Lundi 30 octobre 2006

Jeudi-Noir.org Bulle N°1

Ah! Ca fait plaisir à voir. Un collectif vient de se créer pour lutter contre les logements chers, pour l'instant à Paris, avec des méthodes festives originales. Pourquoi Jeudi Noir? Ben, parce que pour les jeunes en recherche de logement, le jeudi est une journée "noire": Le PAP (particuliers à particuliers) sort, et là tout bascule. Tout le monde se rue sur des apparts minuscules avec chiottes dans le couloir pour 800 euros par mois, avec caution du père, de la mère, de la grand-mère, bulletins de salaires, certificat médical et tout le toutim. Logements toujours plus chers et bailleurs toujours plus exigeants. Certains demanderaient  même à pouvoir effectuer un TR (toucher rectal) pour vérifier la bonne santé de leur futur locataire. Face à cette crise du logement qui engraisse les propriétaires, principalement sur le dos des jeunes, vive le collectif Jeudi Noir!

Plus d'infos sur Jeudi-Noir.org


Mercredi 25 octobre 2006
J'avais déjà consacré un article sur ce blog à cet extraordinaire pays, le Turkmenistan, et aux relations cordiales qu'entretiennent son président haut en couleurs, Separmourad Nyazov (en photo avec Chirac), et un de nos grands industriels à nous, ce cher Martin Bouygues (Voir Le Turkmenistan, pays où il fait bon vivre...pour Bouygues). Comme cette nouvelle info est passée un peu inaperçue dans les grands médias, si ce n'est le Canard et Libération qui font encore leur travail de journalisme (c'est bizarre, TF1 n'en a pas parlé? Mais pourquoi donc?), j'avais envie d'enfoncer le clou.

Alors voilà: le Turkmenistan, pays classé avant dernier en matière de liberté de la presse par Reporters sans frontières (juste avant la Corée du Nord), a inauguré sa "maison de la presse", plus précisément sa "maison de la libre créativité", en grandes pompes le 17 octobre. Et qui c'est qui était là pour l'inauguration aux côtés du Turkmenbachi (joli surnom de Separmourad, le sympatique président qui fait torturer en prison ses opposants jusqu'à ce que mort s'en suive)? Martin Bouygues, dont cette maison de la presse est la dernière réalisation dans le pays.

Merci Martin (photo) d'avoir non seulement pris part à cette mascarade au nom de la France et de son amour des droits de l'homme, mais également d'avoir en quelque sorte rendu hommage à titre posthume à Ogoulsapar Mouradova (photo plus bas), correspondante turkmène de radio Free Europe, dernière journaliste indépendante du pays, morte sous la torture en prison en septembre dernier. Elle serait contente de savoir qu'un grand industriel français aide le sympathique président turkmène (dont la ligne politique se situe entre Staline et Kim Jong il) à se faire une bonne image.


Annakourban Amanklytchev et Sapardourdy Khajiev
, le premier journaliste et le second militant local des droits de l'homme, pourrissent toujours en prison. Peut-être sont-ils déjà morts? Leur seul tort est d'avoir aidé une journaliste de France 2 à réaliser en caméra cachée un reportage sur le pays pour Envoyé Spécial. Elle est bien rentrée et ses corresondants locaux sont bien enfermés, dans une boîte ou derrière des barreaux.

C'est pas tout ça qui va empêcher Bouygues de faire des affaires avec un dictateur, non mais. "Business is business", et même si la plupart des multinationales, notamment américaines, refusent de faire des affaires avec un psychopathe paranoïaque mégalomaniaque, Martin Bouygues, lui, en profite. 

Ainsi la construction de la nouvelle "maison de la libre créativité"  lui a rapporté quelques 17 millions de dollars. Ce bâtiment de 6300 m2 doit accueillir 17 rédactions et plus de 200 journalistes. Une belle prison en perspective, et qui plus est "made in France". On peut être fier de nous. Merci Martin. Puis comme avec la politique actuelle du gouvernement, il faut construire en urgence de nouvelles prisons, il faut bien se faire la main en Asie centrale.

On attend avec impatience le reportage de Jean-Pierre Pernaud sur ce sujet brûlant. Ah oui mais TF1 appartient à Bouygues, non? C'est quand même mieux de montrer ses affreux délinquants de banlieues qui brûlent des Super 5 et qui seront peut-être bientôt déferrés devant les Assises (encore une brillante idée de l'excité de Beauvau) plutôt que ces délinquants en col blanc (ce cher Martin) qui aide les psychopathes de la planète à se redorer le blason, surtout quand c'est le patron!
Mercredi 18 octobre 2006
Le 17 octobre 1961, une terrible répression frappait une manifestation pacifique en faveur de l’indépendance de l’Algérie à Paris. Plus de 300 Maghrébins étaient assassinés par la police française, alors dirigée par le préfet de police Maurice Papon. Des dizaines de manifestants avaient été jetés dans la Seine, tandis que d’autres mourraient dans des centres de détention.

Tous les ans, le 17 octobre, des militants et responsables polititiques, comme Alima Boumediene-Thiery, sénatrice de Paris (les Verts), sont présents sur le pont Saint Michel, en compagnie de tous ceux qui refusent l’oubli, qui veulent que l’Etat français reconnaisse sa responsabilité et que tous les coupables de ces assassinats racistes soient enfin punis, dont au premier chef Maurice Papon, déjà condamné pour sa collaboration durant la seconde Guerre Mondiale mais jamais inquiété en tant que préfet de police pour sa responsabilité dans ces crimes racistes.

Ce massacre n’a été reconnu officiellement que le 17 octobre 2001 par le seul maire de Paris, Bertrand Delanoë, et demeure l’un des traumatismes refoulés de la guerre d’Algérie.

Tant que la France continuera de nier des pans entiers de son histoire, elle aura du mal à se réconcilier avec toute une partie de sa population, les survivants du 17 octobre et leurs proches
bien sûr, mais également toutes les personnes issues de l'immigration maghrébine dont on continue de nier la mémoire.

Le film Indigènes a ému Chirac. Alors je tiens à lui signaler qu'à partir du 19 octobre, Canal + diffusera
Nuit noire à Paris, le 17 octobre 1961, film en plusieurs volets de Alain Tasma. Sinon il existe bien d'autres bobines sur le sujet: tout d'abord l’œuvre pionnière de Jacques Panijel, Octobre à Paris (1962), qui reste aujourd'hui encore quasiment inaccessible après avoir été longtemps interdite, Le Silence du fleuve (1991), d’Agnès Denis et Mehdi Lallaoui, Une journée portée disparue (1992), de Philippe Brooks et Alan Hayling, ou encore Les enfants d’octobre (2000) d’Ali Akika. Ces différents films révèlent le souci des nouvelles générations issues de l’immigration de se réapproprier une mémoire jusqu’alors confuse, totalement niée par les pouvoirs publics.

Que le chef de l'Etat se penche donc sur la question des massacres de 1961, après avoir visionné une de ces oeuvres, avant qu'il ne parte en chasse contre les braconneurs de baleines après la diffusion de "Sauver Willy"
.

Jeudi 12 octobre 2006
Bon, je ne voulais plus parler sur ce blog du petit excité de la place Beauveau, car le mentionner, c'est lui faire de la publicité, en bien comme en mal. Comme sa technique de com, c'est occuper tout l'espace médiatique par la surenchère et la surreprésentation permanente. Mais bon, je ne peux pas me retenir de mentionner cette info parue dans le Canard de cette semaine, surtout qu'on a vraiment frôlé l'incident diplomatique.
Le 22 septembre au soir, sa majesté Sarko le Petit devait assister à la représentation du Ben Hur de Robert Hossein au Stade de France. Alors tous les organisateurs ont attendu que MONsieur prenne place dans les tribunes présidentielles avant de lancer le spectacle. Il est arrivé avec une demi-heure de retard alors que les spectateurs commençaient à s'impatienter. Résultats des courses, des spectateurs belges qui devaient rentrés par Thalys spécial ont quitté la gare du Nord à 0h30 et non 23h55 comme c'était initialement prévu. Si ce n'était que cela. Mais ensuite le TGV, tout troublé par son retard, est tombé en panne à cause d'une coupure informatique en pleine campagne et les Belges ne sont arrivés chez eux qu'à 4h45 et non 1h30. Comme dirait le Canard, "Ben Hur arrêtait son char. Sarko lui freine les Thalys". Je ne sais pas si c'est ça la rupture. Mais faire poireauter des milliers de personnes pour que le président de l'UMP puisse assister à tout le spectacle, ça mérite une bonne fessée et non une blague belge. Je lui rappelle qu'il n'est que ministre de l'Intérieur. Qu'est-ce que ce sera lorsqu'il sera président?
En tous cas toutes nos excuses à nos amis belges qui ont passé la nuit dehors. Je suis sûr qu'ils ne laisseraient pas leur roi Albert II les emmerder comme ça.

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