Vendredi 21 mars 2008

Article rédigé pour Pourmaplanète.com


Après les élections municipales des 9 et 16 mars 2008, le paysage politique hexagonal a fondamentalement changé. Si le député socialiste du Doubs Pierre Moscovici a parlé à juste titre en cette occasion de « branlée » de la droite, il est clair en tous cas que la gauche est désormais majoritaire sur l’ensemble des communes françaises. Mais penchons-nous un peu sur le sort des écologistes. Quelles sont les villes qui, après ces élections, sont devenues ou sont restées vertes ?

article_photo_1205706164661-2-0.jpgBien entendu, il y a d’abord la victoire spectaculaire et fortement médiatisée de la sénatrice Verte de Seine-St Denis Dominique Voynet. Cette dernière a largement battu à Montreuil (54,19% des suffrages) le député-maire sortant Jean-Pierre Brard, apparenté communiste, qui régnait sur la ville depuis 24 ans. Pour la première fois, une ville de plus de 100 000 habitants (Montreuil est la quatrième ville d’Ile de France) sera dirigée par une écologiste. Reste à savoir, pour les 6 années à venir, quelle sera la teneur écologique de la politique de la liste dirigée par l’ancienne candidate des Verts aux Présidentielles de 2007.

Un score parisien décevant :

D’après la secrétaire nationale du parti écologique, Cécile Duflot, ces élections municipales constituent une « petite renaissance » pour les Verts, bien que leur score à Paris ait été jugé décevant : les listes vertes menées par Denis Baupin, adjoint chargé des transports auprès du maire de Paris Bertrand Delanoë lors de la législature qui s’achève, ont obtenu au premier tour 6,7% des voix (contre 12,3% lors des municipales de 2001). Ils ont ensuite fusionné leurs listes pour le second tour avec celles des socialistes. Les Verts auront au final 9 élus au Conseil de Paris contre 23 en 2001. Par contre, ils conservent le seul maire Vert d’arrondissement, Jacques Boutault (photo ci-dessous), qui a réalisé dans le 2ème un excellent score au second tour, obtenant 68,3% des voix.

PDSC02006.JPGlus d’élus dans le reste de l’Hexagone :

En ce qui concerne le reste de la France, les Verts auront plus d’élus qu’entre 2001 et 2008. Ce résultat est du néanmoins en grande partie à des alliances passées avec le Parti Socialiste dès le premier tour. En Ile de France, Michel Bourgain a lui été réélu maire de l’Ile St Denis avec une liste écologique et citoyenne. Les Verts étaient en fait partis à la bataille avec leur propre liste au premier tour dans un tiers des villes de plus de 100 000 habitants (au nombre de 39) et dans 32 ville de plus de 20 000 habitants. Ils les ont maintenues au 2nd tour à Grenoble, Montpellier, Roubaix, Villejuif, Montreuil et Pointe-à-Pitre. A Valence, l’ex-députée verte Michèle Rivasi, après fusion de sa liste avec celle du socialiste Alain Maurice, devient numéro 2 de la ville.

Le parti écologiste a même progressé à l’occasion de triangulaires, 18% à Roubaix (contre 13,6% au premier tour), 22 ,49% à Grenoble (15,5% au premier tour), 18,6% à Montpellier (11,1% le dimanche précédent). Les Verts obtiennent au final 31 maires sur l’ensemble du territoire. Les listes définitives d’élus ne seront néanmoins pas connues avant la semaine prochaine.

Des chiffres à relativiser :

Cependant, ces bons résultats relatifs pour les Verts sont atténués par deux facteurs : d’abord celui de l’abstention qui, se situant entre 34 et 35% au niveau national, a connu son taux le plus élevé pour des municipales depuis 1959. Les classes populaires dans les quartiers se sont très peu mobilisées en comparaison avec les présidentielles d’avril 2007, relativisant les bons scores de la gauche en général et des Verts en particulier. Ensuite, la grande dépendance des écologistes au bon vouloir du Parti Socialiste a encore été accentuée durant ces municipales, ce malgré la volonté de nombre d’écologistes de partir en autonomes.

Lécologie, une question réglée ?

Au final, si les Verts se maintiennent et font un score honorable, les idées écologistes quant à elles n’ont pas vraiment occupé le devant de la scène lors de ces municipales, c’est le moins que l’on puisse dire, alors qu'elles restent, sondage à l'appui, une des préoccupations majeures des Français. Nombre de citoyens ont plutôt cherché cette fois à sanctionner Nicolas Sarkozy sur son comportement, jugé indécent en période de récession, et sur son manque de parole concernant ses promesses de campagne d’être le président du pouvoir d’achat, en s’abstenant ou en votant pour la gauche. La sauvegarde de l’environnement a été la grande absente médiatique des débats de ces municipales, qui se sont focalisés sur la question du pouvoir d’achat. C’est comme si en France, après le Grenelle de l’environnement, la question de l’écologie avait été réglée une bonne fois pour toute, alors que tous les défis à relever sont devant nous.

En tous cas, tous les élus écologistes intégrant les nouvelles équipes municipales ne seront pas de trop pour lutter contre les problèmes environnementaux qui s’accumulent, à l’échelle locale comme à l’échelle globale. Il serait peut-être temps de comprendre pour ceux qui ne s’en seraient pas encore aperçus que la crise économique et la crise environnementale sont les deux revers d’une même médaille.

Mercredi 12 mars 2008

Certes, nous sommes entre les deux tours des municipales et il n’y a que cela qui semble intéresser la presse. « Vague rose » ou « pas vague rose » ? « Élections nationales et vote sanction » ou « élections locales, locales, locales » comme ne cessent de l’ânonner les leaders de la majorité sur instructions de l’Élysée ? « Bayrou, mais que va-t-il faire ? », avec ses 3,21 % à l’échelle nationale. En voilà de belles questions pertinentes et déterminantes à l’heure du pouvoir d’achat en berne. Pendant que la comédie politicarde bat son plein, il ne faut pas oublier que la chasse est toujours ouverte ! Et si des citoyens éclairés et le Réseau éducation sans frontières n’étaient pas là, bon nombre de gens se sentiraient bien seuls sur notre beau territoire, celui de la « patrie des Droits de l’Homme ».

violences-charb.pngDeux exemples, dont un tragique, pour illustrer le sort réservé aux étrangers en situation « irrégulière » aujourd’hui en France en 2008 :

Tout d’abord Julio, jeune lycéen rennais d’origine angolaise : ce dernier a été appréhendé et arrêté, mardi 4 mars 2008, par la police en pleine sortie scolaire. Après un contrôle d’identité « au faciès », les agents l’embarquent, au milieu de ses camarades de classe, considérant que les papiers d’identité de Julio, qui indiquent qu’il est âgé de 16 ans, sont faux. Des examens osseux et génitaux (charmants) sont pratiqués sur l’adolescent et concluent qu’il a plus de 18 ans. Ce qui est bien pratique pour pouvoir l’enfermer au centre de rétention administrative de Saint Jacques de la Lande avant de pouvoir l’expulser vers l’Angola. Le juge administratif confirme ensuite l’APRF de Julio (arrêté préfectoral de reconduite à la frontière) mais annule son pays de renvoi, en l’occurrence l’Angola. Finalement le 11 mars, après la mobilisation de centaines d’habitants de Rennes et notamment des jeunes du lycée Victor & Hélène Basch de Julio, le préfet annule la procédure d’expulsion, précisant que c’est « à titre exceptionnel». Vous êtes trop bon M. le préfet ! Dans cette histoire qui heureusement finit bien, ce qui a le plus choqué, ce sont les conditions dans lesquelles Julio a été arrêté, lors d’un contrôle policier en pleine sortie scolaire.

Après la chasse aux sans papiers à la sortie des écoles ou des hôpitaux, après les pièges tendus dans les préfectures, après les rafles dans les queues des repas aux Restos du Cœur cet hiver, voici l’arrestation en pleine sortie scolaire, devant professeur et camarades. Quelle imagination de notre belle police ! 

RESF.jpgDeuxième exemple, plus tragique celui-là : Le 15 février dernier, John Maïna, jeune Kenyan de 19 ans, s'est pendu dans son appartement de Meudon, dans les Hauts-de-Seine, après avoir reçu le rejet de sa demande d’asile. John était entré en France le 20 mars 2006 et avait demandé l'asile trois jours plus tard. Sa requête avait alors été rejetée une première fois par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), puis par la Cour nationale du droit d'asile. Apparemment, le jeune homme avait quitté le Kenya pour fuir la secte Mungiki qui l’avait contraint à en devenir membre à 17 ans. Étant donnée de plus la situation politique actuelle du Kenya, la France aurait pu tout de même accorder l’asile à John Maïna sans grand risque pour son équilibre budgétaire ou démographique. Mais non ! En France en 2008, on meurt pour des papiers ! Les collectifs de sans-papiers appellent d’ailleurs à une nouvelle manifestation nationale le 5 avril à Paris.

Ces deux exemples ne sont qu’une goutte d’eau dans un océan d’injustices !

Aujourd’hui, 21,5 % des personnes emprisonnées en France sont des étrangers et la moitié d'entre elles parce qu'elles n'ont pas de papiers. Le chiffre est en nette augmentation depuis le début des années 2000. La politique volontariste de notre cher président en la matière n’y est pas étrangère. Sarkozy et le gouvernement sont directement responsables de cette politique absurde et inique du chiffre à tout prix, conduisant à des situations révoltantes.

Certes le score électoral du Front National à ce premier tour des municipales n’avait jamais été aussi bas depuis son apparition sur la scène politique française (4,8 % à l’échelle nationale). Mais ce que les journalistes oublient de dire, c’est que cela s’explique aussi par le fait que la majorité actuelle applique une politique dont Le Pen n’aurait même pas pu rêver il y a encore dix ans.

rafle_du_vel_dhiv.jpgPlutôt que de traumatiser des enfants de dix ans en leur confiant la mémoire d’un des 11 000 enfants juifs français victime de la Shoah durant la Seconde Guerre mondiale, rappelons que ces derniers ont été livrés en 1941 par les pouvoirs publics français alors que les Nazis ne le demandaient même pas. Ce sont des policiers français sur ordre du préfet soumis au dictat du gouvernement de Vichy qui ont organisé la rafle du Vél’d’Hiv. Étant donnée la façon dont sont traités aujourd’hui les étrangers en situation irrégulière en France, il vaudrait mieux confier dans chaque ministère et chaque école de police la mémoire de ces enfants juifs, en prévision de l’avenir mais surtout en vue du présent.

RESF et les citoyens d’aujourd’hui, qui défendent les sans papiers malgré la loi, sont sans doute les Justes de demain. Quant aux responsables de toute cette politique inique et stupide, ils seront jugés par l’Histoire. Si en attendant ils pouvaient se prendre une « raclée » électorale au second tour des municipales dimanche. En ce qui concerne les Socialistes, qu’ils cessent néanmoins de pérorer pour se montrer clairs sur la question. Rappelons juste qu’aux États-unis, l’Administration s’apprête à régulariser 12 millions de clandestins. C’est autre chose que nos malheureux 300 000. Mais ce sont de commodes boucs émissaires, paravents de l’inefficience de nos gouvernants, paumés dans la Mondialisation. Pauvre France !     

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