Mardi 14 mars 2006
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Il régnait une atmosphère bon enfant hier soir dans une salle syndicale du quartier de Belleville à Paris. Les Verts organisaient leur premier meeting dans le cadre de la primaire interne pour choisir parmi cinq candidats le (la) meilleur(e) pour représenter les écologistes aux élections présidentielles de 2007.
Environ trois cents militants étaient présents, écoutant studieusement se présenter, quinze minutes chacun, les cinq candidats à la candidature. Les quelques 8500 adhérents des Verts ont jusqu'au 14 avril pour choisir leur favori, un second tour devant ensuite départager les deux candidats arrivés en tête le 23 mai.
Yann Werlhing, secrétaire général des Verts, et Mireille Ferri, secrétaire générale adjointe, avaient en charge l'animation des débats. Yann Werlhing a commencé par préciser que les Verts se lançaient dans une bataille pour des élections, les présidentielles de 2007, qu'ils ne cautionnent pas, le parti étant pour la proportionnelle et réclamant un changement de régime vers plus de parlementarisme. Les cinq candidats présents semblaient toutefois bien décidés à livrer bataille.
Cécile Duflot, Alain Uguen, Yves Cochet, Jean Desessard et Dominique Voynet ont tour à tour pris la parole durant quinze minutes afin de présenter leur vision pour les Verts, même si, quel que soit le candidat choisi, le programme restera inchangé, car décidé par le CNIR (Conseil national inter-régional des Verts).
Jean Desessard, désigné au tirage au sort comme le premier intervenant, s'est présenté sous le signe du "candidat pour la transformation sociale". La candidature du sénateur de Paris est motivée par "l'analyse du vote au traité constitutionnel européen" du 29 mai dernier. Pour lui les Verts doivent se recentrer autour des questions sociales. En réclamant également un "bilan des Verts à leur participation gouvernementale" durant son intervention, Desessard a attaqué directement Dominique Voynet et Yves Cochet, tous deux anciens ministres de l'environnement sous le gouvernement Jospin.
Alain Uguen ensuite, militant breton et ancien conseiller régional des Verts, a souligné être candidat pour "l'autonomie contractuelle". Favorable à des primaires générales à gauche pour contrecarrer la droite, il s'avérait ainsi être candidat pour une non candidature des Verts aux présidentielles. En ce sens, sa prestation fut réussie, son intervention ayant été laborieuse et marquée par un certain désintérêt des militants présents dans la salle, discutant durant son discours.
La prestation de Dominique Voynet, sénatrice de Seine St Denis et ancienne ministre de l'environnement, fut d'un niveau somme toute supérieur à ses prédessesseurs, tant sur le fond que sur la forme. Visiblement plus entraînée et habituée aux rouages de la communication, étant données ses anciennes fonctions, Dominique Voynet a d'abord commencé par souligner le décalage existant entre l'organisation de ce meeting des Verts et l'actualité, marquée au moment même où elle prenait la parole par l'affrontement entre les étudiants et les forces de l'ordre dans diverses universités, dont la plus symbolique, la Sorbonne. Réclamant des "Verts qui pèsent", applaudie alors par la salle, l'ancienne ministre a ainsi laissé entendre que les autres candidats, excepté Cochet sans doute, totalement inconnus du grand public, ne pouvaient constituer une candidature sérieuse pour s'adresser au pays.
Cécile Duflot, trente ans, co-porte-parole des Verts et benjamine des candidats, s'est prononcée quant à elle pour "des réponses radicales". Membre de RDV, courant le plus à gauche, elle pourrait bien être la surprise de ces primaires écologistes, étant donnée la proximité idéologique de Voynet et Cochet, si les militants faiaient effectivement le choix d'un deuxième tour avec une candidate de la gauche du parti.
Yves Cochet enfin, député du XIVe arrondissement de Paris et ancien ministre de l'écologie sous Jospin, surfant sur le succès de son livre, pétrole apocalypse, s'est prononcée pour une réponse systémique globale à la crise environnementale que traverse la planète. Il s'agit pour lui de "relocaliser l'économie". Répondant à ses adversaires qui le taxent en permanence de chantre de l'apocalypse, Cochet a souligné non sans finesse que "la différence entre les pessimistes et les optimistes, c'est que, la plupart du temps, les pessimistes sont mieux informés".
Les cinq candidats, avec plus ou moins de réussite, se sont ensuite prêter à l'exercice de l'improvisation, en répondant chacun en trois minutes aux différentes questions qui émanaient de la salle. Celles-ci avaient été préalablement rédigées sur des bouts de papier par les militants durant les premiers discours, selon un processus bien scolaire ayant toutefois permis d'éviter les débordements.
Alors que dans la rue, partout en France, les étudiants se mobilisent, plus déterminés que jamais à faire échec au CPE, bloquant les facs et affrontant les forces de l'ordre, dans un climat ayant des relents de mai 68, la réunion des Verts de hier soir pour lancer la course à la présidentielle, dans une atmosphère très amicale, avait un petit quelque chose de décalé, de surréaliste par rapport aux urgences de l'actualité, comme si depuis leur planète ils adressaient des signaux à l'opinion.
Les Verts rétorqueront que, depuis leur existence, ils ont toujours été en décalage avec la pensée dominante et l'actualité, ayant crié au péril écologique bien avant tout le monde, prônant la décroissance à l'heure de l'accélération de la globalisation, dans un système mondial caractérisé par la nécessité de la croissance. Le décalage est peut être une des principales caractéristiques des Verts. C'est sans doute ce qui fait leur charme, mais peut être également un des éléments expliquant pourquoi ce parti si apprécié de l'opinion, toutes les enquêtes le prouvent, n'a guère plus de 8000 adhérents et affiche encore aujourd'hui des scores électoraux bien maigres, si ce n'est dans la capitale.
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