure suprême dans sa bouche) et anti-féministes primaires. Pour lui, critiquer les progressistes, les défenseurs des opprimés, les écologistes, les internationalistes, constitue le summum de la transgression. Son combat, dénoncer la « bien-pensance », notamment toutes celles et ceux qui défendent les droits des minorités et des opprimés, immigrés, sans papiers, homosexuels, etc.
Quel courage ! Dénoncer sous Sarkozy, Guéant et compagnie les défenseurs des droits de l’homme relève d’une extraordinaire indépendance d’esprit ! De l’art de transformer la flagornerie et la démagogie la plus crasseuse, cachées sous des monceaux de références culturelles (là-dessus, Zemmour a grosso modo la même technique qu’Alexandre Adler) en « courage », celui de « dire la vérité aux Français ». Heureusement pour nous, Zemmour n’assène plus ses idées nauséabondes sur le Service public audiovisuel à heure de grande écoute (il officie encore tout de même sur RTL, i-Télé et Paris Première). Sa haine des femmes vient peut-être de déconvenues passées avec la gente féminine, quand à ses pseudo-dénonciations des «élites », elles ne doivent pas être étrangères au fait qu’il ait raté deux fois l’ENA.
Eric Naulleau quant à lui, titulaire d’un DEA à la faculté des lettres de Nanterre, était un bon éditeur et critique littéraire avant d’aller faire le beau dans le Salon du marquis de Ruquier chez France Télévisions. Là, il s’est retrouvé à contre-emploi en donnant la réplique à Zemmour dans une surenchère de méchanceté vis-à-vis des invités qui défilaient le samedi soir la peur au ventre d’être humiliés.
Mais bon, les deux compères sont partis côte à côte casser les oreilles des spectateurs de paris Première, tout de même nettement moins nombreux.
Et sont arrivées à la rentrée 2011, à la place des Dupont et Dupont de l’analyse télévisuelle (ou des deux « chiens de garde » pour être plus méchant et rendre hommage à Paul-Yves Nizan et Serge Halimi), Audrey Pulvar et Natacha Polony.
Bonne idée sur le papier : Audrey Pulvar, belle et brillante journaliste (France 3, France Inter, etc.), originaire de la Martinique, plutôt à gauche, compagne actuelle d’Arnaud Montebourg, est l’exacte opposée de Zemmour. Natacha Polony, lettrée, personnalité du Mouvement des citoyens de Jean-Pierre Chevènement et journaliste au Figaro, joue elle la caution intellectuelle de « droite », disons néo-républicaine à la Zemmour.
Mais au fur et à mesure des émissions, le duo arrive progressivement à devenir aussi insupportable que ses prédécesseurs. Et le point d’orgue est peut-être arrivé hier soir.
Eva Joly, venue défendre sa candidature extrêmement critiquée actuellement dans le landerneau politico-médiatique, est arrivée sur le plateau de ONPC vers minuit et demi. Elle venait également parler de son dernier livre, Sans tricher, qu’elle a écrit pour tenter de lever les ambiguïtés sur sa personnalité et montrer à un maximum de Français qui elle était et pourquoi elle se présentait aujourd’hui à la magistrature suprême.
Et là, ce fut un florilège, un festival d’attaques plus ou moins violentes contre l’ancienne magistrate, à se demander si elle ne devait pas être tenue pour responsable de tous les égarements de la France. Même des journalistes peu soupçonnables de sympathie pour les écologistes comme Dominique de Montvalon à France Soir on reconnu qu’il s’agissait peu ou prou d’un « procès » intenté à Eva Joly :
Attaques sur le 14 juillet, sur son accent, sur sa soi-disant haine de la « nation », sur l’abandon du siège de la France au Conseil de sécurité de l’ONU, sur l’avenir du nucléaire, sur les jours de congé supplémentaires pour les autres religions, etc. Tout y est passé sur un ton agressif et condescendant. Dans l’exercice de lynchage, Natacha Polony fut la plus virulente, se servant sans doute de la présence d’Eva Joly pour pouvoir déverser des tombereaux d’opprobre à l’égard des écologistes. Cela semblait visiblement la soulager.
Mais les idées portées hier soir par Eva Joly ne sortent pas uniquement de son cerveau. C’est bel et bien le programme écologiste défendu avec beaucoup de dignité, de professionnalisme et d’aplomb par la candidate d’EELV face à des chroniqueurs maniant les poncifs et la « pensée en boite » en se croyant géniaux. « Abandonner le droit de véto et le siège permanent de la France au Conseil de sécurité de l’ONU, non mais vous n’y pensez pas ma bonne dame ! » Et bien si pourtant, nous ne sommes plus en 1945, désolé madame Polony. Brésil, Inde, chine, Afrique du Sud aspirent à leur part du gâteau et nous n’échapperons pas à une nouvelle architecture internationale dans la gouvernance mondiale pour tenter d’y apporter de la légitimité.
Mais pour les journalistes de salon, peut-être que le monde continue de tourner autour du génie français, un peu comme le soleil tournait autour de la terre avant que n’arrive Copernic.
Sur le 14 juillet, Eva Joly n’a jamais dit qu’elle voulait annuler notre fête nationale, mais qu’elle préfèrerait voir défiler sur les Champs Elysées des instituteurs, des infirmières et des pompiers notamment aux côtés des militaires plutôt que des chars et des avions. Il n’y a plus que la France qui fait défiler ainsi son armée le jour de sa fête nationale, avec notamment la Russie ou la Corée du Nord, comme elle l’a très bien rappelé hier soir. Ce n’est pas grave, la caricature de la Norvégienne qui ne comprend rien à la France et qui est dans un parti de dangereux écologistes fous, ça passe mieux à la télé. Sur le nucléaire également, comme d’habitude, les écologistes à travers Eva Joly ont été totalement caricaturés, et notamment malheureusement par Audrey Pulvar qui sur ce coup a vraiment manqué de se taire. Le rapport de cette semaine de la cour des Comptes devrait pourtant convaincre les derniers indécis de la dangerosité, de l’absurdité et du coût énorme du nucléaire. Mais non, rien y fait ! Même pas Fukushima qui a pourtant ouvert les yeux à nos voisins Allemands. Pourtant, combien de Français savent par exemple que lors de la grande tempête de décembre 1999, on a frôlé une catastrophe nucléaire majeure à la centrale du Blayais, près de Bordeaux, quand celle-ci a été envahie par les eaux alors qu’elle était coupée du réseau électrique. Alain Juppé, maire de Bordeaux, fut réveillé en pleine nuit le 27 décembre par le préfet qui envisageait un plan d’évacuation de la ville. Si le scénario s’était déroulé, c’est par exemple l’ensemble du vignoble bordelais qui aurait été rayé de la carte pour des siècles.
Mais Audrey Pulvar préféra hier soir invoquer le « mythe des énergies renouvelables » qu’Eva Joly opposerait au « mythe » du nucléaire. Madame Pulvar devrait plutôt lire Bernard Laponche, qui s’y connaît à coup sûr bien mieux qu’elle pour parler nucléaire, plutôt que de dérouler la propagande habituelle d’EDF et d’Areva en attendant la prochaine catastrophe.
Quant à madame Polony, son regard et ses propos condescendants méritent d’être remis à leur place. A cet égard, Eva Joly a été particulièrement polie avec une journaliste de 37 ans qui avait pourtant la prétention de lui infliger des cours de géopolitique. C’est vrai, Eva Joly a juste instruit l’affaire Elf, travaillé à l’international pour des gouvernements notamment norvégiens ou islandais, avant de présider aujourd’hui la commission du développement du Parlement européen. Elle qui s’est battue toute sa vie contre la corruption de la finance internationale et les paradis fiscaux a sans doute des leçons à recevoir d’une jeune journaliste du Figaro qui a beaucoup œuvré sur les plateaux de télévision mais très peu à l’international.
Cela me faisait penser à l’époque où Jean-Marie Cavada, recevant Pierre Bourdieu sur son plateau, avait l’insolence de vouloir lui expliquer la sociologie des médias. Oui après tout, Jean-Marie Cavada était tout de même un grand journaliste (en termes d’audience), et donc que valait face à lui la parole du plus important sociologue de la seconde moitié du 20e siècle, enseigné dans toutes les grandes universités du monde mais encore dénigré dans le champ politico-médiatique français ?
Pour en revenir à hier soir, pas la peine non plus de rappeler que si Eva Joly est la candidate d’EELV et pas Nicolas Hulot, c’est qu’elle a été choisie par 25 000 adhérents lors de primaires, et ce de façon incontestable. Argument imparable de Natacha Polony, « les militants ne font pas toujours les meilleurs choix ». Je plussoie, et ayant même envie de lui répondre « les citoyens non plus ». Pensons à 2007, au « Travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy face à l’état actuel du pays et du pouvoir d’achat de nos concitoyens. Oui, les militants ne font pas forcément les meilleurs choix, mais aux yeux de qui exactement ? Cela s’appelle la démocratie, et Eva Joly a gagné loyalement et largement les primaires d’EELV. Quand François Hollande viendra à ONPC, si c’est après une baisse dans les sondages, oseront-ils lui demander si Martine Aubry n’aurait pas finalement mieux convenue ?
Bref, hier soir, Eva Joly nous a surtout montré que quelles que soient les difficultés, elle n’ira pas se coucher et se battra jusqu’au bout pour porter les idées de l’écologie politique, car, comme elle l’a rappelé hier soir, tout comme l’avait indiqué Dany Cohn Bendit au début de la semaine lors dune conférence de presse, quel que soit le score d’Eva Joly aux prochaines élections présidentielles, personne n’échappera dans les mois et les années qui viennent aux questions fondamentales posées par l’écologie politique et aux réponses qu’elle apporte. Et tous les arguments des journalistes de salon pour en décrédibiliser la portée n’y suffiront pas.
Blog(fermaton.over-blog.com),N0-16. -THÉORÈME DE KONDRATIEFF -LA CRISE FINIE ?