Vendredi 18 janvier 2008

pict_20060828PHT10135.jpgTe souviens-tu, petit électeur ? C’était le 29 mai 2005, un dimanche de printemps. Tu t’étais déplacé aux urnes car l’on te demandait ton avis sur le « traité constitutionnel européen ». A plus de 54%, tu avais dit « non » à ce traité. Pourtant durant les semaines qui avaient précédé le scrutin, ils étaient nombreux, tous ces intellectuels, éditorialistes et autres journaleux de salon à crier sur les ondes hexagonales qu’il fallait vraiment être stupide pour refuser ce traité. Tu avais tout de même eu le courage de dire non, certes pas toujours pour les mêmes ni pour de bonnes raisons. Je me souviens d’un Olivier Duhamel qui expliquait alors doctement sur France Culture le lendemain du vote que les partisans du non étaient pour la plupart des gens n’ayant pas fait d’études et ayant voté pour de mauvaises raisons, comme un vote sanction envers le gouvernement Raffarin. Titulaire d’un bac +5, dont une maîtrise de droit européen de la Sorbonne, et ayant voté non car considérant que la partie 3 du texte n’avait rien à faire dans une soi-disant « constitution », je m’étais retenu à l’époque de lui envoyer mon diplôme au travers de la figure.

 

Qu’est-ce qu’il était dégoûté, le landernau parisien, de s’être fait briser son joujou européen par la souveraineté populaire. « Electeurs irresponsables, peuple vulgaire, aveuglé par son égoïsme national ». Tu ne perdais rien pour attendre !

 

Et voilà, plus de trente mois ont passé, et cette fois tu vas l’avoir dans le … ! On ne fera pas l’erreur de te redemander ton avis, peuple de France. Ce traité de Lisbonne « modifié » l’est en effet sur la forme. Mais sur le fond c’est, à quelques lignes prêt, exactement le même texte que celui qui nous avait été soumis en 2005, Giscard en convient. Alors ça suffit ! Adoption du texte par la voie parlementaire, comme ça la question est résolue. Sarkozy ne s’en est jamais caché pendant la campagne présidentielle. Il « relancerait » l’Europe en faisant adopter un traité dit « simplifié » par voie parlementaire. Alors sur qui jeter la pierre dans cette lamentable histoire de déni de démocratie ? Sur le Parti socialiste bien sûr qui toute la semaine nous a vraiment pris pour des cons.

 

D’abord une petite explication de texte s’impose : pour que la France ratifie ce traité « modifié » de Lisbonne, il faut qu’elle modifie sa constitution afin d’entériner certains abandons de souveraineté inscrit dans le texte européen. Or pour modifier la Constitution de 1958, il faut une majorité des 3/5 du Parlement réuni en Congrès, soit 545 voix (sur 908, 577 députés et 331 sénateurs). L’UMP seule ne dispose que de 476 voix. Elle a donc besoin des voix du MoDem et du Nouveau Centre. Sans compter qu’il y a quelques souverainistes au sein de l’UMP farouchement opposés à ce Traité simplifié. La marge de manœuvre de la majorité sarkozyste est donc très mince.

 

En face, il y a 356 voix de gauche alors que la minorité des 2/5 suffisant à empêcher la modification de la constitution est de 364 voix. Il ne manque que 8 voix, potentiellement très aisées à obtenir entre les non inscrits et les souverainistes du camp d’en face. Comme l’a dit le sénateur socialiste Jean-Luc Mélenchon, la « seule marge de sécurité de Sarkozy ne peut venir que des parlementaires socialistes qui accepteraient la félonie de lui donner un coup de main ». Le référendum est donc à portée de main de la gauche. Dans ce contexte, la logique devrait pousser le PS à envoyer ses parlementaires en masse à Versailles pour voter contre la modification constitutionnelle. C’est ce que l’on serait en droit d’attendre d’un parti d’opposition digne de ce nom face un déni flagrant de démocratie. C’est sans compter sur l’extraordinaire médiocrité et sur l’hypocrisie d’un parti dont la majorité des cadres sont socio-libéraux alors que nombre de ses militants refusent encore d’entériner l’Europe des marchands.

 

moton617.jpgSolférino a donc décidé de boycotter Versailles le 4 février, par la voix de Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l’Assemblée, lors de ses vœux à la presse le 8 janvier, puis par celle de François Hollande quelques heures plus tard. Comme ça, on laisse Sarkozy et sa majorité faire le sale boulot tout en se satisfaisant que la voie soit ouverte pour pouvoir enfin ratifier cette « constitution » européenne. « Il y a déni flagrant de démocratie de la part de Sarkozy ! » pourront crier ensuite ces hypocrites alors qu’ils avaient entre les mains le pouvoir d’empêcher cette mascarade. Au moins certains comme Moscovici sont beaucoup plus clairs. Il est pour le traité, il ira à Versailles voter pour la modification de la Constitution. D’autres sont contres au PS, et iront donc au Congrès voter non, comme Emmanuelli, Fabius, Montebourg ou Assouline. Ce boycott prôné par la direction du Parti Socialiste, Hollande en tête, c’est vraiment le « bal des faux culs » (cf Michel Soudais dans le dernier Politis). Et le PS continue cahin-caha d’incarner une opposition nulle, totalement inaudible, hypocrite et inefficace face à un Sarkozysme triomphant et arrogant qui n’a que faire de la volonté populaire en matière d’Europe, comme pour le reste d’ailleurs.

 

Alors dans ce contexte morose où vraiment l’on se moque de toi, que peux-tu faire petit électeur de gauche qui avait voté non en mai 2005 et qui ne veut toujours pas d’une Europe libérale gravée dans le marbre ? D’abord il faut signer l’appel du CNR (Comité national pour un Référendum). Ensuite, rendez-vous à Versailles le 4 février pour aller crier devant le palais. Ca rappellera quelques souvenirs quelque peu datés historiquement mais toujours d’actualité, genre « Ah ça ira, ça ira, ça ira ! Les Aristocrates à la Lanterne… »

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