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Jeudi 23 mars 2006

Ah le Turkménistan ! Sympathique petit pays de 5 millions d’habitants, d’une superficie légèrement inférieure à celle de la France , coincé entre l’Iran, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et l’Afghanistan. Le pays est couvert à 80 % par le Karakoum, le plus grand désert du monde et ses principales ressources naturelles, on s’en doute, sont les réserves gazières et pétrolifères. L’exploitation du pétrole représente ainsi 60% des exportations du pays.

Malgré ces caractéristiques alléchantes pour les chantres de la globalisation, le Turkménistan est très peu inséré dans les organismes internationaux. A ce jour, il ne fait parti que de la CEI (Communauté des états indépendants). Pourquoi ce pays riche en pétrole manque t’il à ce point de reconnaissance internationale ? Sans doute à cause de la personnalité tragicomique de son chef de l’Etat. 

Le Turkménistan a obtenu son indépendance le 27 octobre 1991, à la suite de l’effondrement de l’URSS. Depuis lors, les Turkmènes ont la chance d’être dirigés par un personnage haut en couleurs, c’est le moins que l’on puisse dire, Séparmourad Nyazov. Souffrant d’une mégalomanie relevant de la psychose, Séparmourad veut absolument que ses concitoyens profitent de ses lumières. Se faisant appeler le « Turkmenbachi » (« père de tous les turkmènes », sans doute un des derniers grands nostalgiques de Staline), il règne en maître absolu sur le pays. Ne tolérant aucune opposition, on trouve le visage du père Séparmourad absolument partout, des billets de banque aux étiquettes des bouteilles de Vodka. La fête nationale du Turkménistan, le 19 février, est la date d’anniversaire du Président (c’est un Verseau comme moi).

Le Turkmenbachi se sert des médias aux seules fins de promouvoir son image, filtre l’info et fait passer à tabac le moindre journaliste assez fou pour rester dans ce pays et chercher à travailler correctement. En avril 2004 par exemple, le correspondant turkmène de Radio Free Europe (station américaine) s’était sévèrement fait casser la gueule par trois inconnus, sur ordre bien entendu des forces de sécurité. Véritable star internationale, Séparmourad fait parti chaque année du club restreint des « prédateurs de la liberté de la presse » établi par Reporters sans frontières, côtoyant les grands démocrates Ben Ali ou Mugabe. 

Avec un bilan somme toute désastreux, on peut comprendre que la communauté internationale veuille quelque peu boycotter ce pays n’ayant rien à envier à la Corée du Nord.

Et bien figurez-vous qu’une multinationale courageuse, française qui plus est (cocorico!), investit néanmoins considérablement au Turkménistan. Il s’agit de Bouygues, dont le sympathique PDG Martin est un ami de longue date du roi Chirac.  (Ci-dessous Chirac et le Turkmenbachi).

Bouygues a construit au Turkménistan un palais, une mosquée, des monuments pour un conseil d’administration. Les chantiers se multiplient pour le groupe français, avec un chiffre d’affaire d’un milliard d’euros depuis douze ans.

Les cadres français du groupe se font loger dans de beaux appartements dans la capitale, Achgabat, et mangent dans les restaurants luxueux de la ville. Ils doivent avoir une belle vue sur la statue à l’effigie du Président, en or, mesurant 15 mètres de haut et tournant avec les rayons du soleil. Pendant ce temps les ouvriers étrangers, Indiens, Afghans et autres, sont logés dans des préfabriqués sur les chantiers et sont nourris par le groupe, tandis que les Turkmènes eux se contentent la plupart du temps de galettes de pain accompagnées de un ou deux légumes pour un seul repas journalier riche en oligo-éléments.

On le voit, la France investit pour le développement du Turkménistan.

TF1 avait organisé en 1996 une interview très complaisante du Turkmenbachi pour ne pas froisser Martin Bouygues, le bétonneur propriétaire de la chaîne et obtenir de nouveaux contrats juteux. Mais le document n’a jamais été diffusé en France, où il y a toujours des gauchistes et autres « droits-de-l’hommistes » prêts à râler rien que pour emmerder les patrons qui font avancer le monde. (voir l’article d’Acrimed).

Tous ses détails croustillants sur Bouygues et le Turkménistan sont à découvrir dans le livre de David Garcia, le pays où Bouygues est roi (éd. Danger Public). 

Par Ben - Publié dans : Q lture
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