Jeudi 29 mars 2007

«Ni sanction, ni expulsion, les rafles de la police, on n'en veut plus.» C’est avec ces quelques mots qu’enseignants, parents d’élèves, syndicalistes, militants dont je faisais parti et étudiants ont manifesté, le lundi 26 mars 2007 en fin d’après-midi, devant la direction du rectorat de Paris, à la Sorbonne. Plus d’un millier de personnes selon la police et 2.500 selon les organisateurs se sont rassemblées à cette occasion pour protester contre la garde à vue, le vendredi 23 mars, de Valérie Boukobza, directrice de l’école maternelle Rampal, située dans le 19e arrondissement de Paris. Celle-ci était en effet restée près de sept heures au commissariat suite aux échauffourées entre des parents d'élèves et des policiers, mardi 20 mars, après l'interpellation d'un Chinois en situation irrégulière dans un café situé en face de l’école Rampal.


Le grand-père Chinois sans papiers qui a violemment été interpellé par les forces de l’ordre mardi dernier, suscitant les indignations des parents d’élèves présents et de la directrice de l’école, attendait en fait tranquillement dans un café la sortie de l’école de ses deux petits enfants.

Après les « rafles » dans les files d’attente des restos du cœur, place de la République à Paris cet hiver, l’arrestation d’un sans papiers, qui plus est âgé, à la sortie d’une école, constitue une escalade de plus dans la honte et le déshonneur de la part des pouvoirs publics français. La patrie des Droits de l’Homme, qui se permet bien souvent d’aller donner des leçons en la matière à la Chine, n’a pas de quoi être fière de son comportement actuel.

 
Mais cessons là l’argumentation morale pour se pencher sur une question jamais abordée, si ce n’est dans un excellent article de Damien de Blic, post-doctorant à l’EHESS, paru sur le site Internet de la revue Mouvements le 23 mars 2007, celle du coût réel de la politique d’expulsion systématique des sans papiers depuis l’arrivée de Sarkozy au Ministère de l’Intérieur.

 
D’après Damien de Blic, chiffre à l’appui, le coût des expulsions réalisées par le ministère de l’Intérieur depuis 2003 équivaudrait au déficit annuel de l’assurance vieillesse. Vue comme cela, on peut légitimement se demander si la politique dure, c’est le moins que l’on puisse dire, de l’excité de Beauvau vis-à-vis des personnes en situation irrégulière répond au critère de l’intérêt général.

 
Nous savons que depuis les années 70, la lutte contre l’immigration clandestine constitue un objectif déclaré des politiques migratoires dans la majorité des pays dits « développés ». Or en France depuis quatre ans, cela va bien plus loin puisque est opéré un chiffrage précis du nombre de reconduites à la frontière à réaliser chaque année. Nous sommes passés d’une obligation de moyens à une obligation de résultats au détriment de la pertinence de chaque expulsion.

 
Tout est expliqué dans la circulaire du 22 octobre 2003 de Nicolas Sarkozy qui demande à chaque préfet de doubler à court terme les expulsions de sans papiers : en effet ce texte précise que « l’exécution effective des décisions d’éloignement est la condition de crédibilité de toute politique publique de maîtrise de l’immigration ». La messe est dite ! C’est une question de « crédibilité », soit de communication à destination des citoyens. Le ministre de l’Intérieur, lorgnant sur l’Elysée, se sert des expulsions de sans papiers pour montrer qu’il est un « bon ministre » qui obtient des résultats et qui a ainsi l’étoffe d’un futur Président de la République, peu importe les coûts humains et financiers de sa politique d’expulsion. Les sans papiers, leurs familles, leurs enfants, sont sacrifiés sur l’hôtel de l’ambition démesurée de l’excité du kärcher, boucs émissaires bien commodes de l’impéritie du ministre en matière de lutte contre la délinquance (les atteintes contre les personnes n’ont jamais été aussi élevées qu’en 2006). Mais au-delà des expulsés, c’est nous contribuables, qui payons les ambitions de Sarkozy.

 
Les objectifs affichés du Ministère de l’Intérieur étaient de plus de 15 000 expulsions en 2004, près de 20 000 en 2005, 24 000 en 2006, 28 000 pour 2007.

Comme l’indique Damien de Blic dans son article, pour sa seule partie émergée, au moins
11 000 emplois à temps plein sont consacrés à la politique d’expulsion. Mais d’autres personnes sont « empruntées » à des services normalement destinés à d’autres emplois : fonctionnaires affectés au centres de rétention, policiers assurant les interpellations, escortes internationales, etc. Ainsi 15 000 emplois à temps plein sont au bas mot consacrés à l’expulsion des sans-papiers chaque année. En traduction monétaire, 11 000 emplois, cela signifie environ 687 millions d’euros. Depuis 2003, si l’on s’en tient à ces chiffres, cela fait donc en tout 44 000 emplois soit presque 3 milliards d’euros consacrés à la seule expulsion de sans papiers, finalement bien plus que le déficit annuel de l’assurance vieillesse, chiffré pour 2005 à 2, 032 milliards d’euros.

 
L’avenir de Nicolas Sarkozy semble donc bien plus important que celui de nos retraites. On peut rétorquer que la régularisation des sans papiers aurait également un coût important. Certes, mais il pourrait au moins être compensé par les recettes obtenues par l’Etat de ces nouveaux citoyens qui deviendraient imposables. De plus, la plupart des sans papiers travaillent déjà « au noir » sur notre territoire, et ces flux financiers ne profitent qu’à des patrons « voyous » et à des marchands de sommeil, alors qu’ils pourraient participer au budget de l’Etat. Cessons donc l’hypocrisie.

 
Toute l’énergie et les effectifs consacrés par les forces de l’ordre à expulser des sans papiers ne seraient-ils donc pas utilisés à meilleur escient en priorisant la lutte contre la criminalité ?

 
En tous cas, nous pouvons être sûrs d’une chose : l’image d’efficacité et de fermeté que veut se donner monsieur Sarkozy fait très mal à notre porte-monnaie, sans parler bien entendu de nos droits de l’homme. Qu’est-ce que cela va donner lorsqu’il sera à l’Elysée ?  

 
Pour plus d’infos, voir le site de Mouvements, de même que celui de RESF.

par Ben publié dans : Actualité Bin Jamin
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Commentaires

commentaire n° : 1 posté par : alexis (site web) le: 31/03/2007 01:58:18
Juste un petit point sur :

" il pourrait au moins être compensé par les recettes obtenues par l’Etat de ces nouveaux citoyens qui deviendraient imposables."

Des sans-papiers déclarent et payent des impôts. Le fisc ne refuse ni ne cherche à savoir d'où vient l'argent !! C'est même un critère de régularisation possible, des déclarations régulières. Sans parler de la TVA, 19,6% de toutes les dépenses.

De plus, on peut-être sans-papiers et avoir un travail qui soit régulier. Exemple de Buffalo grill...

Enfin, de nombreux, très nombreux sans-papiers sont des étrangers réguliers qui se voit refuser le renouvellement de leur titre de séjour : ils ont donc travaillé et contribué.

voilà, juste pour garder cela en mémoire...
commentaire n° : 2 posté par : faz le: 14/10/2007 23:54:01
pétition pour déstituter sarko je vous invite a signer et a diffuser largement : www.antisarkozysme.com
commentaire n° : 3 posté par : olivier (site web) le: 16/05/2008 18:42:24

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