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Lundi 19 décembre 2005 1 19 /12 /Déc /2005 12:14
Evo Morales, candidat de la gauche en Bolivie aux élections présidentielles du 18 décembre, obtiendrait plus de 50 % des suffrages.
Il serait donc élu Président dès le premier tour. Qu'est-ce que cela signifie pour la Bolivie?

A en croire nos quotidiens nationaux, le Monde en tête, Evo Morales, dirigeant du MAS (mouvement vers le socialisme) est avant tout le représentant des cultivateurs de coca, la plante permettant de fabriquer la cocaïne.

La Bolivie est en effet le troisième producteur mondial derrière la Colombie et le Pérou. Les Etats-Unis ont mis en oeuvre un plan d'éradication de cette plante dans la région, en déversant par exemple quantité de défoliants par avion. Au passage, les cultivateurs locaux ont droit à être arrosés, développant alors des pathologies plus qu'indésirables.

Inutile de préciser que l'élection de Morales, chef de file des Cocaleros, n'est pas du tout du goût de Washington (pour Georges W. Bush personnellement je ne sais pas trop, il faudrait d'abord s'assurer qu'il sait où se trouve la Bolivie). Une des propositions du programme de Morales est bien entendu la lutte contre ce plan américain d'éradication de la culture de la coca.

Pourquoi? Parce qu'il veut continuer à fabriquer plein de cocaïne pour envahir le marché mondial et devenir un gros dealer respecté?

Il semble plutôt que les milliers de cultivateurs de coca n'ont que cette ressource pour leur permettre de vivre, ou plutôt de survivre, dans un contexte d'économie mondialisée. Si on leur propose de gagner plus d'argent en cultivant des petits pois, j'imagine assez mal les indiens cultivateurs de coca boliviens préférer continuer à cultiver la plante à l'origine de la cocaïne.

C'est le même problème que pour les cultivateurs d'opium en  Afghanistan. La communauté internationale, Etats-Unis en tête, leur demande d'éradiquer ces plantations. Sauf qu'en échange les Etats ne leur proposent aucun nouveau moyen de subsistances. On envoie les ONG réparer avec des "bouts de ficelle" les dégâts occasionnés par la guerre économique mondiale.

Pour les cocaleros boliviens, la mondialisation ce n'est pas comme pour nous, un portable, internet, des voyages au soleil, mais plutôt "cultive de la coca ou crève! Mais attention tu n'as pas le droit d'en cultiver! A toi de gérer au mieux ta schizophrénie."  Alors voilà, Morales défend ces cultivateurs de coca.

Mais c'est bien plus que cela. Il représente avant tout une frange entière de la population bolivienne et d'Amérique Latine totalement marginalisée, les indigènes, niés dans leur culture et leur identité depuis les débuts de la colonisation espagnole (par exemple, dans la culture aymara, nous sommes en l'an 5512. Inutile de préciser que tout le monde s'en moque à la tête de l'Etat), écrasées aujourd'hui par l'ouverture économique qui ne profite qu'aux oligarques de Santa Cruz .

A y regarder de plus près, on s'aperçoit en plus que le programme du MAS propose des solutions alternatives à la culture de la coca et s'oppose avant tout au plan américain dans la région (cf par exemple le site du Congrès Bolivariens des Peuples).

Alors Evo Morales, plutôt que d'être un "candidat d'extrême gauche favorable à la culture de la coca", comme on a tendance à le présenter en Occident, est avant tout un indien Aymara.

Les indigènes représentent 60% de la population et n'ont encore jamais eu le droit d'être représentés dans les hautes sphères de l'Etat. La Bolivie a un des sous-sol les plus riches de la planète et reste le pays le plus pauvre d'Amérique Latine. La manne financière engrangée par les ressources naturelles du pays ne profite qu'à une poignée d'oligarques locaux et aux multinationales, au détriment bien entendu des premiers habitants de ses terres, les Amérindiens (lire entre autre sur l'histoire de la Bolivie l'extraordinaire livre d'Eduardo Galeano Les veines ouvertes de l'Amérique Latine).

Alors pour une fois qu'ils auront  une personne à la tête de l'Etat qui essayera de défendre leurs intérêts, je suis content pour les indigènes. Ce n'est encore jamais arrivé dans l'histoire de la Bolivie. Quant à la personnalité plus ou moins controversée d'Eva Morales, cela m'importe peu. C'est le symbole qui est important.

Par Ben - Publié dans : Actualité Bin Jamin
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