Mardi 27 juin 2006

Depuis le 29 mai 2006, des sans papiers, en majeure partie d’origine guinéenne, ont entamé une grève de la faim à Poitiers (Vienne). Bien décidé à obtenir des autorités préfectorales des titres de séjour, ces immigrés sont déterminés à ne plus se nourrir jusqu’à obtenir gain de cause. Au départ ils sont 98, sur les 349 membres que compte le collectif local contre les expulsions, à décider de s’arrêter de s’alimenter. La mairie de Poitiers leur permet alors de s’installer dans une école désaffectée de Poitiers, l’école Saint Louis, située en face du Conservatoire de musique.

Bernard Niquet, préfet de la Vienne et ex-directeur de cabinet de Bernadette Chirac, régularise le 16 juin, « à titre exceptionnel », 70 personnes dont 15 grévistes de la faim. Sont concernées les personnes répondant à trois critères selon lui: «Une résidence établie dans la Vienne», «au moins un enfant né et scolarisé en France depuis septembre 2005, y compris en maternelle», et une «ancienneté de la résidence en France».

 

Mais les sans papiers qui occupent l’école ne sont nullement satisfaits. Mohamed Sakho, leur porte-parole, souligne : «  Nous n’avons pas compris les critères retenus par les autorités car certains qui étaient dans la même situation que ceux régularisés ne l’ont pas été. »

La préfecture refuse en effet toute régularisation globale et ne prend pas en compte le fait que nombre des sans papiers sont en France depuis déjà plusieurs années. Ces derniers craignent surtout pour leur vie si on les contraint à retourner en Guinée. Claude Quémar, porte-parole du Collectif contre les expulsions de Poitiers, souligne ainsi que « certains d’entre eux ont quitté la Guinée au titre d’opposants politiques au régime ».

 

70 personnes entrent cette semaine dans leur quatrième semaine de jeûne, bien décidées à rester dans l’école Saint Louis et à ne pas se nourrir jusqu’à l’obtention d’ « au moins un titre de séjour de trois mois renouvelable ». La solidarité s’organise autour d’eux avec des médecins, des infirmières, un dentiste ou encore un kiné. Mais ces derniers sont inquiets. Certains grévistes commencent à montrer de sérieux signes d’affaiblissement, ne bougeant plus de la journée, allongés sur des matelas de fortune dans les salles de classe de l’école.

 

Jacques Santrot, maire de Poitiers et par la même responsable des locaux de Saint Louis, a solennellement demandé aux grévistes le 21 juin de cesser leur grève de la faim. Mais ceux-ci refusent de se réalimenter, prêt à se battre « jusqu’à la mort ». Ils survivent ainsi depuis bientôt quatre semaines avec de l’eau, du sel et du sucre.   

 

La situation semble inextricable, entre un Préfet qui doit respecter la politique du chiffre réclamée par Nicolas Sarkozy, celle de l’augmentation du nombre des expulsions, et la détermination des sans papiers à être régularisés, quitte à mourir d’inanition.


La municipalité de Poitiers a fait preuve de solidarité et de bonne volonté en permettant aux grévistes de rester dans les locaux de l’école et en leur proposant un parrainage pour les protéger face à d’éventuelles expulsions. Plusieurs élus municipaux se sont investis pour défendre les sans papiers, parmi lesquels les Verts Eric Joyaux et Daniel Lhomond. Des manifestations de soutien ont été organisées dont une marche jusqu’à la préfecture le 9 juin qui a rassemblé 150 personnes.

 

Beaucoup de Poitevins semblent soutenir aujourd’hui les grévistes de la faim. Dans ce concert de solidarité, il manque la voix d’une personnalité locale, et non des moindres, la présidente du Conseil régional et députée des Deux sèvres Ségolène Royal. Les sans papiers espéraient bien depuis le 29 mai obtenir un soutien public de l’égérie des médias. Mais après plus de deux semaines de silence total, Ségolène s’est contentée d’envoyer ces quelques lignes à Mohammed Sahko : « J’ai pris connaissance de votre détresse. Le vice-président de la Région et ma directrice de cabinet vous ont reçus et m’ont fait part de vos difficultés. Je demande au préfet de trouver une issue humaine à votre situation. Bien attentivement. Ségolène Royal. »

Aucun  témoignage de solidarité et nul déplacement sur place. Après son absence sur les bancs de l’Assemblée lors du vote du projet de loi sur l’immigration, Ségolène Royal fait preuve ici de bien peu d’enthousiasme face à la détresse de ces immigrés sans papiers. Comme le dit Mohamed Sahko, amer, c’est même le « service minimum ».

Le thème est-il quelque peu dangereux face à l’opinion publique ? L’immigration, talon d’Achille de Ségolène Royal ? On peut se demander aujourd’hui si dans son « ordre juste », il y a de la place pour les sans papiers. Pour ceux de l’école Saint Louis de Poitiers en tous cas, ils n’attendront certainement pas la prochaine présidentielle. Ils préfèrent aujourd’hui mourir que vivre cachés, en permanence dans la crainte d’une expulsion. C’est un exemple de dignité que certains devraient suivre, par exemple sur les bancs de l’Assemblée.

 

70 personnes, c’est si difficile à accueillir pour un pays comme la France? En plus, ils savent peut-être jouer au foot.

 

Moi je veux bien les garder et les échanger contre 70 Français qu’on pourrait envoyer en Guinée si c’est un problème de place : Voici un début de liste à proposer à Chirac : Jean-Marie Le Pen, Nicolas Sarkozy (et son comité de soutien people : Christian Clavier, Marie-Anne Chazel, Jean Réno, Gérard Depardieu, Didier Barbelivien, Faudel, Stevie, Pascal Sevran, Michel Drucker, Arnaud Klarsfeld, Jean-Marie Bigard, Pierre Palmade et bien d’autres), Philippe De Villiers, Pascal Clément, Brice Hortefeux, Christian Estrosi, Philippe Douste-Blazy (lui c’est pas qu’il est méchant mais c’est qu’il nous fait honte), Michèle Alliot-Marie, Jean-François Copé, Serge et Olivier Dassault, Nelly Ollin (soi-disant ministre de l’environnement), Charles Pasqua, Alain Finkielkraut, Luc Ferry, Marc-Olivier Fogiel, Arlette Chabot, Alain Duhamel (tous les Duhamel d’ailleurs), David Pujadas, Jean-Pierre Pernault, Bataille et Fontaine, Arthur, Jean-Marie Colombani, Franz Olivier Giesbert, Arnaud Lagardère, François Pinault, Martin Bouygues, Alain Minc, Brigitte Bardot, Michel Sardou, Lorie, Pascal Obispo, David Douillet, Bernadette Chirac (ça soulagera Jacques depuis le temps qu’il la supporte), etc. La liste est loin d’être exhaustive. Je sais, ce n'est pas très sympa pour la Guinée.

 

Si toi aussi, tu es prêt à échanger un sans papiers (comme le petit garçon ci-dessus) contre un Français qui t’emmerde, propose un nom. La liste sera adressée prochainement à l'Elysée.

 

Mercredi 21 juin 2006

Merci à Indymédia!


Sans ce média indépendant, personne ne serait au courant, en dehors des Grecs bien sûrs, de ce qui se passe actuellement en Grèce. Ce silence médiatique assourdissant en dit long sur l'état de désinformation qui règne au sein de l'Union européenne et particulièrement en France, pays qui voit de plus en plus le monde par le petit bout de sa lorgnette.


La Grèce connaît actuellement son plus important mouvement étudiant depuis les années 1970. Les étudiant grecs se battent depuis six semaines contre un projet de loi du gouvernement actuel (droite) prévoyant la création de facs privées (la constitution sera modifiée pour lever l’obstacle juridique), le fonctionnement des facs selon des critères de management, la remise en cause de « l’asile universitaire » (impossibilité pour la police d’intervenir sur le campus sauf accord de la direction de l'université) et enfin la réduction drastique de la possibilité pour les étudiants de repasser des examens et de progresser d’une année sur l’autre.

 

Ce projet se contente en fait de mettre en application les directives européennes sur la libéralisation des services et de l’éducation. D'où sans doute le silence complet et complice des médias institutionnels partout en Europe concernant ce qui se passe en Grèce.


Le 8 juin, la répression policière a été particulièrement violente, faisant un mort dans les rangs des manifestants. Bien sûr cette information n'a pas été relayée, d'autant moins en France où, avec les manifestations anti CPE, on se méfie des mouvements de jeunesse qui pourraient remettre en cause les politiques libérales mises en oeuvre en Europe sans l'aval des citoyens.

 

On s'étonne après que nombre de Français de gauche, pourtant profondément européens, aient voté contre le traité institutionnel européen.

 

Imaginez qu'en France, d'ici quelques mois, on propose la privatisation de l'éducation nationale. Ceci n'est pas de la politique fiction, ceci est la mise en oeuvre de l'AGCS de l'OMC reprise presque mot pour mot par l'Union européenne.


Alors évidemment, du côté des journalistes institutionnels, chut, silence! Et puis aujourd'hui c'est l'été et la fête de la musique.


Voir le site d'Indymedia

Mercredi 14 juin 2006

Notre époque se caractérise par la globalisation économique. Celle-ci provoque des bouleversements structurels permanents, remettant en cause tous les cadres dans lesquels s'étaient habitués à vivre les citoyens depuis la fin de la seconde guerre mondiale, notamment celui de l'Etat providence dans les pays européens. Ce dernier n'est plus, et ses fonctions ont tendance à se réduire à la portion congrue. L'Etat, « le plus froid de tous les monstres froids » d'après Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra, a abandonné au secteur économique une grande partie de ses fonctions de régulation, notamment ses services publics, pour se replier sur ses attributs régaliens, armée, police et justice.

L'Etat est indissociable de la Nation, (de nascere en latin, naître), ce sentiment d'appartenir à une communauté de valeurs, en l'occurrence en France, la République issue du Siècle des Lumières et de la Révolution de 1789. Cette communauté de valeurs, partagée par l'ensemble des individus sur un même territoire, n'est pas envisageable sans l'Etat, ce cadre qui structure et stabilise les relations entre les individus. Or aujourd'hui, l'Etat français perd nombre de ses prérogatives au profit de l'Union européenne, cette extraordinaire aventure qui depuis la fin de la seconde Guerre Mondiale s'évertue à rapprocher les peuples de ce continent. A l'heure actuelle, 80% des textes de lois et règlements français découlent directement de l'UE. Cette dernière est donc devenue le cadre incontournable dans lequel devrait s'exprimer aujourd'hui le sentiment national, dans une forme renouvelée, disons une « citoyenneté transnationale européenne », par delà les différences culturelles telles que les langues ou les traditions.

Mais cette Europe, telle qu'elle apparaît à travers le Conseil, la Commission et le Parlement européen, est perçue comme éloignée des peuples et essentiellement technocratique. C'est pourquoi à son propos, Raoul-Marc Jennar, expert en questions internationales, parle de l'UE dans un ouvrage ayant fait du bruit en termes de « trahison des élites ». Les citoyens européens restent ainsi attachés à leur nation respective, éprouvant même de la nostalgie. On le voit très bien en Pologne par exemple, nouvelle arrivante dans l'Union et dont les dernières élections ont amené au pouvoir un gouvernement ultraconservateur dont les dirigeants se prévalent d'une « Pologne éternelle », catholique et fermée sur elle-même. En France, le sentiment national se délite et une exaspération de plus en plus grande est perceptible. Ainsi le 21 avril 2002, un cataclysme électoral amenait un candidat d'extrême droite au second tour des élections présidentielles.   

Les dirigeants politiques français, sachant pertinemment que le pouvoir économique se joue en grande partie à un niveau extra-étatique, tentent alors d'apparaître comme les maîtres du jeu par le biais des prérogatives relevant encore de l'Etat, les fonctions régaliennes. D'où les surenchères sur l'insécurité, l'attention portée à la police, les débats autour de la justice, les grandes cérémonies de l'armée tel le 14 juillet, essayant encore de faire croire à l'existence d'une « Nation » France mais ayant du mal à convaincre, etc.

Ces attributs à haute valeur symbolique ont toujours été déterminants dans l'Histoire pour que le peuple éprouve un sentiment national. Mais aujourd'hui, dans un contexte de turbulences extrêmes avec la mondialisation du capital et de l'information, avec tous les bouleversements que cela entraîne pour l'emploi, et donc pour la vie d'un citoyen français, le repli sur soi devient un réflexe d'autodéfense très répandu. Et les politiques surfent sur ce sentiment. Nicolas Sarkozy a par exemple très bien compris cela. Un fait divers sordide tel le meurtre du petit Mathias et hop, le ministre de l'Intérieur propose un texte à l'Assemblée nationale. Or l'activité législative réclame réflexion, sérénité et donc du temps.

Depuis 2002, avec les nombreux textes Perben et Sarkozy venus bouleverser le Code Pénal, l'Etat s'est lancé dans la course au tout sécuritaire. La garde à vue devient la règle à la moindre interpellation, de même que la détention préventive alors que le principe de présomption d'innocence devrait en faire l'exception.

Nos prisons débordent avec un taux d'occupation de plus de 115%. La surpopulation carcérale entraîne de telles aberrations que récemment Alvaro Gil-Roblès, commissaire européen aux droits de l'Homme, a comparé nos établissements pénitentiaires à ceux de la Moldavie, un des Etats les plus pauvres du continent.

De même, le nombre de bavures policières est en augmentation constante ces dernières années, et ce malgré toutes les belles paroles du ministre de l'Intérieur et l'existence de la commission nationale de la déontologie de la sécurité, qui voit son budget réduire alors que son nombre de saisines explose.

Il existe un cas tristement démonstratif du règne du tout sécuritaire, de l'arbitraire et des drames que ce climat peut entraîner. C'était en novembre 2005, au moment des révoltes de banlieue. Eric Blaise (photo), 28 ans, est interpellé alors qu'il tirait visiblement sur des canettes de bières avec un pistolet à billes. Après comparution immédiate, il est condamné à quatre mois de prison dont deux fermes à Fleury-Mérogis. Il y entre le 12 novembre, et est retrouvé mort le 13 au matin. Il se serait donné la mort en se jetant contre les murs de sa cellule. La famille a porté plainte et une instruction est en court.

Ce sont des dizaines de jeunes qui ont été condamnés après les émeutes de novembre dernier, alors que certains dans le lot n'avaient absolument rien à se reprocher si ce n'est d'avoir été au mauvais endroit au mauvais moment. Que vont-ils faire à leur sortie de prison ? Stigmatisés par leurs origines, par leur lieu de vie, les « banlieues », territoire banni de la République, par dorénavant leur casier judiciaire, ils sont d'ores et déjà ailleurs, loin du cadre d'une république française protectrice, bienveillante pour tous ses enfants.

D'ailleurs le mythe tombe, il n'est plus. Les mille cinquante personnes menacées par la fermeture du site EADS, alors que cette entreprise a engrangé 1,7 milliards d'euros de profit en 2005, une hausse de 37%, que vont-ils penser de la puissance publique ? Et des médias qui ont le nez braqué sur EADS dans l'affaire Clearstream mais qui font bien peu de cas de ces salariés ?

Elle protège qui notre République, si des pans de plus en plus importants d'individus en sont exclus, si les banlieues françaises sont abandonnées à une gestion policière, si les salariés n'ont plus d'intermédiaires au sein de la puissance publique pour les défendre face aux violences économiques induites par la globalisation, si les juges peuvent condamner des innocents à plusieurs années de prison, si les immigrés ne sont pas les bienvenus et que leur rapport à l'Etat français se  résume à un centre de rétention ? La communauté de valeurs nécessaire à l'existence d'une société, où est-elle ?

La consommation ? Un individu, dans toute sa complexité, ne peut se résumer à une carte bleue, et étant donné le nombre de chômeurs aujourd'hui en France et les problèmes de pouvoir d'achat que cela induit, beaucoup de gens sont d'ores et déjà exclus de cette société.

L'Etat voit donc ses prérogatives diminuer. Se sentant menacé, il se replie sur ses fonctions régaliennes. La violence pénètre alors tous ses pores. Il criminalise les comportements déviants. Et dans une société où l'argent est roi, la pauvreté est un comportement déviant.

Face à ce triste état de fait, il semble que l'on ne puisse plus compter que sur les citoyens. Ainsi, quand l'Etat ne joue plus son rôle, quand les politiques n'agissent plus selon le mandat qui leur a été confié par le peuple, quand la fatalité économique nous pousse à ne rien faire, il s'agit au contraire de multiplier les « résistances citoyennes ».

Résistance quand la police abuse de son autorité, résistance quand une entreprise riche menace de fermer, résistance quand un service public est abandonné au privé, et résistance quand on stigmatise les immigrés.

La dernière loi Sarkozy sur l'immigration lui permet de braconner sur les terres de l'extrême droite en désignant l'immigré comme responsable des maux français. Or il en est une des premières victimes, ce dès son pays d'origine, lorsqu'une multinationale française pille les ressources naturelles ou qu'un président français aide un dictateur africain à rester au pouvoir. A Paris et en banlieues, les sans papiers se rassemblent, s'organisent en collectif, se politisent et résistent à l'injustice qui leur est faite. Ils nous montrent l'exemple. De même, les jeunes à qui l'on proposait un contrat inique, établissant une profonde inégalité entre les moins et les plus de 26 ans avec ce CPE devenu le symbole de la précarisation de la jeunesse, ils ont résisté. D'abord quelques dizaines puis quelques centaines, trois millions de personnes se sont finalement retrouvées dans la rue en mars 2006, faisant reculer le gouvernement De Villepin.

Les décisions économiques paraissent intouchables, prises lors de grands sommets, G8, réunion de l'OMC, etc., et le simple individu sent bien qu'il ne peut rien. Pourtant si ! Certains se rassemblent, à Seattle, à Gènes, à Porto Allègre, aux quatre coins du monde et montrent qu'ils ne sont pas d'accord. Mieux, se constituant en forums sociaux, ils deviennent même une force de proposition presque devenue incontournable aujourd'hui. Du moins les politiques ne peuvent plus les ignorer. 

Plus les centres de pouvoir tentent de noyer le poisson sous la fatalité et la complexité, plus les réseaux citoyens doivent s'organiser, démontrer leur maturité et leur capacité de résistance, leur refus de la résignation et leur détermination à prendre en main leur destin. Il n'y a pas d'obligation à subir un système économique incontournable pour tous les experts mais profondément inégalitaire pour la majorité de la population de cette planète, il n'y a pas d'obligation à consommer en permanence, il n'y a pas d'obligation à diriger un pays avec comme seul phare la dette extérieure et comme seul salut la croissance, il n'y a pas d'obligation à gérer l'insécurité de notre société par la seule force policière qui l'entretient bien autant qu'elle la régule, etc.

Quand l'Etat, son droit et sa justice ne font plus leur travail, il est du devoir des citoyens de résister. Henri David Thoreau (dessin), poète et essayiste américain du 19e siècle a très bien démontré cette nécessité de résistance quand l'ordre sociétal devient injuste, dans son oeuvre la désobéissance civile, publié en 1849. Sa pensée a influencé Tolstoï, Gandhi et Martin Luther King. Il reste aujourd'hui une source d'inspiration pour les écologistes et nombre de mouvements citoyens dont les altermondialistes. Dans la droite ligne de cette pensée, on peut voir que la résistance ne passe pas forcément par la violence, qui est au final toujours l'arme des faibles, mais par la conviction qu'il y a injustice et que malgré tous les obstacles, le devoir de chacun est de refuser cet Etat de fait. En droit, il s'agit de la croyance en un droit naturel supérieur au droit positif existant, que l'on ne doit jamais perdre de vue. Il en va ainsi des droits de l'Homme, qui doivent s'appliquer quelque soit le type de société concerné.

Cette recherche du droit naturel, on peut sans doute la retrouver dans les yeux de ces jeunes de banlieues qui se sont révoltés en novembre dernier. Oui c'est mal de brûler des voitures, oui c'est répréhensible et c'est stupide quand il s'agit de celle de son voisin aussi pauvre que soit. Mais quand on a dit cela, on a rien dit, rien expliqué, rien tenté de comprendre. Les révoltes populaires qui ont marqué l'histoire de France, telle la Révolution ou la Commune, ont souvent été des bains de sang. Les commentateurs de la fin du 19e siècle parlaient de la « canaille » à propos des révoltes ouvrières. Aujourd'hui les jeunes de nos cités sont devenus des « racailles ». Le vocabulaire n'a pas tellement changé.

Les évènements des banlieues de novembre dernier, s'ils n'ont pas eu la forme escomptée par certains gauchistes qui rêvent du Grand Soir, s'inscrivent néanmoins dans ce mouvement des résistances citoyennes, résistances contre l'injustice, celle de policiers qui harcèlent tellement ces territoires que trois jeunes ont pris peur et se sont réfugiés dans un transformateur EDF dans lequel deux d'entre eux ont péri.

Alors que, traumatisée, la population de Clichy attendait du ministre de l'Intérieur de la compassion et de la compréhension, ils n'ont eu droit qu'au mépris et à la provocation. Les jeunes se sont alors révoltés spontanément, sans action concertée, sans plan d'attaque, sans leader. Puis ils se sont livrés à un match de voitures brûlées entre cités avec les médias dans le rôle de l'arbitre et du pompier pyromane. Cela s'est étendu ensuite à toute la France par le bais d'Internet et des blogs. Il s'agit de résistance, soyons en sûr, résistance contre la police et la justice qui ne représente que brimades et répression pour ces jeunes des quartiers difficiles. D'ailleurs si les pouvoirs publics ont mis immédiatement en place l'état d'urgence, c'est bien qu'ils sentaient qu'au-delà de mouvements sporadiques, une véritable et immense révolte populaire émanant des banlieues avait des chances de voir le jour.

Dans ces évènements, l'outil Internet a eu un rôle considérable, les jeunes des cités ayant communiqué entre eux partout en France par l'intermédiaire des skyblogs, ce presque en temps réel.

Si la globalisation a beaucoup de défauts, sa grande qualité c'est l'extraordinaire rapidité de la transmission de l'information grâce à Internet. Les nouvelles formes de résistance ont entre leurs mains cet outil de communication presque gratuit dont auraient rêvé nos aïeux résistants.

Partout sur la planète, des hommes et des femmes de contrées différentes s'échangent des informations et dialoguent pour former des mouvements contre le pouvoir des multinationales, contre les exactions des Etats autoritaires telle la Chine, contre les décisions des institutions financières internationales qui ruinent des pays entiers telle l'Argentine à cause du FMI, etc. L'information est devenue une arme dévastatrice dont Internet est aujourd'hui le principal vecteur.

Alors contre les violences policières et sécuritaires, des résistances citoyennes voient le jour, tel le mouvement Résistons ensemble, formé à la suite du forum de Saint Denis en novembre 2002, et contre les violences économiques, des résistances citoyennes se mettent en place, par le biais d'associations, d'ONG, de forums sociaux, etc. 

Même si la « dictature de la réalité », pour reprendre le titre d'un livre de Mona Chollet, apparaît parfois insurmontable, il y aura toujours des gens prêts à se lever pour incarner l'esprit de résistance.

Mercredi 14 juin 2006

Une petite parodie bien connue des Guignols et toujours d'actualité.

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