Depuis le 29 mai 2006, des sans papiers, en majeure partie d’origine guinéenne, ont entamé une grève de la faim à Poitiers (Vienne). Bien décidé à obtenir des autorités préfectorales des titres de séjour, ces immigrés sont déterminés à ne plus se nourrir jusqu’à obtenir gain de cause. Au départ ils sont 98, sur les 349 membres que compte le collectif local contre les expulsions, à décider de s’arrêter de s’alimenter. La mairie de Poitiers leur permet alors de s’installer dans une école désaffectée de Poitiers, l’école Saint Louis, située en face du Conservatoire de musique.
Mais les sans papiers qui occupent l’école ne sont nullement satisfaits. Mohamed Sakho, leur porte-parole, souligne : « Nous n’avons pas compris les critères retenus par les autorités car certains qui étaient dans la même situation que ceux régularisés ne l’ont pas été. »
70 personnes entrent cette semaine dans leur quatrième semaine de jeûne, bien décidées à rester dans l’école Saint Louis et à ne pas se nourrir jusqu’à l’obtention d’ « au moins un titre de séjour de trois mois renouvelable ». La solidarité s’organise autour d’eux avec des médecins, des infirmières, un dentiste ou encore un kiné. Mais ces derniers sont inquiets. Certains grévistes commencent à montrer de sérieux signes d’affaiblissement, ne bougeant plus de la journée, allongés sur des matelas de fortune dans les salles de classe de l’école.
Jacques Santrot, maire de Poitiers et par la même responsable des locaux de Saint Louis, a solennellement demandé aux grévistes le 21 juin de cesser leur grève de la faim. Mais ceux-ci refusent de se réalimenter, prêt à se battre « jusqu’à la mort ». Ils survivent ainsi depuis bientôt quatre semaines avec de l’eau, du sel et du sucre.
La situation semble inextricable, entre un Préfet qui doit respecter la politique du chiffre réclamée par Nicolas Sarkozy, celle de l’augmentation du nombre des expulsions, et la détermination des sans papiers à être régularisés, quitte à mourir d’inanition.
La municipalité de Poitiers a fait preuve de solidarité et de bonne volonté en permettant aux grévistes de rester dans les locaux de l’école et en leur proposant un parrainage pour les protéger face à d’éventuelles expulsions. Plusieurs élus municipaux se sont investis pour défendre les sans papiers, parmi lesquels les Verts Eric Joyaux et Daniel Lhomond. Des manifestations de soutien ont été organisées dont une marche jusqu’à la préfecture le 9 juin qui a rassemblé 150 personnes.
Beaucoup de Poitevins semblent soutenir aujourd’hui les grévistes de la faim. Dans ce concert de solidarité, il manque la voix d’une personnalité locale, et non des moindres, la présidente du Conseil régional et députée des Deux sèvres Ségolène Royal. Les sans papiers espéraient bien depuis le 29 mai obtenir un soutien public de l’égérie des médias.
Mais après plus de deux semaines de silence total, Ségolène s’est contentée d’envoyer ces quelques lignes à Mohammed Sahko : « J’ai pris connaissance de votre détresse. Le vice-président de
Aucun témoignage de solidarité et nul déplacement sur place. Après son absence sur les bancs de l’Assemblée lors du vote du projet de loi sur l’immigration, Ségolène Royal fait preuve ici de bien peu d’enthousiasme face à la détresse de ces immigrés sans papiers. Comme le dit Mohamed Sahko, amer, c’est même le « service minimum ».
70 personnes, c’est si difficile à accueillir pour un pays comme
Moi je veux bien les garder et les échanger contre 70 Français qu’on pourrait envoyer en Guinée si c’est un problème de place : Voici un début de liste à proposer à Chirac : Jean-Marie Le Pen, Nicolas Sarkozy (et son comité de soutien people : Christian Clavier, Marie-Anne Chazel, Jean Réno, Gérard Depardieu, Didier Barbelivien, Faudel, Stevie, Pascal Sevran, Michel Drucker, Arnaud Klarsfeld, Jean-Marie Bigard, Pierre Palmade et bien d’autres), Philippe De Villiers, Pascal Clément, Brice Hortefeux, Christian Estrosi, Philippe Douste-Blazy (lui c’est pas qu’il est méchant mais c’est qu’il nous fait honte), Michèle Alliot-Marie, Jean-François Copé, Serge et Olivier Dassault, Nelly Ollin (soi-disant ministre de l’environnement), Charles Pasqua, Alain Finkielkraut, Luc Ferry, Marc-Olivier Fogiel, Arlette Chabot, Alain Duhamel (tous les Duhamel d’ailleurs), David Pujadas, Jean-Pierre Pernault, Bataille et Fontaine, Arthur, Jean-Marie Colombani, Franz Olivier Giesbert, Arnaud Lagardère, François Pinault, Martin Bouygues, Alain Minc, Brigitte Bardot, Michel Sardou, Lorie, Pascal Obispo, David Douillet, Bernadette Chirac (ça soulagera Jacques depuis le temps qu’il la supporte), etc. La liste est loin d’être exhaustive. Je sais, ce n'est pas très sympa pour la Guinée.
Si toi aussi, tu es prêt à échanger un sans papiers (comme le petit garçon ci-dessus) contre un Français qui t’emmerde, propose un nom. La liste sera adressée prochainement à l'Elysée.
Sans ce média indépendant, personne ne serait au courant, en dehors des Grecs bien sûrs, de ce qui se passe actuellement en Grèce. Ce silence médiatique assourdissant en dit long sur l'état de désinformation qui règne au sein de l'Union européenne et particulièrement en France, pays qui voit de plus en plus le monde par le petit bout de sa lorgnette.
Ce projet se contente en fait de mettre en application les directives européennes sur la libéralisation des services et de l’éducation. D'où sans doute le silence complet et complice des médias institutionnels partout en Europe concernant ce qui se passe en Grèce.
Le 8 juin, la répression policière a été particulièrement violente, faisant un mort dans les rangs des manifestants. Bien sûr cette information n'a pas été relayée, d'autant moins en France où, avec les manifestations anti CPE, on se méfie des mouvements de jeunesse qui pourraient remettre en cause les politiques libérales mises en oeuvre en Europe sans l'aval des citoyens.
On s'étonne après que nombre de Français de gauche, pourtant profondément européens, aient voté contre le traité institutionnel européen.
Imaginez qu'en France, d'ici quelques mois, on propose la privatisation de l'éducation nationale. Ceci n'est pas de la politique fiction, ceci est la mise en oeuvre de l'AGCS de l'OMC reprise presque mot pour mot par l'Union européenne.
Alors évidemment, du côté des journalistes institutionnels, chut, silence! Et puis aujourd'hui c'est l'été et la fête de la musique.
Voir le site d'Indymedia
Notre époque se caractérise par la globalisation économique. Celle-ci provoque des bouleversements structurels permanents, remettant en cause tous les cadres dans lesquels s'étaient habitués à vivre les citoyens depuis la fin de la seconde guerre mondiale, notamment celui de l'Etat providence dans les pays européens. Ce dernier n'est plus, et ses fonctions ont tendance à se réduire à la portion congrue. L'Etat, « le plus froid de tous les monstres froids » d'après Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra, a abandonné au secteur économique une grande partie de ses fonctions de régulation, notamment ses services publics, pour se replier sur ses attributs régaliens, armée, police et justice.
L'Etat est indissociable de
Mais cette Europe, telle qu'elle apparaît à travers le Conseil,
Les dirigeants politiques français, sachant pertinemment que le pouvoir économique se joue en grande partie à un niveau extra-étatique, tentent alors d'apparaître comme les maîtres du jeu par le biais des prérogatives relevant encore de l'Etat, les fonctions régaliennes. D'où les surenchères sur l'insécurité, l'attention portée à la police, les débats autour de la justice, les grandes cérémonies de l'armée tel le 14 juillet, essayant encore de faire croire à l'existence d'une « Nation » France mais ayant du mal à convaincre, etc.
Ces attributs à haute valeur symbolique ont toujours été déterminants dans l'Histoire pour que le peuple éprouve un sentiment national. Mais aujourd'hui, dans un contexte de turbulences extrêmes avec la mondialisation du capital et de l'information, avec tous les bouleversements que cela entraîne pour l'emploi, et donc pour la vie d'un citoyen français, le repli sur soi devient un réflexe d'autodéfense très répandu. Et les politiques surfent sur ce sentiment. Nicolas Sarkozy a par exemple très bien compris cela. Un fait divers sordide tel le meurtre du petit Mathias et hop, le ministre de l'Intérieur propose un texte à l'Assemblée nationale. Or l'activité législative réclame réflexion, sérénité et donc du temps.
Depuis 2002, avec les nombreux textes Perben et Sarkozy venus bouleverser le Code Pénal, l'Etat s'est lancé dans la course au tout sécuritaire. La garde à vue devient la règle à la moindre interpellation, de même que la détention préventive alors que le principe de présomption d'innocence devrait en faire l'exception.
Nos prisons débordent avec un taux d'occupation de plus de 115%. La surpopulation carcérale entraîne de telles aberrations que récemment Alvaro Gil-Roblès, commissaire européen aux droits de l'Homme, a comparé nos établissements pénitentiaires à ceux de
De même, le nombre de bavures policières est en augmentation constante ces dernières années, et ce malgré toutes les belles paroles du ministre de l'Intérieur et l'existence de la commission nationale de la déontologie de la sécurité, qui voit son budget réduire alors que son nombre de saisines explose.
Il existe un cas tristement démonstratif du règne du tout sécuritaire, de l'arbitraire et des drames que ce climat peut entraîner. C'était en novembre 2005, au moment des révoltes de banlieue. Eric Blaise (photo), 28 ans, est interpellé alors qu'il tirait visiblement sur des canettes de bières avec un pistolet à billes. Après comparution immédiate, il est condamné à quatre mois de prison dont deux fermes à Fleury-Mérogis. Il y entre le 12 novembre, et est retrouvé mort le 13 au matin. Il se serait donné la mort en se jetant contre les murs de sa cellule. La famille a porté plainte et une instruction est en court.
Ce sont des dizaines de jeunes qui ont été condamnés après les émeutes de novembre dernier, alors que certains dans le lot n'avaient absolument rien à se reprocher si ce n'est d'avoir été au mauvais endroit au mauvais moment. Que vont-ils faire à leur sortie de prison ? Stigmatisés par leurs origines, par leur lieu de vie, les « banlieues », territoire banni de
D'ailleurs le mythe tombe, il n'est plus. Les mille cinquante personnes menacées par la fermeture du site EADS, alors que cette entreprise a engrangé 1,7 milliards d'euros de profit en 2005, une hausse de 37%, que vont-ils penser de la puissance publique ? Et des médias qui ont le nez braqué sur EADS dans l'affaire Clearstream mais qui font bien peu de cas de ces salariés ?
Elle protège qui notre République, si des pans de plus en plus importants d'individus en sont exclus, si les banlieues françaises sont abandonnées à une gestion policière, si les salariés n'ont plus d'intermédiaires au sein de la puissance publique pour les défendre face aux violences économiques induites par la globalisation, si les juges peuvent condamner des innocents à plusieurs années de prison, si les immigrés ne sont pas les bienvenus et que leur rapport à l'Etat français se résume à un centre de rétention ? La communauté de valeurs nécessaire à l'existence d'une société, où est-elle ?
La consommation ? Un individu, dans toute sa complexité, ne peut se résumer à une carte bleue, et étant donné le nombre de chômeurs aujourd'hui en France et les problèmes de pouvoir d'achat que cela induit, beaucoup de gens sont d'ores et déjà exclus de cette société.
L'Etat voit donc ses prérogatives diminuer. Se sentant menacé, il se replie sur ses fonctions régaliennes. La violence pénètre alors tous ses pores. Il criminalise les comportements déviants. Et dans une société où l'argent est roi, la pauvreté est un comportement déviant.
Face à ce triste état de fait, il semble que l'on ne puisse plus compter que sur les citoyens. Ainsi, quand l'Etat ne joue plus son rôle, quand les politiques n'agissent plus selon le mandat qui leur a été confié par le peuple, quand la fatalité économique nous pousse à ne rien faire, il s'agit au contraire de multiplier les « résistances citoyennes ».
Résistance quand la police abuse de son autorité, résistance quand une entreprise riche menace de fermer, résistance quand un service public est abandonné au privé, et résistance quand on stigmatise les immigrés.
La dernière loi Sarkozy sur l'immigration lui permet de braconner sur les terres de l'extrême droite en désignant l'immigré comme responsable des maux français. Or il en est une des premières victimes, ce dès son pays d'origine, lorsqu'une multinationale française pille les ressources naturelles ou qu'un président français aide un dictateur africain à rester au pouvoir. A Paris et en banlieues, les sans papiers se rassemblent, s'organisent en collectif, se politisent et résistent à l'injustice qui leur est faite. Ils nous montrent l'exemple. De même, les jeunes à qui l'on proposait un contrat inique, établissant une profonde inégalité entre les moins et les plus de 26 ans avec ce CPE devenu le symbole de la précarisation de la jeunesse, ils ont résisté. D'abord quelques dizaines puis quelques centaines, trois millions de personnes se sont finalement retrouvées dans la rue en mars 2006, faisant reculer le gouvernement De Villepin.
Les décisions économiques paraissent intouchables, prises lors de grands sommets, G8, réunion de l'OMC, etc., et le simple individu sent bien qu'il ne peut rien. Pourtant si ! Certains se rassemblent, à Seattle, à Gènes, à Porto Allègre, aux quatre coins du monde et montrent qu'ils ne sont pas d'accord. Mieux, se constituant en forums sociaux, ils deviennent même une force de proposition presque devenue incontournable aujourd'hui. Du moins les politiques ne peuvent plus les ignorer.
Plus les centres de pouvoir tentent de noyer le poisson sous la fatalité et la complexité, plus les réseaux citoyens doivent s'organiser, démontrer leur maturité et leur capacité de résistance, leur refus de la résignation et leur détermination à prendre en main leur destin. Il n'y a pas d'obligation à subir un système économique incontournable pour tous les experts mais profondément inégalitaire pour la majorité de la population de cette planète, il n'y a pas d'obligation à consommer en permanence, il n'y a pas d'obligation à diriger un pays avec comme seul phare la dette extérieure et comme seul salut la croissance, il n'y a pas d'obligation à gérer l'insécurité de notre société par la seule force policière qui l'entretient bien autant qu'elle la régule, etc.
Quand l'Etat, son droit et sa justice ne font plus leur travail, il est du devoir des citoyens de résister. Henri David Thoreau (dessin), poète et essayiste américain du 19e siècle a très bien démontré cette nécessité de résistance quand l'ordre sociétal devient injuste, dans son oeuvre la désobéissance civile, publié en 1849. Sa pensée a influencé Tolstoï, Gandhi et Martin Luther King. Il reste aujourd'hui une source d'inspiration pour les écologistes et nombre de mouvements citoyens dont les altermondialistes. Dans la droite ligne de cette pensée, on peut voir que la résistance ne passe pas forcément par la violence, qui est au final toujours l'arme des faibles, mais par la conviction qu'il y a injustice et que malgré tous les obstacles, le devoir de chacun est de refuser cet Etat de fait. En droit, il s'agit de la croyance en un droit naturel supérieur au droit positif existant, que l'on ne doit jamais perdre de vue. Il en va ainsi des droits de l'Homme, qui doivent s'appliquer quelque soit le type de société concerné.
Cette recherche du droit naturel, on peut sans doute la retrouver dans les yeux de ces jeunes de banlieues qui se sont révoltés en novembre dernier. Oui c'est mal de brûler des voitures, oui c'est répréhensible et c'est stupide quand il s'agit de celle de son voisin aussi pauvre que soit. Mais quand on a dit cela, on a rien dit, rien expliqué, rien tenté de comprendre. Les révoltes populaires qui ont marqué l'histoire de France, telle
Les évènements des banlieues de novembre dernier, s'ils n'ont pas eu la forme escomptée par certains gauchistes qui rêvent du Grand Soir, s'inscrivent néanmoins dans ce mouvement des résistances citoyennes, résistances contre l'injustice, celle de policiers qui harcèlent tellement ces territoires que trois jeunes ont pris peur et se sont réfugiés dans un transformateur EDF dans lequel deux d'entre eux ont péri.
Alors que, traumatisée, la population de Clichy attendait du ministre de l'Intérieur de la compassion et de la compréhension, ils n'ont eu droit qu'au mépris et à la provocation. Les jeunes se sont alors révoltés spontanément, sans action concertée, sans plan d'attaque, sans leader. Puis ils se sont livrés à un match de voitures brûlées entre cités avec les médias dans le rôle de l'arbitre et du pompier pyromane. Cela s'est étendu ensuite à toute
Dans ces évènements, l'outil Internet a eu un rôle considérable, les jeunes des cités ayant communiqué entre eux partout en France par l'intermédiaire des skyblogs, ce presque en temps réel.
Si la globalisation a beaucoup de défauts, sa grande qualité c'est l'extraordinaire rapidité de la transmission de l'information grâce à Internet. Les nouvelles formes de résistance ont entre leurs mains cet outil de communication presque gratuit dont auraient rêvé nos aïeux résistants.
Partout sur la planète, des hommes et des femmes de contrées différentes s'échangent des informations et dialoguent pour former des mouvements contre le pouvoir des multinationales, contre les exactions des Etats autoritaires telle
Alors contre les violences policières et sécuritaires, des résistances citoyennes voient le jour, tel le mouvement Résistons ensemble, formé à la suite du forum de Saint Denis en novembre 2002, et contre les violences économiques, des résistances citoyennes se mettent en place, par le biais d'associations, d'ONG, de forums sociaux, etc.
Même si la « dictature de la réalité », pour reprendre le titre d'un livre de Mona Chollet, apparaît parfois insurmontable, il y aura toujours des gens prêts à se lever pour incarner l'esprit de résistance.
Une petite parodie bien connue des Guignols et toujours d'actualité.
