Mardi 10 janvier 2006
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En ce début d'année 2006, alors que malheureusement aucune écheance électorale n'aura lieu cette année en France, l'espoir politique de ces prochains jours est peut-être à chercher du côté du Forum social mondial. Né en 2001 à Porto Alegre, au Brésil, avec la volonté d'être le pendant social du Forum économique mondial de Davos, les principes du FSM sont totalement à l'opposé des grands rendez-vous internationaux habituels: participation de tous, transparence des débats, ouverture à toutes les tendances politiques, associatives, religieuses, etc. Nous sommes loin des réunions bunkerisées du G8 ou de l'OMC dans lesquelles les simples citoyens n'ont pas le droit de cité et pour lesquels nombre de quartiers aux alentours du lieu de la réunion sont totalement bouclés au détriment des habitants qui n'ont rien demandé.
Vu de l'intérieur, un Forum social n'est pas, au grand dam des fantasmes de nombre de journalistes occidentaux, une réunion de révolutionnaires, néogauchistes et autres extrêmistes, notamment musulmans, mais bien plutôt une grande foire de la société civile où se côtoient chercheurs universitaires, militants associatifs, syndicats, et surtout beaucoup de simples citoyens curieux de faire de la politique autrement. Faire de la politique autrement, c'est à dire s'emparer d'un sujet personnellement sans attendre la bonne volonté de nos responsables politiques qui ne savent plus que faire de la communication ou agir sur les seules fonctions encore propriété de l'Etat, c'est à dire ses foncions régaliennes (armée, police, justice). Et oui, participer à un FSM réconcilie avec l'imaginaire et nous donne à voir qu' "un autre monde est possible".
Le libéralisme et cette "dictature de la réalité" qui nous impose de consommer toujours plus de produits en nous martyrisant la conscience (pillage de l'Afrique et de l'Amérique du Sud pour assurer notre consommation d'énergie et notre mode de vie) ou alors en nous demandant de l'éteindre pour rendre notre cerveau disponible à la publicité, développe, chez un citoyen occidental pour lequel les Droits de l'homme et l'environnement sont importants, une schizophrénie parfois difficile à gérer.
Pour la soigner, un forum social est un très bon outil de cure thérapeutique collective. Rien que pour cela il devrait être salué plutôt que voué aux gémonies. Ce n'est pas parce que des islamistes peuvent éventuellement profiter d'une réunion du Forum social pour se retrouver qu'il en devient une réunion d'extrêmistes.
Alors pourquoi les FSM sont encore très largement boudés par les politiques et les journalistes en Occident (oui, car dans les pays du Sud, un FSM comme celui de Bombay en 2004 attire tous les responsables intitutionnels locaux)? Sans doute parce que le FSM dans ses principes même remet en cause la représentation politique traditionnelle, et par la même l'utilité de nos hommes politiques. Pour les jounalistes cela est plus complexe. Lorsqu'ils pénètrent dans un FSM et voient le monde qu'il y a, sans doute que les journalistes les plus importants (des chaînes de télé institutionnelles) ne savent pas trop à qui lécher le cul, puisque très peu de politiques sont présents, et donc ils ne peuvent attendre aucune promotion réelle ou symbolique de leur présence dans un tel lieu. Pour les autres journalistes, de plus en plus s'intéressent il est vrai à ses réunions.
Cette année le Forum social mondial est policentrique, d'abord à Bamako, capitale du Mali, du 19 au 23 janvier, avant de s'exporter à Caracas, capitale du Vénézuéla, du 24 au 29 janvier. Sa présence pour la première fois en Afrique est très importante puisque ce continent, on peut le dire sans être taxé de "gauchiste", est la principale victime de la mondialisation libérale.
Sa présence en Amérique du Sud relève quant à elle de la symbolique politique, dans un pays dirigé par un des seuls chefs d'Etat de la planète se revendiquant "alter" et réclamant une révolution bolivarienne (Hugo Chavez), et sur un continent qui a vu arriver au pouvoir ces dernières années des hommes politiques de gauche (Lula au Brésil, Toledo au Pérou, dernièrement Moralès en Bolivie) s'opposant, ne serait-ce que dans les termes, à la mondialisation libérale.
Alors si vous n'avez rien à faire dans les jours qui viennent, genre en stage ou au chômage, ce qui est un peu la même chose, allez faire un tour au FSM. Je sais que le billet d'avion est cher et que cette machine pollue, mais cela fait du bien. Et puis sortir de France est toujours instructif pour voir un peu comment se porte le reste de la planète (pas forcément bien, désolé pour les fans de Lorie). Que je saches, rêver un peu, même en politique, ce n'est encore ni payant, ni interdit. Alors profitez-en avant qu'il ne soit trop tard!
Petit conseil pour Ségolène Royal qui se trouve actuellement au Chili pour faire genre
"voyez gentils Français, les Chiliens s'apprêtent à élire une femme présidente. Ayez donc la même idée en 2007 en m'envoyant à l'Elysée!":
Allez donc, chère Mme Royal, faire un tour à Caracas. De plus en plus de gens ne se reconnaissent plus dans une politique qui n'est que de la communication. Visitez donc les laboratoires dans lesquels certains essayent d'en faire de la vraie!
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