Vous n’en avez pas marre vous ? Non parce que cela fait maintenant plus de six mois et en ces fêtes de fin d’année, on ne voit point encore poindre à l’horizon de réelle
exaspération de l’opinion française vis-à-vis de son nouveau chef de l’état « iconoclaste » (pour le dire gentiment, mais la suite arrive), alors que la presse étrangère s’en donne à
cœur joie. La presse allemande notamment est de plus en plus exaspérée par le style de Sarko 1er.
Que dire du nouveau conte de Noël qui nous a été concocté le week-end dernier ? Tout a déjà été dit : une coproduction Disney-Elysée, « la Belle et le Nain ». A peine le feuilleton précédent, « Sarko et le dictateur », se terminait, certes boudé par la critique trouvant cette réalisation d’un goût douteux[1] que la presse était convoquée chez Mickey pour un beau conte de Noël, avant une nouvelle aventure, « Sarko chez le Pape ». Si l’on doit garder pour les décennies qui viennent quelques souvenirs de l’époque actuelle, c’est sans doute des idées pour une série de bandes dessinées, à la manière d’Iznogoud.
Tout cela prêterait à rire si la situation nationale et le contexte international n’étaient placés sous le signe de l’urgence : dette catastrophique, tassement du pouvoir d’achat, creusement abyssal des inégalités, augmentation de la grande précarité, dégradation environnementale au caractère irréversible de moins en moins contestable, mouvements migratoires augmentant de façon exponentielle, raréfaction des ressources énergétiques et montée parallèle des antagonismes nationaux pour l’appropriation de ces mêmes ressources, poudrière au Moyen-Orient (Irak et Palestine) susceptible de s’étendre à toute le monde arabe, donnant du grain à moudre aux tenants du « choc des civilisations », et j’en passe, tout cela étant bien entendu plus ou moins lié. Ce début de siècle ne se prête guère à la frivolité et à l’insouciance.
Heureusement, nous avons notre super Président. Des CRS tabassent des sans logis dans leur tente et des militants associatifs à peine installés aux abords de la Seine ? Vite, on détourne le regard direction l’Elysée. Des sans papiers sont embarqués, parqués, expulsés sans vergogne par nos policiers sous ordre des préfets? Qu’à cela ne tienne. Que fait donc Sarkozy pendant ce temps? Il est chez Mickey en compagnie d’un mannequin. Beaucoup plus glamour pour vendre du papier glacé. Qu’on critique les goûts du Président type bobo rive gauche comme sur Canal + où bien qu’on loue en permanence son « incroyable énergie » sur télé Pravda (ah non, TF1 pardon !), le résultat est le même, détourner l’attention de l’opinion publique des vrais enjeux politiques actuels.
Les champs politiques et médiatiques n’ont peut-être jamais été autant mêlés dans notre pays par de tels intérêts communs, ceux des grands industriels des médias, tous proches de Sarkozy (Bouygues, Lagardère, Bolloré, etc). Ce n’est pas un hasard si Sarko a le premier tenu à féliciter Poutine après les caricatures d’élections législatives en Russie. Notre pays est en voie avancée de « Poutinisation ».
Un petit parallèle historique s’impose après cette demi-année passée à l’Elysée. Rappelons les mesures des premiers mois de la présidence Mitterrand :
– 1er juillet 1981 : augmentation des allocations handicapés (+20%), familiales (+25%), logement (+25%).
– 4 août 1981: suppression de la Cour de sûreté de l'État.
– 2 octobre 1981 : autorisation des radios locales sans publicité.
– 8 octobre 1981 : blocage des prix pendant six mois.
– 9 octobre 1981 : la France abolit la peine de mort.
– 15 décembre 1981 : abrogation de la loi «anticasseurs» prise à la fin du septennat précédent.
– 30 décembre 1981 : création de l'impôt sur les grandes fortunes.
– 14 janvier 1982 : ordonnances sur la limitation à 39 heures (au lieu de 40) de la semaine de travail.
– 13 février 1982 : loi sur les nationalisations qui fait passer dans le giron
de l'État la plupart des grandes entreprises.
– 3 mars 1982 : loi sur la décentralisation qui donne une certaine autonomie aux départements et aux régions.
En ce qui concerne maintenant le locataire actuel de l’Elysée, à part son cadeau fiscal aux classes les plus aisées cet été, qu’a t’il pris comme décision susceptible d’influer, en positif j’entends, sur la vie de l’ensemble sinon d’une bonne partie des Français ? Certes il a relancé à lui tout seul les tirages de la presse « people ». Mais est-ce bien suffisant ?
La France, anciennement « pays des droits de l’homme », est de plus en plus montrée du doigt pour sa politique migratoire « dure » (c’est le moins que l’on puisse dire) vis-à-vis des clandestins. Bientôt plus personne en Afrique ne souhaitera se rendre dans notre pays. Certains s’en réjouiront. Qu’ils cessent donc alors d’aller passer leurs vacances au soleil.
Grâce à Sarkozy, un traité refusé par référendum par le peuple souverain en mai 2005 va être ratifié par la France par voie parlementaire. Comme déni de démocratie, on peut difficilement mieux faire.
A l’international, notre nouvel atlantisme est à contre courant de l’histoire, alors que l’équipe Bush est en totale perte de vitesse et que le prochain président américain (Barack Obama ?) sera sans doute démocrate. Ce n’est pas grave. Nous envoyons, sans demander bien sûr l’avis du Parlement, des soldats (1200), des chars et des avions supplémentaires en Afghanistan pour faire plaisir au grand frère américain. Sinon, nous sommes toujours amis en Afrique avec de charmants démocrates tels Omar Bongo au Gabon, Denis Sassou-Nguesso au Congo ou maintenant Kadhafi en Lybie.
Elle est belle la rupture ! Je suis totalement d’accord avec le philosophe Alain Badiou, prof à Normal Sup’, qui lui ne passe pas ses week-end chez Mickey : la « rupture » sarkozyenne n’est rien d’autre qu’un « renoncement », renoncement à tout ce qui faisait de la France, malgré sa petite taille, un grand pays. Sa culture, sa tradition critique, ses penchants révolutionnaires, son refus depuis de Gaulle de suivre systématiquement les Américains, son système de soins, plus largement ses services publiques, sa méfiance vis-à-vis des mécanismes les plus absolus de l’économie de marché, sa tradition de terre d’asile, etc.
Décidément ce régime n’en finit pas de pourrir. Espérons que cette Ve République née par un coup d’état gaulliste mourra avec le dernier coup d’éclat sarkozyste.
Sinon, je voudrais demander pour Noël une vraie gauche qui s’oppose et qui propose. Les occasions de critiquer ne manquent pas. S’il te plaît Père Noël ?
[1] Les hypocrisies médiatiques en la matière sont lamentables. Quand Sassou- Nguesso est reçu au Sénat les 6 et 7 décembre 2007, il n’y a pas grand monde dans la presse qui s’offusque. Il est vrai que ce dernier est un « bon » dictateur, j’entends affamant son peuple mais préservant les intérêts français.
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