La difficulté récurrente en France de critiquer dans certains milieux la politique étrangère israélienne vient de faire une nouvelle victime : Bruno Guigue. On peut ainsi se demander si la liberté d’expression ne se retrouve pas une nouvelle fois otage des communautés dans notre beau pays, droit dont l’application est à géométrie variable fonction de l’objet des critiques, qu’il s’agisse d’Israël ou de l’Islam :
Rien que le titre de ce texte, « L’ONU contre les droits de l’Homme », constitue en lui-même tout un programme. Diantre, les Nations Unies seraient devenues une organisation criminelle, ennemie des droits fondamentaux de l’Humanité ? Pour les auteurs de l’article du Monde, le conseil des droits de l’homme de l’ONU voudrait « anéantir la liberté d’expression », rien de moins. Aucune situation ou texte onusien ne vient étayer ces propos venimeux, et des amalgames grossiers sont opérés entre le voile islamique, l’oppression de la femme iranienne, la critique d’Israël, Goebbels, Staline, Pol Pot, le 11 septembre 2001 et les prises de position du CDH de l’ONU demandant le respect de toutes les religions, ou sa composition.
A côté de ce type de propos, les critiques de Bruno Guigue sur la politique étrangère d’Israël qui, cela est un fait, ne respecte pas le droit international depuis 1967, paraissent bien raisonnables, même si parfois virulentes. Je laisse à cet égard le soin aux lecteurs de juger des différents propos, même si pour moi ce n’est pas Bruno Guigue qui avait commencé. La question n’est pas là.
Le problème, c’est que suite à son article publié sur Oumma.com, M. Guigue s’est fait limogé par la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, et a donc perdu son poste de sous-préfet de Saintes. Le gouvernement invoque le non respect par le haut fonctionnaire de son devoir de réserve.
La ministre a «été mise au courant mercredi du contenu de cette tribune et a immédiatement décidé de mettre fin aux fonctions» de M. Guigue, a-t-on indiqué de source ministérielle. Mais mise au courant par qui ? Certains invoquent un coup de fil du CRIF, Conseil Représentatif des Institutions juives de France. Sans vouloir entrer dans des « théories du complot » stériles, il serait dommageable qu’une ministre de la République limoge un sous-préfet suite à une plainte d’un groupe lobbyiste communautaire. Certes, Bruno Guigue n’a pas respecté son « devoir de réserve » en la matière, mais il s’exprimait en tant que politologue spécialiste de la région. S’il avait au contraire violement attaqué l’état iranien ou encore la religion musulmane dans ses formes obscurantistes, on peut se demander de façon légitime si le fonctionnaire aurait subi le même sort et les foudres de la ministre de l’Intérieur.
Comment au nom de la liberté d’expression, ces mêmes auteurs et soi-disant « intellectuels » peuvent défendre les propos d’un Robert Redecker ou d’une Ayaan Hirsi Ali, tout de même particulièrement insultants vis-à-vis de tous les musulmans, amalgamant une grande majorité muette de pratiquants de l’Islam modérés et une infime minorité de barbus excités et refuser ce même droit à s’exprimer, ou du moins ne pas défendre, un fonctionnaire qui critique Israël ? Ils sont bien peu nombreux aujourd’hui dans la presse, à défendre le Sous Préfet au nom de la liberté d’expression.
Défendre la position de M. Guigue, c’est défendre la liberté d’expression, de la même manière que pour Redeker, les caricaturistes danois et tous les autres. Ce principe est bien trop fondamental pour avoir à souffrir des exceptions.
*Le 11 avril 2008 au Sénat, entre 9h30 et 13h, la sénatrice Alima Boumediene-Thiery et son équipe (dont je fais partie), organise ainsi un colloque au sénat, salle Monnerville, pour défendre la
position de Bruno Guigue en sa présence.
Renseignements à mon numéro : 06 23 36 14 15
