Vendredi 28 décembre 2007

Bientôt plus d’un milliards de réfugiés climatiques ? Alors que la Conférence de Bali sur le changement climatique organisée par les Nations Unies s’est achevée, samedi 15 décembre, après d’âpres négociations, sur un laborieux compromis, ce scénario catastrophe de plus d’un milliard de réfugiés possibles en 2050 donne la mesure de l’immense défi qui attend l’humanité, dont les réponses sont pour le moment encore bien timides.

 

R--FUGI--S-CLIMATIQUES-1808B5.jpgEn mai dernier, un rapport de l’organisation humanitaire britannique Christian Aid, marquant les esprits, mettait en avant ce chiffre effroyable d’un milliard d’exilés forcés à se déplacer à cause du réchauffement climatique et de ses conséquences dans les décennies à venir. Dans le détail, d’ici à 2050, ces migrants pourraient être 645 millions en raison du changement de la donne énergétique, 50 millions à migrer à cause de conflits et atteintes aux droits de l’Homme, et 250 millions de personnes victimes de phénomènes liés directement au changement climatique (inondations, sécheresses, pénuries alimentaires ou restrictions dans l’accès à l’eau). Mais pas la peine d’attendre 2050. Christian Aid soulignait que d'ores et déjà 163 millions de personnes avaient quitté leurs foyers en raison des conflits, des catastrophes naturelles et des grands projets de développement (mines, barrages, etc.).

 

Pire, dans le film d’Al Gore An Inconvenient Truth (Une vérité qui dérange, sorti en 2006), ce sont 1,3 milliard d’individus qui devraient à terme abandonner des terres dramatiquement menacées par la montée des mers et des océans, conséquence directe du réchauffement climatique et de la fonte des calottes glaciaires.  

 

D’après une autre étude moins apocalyptique, émanant des Nations Unies et sortie en octobre 2005, cinquante millions de personnes pourraient dès 2010 devenir des « réfugiés climatiques », victimes directes du réchauffement et de la dégradation environnementale et vingt millions de personnes auraient déjà été déplacées en raison des conséquences du réchauffement climatique (pollution des nappes phréatiques, érosion des terres arables, etc.).

 

Au-delà des batailles des chiffres des experts, ce dont on est sûr, c’est que d’immenses mouvements migratoires tels que l’humanité n’en a jamais connu sont en marche et que si rien est fait non seulement pour anticiper ces phénomènes, mais également pour enrayer le réchauffement du climat, « il y aura beaucoup d’autres Darfour », pour reprendre l’expression de Christian Aid. Car ces migrations forcées risquent fort d’accentuer les tensions et de multiplier les conflits entre les peuples, pour l’accès à l’eau, à la terre ou aux ressources énergétiques.

 

Une liste non exhaustive des territoires et populations menacés : En Alaska, 213 communautés sont  menacées par la montée annuelle croissante de la marée due à la fonte des glaces ; sur l’île de Tuvalu en Polynésie, 11 600 personnes sont directement victimes de la montée de la mer ; en Chine, l’expansion annuelle moyenne du désert de Gobi est de 10 000 km², poussant à l’exil des millions de personne ; en Turquie, ce sont 160 000 km² de terres cultivées qui subissent l’érosion, au Bangladesh, 11% des terres risquent d’être submergés par la montée des eaux, soit des millions de sans abri, etc.

 

R--FUGI--S-CLIMATIQUES-180886.jpgSans parler des conflits humains : Au Proche Orient, la « bataille de l’eau » a déjà commencé, notamment sur la question du partage des eaux du Jourdan. Pour le journaliste Christian Chesnot par exemple, déjà la guerre des Six jours (5 au 10 juin 1967) trouvait en partie son origine dans le projet arabe de détournement des eaux du Jourdain. L’occupation de la Cisjordanie par Israël obéit également à des impératifs de sécurité hydraulique, alors que les réserves naturelles d’or bleue vont se faire de plus en plus rares dans la région.

Des tensions géopolitiques de ce genre vont à coup sûr se multiplier avec la raréfaction accélérée des ressources aquifères et énergétiques, entraînant leurs innombrables lots de réfugiés, fuyant la montée des eaux, la désertification des sols, les conflits armés, etc.

 

Mais attention ! Il s’agit bien d’une menace globale. Il ne faut pas croire que les pays riches à climat tempéré seront épargnés car ils devront faire face à des vagues migratoires d’une ampleur jusqu’alors inégalée. Et ces pays riches, notamment les Etats-Unis et les Etats membres de l’Union européenne sont tout de même aujourd’hui encore, même si rattrapés par la Chine et l’Inde à vitesse grand V, les principaux pollueurs de la planète, responsables de l’accélération du réchauffement climatique. 

 

Pour le professeur Atiq Rhaman, fondateur du Bangladesh Centre for Advanced Studies (BCAS), un centre de recherche pluridisciplinaire précurseur dans l’étude des impacts socio-économiques du climat, la solution est claire : « chaque pays doit prendre à sa charge, à savoir transporter et accueillir, un quota de réfugiés climatiques qui serait fonction de ses niveaux d’émission de gaz à effet de serre présents et passés. ».

 

Les Européens et les Américains sont donc prévenus : ils ont tout intérêt à prendre à bras le corps dès aujourd’hui cette question des réfugiés climatiques, sinon le ciel risque bel et bien de finir par leur tomber sur la tête.

 
 
 

Voir le travail du Collectif Argos
Voir le dossier sur www.pourmaplanete.com

 
Vendredi 21 décembre 2007


Vous n’en avez pas marre vous ? Non parce que cela fait maintenant plus de six mois et en ces fêtes de fin d’année, on ne voit point encore poindre à l’horizon de réelle exaspération de l’opinion française vis-à-vis de son nouveau chef de l’état « iconoclaste » (pour le dire gentiment, mais la suite arrive), alors que la presse étrangère s’en donne à cœur joie. La presse allemande notamment est de plus en plus exaspérée par le style de Sarko 1er.

Personnellement, après être tout juste sorti du cancer, les aventures quotidiennes du Président me donnent envie de retourner à l’hôpital. Surtout qu’il faut en profiter avant que le pouvoir actuel ne mette définitivement un terme à l’existence de l’hôpital public tel qu’on le connaît, avec des soins accessibles à tous.

Que dire du nouveau conte de Noël qui nous a été concocté le week-end dernier ? Tout a déjà été dit : une coproduction Disney-Elysée, « la Belle et le Nain ». A peine le feuilleton précédent, « Sarko et le dictateur », se terminait, certes boudé par la critique trouvant cette réalisation d’un goût douteux[1] que la presse était convoquée chez Mickey pour un beau conte de Noël, avant une nouvelle aventure, « Sarko chez le Pape ». Si l’on doit garder pour les décennies qui viennent quelques souvenirs de l’époque actuelle, c’est sans doute des idées pour une série de bandes dessinées, à la manière d’Iznogoud.

Tout cela prêterait à rire si la situation nationale et le contexte international n’étaient placés sous le signe de l’urgence : dette catastrophique, tassement du pouvoir d’achat, creusement abyssal des inégalités, augmentation de la grande précarité, dégradation environnementale au caractère irréversible de moins en moins contestable, mouvements migratoires augmentant de façon exponentielle, raréfaction des ressources énergétiques et montée parallèle des antagonismes nationaux pour l’appropriation de ces mêmes ressources, poudrière au Moyen-Orient (Irak et Palestine) susceptible de s’étendre à toute le monde arabe, donnant du grain à moudre aux tenants du « choc des civilisations », et j’en passe, tout cela étant bien entendu plus ou moins lié. Ce début de siècle ne se prête guère à la frivolité et à l’insouciance. 

Heureusement, nous avons notre super Président. Des CRS tabassent des sans logis dans leur tente et des militants associatifs à peine installés aux abords de la Seine ? Vite, on détourne le regard direction l’Elysée. Des sans papiers sont embarqués, parqués, expulsés sans vergogne par nos policiers sous ordre des préfets? Qu’à cela ne tienne. Que fait donc Sarkozy pendant ce temps? Il est chez Mickey en compagnie d’un mannequin. Beaucoup plus glamour pour vendre du papier glacé. Qu’on critique les goûts du Président type bobo rive gauche comme sur Canal + où bien qu’on loue en permanence son « incroyable énergie » sur télé Pravda (ah non, TF1 pardon !), le résultat est le même, détourner l’attention de l’opinion publique des vrais enjeux politiques actuels.

Les champs politiques et médiatiques n’ont peut-être jamais été autant mêlés dans notre pays par de tels intérêts communs, ceux des grands industriels des médias, tous proches de Sarkozy (Bouygues, Lagardère, Bolloré, etc). Ce n’est pas un hasard si Sarko a le premier tenu à féliciter Poutine après les caricatures d’élections législatives en Russie. Notre pays est en voie avancée de « Poutinisation ».

Un petit parallèle historique s’impose après cette demi-année passée à l’Elysée. Rappelons les mesures des premiers mois de la présidence Mitterrand :

– 1er juillet 1981 : augmentation des allocations handicapés (+20%), familiales (+25%), logement (+25%).
 
– 4 août 198
1: suppression de la Cour de sûreté de l'État.
 
– 2 octobre 1981 : autorisation des radios locales sans publicité.

– 8 octobre 1981 : blocage des prix pendant six mois.
 
– 9 octobre 1981 : la France abolit la peine de mort.


– 15 décembre 1981 : abrogation de la loi «anticasseurs» prise à la fin du septennat précédent.


– 30 décembre 1981 : création de l'impôt sur les grandes fortunes.

– 14 janvier 1982 : ordonnances sur la limitation à 39 heures (au lieu de 40) de la semaine de travail.

– 13 février 1982 : loi sur les nationalisations qui fait passer dans le giron de l'État la plupart des grandes entreprises.

– 3 mars 1982 : loi sur la décentralisation qui donne une certaine autonomie aux départements et aux régions.

Après tout, Mitterrand fut le seul homme « de gauche » (et encore) à la tête de l’Etat durant la Ve République. Toutes ces réformes eurent un impact direct et quasi immédiat sur la vie de l’ensemble des citoyens français.

En ce qui concerne maintenant le locataire actuel de l’Elysée, à part son cadeau fiscal aux classes les plus aisées cet été, qu’a t’il pris comme décision susceptible d’influer, en positif j’entends, sur la vie de l’ensemble  sinon d’une bonne partie des Français ? Certes il a relancé à lui tout seul les tirages de la presse « people ». Mais est-ce bien suffisant ?

La France, anciennement « pays des droits de l’homme », est de plus en plus montrée du doigt pour sa politique migratoire « dure » (c’est le moins que l’on puisse dire) vis-à-vis des clandestins. Bientôt plus personne en Afrique ne souhaitera se rendre dans notre pays. Certains s’en réjouiront. Qu’ils cessent donc alors d’aller passer leurs vacances au soleil.
 
Grâce à Sarkozy, un traité refusé par référendum par le peuple souverain en mai 2005 va être ratifié par la France par voie parlementaire. Comme déni de démocratie, on peut difficilement mieux faire.

A l’international, notre nouvel atlantisme est à contre courant de l’histoire, alors que l’équipe Bush est en totale perte de vitesse et que le prochain président américain (Barack Obama ?) sera sans doute démocrate. Ce n’est pas grave. Nous envoyons, sans demander bien sûr l’avis du Parlement, des soldats (1200), des chars et des avions supplémentaires en Afghanistan pour faire plaisir au grand frère américain. Sinon, nous sommes toujours amis en Afrique avec de charmants démocrates tels Omar Bongo au Gabon, Denis Sassou-Nguesso au Congo ou maintenant Kadhafi en Lybie.
Qu’est-ce qu’il disait déjà l’autre ? « Je ne passerai jamais sous silence les atteintes aux droits de l’homme au nom de nos intérêts économiques. Je défendrai les droits de l’homme partout où ils sont méconnus ou menacés et je les mettrai au service de la défense des droits des femmes » (discours du candidat Sarkozy au Zénith du 18/03/07). L’important, c’est que les imbéciles y croient.
 

Elle est belle la rupture ! Je suis totalement d’accord avec le philosophe Alain Badiou, prof à Normal Sup’, qui lui ne passe pas ses week-end chez Mickey : la « rupture » sarkozyenne n’est rien d’autre qu’un « renoncement », renoncement à tout ce qui faisait de la France, malgré sa petite taille, un grand pays. Sa culture, sa tradition critique, ses penchants révolutionnaires, son refus depuis de Gaulle de suivre systématiquement les Américains, son système de soins, plus largement ses services publiques, sa méfiance vis-à-vis des mécanismes les plus absolus de l’économie de marché, sa tradition de terre d’asile, etc.    

Après tout cela, je ne comprends même pas comment les gens peuvent encore apprécier le personnage. Même les avocats sont dans la rue. Les Français aiment sans doute qu’on leur raconte des histoires. Mais attention, une fois qu’ils sont déçus, ça peut vite tourner en Révolution. Le Sarko show ne pourra pas les distraire éternellement.  

Décidément ce régime n’en finit pas de pourrir. Espérons que cette Ve République née par un coup d’état gaulliste mourra avec le dernier coup d’éclat sarkozyste.

Sinon, je voudrais demander pour Noël une vraie gauche qui s’oppose et qui propose. Les occasions de critiquer ne manquent pas. S’il te plaît Père Noël ?  


 

[1] Les hypocrisies médiatiques en la matière sont lamentables. Quand Sassou- Nguesso est reçu au Sénat les 6 et 7 décembre 2007, il n’y a pas grand monde dans la presse qui s’offusque. Il est vrai que ce dernier est un « bon » dictateur, j’entends affamant son peuple mais préservant les intérêts français.

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