Mercredi 29 novembre 2006

*FN DOM-TOM TV*

Ca fait peur. Même dans les DOM-TOM le F Haine sème ses petites graines. Et il se banalise tranquillement, pendant que les médias matraquent les esprits avec Ségo et Sarko, sans doute convaincus que c'est la bonne méthode pour éviter un nouveau 21 avril. Or c'est exactement le contraire qui se produit. A vouloir bipolariser la vie politique française, ce sont les extrêmes qui progressent puisque de plus en plus de gens votent "contre", en l'occurrence contre un système. Le Pen à 18% dans les sondages à 5 mois des présidentielles, il serait temps de se réveiller. En plus maintenant Dieudonné leur fait de la pub auprès de ses partisans (voir sur Dailymotion). Beaucoup de monde semble avoir perdu sa boussole politique. Ouhou? FN=extrême droite. A ne jamais banaliser. Le vieux borgne, même vieillissant, n'est pas un grand-père tranquille. Il doit toujours avoir sa gégène dans son placard planquée sous un exemplaire de Mein Kampf. Et pas la peine de nous seriner avec la diatribe du vote utile pour le PS. Ca ne soignera pas le malade, ça l'anesthésiera quelques temps. Il serait plutôt urgent de réactiver toute la mouvance antiraciste en France.
Mardi 28 novembre 2006
Voilà. Comme d'habitude la France, trop occupée à sa nouvelle activité, la Ségolomania, a les yeux rivés sur son nombril, alors que quelque chose de déterminant géopolitiquement pour l'ensemble de la planète se déroule de l'autre côté de l'Océan Atlantique: le basculement progressif à gauche de l'ensemble de l'Amérique Latine.

Après le Vénézuela de Chavez, après la Bolivie de Moralès, après le Chili de Bachelet (beaucoup plus "light" à gauche), après l'Uruguay de Vasquez, après le bordel au Mexique et la montée en puissance d'Obrador malgré la victoire du conservateur Caldéron, après le Brésil de Lula, après l'Argentine de Kirchner, c'est au tour de l'Equateur de basculer à gauche toute avec la victoire de Rafael Correa (photo), professeur socialiste d'économie âgé de 43 ans, à l'élection présidentielle de dimanche dernier. Crédité de 58% des voix, Rafael Correa et son jeune parti, l'Alianza Pais, sont arrivés largement en tête devant Alvaro Noboa, roi de la banane et homme le plus riche du pays, néolibéral, crédité de 42 % des voix (tous les bulletins n'étaient pas encore dépouillés hier soir).


Rafael Correa a étudié aux Etats-Unis et en Belgique. C'est un proche du président vénézuélien Hugo Chavez. Il s'oppose à la signature du TLC ("Tratado de libro commercio"=traité de libre échange) qui doit libéraliser les échanges entre Quito et Washington et qui est vivement contesté par la société civile équatorienne, dont des organisations puissantes telles que la CONAIE et la FMLGT. Rafael Correa s'est également prononcé pour la fermeture de la base militaire de Manta, appartenant aux Etats-Unis et constituant un point stratégique du Plan Colombie, sur la côte équatorienne du Pacifique. Il compte de même renégocier la dette extérieure, qui s'élève à 11 milliards de dollars pour 12 millions d'habitants.
Au niveau interne, Correa a exprimé son souhait d'instaurer une Assemblée constituante, ce qui est urgent dans un pays où neuf citoyens sur dix affirment n'avoir aucune confiance en leurs institutions. Il doit aussi s'attaquer de front à la politique pétrolière pour pouvoir récupérer des royalties encore spolliées par les multinationales étrangères, mais également se préoccuper des conditions d'extraction de l'or noir, l'environnement étant gravement en danger dans la partie amazonienne de l'Equateur. Bref, Rafael Correa a du pain sur la planche.

Cette élection constitue une victoire certaine pour le mouvement social équatorien, qui s'oppose depuis plusieurs années aux politiques néolibérales dictées par les Etats-Unis et les institutions financières internationales. La CONAIE (Confédération des nationalités indigènes) avait déjà porté à la présidence son précédent candidat, l'ancien officier Lucio Gutierrez, trois ans auparavant. Mais à peine était-il élu que Gutierrez s'empressait de se rallier aux thèses du FMI, ce qui avait profondément déçu et divisé le mouvement social. Cette fois-ci, avec la victoire de Correa, tous les espoirs sont permis.

Rafael Correa, pourtant non indien, a été très fortement soutenu par les Amérindiens (photo Correa avec des indigènes), réalisant des scores très importants en Amazonie, dans la Sierra et dans la capitale, Quito. Ces élections confirme un enracinement à gauche dans la Cordillière des Andes, après la forte poussée de la gauche au Pérou et en Colombie.

La contestation de l'ordre néolibéral mondial est donc en marche en Amérique Latine, et l'Europe ferait bien de se pencher sur ce gigantesque laboratoire, surtout la gauche française, dont le PS qui semble d'ores et déjà sûr de sa victoire après l'intronisation de Ségolène Royal. Celle-ci s'était d'ailleurs rendue au Chili soutenir Michèle Bachelet (photo) au printemps dernier, pendant que les autres éléphants barrissaient sous la pluie de Jarnac en hommage à Tonton. L'avait-elle fait parce que Bachelet était une candidate de gauche ou bien parce que c'était une femme? La réponse numéro deux me paraît la plus probable. On attend donc une réaction de Ségo sur la Victoire de Rafael Correa en Equateur. Si elle s'en moque, cela prouve bien que son dernier voyage au Chili était purement une opération de com' et non une préoccupation géopolitique. Bah oui, faut pas rêver! C'est fini les politiques qui se préoccupent de l'avenir de la planète et qui envisagent sur le long terme les basculements géopolitiques régionaux. Bienvenue dans l'ère de la politique boutiquière et de la com' à deux balles. Monsieur Correa, si vous espérez recevoir la visite de notre future Présidente de la République, il va falloir changer de sexe.

Sinon bravo à vous et au peuple équatorien et bon courage!
 

Mercredi 22 novembre 2006
Ah ah! Petite info trouvée dans le parisien de ce matin, mercredi 22 novembre 2006, et qui confirme ce que je disais sur Nicolas Hulot (voir article Ecologie et démagogie). Difficile de concilier écologie de combat et poste de dirigeant d'une importante société fabriquant des shampoings:

Alors, selon Greenpeace, il y aurait des substances toxiques dans les produits de la marque Ushuaïa. Les gels douches et déodorants Ushuaïa sont même classés sur la "liste rouge" des produits épinglés par Greenpeace parce qu'ils contiendraient des phtalates et des muscs artificiels. Ces substances sont en effet soupçonnées de perturber le système hormonal. Charmant!

La marque Ushuaïa, qui est la propriété de TF1, est en fait cédée sous licence à L'Oréal. Et le
groupe cosmétique est l'un des partenaires de la Fondation Nicolas Hulot. Ca fait un peu désordre pour un éventuel candidat à la présidentielle qui brandit son pacte écologique à tous bouts de champ. Nicolas Hulot a déclaré sur cette affaire: "Les produits utilisés sont courants dans la cosmétologie". Oui, fabriquer des voitures, c'est courant également. Mais voilà, vu l'ampleur de la crise écologique qui nous attend, c'est tout ce qui est "courant" comme cela qu'il faut justement revoir: consommation d'énergie, habitudes alimentaires, moyens de transport, loisirs, etc. Bref tout notre mode de vie.
Sentant bien que l'argumentaire était léger, Nicolas a ensuite rajouté: "Mais, après avoir pris connaissance des informations de Greenpeace, en particulier sur les parabens (conservateurs soupçonnés d'être cancérigènes), j'ai demandé à L'Oréal de voir ce qu'ils pouvaient faire. Ils sont en train de réfléchir à un prochain retrait des substances en question".

Merci Nico (sur la photo, à l'UMP, parti qui se soucie de l'écologie, c'est bien connu). Trop fort! C'est dûr hein, d'être chef d'une entreprise florissante, surtout travaillant pour l'Oréal, et écolo en même temps! C'est un peu comme la branche "développement durable" de Total ou d'Areva. C'est facile d'être écolo à temps partiel mais beaucoup plus difficile à temps complet. On en est tous là. Que dire de Corinne Lepage, écolo en public mais qui défend bien souvent les grands groupes pollueurs dans le privé par le biais de son cabinet d'avocats d'affaire? Combien d'arbres détruits pour fabriquer les livres de José Bové? Combien de fois par an Voynet prend l'avion?
Enfin on le voit, il y a tout de même des différences d'échelle entre ces différents "écolos". Et puis c'est un peu la différence entre les "écolos" de droite et ceux de gauche non? Pour l'histoire de Hulot, c'est un peu comme si l'on apprenait que José Bové possède des actions Macdo. Ah non José, c'est pas vrai hein?

Bon, je ne veux pas être trop sévère avec Hulot. C'est vrai qu'il a l'air sympathique. Mais il travaille quand même pour une chaîne, TF1, qui appartient à Bouygues, bétonneur de la France et de la planète entière et qui n'hésite pas à aider les dictateurs (voir un article Bin Jamin), et qu'il dirige une entreprise qui fabrique des produits que l'on voit être cancérigènes.

Tout ça pour dire que son pacte écolo là, et tous les médias qui le reprennent, c'est un peu facile. Alors que des militants d'Agir pour l'environnement, de Greenpeace, de WWF, des Verts, etc., se battent depuis des décennies envers et contre tous pour démontrer l'urgence d'être écologiquement responsable, l'autre arrive avec son pacte et tout le monde ne parle plus que de Hulot le sauveur de la planète. Et si les médias essayaient un peu de couvrir les multiples actions environnementales qui ont lieu en France tous les jours, plutôt que les voitures ou les cars qui brûlent en banlieue, ou alors l'urgence écologique traitée en deux secondes par le biais d'un film d'un ancien candidat à la présidentielle américaine ou d'un présentateur télé vendeur de shampoing?

Mais voilà, l'insécurité hier, l'écologie aujourd'hui, des thèmes clefs en mains qui, comme des bons produits de supermarché, doivent être bien emballés pour se vendre au maximum auprès des électeurs-consommateurs pour surtout, surtout leur éviter de trop réfléchir. Parce que s'ils s'y mettent, ils commenceront par arrêter de se rendre dans les supermarchés. Et ça, ça n'est pas bon pour Nicolas et son shampoing comme pour bon nombre de multinationales.

L'écologie n'est pas un produit biodégradable de surenchère électorale, c'est une vraie idéologie, sans doute celle du XXIe siècle, puisqu'il faudra bien dépasser le capitalisme à bout de souffle (enfin surtout la planète) et le communisme sous perfusion alter. Je le répète donc, quitte à choisir un candidat écolo, mieux vaut choisir un(e) vrai(e), Voynet, ou Bové peut-être s'il y va. Allez Nicolas, démissionne, et rejoins les Verts, ils auraient bien besoin d'un pro de la com!

Mardi 21 novembre 2006
De Villepin et Chirac s'en gargarisent en ce moment, de même que l'ensemble de notre gouvernement. Ouaih, le chômage baisse! Mortel! Comment ils sont forts nos gouvernants! En septembre, le taux de chômage officiel était ainsi de 8,8% de la population active, soit 2 129 300 chômeurs. Et pourtant il paraît que les Français broient du noir. Pourtant c'est un bon chiffre non?
 
Alors, comme en la matière on nous prend vraiment pour des cons, allons donc voir ces chiffres de plus près:
En fait, les calculs officiels permettant d'arriver à ces chiffres ne prennent en compte que la catégorie 1 des demandeurs d’emploi inscrits à l’ANPE. Si l'on veut faire preuve d'un minimum de précision, il faut y ajouter les 1 421 000 chômeurs des catégories 2, 3, 6, 7, 8, et les 404 000 DRE, les seniors de plus de cinquante-cinq ans "dispensés de recherche d’emploi". Continuons en ajoutant les 160 000 chômeurs en formation ou en maladie, donc pas disponible immédiatement (classés en catégorie 4) et une partie de la catégorie 5, soit 110 000 personnes, correspondant aux chômeurs en emploi aidé. Il ne faut pas non plus oublier les demandeurs d’emploi des départements d'outre-mer, soit quelques 160 000 personnes pour la seule catégorie 1, exclus, de manière tout à fait arbitraire, des statistiques officielles chaque mois.

En comptabilisant tous ces chiffres, on dépasse allégrement les 4,5 millions de chômeurs, ou personnes exclues du marché du travail, c'est à dire plus du double des chiffres qui nous sont agités sous le nez, plus de 16% de la population active.


Ce qui est fort de roquefort, c'est qu'une enquête récente du service statistique du ministère de l’emploi,
la DARES, donc tout ce qu'il y a de plus officiel, confirme ces dires et avance un chiffre pratiquement identique. D'après la DARES, début 2005,
il y avait en France plus de 4 300 000 personnes "potentiellement indemnisables", c’est-à-dire inscrites à L’ANPE en catégorie 1,2,3,6,7,8 ou dispensées de recherche d’emploi, donc non inscrites. La DARES a de plus "oublié" dans son enquête les chômeurs des DOM. Avec eux on arrive de même à 4,5 millions de personnes.

Mais il ne faut pas oublier non plus toutes les personnes non inscrites dont il est difficile de dégager une statistique car sans domicile fixe, titulaires des minima sociaux autres que le RMI où l’ASS, personnes sans droit à allocation, conjoint(e) sans ressource, jeunes de moins de 25 ans, etc. Sans exagérer, voire même en minimisant, il y a donc en France en 2006 environ 6 millions de chômeurs, soit 20% de la population active et 10% de la population totale.

La baisse des chiffres du chômage que le gouvernement nous brandit à tout va résulte en grande partie de l’augmentation des emplois aidés, donc précaires, et de la très forte augmentation du nombre de radiations. Pour preuve, en 1995, il y avait 5 000 radiations mensuelles. En 2006, c'est entre 35 000 et 40 000 radiations par mois de l'ANPE. Pour les six premiers mois de l’année 2006, 100 000 emplois ont été créés tandis que les chiffres du chômage ont baissé de 300 000. Cherchez l'erreur!

Alors voilà! Si certains veulent voter UMP en 2007 parce que notre gouvernement actuel aurait réussi à faire "baisser" le chômage, il faut leur faire un dessin. Ouhouh, on se réveille! Il ne s'agit pas non plus de donner un blanc seing au PS qui ne s'est pas vraiment montrer efficace entre 1997 et 2002, puisque la seule méthode qui prévalait alors était celle de l'emploi aidé (emplois jeunes).

Si la seule occupation de nos hommes politiques est de tripatouiller des chiffres pour faire croire qu'ils travaillent, autant donner les clefs de l'Elysée et de Matignon à l'INSEE. Ce sont de vrais pros eux en matière de chiffres.

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