Evo Morales, candidat de la gauche en Bolivie aux élections présidentielles du 18 décembre, obtiendrait plus de 50 % des suffrages. Il serait donc élu Président dès le premier tour. Qu'est-ce que cela signifie pour la Bolivie?
A en croire nos quotidiens nationaux, le Monde en tête, Evo Morales, dirigeant du MAS (mouvement vers le socialisme) est avant tout le représentant des cultivateurs de coca, la plante permettant de fabriquer la cocaïne.
La Bolivie est en effet le troisième producteur mondial derrière la Colombie et le Pérou. Les Etats-Unis ont mis en oeuvre un plan d'éradication de cette plante dans la région, en déversant par exemple quantité de défoliants par avion. Au passage, les cultivateurs locaux ont droit à être arrosés, développant alors des pathologies plus qu'indésirables.
Inutile de préciser que l'élection de Morales, chef de file des Cocaleros, n'est pas du tout du goût de Washington (pour Georges W. Bush personnellement je ne sais pas trop, il faudrait d'abord s'assurer qu'il sait où se trouve la Bolivie). Une des propositions du programme de Morales est bien entendu la lutte contre ce plan américain d'éradication de la culture de la coca.
Pourquoi? Parce qu'il veut continuer à fabriquer plein de cocaïne pour envahir le marché mondial et devenir un gros dealer respecté?
Il semble plutôt que les milliers de cultivateurs de coca n'ont que cette ressource pour leur permettre de vivre, ou plutôt de survivre, dans un contexte d'économie mondialisée. Si on leur propose de gagner plus d'argent en cultivant des petits pois, j'imagine assez mal les indiens cultivateurs de coca boliviens préférer continuer à cultiver la plante à l'origine de la cocaïne.
C'est le même problème que pour les cultivateurs d'opium en Afghanistan. La communauté internationale, Etats-Unis en tête, leur demande d'éradiquer ces plantations. Sauf qu'en échange les Etats ne leur proposent aucun nouveau moyen de subsistances. On envoie les ONG réparer avec des "bouts de ficelle" les dégâts occasionnés par la guerre économique mondiale.
Pour les cocaleros boliviens, la mondialisation ce n'est pas comme pour nous, un portable, internet, des voyages au soleil, mais plutôt "cultive de la coca ou crève! Mais attention tu n'as pas le droit d'en cultiver! A toi de gérer au mieux ta schizophrénie." Alors voilà, Morales défend ces cultivateurs de coca.
Mais c'est bien plus que cela. Il représente avant tout une frange entière de la population bolivienne et d'Amérique Latine totalement marginalisée, les indigènes, niés dans leur culture et leur identité depuis les débuts de la colonisation espagnole (par exemple, dans la culture aymara, nous sommes en l'an 5512. Inutile de préciser que tout le monde s'en moque à la tête de l'Etat), écrasées aujourd'hui par l'ouverture économique qui ne profite qu'aux oligarques de Santa Cruz .
A y regarder de plus près, on s'aperçoit en plus que le programme du MAS propose des solutions alternatives à la culture de la coca et s'oppose avant tout au plan américain dans la région (cf par exemple le site du Congrès Bolivariens des Peuples).
Alors Evo Morales, plutôt que d'être un "candidat d'extrême gauche favorable à la culture de la coca", comme on a tendance à le présenter en Occident, est avant tout un indien Aymara.
Les indigènes représentent 60% de la population et n'ont encore jamais eu le droit d'être représentés dans les hautes sphères de l'Etat. La Bolivie a un des sous-sol les plus riches de la planète et reste le pays le plus pauvre d'Amérique Latine. La manne financière engrangée par les ressources naturelles du pays ne profite qu'à une poignée d'oligarques locaux et aux multinationales, au détriment bien entendu des premiers habitants de ses terres, les Amérindiens (lire entre autre sur l'histoire de la Bolivie l'extraordinaire livre d'Eduardo Galeano Les veines ouvertes de l'Amérique Latine).
Alors pour une fois qu'ils auront une personne à la tête de l'Etat qui essayera de défendre leurs intérêts, je suis content pour les indigènes. Ce n'est encore jamais arrivé dans l'histoire de la Bolivie. Quant à la personnalité plus ou moins controversée d'Eva Morales, cela m'importe peu. C'est le symbole qui est important.
"La presse n'est pas un instrument de profit commercial. C'est un instrument de culture. Sa mission est de donner des informations exactes, de défendre des idées, de servir la cause du progrès humain. La presse est libre lorsqu'elle ne dépend ni du gouvernement ni des puissances d'argent, mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs."
Vite, phrase à faire circuler! Je crains que bon nombre de journalistes, en France et à l'étranger, ne soient pas au courant!

Le mardi 6 décembre 2005, un millier d’habitants de Dongzhou, village situé à proximité de la ville de Shanwei, dans la province du Guangdong au sud de la Chine, ont manifesté pour réclamer des compensations sur leurs terres, saisies par l’Etat dans le cadre de la construction d'une centrale électrique.
L’unité anti-émeute de la terrible PAP (police armée du peuple) a alors été envoyée sur place pour rétablir l’ordre et elle a rempli sa mission avec un zèle faisant froid dans le dos. Pour empêcher les manifestants de pénétrer dans Dongzhou, la police paramilitaire aurait tiré sur la foule en colère. Le samedi 10 décembre 2005, soit quatre jours après les évènements, on ne connaissait toujours pas le nombre exact de victimes de la répression policière, mais des villageois faisaient état d’une trentaine de morts. Si ce chiffre s’avère exact, il s’agit de la plus terrible répression de l’armée chinoise exercée à l’encontre de manifestants depuis les évènements de la place Tienanmen en 1989, et il fait une nouvelle fois la démonstration du peu d’intérêts que porte l’Etat chinois à l’encontre des droits de l’homme, alors que les pays occidentaux et les institutions internationales continuent d’admirer le « miracle économique chinois ».
La situation semble avoir dégénéré après l’arrestation de trois représentants du village de Dongzhou sur le site de la future centrale électrique alors qu’ils constataient une présence policière massive de plus d’une centaine d’individus. Ce week-end, des centaines de policiers continuaient de surveiller les lieux tandis que les journalistes se voyaient interdire l’accès au village. Les autorités se refusaient toujours à tout commentaire, laissant la police rechercher les meneurs de la manifestation. Pékin fait montre une nouvelle fois du peu de considération qu’elle porte à bon nombre de ses concitoyens, sacrifiés sur l’autel du capitalisme chinois. Celui-ci réussit l’exploit de réunir entre ses mains les défauts d’une économie de marché dénuée de filet social pour les plus faibles avec un dirigisme étatique de type cryptocommuniste dictatorial et sans aucune pitié pour ses opposants.
Si la Chine connaît ces dernières années un développement économique phénoménal basé sur une croissance à deux chiffres, celui-ci se fait au détriment d’une immense majorité de la population, vivant pour la plupart dans les campagnes abandonnées par le pouvoir central. Déjà ravagées par une épidémie de sida niée par le régime, les populations rurales de l’empire du milieu se voient également parfois privées de leurs terres dont la propriété foncière est du ressort de l’Etat central. Cela confère un immense pouvoir aux fonctionnaires locaux qui favorise bien entendu leur corruption.
D’après le journal le Monde, en 2004, « 74 000 manifestations, dont certaines violentes, et mouvements de protestations ont eu lieu en Chine, soit 16 000 de plus que l'année précédente ». Ce malaise paysan s’explique en grande partie par la multiplication des expropriations de terres par les autorités locales pour des projets industriels. Le pharaonique projet de barrage des Trois Gorges est le plus emblématique, amenant au final à déplacer des millions d’individus.
C’est sans aucun doute « nécessaire au développement ». Ce que deviennent ces paysans pauvres, peu de gens semblent s’en préoccuper réellement, sauf que lorsqu’ils se révolteront, les deux millions de soldats de l’armée chinoise ne seront pas de trop pour réprimer à la « méthode Tienanmen », et maintenant Dongzhou, les manifestations de personnes réclamant simplement « leur part du gâteau », de l’immense gâteau chinois.
Mais que les Français ne s’inquiètent pas. Ce n’est pas ce genre d’évènements qui empêchera notre chère « patrie des droits de l’homme » d’aller vendre des Airbus à notre « ami chinois ».

La "maison", ou plutôt case, sur la photo, est censée abriter la famille qui pose à ses côtés. Voilà, ils doivent loger à 7 là-dedans. Tout le confort sur le palier. Le plus drôle, c'est qu'ils n'ont pas la "patta", le droit de propriété, les autorisant à rester sur ces terres. L'administration a donc prévu de les déloger.
C'est peut-être chose faite à l'heure qu'il est. Les terres sont arides. On ne peut rien y faire pousser. Mais l'administration du Madhya Pradesh veut quand même les récupérer. Merci pour eux.
