«Ni sanction, ni expulsion, les rafles de la police, on n'en veut plus.» C’est avec ces quelques mots qu’enseignants, parents d’élèves, syndicalistes, militants dont je faisais parti et étudiants ont manifesté, le lundi 26 mars 2007 en fin d’après-midi, devant la direction du rectorat de Paris, à
Le grand-père Chinois sans papiers qui a violemment été interpellé par les forces de l’ordre mardi dernier, suscitant les indignations des parents d’élèves présents et de la directrice de l’école, attendait en fait tranquillement dans un café la sortie de l’école de ses deux petits enfants.
Mais cessons là l’argumentation morale pour se pencher sur une question jamais abordée, si ce n’est dans un excellent article de Damien de Blic, post-doctorant à l’EHESS, paru sur le site Internet de la revue Mouvements le 23 mars 2007, celle du coût réel de la politique d’expulsion systématique des sans papiers depuis l’arrivée de Sarkozy au Ministère de l’Intérieur.
D’après Damien de Blic, chiffre à l’appui, le coût des expulsions réalisées par le ministère de l’Intérieur depuis 2003 équivaudrait au déficit annuel de l’assurance vieillesse. Vue comme cela, on peut légitimement se demander si la politique dure, c’est le moins que l’on puisse dire, de l’excité de Beauvau vis-à-vis des personnes en situation irrégulière répond au critère de l’intérêt général.
Nous savons que depuis les années 70, la lutte contre l’immigration clandestine constitue un objectif déclaré des politiques migratoires dans la majorité des pays dits « développés ». Or en France depuis quatre ans, cela va bien plus loin puisque est opéré un chiffrage précis du nombre de reconduites à la frontière à réaliser chaque année. Nous sommes passés d’une obligation de moyens à une obligation de résultats au détriment de la pertinence de chaque expulsion.
Tout est expliqué dans la circulaire du 22 octobre 2003 de Nicolas Sarkozy qui demande à chaque préfet de doubler à court terme les expulsions de sans papiers : en effet ce texte précise que « l’exécution effective des décisions d’éloignement est la condition de crédibilité de toute politique publique de maîtrise de l’immigration ». La messe est dite ! C’est une question de « crédibilité », soit de communication à destination des citoyens. Le ministre de l’Intérieur, lorgnant sur l’Elysée, se sert des expulsions de sans papiers pour montrer qu’il est un « bon ministre » qui obtient des résultats et qui a ainsi l’étoffe d’un futur Président de
Les objectifs affichés du Ministère de l’Intérieur étaient de plus de 15 000 expulsions en 2004, près de 20 000 en 2005, 24 000 en 2006, 28 000 pour 2007.
Comme l’indique Damien de Blic dans son article, pour sa seule partie émergée, au moins
11 000 emplois à temps plein sont consacrés à la politique d’expulsion. Mais d’autres personnes sont « empruntées » à des services normalement destinés à d’autres emplois : fonctionnaires affectés au centres de rétention, policiers assurant les interpellations, escortes internationales, etc. Ainsi 15 000 emplois à temps plein sont au bas mot consacrés à l’expulsion des sans-papiers chaque année. En traduction monétaire, 11 000 emplois, cela signifie environ 687 millions d’euros. Depuis 2003, si l’on s’en tient à ces chiffres, cela fait donc en tout 44 000 emplois soit presque 3 milliards d’euros consacrés à la seule expulsion de sans papiers, finalement bien plus que le déficit annuel de l’assurance vieillesse, chiffré pour 2005 à 2, 032 milliards d’euros.
L’avenir de Nicolas Sarkozy semble donc bien plus important que celui de nos retraites. On peut rétorquer que la régularisation des sans papiers aurait également un coût important. Certes, mais il pourrait au moins être compensé par les recettes obtenues par l’Etat de ces nouveaux citoyens qui deviendraient imposables. De plus, la plupart des sans papiers travaillent déjà « au noir » sur notre territoire, et ces flux financiers ne profitent qu’à des patrons « voyous » et à des marchands de sommeil, alors qu’ils pourraient participer au budget de l’Etat. Cessons donc l’hypocrisie.
Toute l’énergie et les effectifs consacrés par les forces de l’ordre à expulser des sans papiers ne seraient-ils donc pas utilisés à meilleur escient en priorisant la lutte contre la criminalité ?
En tous cas, nous pouvons être sûrs d’une chose : l’image d’efficacité et de fermeté que veut se donner monsieur Sarkozy fait très mal à notre porte-monnaie, sans parler bien entendu de nos droits de l’homme. Qu’est-ce que cela va donner lorsqu’il sera à l’Elysée ?
Pour plus d’infos, voir le site de Mouvements, de même que celui de RESF.
Il est "libre" François! Mouaih! Qui est-il vraiment? Homme providentiel voulant sortir
Nous avons un indice dans Le Parisien de ce jour, mercredi 21 mars 2007 : François Bayrou y déclare voir des « ressemblances » entre sa stratégie actuelle et celle de Chirac en 1995. Mais si, souvenez-vous, la « fracture sociale », devenue ensuite une triste farce !
L’expression « fracture sociale » a été forgée non pas par le démographe Emmanuel Todd, comme on le croit souvent, mais par le philosophe français de centre gauche Marcel Gauchet. Au début de l’année 1995, alors que Balladur règne dans les sondages (on sait ce qu’il adviendra par la suite, même pas présent au second tour), et que Chirac lui est au fond du trou (médiatique bien entendu), des intellectuels dits « de gauche », dont la fondation St Simon, fondée en 1981 par Pierre Nora et Marcel Gauchet, rejoignent le candidat Chirac. Celui-ci reprend alors à son compte la fameuse « fracture sociale » qui aura tant de succès, notamment dans les quartiers populaires et qui, avec le « mangez des pommes », conduira Chirac à la victoire (aujourd’hui d’ailleurs, les jeunes de l’UDF doivent distribuer des clémentines dans les rues de Paris, comme en écho à la fameuse pomme de 1995). A l’époque, nombre de gens de gauche, trouvant Jospin insipide, avaient voté Chirac, croyant dur comme fer à sa volonté de réduire cette fracture sociale. On sait ce qu’il en advint par la suite.
Comme il faut toujours savoir tirer des leçons de l’histoire, faisons donc un parallèle avec la stratégie actuelle de François Bayrou. Alors d’abord qui est réellement « Lou Bayrou » (avec l’accent Béarnais, s’il vous plaît) ?
François René Jean Lucien Bayrou est né le 25 mai 1951 à Bordères, entre Pau et Lourdes. Il est le fils de Calixte Bayrou et d'Emma Sarthou, tous les deux agriculteurs. Marié à 20 ans, il suit des études de littérature à Bordeaux et obtient l'agrégation de lettres classiques à 23 ans. Son père meurt alors d'un accident du travail, et, tout en enseignant, le jeune François aide sa mère à tenir l'exploitation. En plus de tout cela, il est bègue. Mais à force d’obstination, François parvient à vaincre son handicap. Ca c’est son côté Germinal.
Jeune, François Bayrou est proche des mouvements non violents, notamment de la communauté de Lanza del Vasto (philosophe et poète voyageur, premier disciple occidental de Gandhi). Ca c’est son côté très sympa.
À 30 ans, en 1982, il devient conseiller général, puis quatre ans après député UDF des Pyrénées Atlantiques. D'inspiration démocrate-chrétienne, Bayrou est un catholique pratiquant et un fervent partisan d'une Europe fédérale. Ca c’est son côté Jacques Delors.
On le voit, François n’est pas un « bleu » de l’échiquier politique français. Et député depuis 21 ans, il n’a pas vraiment le profil du « petit propriétaire terrien » que souvent il prétend être. Pour information, un parlementaire gagne 6700 euros par mois. On est loin du SMIC.
En 1993, alors que Mitterrand est en fin de règne et que Balladur débarque à Matignon à la suite de législatives désastreuses pour la gauche, Bayrou est nommé ministre de l’Education nationale. Il veut alors intégrer au budget de l’Etat les établissements d’enseignement confessionnel. Résultats des courses, le 21 janvier 1994, un million de Français prennent la rue pour défendre l’école laïque. Traumatisé, Bayrou se gardera bien ensuite de réformer quoi que ce soit, gérant tranquillement le ministère en partenariat avec les syndicats, ce qui finira par le rendre sympathique vis-à-vis des profs malgré sa grosse bourde de départ. Il reste ministre de l’Education jusqu’à l’arrivée de la gauche au pouvoir, en 1997. En 95, malgré la campagne très centre gauche de Chirac, Lou Bayrou soutient Balladur, au côté donc du petit traître Sarkozy. Le nouveau Président Chirac le gardera pourtant comme ministre, alors qu’il purge dès son arrivée à l’Elysée tous les traîtres balladuriens.
En 98, François prend la tête de l’UDF, parti qui à l’époque regroupe en son sein DL (Démocratie Libérale), mouvement ultra-droitier et ultra-libéral d’Alain Madelin. Mais DL approuve aux régionales de la même année les présidents de région se faisant réélire avec les voix du Front National. Bayrou refuse alors toute compromission avec l’extrême droite (ça aussi c’est un de ses côtés sympa) et DL quitte l’UDF. Il conduit l’année suivant la liste UDF aux européennes, qui obtiendra 9,28% des voix.
En 2002, François crée la surprise en étant 4ième aux élections présidentielles, avec 6,84% des voix, devant Chevènement que la presse qualifiait alors de « 3ième homme ». Il appelle alors Chirac à construire une large coalition avec les résultats qu’il obtient au 2nd tour face à Le Pen (82% des voix). Mais comme à son habitude, Chirac préfère placer son camp malgré le vote des Français et crée à cet effet avec Juppé l’UMP (Union pour une majorité présidentielle). Le grand geste politique de François durant cette période, c’est la baffe qu’il fout à un gamin qui tente de lui faire les poches, à Strasbourg, pendant la campagne.
Après les Présidentielles, tous « les rats quittent le navire ». La majorité des UDF, suivant Philippe Douste-Blabla, le neuneu de Lourdes et Toulouse, quittent François pour rejoindre l’UMP. Mais François, lui, il croit en son destin personnel (surtout qu’il paraît que Mitterrand lui a dit qu’un jour il serait Président). Toujours un peu mégalos les François ? En tous cas, trente députés UDF résistent et créent un groupe à l’Assemblée nationale pour la législature 2002-2007.
C’est le moment où Lou Bayrou dit s’opposer à l’ « Etat UMP » et déclare non sans emphase « lorsque l’on pense tous la même chose, on ne pense plus rien ». C’est cette période qui nous intéresse le plus au regard de ce qu’il se passe aujourd’hui. Regardons donc un peu quelques textes votés par les députés UDF durant cette période. En effet, aujourd’hui la politique, cela consiste à faire des déclarations. Les vrais gestes politiques eux, comme les votes au Parlement, les propositions de loi, les travaux des commissions, bref les bilans de mandat de nos gouvernants, ne sont que très rarement analysés.
Si tel était le cas, Sarkozy par exemple serait un piètre candidat. En effet, durant son premier mandat de député de Neuilly à partir de 1988, l’excité de Beauvau n’intervient qu’une seule fois dans l’hémicycle. Ministre du Budget sous Balladur entre 93 et 95, ses seuls actes seront de sortir les « affaires » de Chirac à la mairie de Paris pour ouvrir la voie de l’Elysée à son mentor Balladur. Ministre de l’Intérieur en 2002, ses principales actions seront de passer à la télé, de supprimer la police de proximité, à peine entrée en vigueur, et de multiplier les textes durs contre les immigrés, comme d’habitude boucs émissaires de la nullité de nos gouvernants. Ministre des finances en 2004, rien à signaler si ce n’est les cadeaux fiscaux accordés aux patrons du CAC 40. Reministre de l’Intérieur en 2005, Sarkozy revient surtout à Beauvau, pour d’après ses propres propos, « se défendre des coups tordus » de ses « amis ». Voilà. Bilan de Sarkozy depuis 15 ans, être passé plus de 4000 fois à la télé, en faisant l’homme politique le plus médiatisé de toute l’histoire de France. Pour le reste, aucun texte, aucune action qui ait fait progresser notre pays. Le bilan de la lutte contre la délinquance ? Calamiteux. Il n’y a jamais eu autant d’atteintes aux personnes en France. Mais voilà, chez nous on juge « à la parlotte », comme au temps des bons mots à
Je ne serai pas aussi sévère avec Bayrou. Mais bon… Alors que Bayrou faisait sa star des banlieues à St Denis mercredi dernier, petit rappel non négligeable. A l’Assemblée, l’UDF a voté l’état d’urgence en 2005 à la suite des émeutes en banlieues, renvoyant une nouvelle fois les gens issus de l’immigration à leur statut d’ « indigènes ». Une majorité d’habitants des quartiers populaires s’était à l’époque offusquée de cette mesure. François Bayrou a de même été un des premiers à voter la « loi sur les signes religieux dans les écoles publiques », texte venu une fois de plus stigmatiser les musulmans de France. Pire, l’UDF, du moins une majorité, a voté pour la réforme inique de l’excité du Karcher du Code de l’entrée et du séjour des étrangers (Ceseda), dénoncée par toutes les associations sérieuses qui travaillent sur l’immigration (voir UCIJ). Pas de doute que François aurait fait un tabac à St Denis s’il avait rappelé tout cela.
Donc il n’y a pas de grande différence, si ce n’est dans les déclarations, entre les visions UMP et UDF de l’immigration. Ne parlons pas de la réforme de la loi sur la prévention de la délinquance, de la loi sur l’eau, des OGM, etc.
En économie, François est un libéral convaincu. Il serait même prêt à prendre Peyrelevade comme Premier Ministre, vous savez, l’ancien PDG du Crédit Lyonnais, adepte du sport : « On privatise les bénéfices, on publicise les pertes ».
En écologie, espérons que Corinne Lepage viendra quelque peu éclairer ses lanternes, étant donné le vide sidéral de la pensée de François à ce sujet.
Un autre rappel : aux régionales de 2004, l’UDF a rallié partout l’UMP au second tour face à la gauche. Et aujourd’hui le président de l’UDF voudrait être élu par les électeurs de gauche ? Mais de qui se moque t’on ! Lorsqu’un journaliste malin de Libé demande à Bayrou le 15 mars 2007 : « Pour les prochaines législatives, l’UMP n’a pas investi de candidats contre les sortants UDF. Vous engagez-vous, si vous n’êtes pas élu Président, à ne pas vous faire réélire député UDF des Pyrénées Atlantiques avec le soutien de l’UMP ? », François répond : « Cette question est sans objet. » Bah tiens ! Attention François, à force de vouloir faire le grand écart, tu risques un claquage des tendons.
Si François Bayrou n’a pas rejoint l’UMP en 2002, ce n’est donc pas à cause d’un clivage idéologique irréconciliable, mais bel et bien parce qu’il croit en son destin personnel et qu’il voyait bien n’avoir aucune chance d’être investi par l’UMP aux présidentielles de 2007.
Un fauteuil ministériel, ce n’est pas assez pour François. On me rétorquera que tous les politiques sont comme cela, mégalos. Peut-être, mais c’est juste pour rappeler à ceux qui croient en « Bayrou le sauveur » qu’il est comme tous les autres, l’égo chevillé au corps et le nez dans les sondages, avec des préoccupations bien éloignés de celles mises en avant.
Et pour les électeurs de gauche tentés par le vote Bayrou : Attention à la gueule de bois ! Souvenez-vous du syndrome Chirac de 1995. Ce n’est pas parce que Ségolène est désespérante qu’il faut voter n’importe comment ! Certes gauche/droite est un clivage qui peut disparaître dans les paroles, mais jamais dans les actes. A l’Assemblée comme au Sénat, les vieux réflexes perdureront encore longtemps. Mais la France s'est aujourd'hui tellement droitisée que Bayrou peut, au "miyeu", apparaître comme un homme de gauche.
Les politiques savent très bien tout cela. Aux électeurs de ne pas prendre des vessies pour des lanternes.
Americans are NOT stupid - WITH SUBTITLE
Salut l'artiste! Du moins si l'on considère comme étant de l'art le fait de dire et de faire en permanence tout et son contraire. Alors ça y est! Chirac s'en va enfin, après 12 longues années passées au Palais de l'Elysée. Pour la première fois depuis 1981, Chirac ne se présentera pas aux élections présidentielles de mai prochain. Incroyable! Cet assoiffé de pouvoir comme la Ve République en a peu connu, si ce n'est Sarkozy, son fils rebelle, a enfin décidé de raccrocher les gants. Il nous l'a annoncé solennellement à la télévision hier soir, nous déclarant même sa flamme. Sur fond de drapeau français et de drapeau européen (beaucoup plus petit), le Président a ainsi déclaré : «Cette France que j'aime autant que je vous aime. Cette France riche de sa jeunesse, forte de son histoire, de sa diversité, assoiffée de justice et d'envie d'agir. Cette France qui, croyez-moi, n'a pas fini d'étonner le monde».
Voilà, Chirac s'en va et Chirac nous aime. Nous sommes ravis de l'apprendre. Le discours était du Jacques Chirac pur jus, lyrique et gaulliste à souhait, mais tellement éloigné de la réalité.
Pourtant, toute la presse "institutionnelle" française s'est empressée de louer notre "grand" chef d'Etat, avec des articles particulièrement flagorneurs, tel le Parisien de ce matin qui soulignait le "panache" de Chirac. A l'étranger en revanche, la presse s'est montrée beaucoup moins tendre vis-à-vis de notre girouette nationale: Ainsi des Américains et des Britanniques, comme le Daily Telegraph, quotidien de centre droit, qui a affirmé que si "les conventions demandent qu'on dise des choses gentilles sur les gens quand ils prennent leur retraite, il n'est pas facile de le faire dans le cas de Jacques Chirac". Le quotidien ajoute que Chirac "est charmant, inconstant, imposant, ayant fière allure et sans aucun scrupule." "Il a été, selon son humeur, un libre-échangiste et un protectionniste, un gaulliste et un atlantiste, un fédéraliste et un eurosceptique". "On dit qu'en démocratie, les peuples ont les hommes politiques qu'ils méritent. (...) La France méritait mieux", conclut ensuite le Daily Telegraph. Ca fait mal!
En fait que peut-on retenir des 12 années de présidence Chirac? Pour paraphraser Dominique Voynet, il n'y a que l'embarras du choix, entre la reprise des essais nucléaires français en 95; l'échec total de la réduction de la fracture sociale; la manipulation de l'insécurité à son profit puis au profit du petit excité du karcher; le grand écart entre les beaux discours sur l'écologie devant les Nations Unies, à Johannesburg et à New York ("Notre maison brûle et nous regardons ailleurs") et le soutien inconditionnel en France aux lobbying les plus pollueurs, dont les agriculteurs productivistes aux pratiques ayant entraîné la dégradation sanitaire de plus de 70% de nos nappes phréatiques; le "je ne vous comprends pas" lancé devant les étudiants qui ne voulaient pas de l'Europe qu'on leur proposait étant donné la précarisation croissante de leurs conditions de vie; la légion d'honneur épinglée sur le costard sanglant de Vladimir Poutine (la donner à Anna Politkovskaïa aurait été sans nul doute plus judicieux), l'invention d'un mot magnifique entré depuis dans le dictionnaire, "abracadabrantesque", pour désigner les "affaires" à l'époque du RPR, les augmentations des frais de l'Elysée de l'ordre de 700% pendant que les Français devaient se serrer la ceinture, etc.Dans ce bilan quelque peu calamiteux, deux décisions sont tout de même à mettre à l'actif de Chirac: le refus d'engager la France dans la guerre en Irak, qui fut une décision très courageuse pour un petit pays de 60 millions d'habitants comme le notre. Si c'est Sarkozy qui avait été au pouvoir à ce moment là, de même qu'un socialiste d'ailleurs (on se souvient de Miterrand vis-à-vis de la première Guerre du Golfe), cela ne se serait sans doute pas passé de la même façon. L'autre grande action de Chirac, qui elle a eu une répercussion directe sur ma vie de même que sur celle de millions de jeunes, fut la professionnalisation de l'armée et la fin du service militaire. Voilà, c'est un peu maigre dans la balance pour douze longues années de pouvoir suprême.
Pourtant, je ne sais pas pourquoi, mais au vu de ce qui se présente à l'horizon, et malgré son bilan chaotique, je sens que nous allons le regretter d'ici peu notre Chirac national, et c'est très révélateur de la crise abyssale qui secoue actuellement notre pays. Bien qu'élu par et pour la droite, Chirac, contrairement à beaucoup de ses condisciples d'appareil, s'est opposé à Le Pen et aux thèses d'extrême droite. Or Sarkozy, celui qui se présente comme son successeur, a proposé la semaine dernière la création d'un "ministère de l'immmigration et de l'identité nationale", assimilant donc sciemment immigration et menace contre notre "identité", dans la plus pure tradition idéologique frontiste. Cela fait peur, très peur. Chirac avait des défauts mais on était loin de Pétain. Avec le petit, nous ne sommes plus surs de rien.
Qu'avons nous donc en face? Un ancien bègue des Pyrénées qui a toujours été de droite mais qui essaye de se faire élire par la gauche pour gouverner "au centre". La stratégie de "l'extrême centre". C'est très beau mais avec qui gouvernera-t'il le sieur Bayrou? Jean Peyrelevade, ancien PDG du Crédit Lyonnais à la grande époque, comme Premier ministre? Très bien, un grand patron (on voit mieux où sont ses amis), et ensuite? Raymond Barre? Aux fraises depuis un bon moment. Simone Weil? Elle a rejoint le nain de Beauvau (la traîtresse). Giscard? Ca c'est une bonne idée, place aux jeunes! Et le programme? Pas grand chose à se mettre sous la dent, si ce n'est l'exonération de charges pendant cinq ans pour toutes les petites entreprises qui embaucheraient deux salariés.
De l'autre côté, une énarque maîtresse d'école type troisième République, mais qui aurait décidé de faire parler tous ses élèves, à l'écoute, toujours à l'écoute, mais dont on attend les propositions originales (si ce n'est aller encore plus loin que les autres dans la stigmatisation des jeunes de banlieues en leur proposant l'encadrement militaire), entourée de socialistes qui ont abandonné depuis longtemps leur idéologie de transformation pour se contenter de l'accompagnement d'un système économique qui court à sa perte (Quand est-ce que quelqu'un voudra bien m'expliquer d'ailleurs comment sur une planète aux ressources finies, on peut baser tout notre modèle sur la croissance infinie des biens et des services? Cf François Partant). Umpistes, Centristes, Socialistes, ils sont tous pour la recherche de la plus grande croissance économique. C'est là que le bas blesse. Notre planète va mal, très mal, et il est plus que temps de freiner nos activités dévastatrices pour l'ensemble des espèces.
Mais bon, l'écologie c'est réglé il paraît, d'un simple clic sur le pacte de Nicolas Hulot. Pour le reste: pas de réflexions sur la culture, rien ou très peu sur l'Europe, rien ou très peu sur les relations internationales, etc. Ceux qui proposent des voies alternatives disparaissent de l'écran. Les Verts avec Voynet plafonnent à 2% et Bové fait à peine mieux. Le système est bien verrouillé entre gros lobbying appuyés par les médias et grands partis accumulant toutes les ressources symboliques, institutionnelles et financières à leur profit.
Alors voilà. Les élections présidentielles sont une mascarade démocratique dans un système tel que la Ve république et Chirac en fut le meilleur représentant, surtout après son élection de 2002.
Adieu donc Chirac! Tu nous auras bien berné. Je ne te dis pas merci pour mon vote de 2002 contre l'extrême droite alors que quelques mois plus tard Sarko débarquait à Beauvau pour appliquer des pans entiers du programme du FN. J'espère bien que l'on ne te regrettera pas. Malheureusement, j'ai des doutes là-dessus tellement le casting officiel proposé est calamiteux.
"Alea jacta est!" comme disait César.
