Lundi 5 mai 2008

A quelques semaines des JO de Pékin, la France peut d’ores et déjà s’enorgueillir d’avoir gagné la médaille d’or dans une discipline, l’enfermement. 63 211 détenus au 31 mars 2008, 63 211 pour 50 000 places effectives ! Voilà au moins un domaine dans lequel les politiques sarkoziennes ont porté leurs fruits.

La « suroccupation » des prisons varie dans l’Hexagone de 120 à 235%. La maison d’arrêt de la Roche-sur-Yon, avec ses 235% d’occupation, gagne la palme. Vive les cellules de 9 m² occupées par six détenus !  Soyons sûrs qu’à vivre plusieurs années dans ses conditions, ils préparent efficacement leur réinsertion sociale.

Alvaro Gil-Roblès, commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, dans un rapport diffusé il ya maintenant deux ans (en février 2006 pour être précis), dénonçait la surpopulation carcérale française, le manque de moyens « criants » de sa Justice, les restrictions aux droits des étrangers et le « sentiment d'impunité » des policiers.

S'appuyant sur des visites dans sept prisons, Gil-Roblès avait souligné à l’époque l’existence d’une « surpopulation chronique » dans les prisons françaises, liée à l'augmentation du nombre de condamnations, à la longueur des peines et « au manque de financement pour accompagner cette tendance ». Il avait poussé le vice à comparer nos prisons à celles de la Moldavie, les « pires » d’Europe. Cocorico !!!

Deux ans après, qu’est-ce qui a réellement changé ? Nous avons une nouvelle Garde des Sceaux, Rachida Dati, qui avait commencé par susciter quelques espoirs aux dirigeants de l’administration pénitentiaire au moment de sa nomination. Elle semblait s’intéresser au sujet, se rendant dans les prisons pour parler directement aux détenus. Mais aujourd’hui, la Ministre de la Justice est beaucoup plus préoccupée par les robes de haute couture et les défilés chez Prada que par les conditions de vie de nos prisonniers. Pire, le 9 février dernier, à la maison d’arrêt de Meyzieu, Rachida Dati a été photographiée en visite officielle écroulée de rire alors qu’un gosse venait d’y mourir. La photographie, jugée « indécente » par le personnel pénitentiaire, a du d’ailleurs être retirée à la hâte du site du Ministère (Le Canard enchaîné du 28 avril 2008). Effectivement, il n’y a pas de quoi rire.

Depuis la visite de Gil-Roblès, la France s’est de plus dotée de nouveaux instruments de coercition qui ne font qu’accélérer la suroccupation maladive de nos prisons, tels que la loi sur les peines planchers. Celle-ci, censée régler le cas des récidivistes en les enfermant plus longtemps et de façon quasi « automatique » (au mépris d’ailleurs d’un principe fondamental de droit pénal, celui de l’individualisation des peines), a été votée par la majorité sans se préoccuper le moins du monde des capacités d’accueil de nos établissements pénitentiaires. Sans parler de la rétention de sûreté et de tous les autres textes démagogiques présentés dans l’urgence par la Sarkozie fonction des faits divers suscitant l’émoi de l’opinion publique à la télévision. Jouer avec le droit pénal à seule fin communicationnelle n’est pas digne de responsables politiques censés gérer les affaires de l’Etat selon le critère suprême de l’intérêt général.

Triste époque ! Encore un fait à mettre au passif de Nicolas Sarkozy et qui ne donne vraiment pas envie de lui souhaiter un bon anniversaire pour la première année (au jour près) de son règne. Qu’est-ce qu’on attend pour refaire mai 68, en mieux ?

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