Mardi 30 janvier 2007
"On nous a fait croire que les installations de Cotco étaient performantes et qu'il n'y avait aucun risque. Preuve est faite que non."

C'est par ces déclarations, publiées dans Libération du 29 janvier 2007, un des rares journaux français à avoir couvert l'affaire, que Grégoire Mba Mba, maire de Kribi, petite ville balnéaire du Sud Ouest du Cameroun, a réagi à la catastrophe: La Cameroon Oil Transportation Company (Cotco), filière du consortium américano-malaisien dirigé par ExxonMobil, a reconnu, le 19 janvier, qu'une fuite accidentelle d'hydrocarbures avait eu lieu quelques jours plus tôt à une douzaine de km au large des côtes de la ville de Kribi. L'oléoduc qui relie le Tchad au Cameroun, exploité par Cotco, a eu une fuite en pleine mer. Or il n'a été mis en service qu'en 2003. Un peu plus de trois ans plus tard, c'est d'ores et déjà la fuite? Rassurant pour l'avenir. Visiblement, ce serait une défaillance du système d'évacuation d'eau qui serait à l'origine de l'incident.

La filiale d'ExxonMobil est incapable de chiffrer la quantité de pétrole déversée dans l'océan, mais bien sûr elle est "minime" d'après la Cotco. Quand une pollution a lieu et qu'on n'arrive pas à en évaluer l'ampleur, elle est toujours minime pour son responsable. Les habitants de Kribi sont extrêmement inquiets, même si aucune galette noire n'a été aperçue sur les plages camerounaises.

Trois ans avant le début de la construction de cet oléoduc, soit en 1997, les ONG locales évoquaient déjà pourtant les graves risques environnementaux que faisait courir à toute la région ce projet. A l'époque, elles avaient même tenté de convaincre la Banque mondiale de ne pas financer cet oléoduc. Celle-ci, n'écoutant comme d'habitude que la loi des monnaies sonnantes et trébuchantes, l'avait toutefois financé en partie.

Long de 1.070 km, dont 890 en territoire camerounais, le pipeline Tchad-Cameroun a été inauguré en 2004. Il permet d'évacuer sur la côte Atlantique le pétrole pompé par le consortium d'Exxon Mobil dans les gisements de Doba (sud du Tchad). Cet acte a marqué officiellement la phase d'exploitation du pétrole tchadien par les multinationales Exxon Mobil, Chevron et Petronas.


Cet oléoduc Tchad-Cameroun constituait le plus grand projet de développement jamais réalisé en Afrique Subsaharienne, censé amélioré la qualité de vie des populations riveraines des deux pays concernés. Le plus "drôle" dans cette affaire, c'est qu'il était présenté comme un modèle du genre en matière de développement et de réduction de la pauvreté. Et bien c'est une réussite! Les Tchadiens et Camerounais, en plus des problèmes économiques majeurs qu'ils subissent, ont donc droit maintenant à de nouveaux ennuis grâce à la Banque mondiale et à Exxon Mobil, la pollution massive, dont bientôt peut-être une marée noire.

Le maire de Kribi, Grégoire Mba Mba, a de plus appris l'incident dans la presse et la Cotco a mis cinq jours à reconnaître qu'il y avait eu une fuite. Ce sont les récits des pêcheurs, parlant de larges nappes de pétrole se déplaçant sur l'océan, qui ont commencé à provoqué un début de panique dans la population. Le gouvernement camerounais pour sa part, toujours pas doté d'un plan national d'urgence contre les incidents pétroliers, alors que c'était prévu dans le projet de l'oléoduc, n'a pas vraiment réagi.
Ajoutons que 75% des habitants de Kribi vivent de la pêche (photo), et que depuis que le pipeline est là, ils trouvent de moins en moins de poissons.

En voilà une réussite! Bravo à la Banque mondiale et bravo aux multinationales d'hydrocabures. Alors que se réunit en ce moment même à Paris le GIEC (groupe d'experts sur l'évolution du climat) avec des dizaines de scientifiques spécialistes du réchauffement climatique, on peut constater que les grands de ce monde s'occupent de notre avenir, un avenir fait de baignades dans une mare de pétrole par une température moyenne de 50°C.
Mardi 23 janvier 2007

UN AUTRE FILM EST POSSIBLE

Alors que se tient actuellement à Nairobi, la capitale du Kenya, le 7e Forum Social Mondial, auquel ont d'ores et déjà participé quelques 50 000 personnes (pas moi malheureusement), voici un documentaire trouvé sur Dailymotion, Un autre film est possible, réalisé par Vincent Gaillard et Jérôme Polidor et produit par La Mare aux canards. Divers jeunes militants  venus de toute l'Europe témoignent lors du Forum social européen qui a pris place à Florence en 2002. C'est beau à voir et à entendre et ça réconcilie avec la politique, dans toute sa dimension utopique, à une époque où nous sommes en permanence soumis à la dictature de la réalité.
Bon visionnage.

Lundi 22 janvier 2007
L'un part, l'autre arrive, du moins peut-être. Nous le saurons le 1er février. En tous cas, ce lundi 22 janvier 2007 est un jour de turbulences dans le monde de l'écologie: Nicolas Hulot vient d'annoncer ce matin qu'il ne se présenterait pas à l'élection présidentielle. José Bové lui, n'a pas encore renoncé à se présenter. Il annoncera sa décision définitive le 1er février.

"OUF!"
C'est l'expression qui doit revenir le plus souvent aujourd'hui dans les différentes écuries politiques à l'annonce du retrait de Nicolas Hulot, le très populaire défenseur du Pacte écologique, signé par plus de 500 000 personnes, dont la majorité des candidats aux présidentielles d'avril prochain.
Le très populaire animateur de TF1 ne se présente donc pas, malgré les sondages le créditant de 11% des intentions de vote. Il a en fait donné trois raisons à sa décision:
Il a tout d'abord choisi de "faire confiance à la parole des candidats" dont la majorité a signé son pacte.
Il considère ensuite que c'est "une question d'honnêteté vis-à-vis des militants écologistes", car en se présentant il aurait "entraîné à leur corps défendant tous ceux qui se battent pour la cause". Or "un faible score réduirait vulgairement à un simple chiffre un enjeu aussi magnifique" que celui de la défense de l'environnement.
Sa troisième raison réside dans le fait qu'il est "convaincu qu'en restant à l'écart des jeux du pouvoir l'élan du pacte va se transformer en véitable lobby des consciences". Ainsi Nicolas Hulot a décidé de "suspendre (son) ingérence politique". Il a ajouté devant la presse que durant la campagne, il ne soutiendrait aucun candidat politique, ce afin que sa démarche puisse rester transpartisane.
Cette décision est tout à son honneur. Elle montre la sincérité des convictions de Nicolas Hulot, pour qui la priorité n'était donc pas de tenter une nouvelle carrière mais bel et bien de mettre en avant l'urgence de la crise écologique. Je m'étais montré assez critique vis-à-vis de sa personne et de sa démarche dans les pages de ce blog (voir les deux articles Ecologie et démagogie), dubitatif quant aux réelles convictions écologiques d'un homme aussi ancré dans le système et aussi proche de grands groupes industriels tels que L'Oréal. Je ne le regrette pas mais je souligne aujourd'hui que Nicolas Hulot, quel que soit son parcours par ailleurs, a fait avancer dans l'opinion publique la question de la nécessaire prise en compte de l'écologie. Il est regrettable qu'un parti comme les Verts n'ait pas réussi à le faire après 20 ans d'existence, mais c'est comme ça. Alors merci monsieur Hulot et à bientôt!

Autre évènement, ce week-end à Montreuil. Devant 600 délégués de 300 organisations altermondialistes, José Bové, le plus célèbre moustachu du Larzac, a déclaré qu'il avait "
un picotement dans le ventre." "Si vous avez envie d'y aller, moi aussi j'ai envie d'y aller, on a envie d'y aller ensemble", a t'il rajouté samedi. Une envie réitérée dimanche, puiqu'il a déclaré: "j'annoncerai ma candidature le 1er février". Alors voilà, Hulot s'en va, Bové revient.

L'altermondialiste avait pourtant renoncé à se jeter dans la fosse aux lions après avoir constaté la mauvaise fois de la direction des communistes, qui avait tout fait pour imposer Marie-Georges Buffet, de même que la LCR qui envoyait Besancenot au casse-pipe. Ces logiques de partis avaient profondément découragé notre destructeur de MacDo préféré, voyant l'impossibilité de construire un grand rassemblement de la gauche antilibérale tel qu'apparu au soir du 29 mai 2005. Devant tous ces militants qui réclamaient le retour du messie moustachu, et surtout devant le succès de la pétition réclamant sa participation aux élections présidentielles (25 000 signatures avant ce week end, alors que José en réclamait 10 000 pour éventuellement repenser à sa candidature), Bové a eu le ventre qui le picote. Espérons que ce ne soit pas une gastro mais bel et bien l'envie dans découdre dans cette élection qui est de toute façon un exercice totalement démagogique (peoplisation au détriment des idées politiques). La campagne étant pour l'instant, ce quel que soit le camp, profondément franco-franchouillarde, je dois dire qu'un authentique alter venant foutre les pieds dans le plat et emmerder les autres sur les questions telles que l'écologie à l'échelon international, la souveraineté alimentaire ou encore les conditions de vie des paysans dans le monde, j'en souris d'avance.

Alors que se tient à l'heure actuelle le Forum Social Mondial à Nairobi, et que les principaux candidats s'en foutent éperdument, l'arrivée éventuelle de José Bové dans la course aux présidentielles vient à point nommé pour secouer la fourmillière.

Dominique Voynet vient à peine d'échapper à la menace Hulot. Si Bové se présente, une bonne partie des Verts le suivra sans doute. Ca se passe comme ça avec les écolos. La légitimité, ça ne s'acquière pas facilement et ça ne se conserve pas longtemps. Enfin, une seule chose à dire: Merci Nicolas Hulot, aller José Bové et courage Dominique Voynet!
Espérons toutefois que tout ceci ne vienne pas affaiblir la gauche au profit de l'excité du karcher. Il faut sans doute envisager le rassemblement à la gauche de la "gauche". Cela concerne plus les cocos et les révolutionnaires qui se la jouent solo que les Verts qui comme d'habitude vont juste se la jouer bordéliques. Alors, tout le monde derrière le moustachu du Larzac ou tous les écolos derrière Voynet? Finalement, la non candidature de Nicolas Hulot ne facilite pas pour longtemps la candidature Verte.
Jeudi 18 janvier 2007
On ne rigole pas avec le couple Royal-Hollande au PS. Arnaud Montebourg (photo), le turbulent député socialiste de Saône et Loire et jusqu'alors porte-parole de Ségolène, vient tout juste d'en faire les frais. Hier soir, mercredi 17 janvier 2007, alors qu'il était invité sur Canal + dans l'émission de Michel Denisot "le Grand Journal", à la question: "Quel est le principal défaut de Ségolène Royal?", Arnaud Montebourg a répondu : "Ségolène Royal n'a qu'un seul défaut, son compagnon". Alors que tout le monde le regarde soudain gêné, du coin de l'oeil, Montebourg enchaîne: "Je pensais vous faire rire. C'était pour rire!".

Et bien ça rigolait moins ce matin. Il a été suspendu pendant un mois de ses fonctions de porte-parole de la candidate socialiste aux élections présidentielles.

Après s'être excusé dès mercredi soir auprès du couple Royal-Hollande, le député a du présenter sa démission dès ce matin.

Pour
Stéphane Le Foll, directeur de cabinet de François Hollande et député européen, les propos d'Arnaud Montebourg ont été "inadmissibles". Rien de moins. A droite évidemment, c'est la franche rigolade. Ce matin, l'excité du Karcher y allait de son petit commentaire ironique:
"Franchement, quand j'ai entendu ça, je me suis dit, heureusement qu'il est le porte-parole de la candidate.
Parce que, un porte-parole pareil ..."

Maintenant c'est le fiston du couple royal, Thomas Hollande, qui prend le contrepied de Montebourg en soulignant l'importance de son Papa auprès de Ségolène.

Super! Quel début de campagne! De Gaulle et Mitterrand doivent se retourner dans leur tombe. Après la polémique imbécile sur l'impôt sur la fortune, c'est la guerre des petites phrases stupides montées en épingle. Intéressant tout ça. Les journalistes politiques français n'ont rien d'autre à foutre? Je sais que ça n'a aucun rapport mais, pendant ce temps, il y a un génocide au Darfour par exemple. Quel beau pays que la France! Et après on ose se moquer des Belges. Et ben franchement, y'a pas de quoi se vanter d'être Français en ce moment.

Une petite réflexion au passage: le PS a été beaucoup moins sévère et réactif vis-à-vis des propos de Georges Frêche (photo), président socialiste du Conseil régional de Languedoc Roussillon, qui a tenu à plusieurs reprises des propos inadmissibles sur les harkis ("sous hommes") et sur le nombre trop important de noirs dans l'équipe de France de football. La commission nationale des conflits du PS doit étudier son cas le 27 janvier. C'est long pour des propos racistes condamnés par tous. La blague de Montebourg elle, a fait tomber le couperet beaucoup plus rapidement.

Conclusion: Si vous êtes socialiste, soyez raciste, à votre guise, mais surtout ne vous moquez pas du patron.

Et dire que ça va être comme ça jusqu'au 22 avril prochain. Pendant qu'on y est, j'ai un scoop: François Bayrou porte des slips!

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