Certes, nous sommes entre les deux tours des municipales et il n’y a que cela qui semble intéresser la presse. « Vague rose » ou « pas vague rose » ? « Élections nationales et vote sanction » ou « élections locales, locales, locales » comme ne cessent de l’ânonner les leaders de la majorité sur instructions de l’Élysée ? « Bayrou, mais que va-t-il faire ? », avec ses 3,21 % à l’échelle nationale. En voilà de belles questions pertinentes et déterminantes à l’heure du pouvoir d’achat en berne. Pendant que la comédie politicarde bat son plein, il ne faut pas oublier que la chasse est toujours ouverte ! Et si des citoyens éclairés et le Réseau éducation sans frontières n’étaient pas là, bon nombre de gens se sentiraient bien seuls sur notre beau territoire, celui de la « patrie des Droits de l’Homme ».
Deux exemples, dont un tragique, pour illustrer le sort réservé aux étrangers en situation
« irrégulière » aujourd’hui en France en 2008 :
Tout d’abord Julio, jeune lycéen rennais d’origine angolaise : ce dernier a été appréhendé et arrêté, mardi 4 mars 2008, par la police en pleine sortie scolaire. Après un contrôle d’identité « au faciès », les agents l’embarquent, au milieu de ses camarades de classe, considérant que les papiers d’identité de Julio, qui indiquent qu’il est âgé de 16 ans, sont faux. Des examens osseux et génitaux (charmants) sont pratiqués sur l’adolescent et concluent qu’il a plus de 18 ans. Ce qui est bien pratique pour pouvoir l’enfermer au centre de rétention administrative de Saint Jacques de la Lande avant de pouvoir l’expulser vers l’Angola. Le juge administratif confirme ensuite l’APRF de Julio (arrêté préfectoral de reconduite à la frontière) mais annule son pays de renvoi, en l’occurrence l’Angola. Finalement le 11 mars, après la mobilisation de centaines d’habitants de Rennes et notamment des jeunes du lycée Victor & Hélène Basch de Julio, le préfet annule la procédure d’expulsion, précisant que c’est « à titre exceptionnel». Vous êtes trop bon M. le préfet ! Dans cette histoire qui heureusement finit bien, ce qui a le plus choqué, ce sont les conditions dans lesquelles Julio a été arrêté, lors d’un contrôle policier en pleine sortie scolaire.
Après la chasse aux sans papiers à la sortie des écoles ou des hôpitaux, après les pièges tendus dans les préfectures, après les rafles dans les queues des repas aux Restos du Cœur cet hiver, voici l’arrestation en pleine sortie scolaire, devant professeur et camarades. Quelle imagination de notre belle police !
Deuxième exemple, plus tragique celui-là : Le 15 février dernier, John Maïna, jeune Kenyan de 19 ans, s'est pendu dans son
appartement de Meudon, dans les Hauts-de-Seine, après avoir reçu le rejet de sa demande d’asile. John était entré en France le 20 mars 2006 et avait demandé l'asile trois jours plus tard. Sa
requête avait alors été rejetée une première fois par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), puis par la Cour nationale du droit d'asile. Apparemment, le jeune homme avait quitté le Kenya pour fuir la secte Mungiki qui l’avait contraint à en devenir membre à 17 ans. Étant donnée de plus la situation politique actuelle du Kenya, la
France aurait pu tout de même accorder l’asile à John Maïna sans grand risque pour son équilibre budgétaire ou démographique. Mais non ! En France en 2008, on meurt pour des papiers !
Les collectifs de sans-papiers appellent d’ailleurs à une nouvelle manifestation nationale le 5 avril à Paris.
Ces deux exemples ne sont qu’une goutte d’eau dans un océan d’injustices !
Aujourd’hui, 21,5 % des personnes emprisonnées en France sont des étrangers et la moitié d'entre elles parce qu'elles n'ont pas de
papiers. Le chiffre est en nette augmentation depuis le début des années 2000. La politique volontariste de notre cher président en la matière n’y est pas étrangère. Sarkozy et le gouvernement
sont directement responsables de cette politique absurde et inique du chiffre à tout prix, conduisant à des situations révoltantes.
Certes le score électoral du Front National à ce premier tour des municipales n’avait jamais été aussi bas depuis son apparition sur la scène politique française (4,8 % à l’échelle nationale).
Mais ce que les journalistes oublient de dire, c’est que cela s’explique aussi par le fait que la majorité actuelle applique une politique dont Le Pen n’aurait même pas pu rêver il y a encore dix
ans.
Plutôt que de traumatiser des enfants
de dix ans en leur confiant la mémoire d’un des 11 000 enfants juifs français victime de la Shoah durant la Seconde Guerre mondiale, rappelons que ces derniers ont été livrés en 1941 par les
pouvoirs publics français alors que les Nazis ne le demandaient même pas. Ce sont des policiers français sur ordre du préfet soumis au dictat du gouvernement de Vichy qui ont organisé la rafle du
Vél’d’Hiv. Étant donnée la façon dont sont traités aujourd’hui les étrangers en situation irrégulière en France, il vaudrait mieux confier dans chaque ministère et chaque école de police la
mémoire de ces enfants juifs, en prévision de l’avenir mais surtout en vue du présent.
RESF et les citoyens d’aujourd’hui, qui défendent les sans papiers malgré la loi, sont sans doute les Justes de demain. Quant aux responsables de toute cette politique inique et stupide, ils seront jugés par l’Histoire. Si en attendant ils pouvaient se prendre une « raclée » électorale au second tour des municipales dimanche. En ce qui concerne les Socialistes, qu’ils cessent néanmoins de pérorer pour se montrer clairs sur la question. Rappelons juste qu’aux États-unis, l’Administration s’apprête à régulariser 12 millions de clandestins. C’est autre chose que nos malheureux 300 000. Mais ce sont de commodes boucs émissaires, paravents de l’inefficience de nos gouvernants, paumés dans la Mondialisation. Pauvre France !
