Jeudi 26 janvier 2006
On peut voir actuellement dans les salles obscures le film d'Andrew Nicol "Lord of War", joué divinement bien par Nicolas Cage. Sur ce thème, il faut soutenir absolument la campagne "Control arms":
Les armes légères alimentent les nombreux conflits à travers la planète et sont à l’origine de multiples atteintes aux droits de l’homme. A elles seules, elles provoqueraient 500 000 morts par an. Fort de ce constat accablant, un collectif d’associations a lancé au niveau international une grande campagne plaidant pour l’adoption d’un traité susceptible de réguler le commerce mondial des armes.
Les vrais armes de destruction massive
Alors que l’on parle beaucoup des « armes de destruction massive », armes bactériologiques et autres ogives nucléaires, constituant des menaces objet de toutes les inquiétudes de la part des grands Etats de la planète, la plupart des conflits à travers le monde, Irak, Tchétchénie, RDC, Soudan, etc. sont alimentés en armes légères à l’origine de multiples victimes civiles et militaires. Chaque année, plus de 500 000 personnes sont tués par balles, soit une personne toutes les minutes. Il y aurait aujourd’hui 639 millions d’armes légères en circulation dans le monde et huit millions de plus par an. Or 80% à 90% de ces armes proviennent du commerce légal et viennent alimenter les conflits. Tous les gouvernements sont donc responsables.On estime que 80 % des livraisons d’armes mondiales sont assurées par les États-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France. En 2005, cette dernière se situe à la troisième place des exportations mondiales d’armement.
La nécessité d’un traité
Un collectif d’associations a décidé de réagir face à ce commerce morbide. Des organisations luttant pour les droits de l’homme et pour le développement, fortes dusuccès rencontrées par des campagnes internationales telles que celles pour l’interdiction des mines antipersonnel ou encore pour la création de la Cour pénale internationale, se sont inspirées du même modèle pour demander aux Etats de mieux contrôler leurs exportations d’armes. Le but est de pousser les Nations Unies à adopter un traité international sur le commerce des armes, juridiquement contraignant, qui mettrait en place un mécanisme planétaire susceptible d’assurer la traçabilité des armes légères, des armes de petits calibres et des munitions.  
Ainsi en octobre 2003, Amnesty International, Oxfam International et le Réseau d’action international sur les armes légères (RAIAL) ont lancé une campagne, relayée dans une vingtaine de pays au Nord comme au Sud, afin de mieux contrôler les transferts d’armement.
Utopie ? Non rétorquent les ONG, arguant que le combat mené par des associations contre les mines antipersonnel a contribué à l’adoption de la convention d’Ottawa par l’ONU en décembre 1997 ayant interdit leur commerce. Plus de 150 Etats l’ont ratifiée aujourd’hui, et cet instrument juridique constitue une forte contrainte pour tous les candidats potentiels à la vente de mines antipersonnel.
Alors qu’il existe des traités mondiaux juridiquement contraignant pour contrôler les transferts de certains produits tels que les os de dinosaures, l’absence d’accord global sur le transfert des armes constitue réellement une anomalie au XXIe siècle.
Barbara Stocking, directrice d’Oxfam, a souligné à ce propos : « En 2006, le monde doit faire un choix […] Qui d’autre qu’un criminel vendrait sciemment une arme à un meurtrier ? Et pourtant les gouvernements vendent des armes à des régimes dont on sait qu’ils bafouent les droits humains. »
Une campagne photographique 
Dans le cadre de la campagne « Contrôlez les armes », une opération assez originale a été mise en oeuvre. Les ONG qui l’animent sont actuellement en train de recueillir les portraits de personnes du monde entier souhaitant manifester leur soutien à un contrôle sur le commerce des armes. Plus de 600 000 photos ont déjà été réunies. L’objectif est d’en rassembler un million d’ici juin 2006, date du sommet de l’ONU sur les armes à New York. La pétition, illustrée d’un million de visages, sera alors déposée sur le bureau des Nations Unis. Reviendra à ces dernières la décision d’entériner ou non une volonté mise en œuvre et exprimée par la société civile à travers la planète.
Pour soutenir la campagne, rendez-vous sur le site www.controlarms.org
Mercredi 25 janvier 2006

L’immigration est un enjeu majeur dans le contexte actuel de globalisation financière et d’accélération exponentielle de la concentration du capital.

Alors que les marchandises et les informations circulent de plus en plus vite et de plus en plus librement, les être humains eux, voient leurs déplacements, devenus vitaux en raison de la misère économique qu’ils subissent, de plus en plus entravés. Leur accès aux zones de richesse est rendu quasiment impossible par les Etats bénéficiaires de la mondialisation.
De nombreux candidats africains à l’immigration vers l’Europe voient ainsi leurs espoirs d’une vie meilleure venir se briser le long des frontières barbelées de l’Union européenne.
Des drames humains ont alors lieu, comme ceux que l’on a connu à Ceuta et Melilla en octobre 2005. Alors que des centaines de candidats à l’immigration en provenance d’Afrique subsaharienne tentaient d’accéder à ces deux enclaves espagnoles au nord du territoire marocain, la police du royaume a ouvert le feu sur la foule, tuant quatorze personnes et en blessant des centaines d’autres. Les autres furent interpellés et installer manu militari dans des avions charters, pour les plus chanceux, et dans des bus insalubres pour les autres, afin d’être ramener « chez eux ».

On s’est aperçu plus tard, grâce à des témoignages recueillis par des ONG, que des centaines de personnes ont été « jetées » dans le désert marocain sans aucun moyen de subsistance. Certains ont même été pris en charge par le Front Polisario, qui s’est déclaré scandalisé par ces agissements de la police marocaine. On n’oserait pas en Europe traiter des animaux de la sorte.

Autre constat absolument scandaleux, qui n’est presque jamais abordé par les médias dans les pays du nord : entre 1992 et 2003, c’est au moins 4000 personnes qui sont mortes en tentant de franchir les murs de la « forteresse Europe ».

Pire, selon l’association des amis et des familles des victimes de l’immigration clandestine (AFVIC), 3286 cadavres ont été relevés rien que sur les rives du détroit de Gibraltar entre 1997 et 2001. C’est une véritable hécatombe, une catastrophe humanitaire qui ne dit pas son nom.

Est-ce le prix à payer pour protéger le continent européen de ces pauvres gens, qui ne risquent pas leur vie par plaisir, aventurisme ou bien encore pour voir du pays, mais bel et bien par misère et désespoir ?

Est-ce un phénomène inhérent à la mondialisation, que l’on ne peut que constater et tenter de contrôler, en mettant au passif de notre modèle économique global tous ces morts à qui l’on peut simplement reprocher d’avoir tenter de survivre à la concurrence mondiale ?
Il faut être pourvu d’une sacrée dose de cynisme et avoir abandonné toute compassion envers l’humanité pour pouvoir penser de la sorte.

Face à ces phénomènes tragiques, l’Europe n’ouvre plus ses portes à ses frères africains, bien au contraire. La « forteresse Schengen » emploie de plus en plus de moyens pour se protéger et pour repousser ces migrants loin de son territoire.

Et qu’en est-il de la France? Elle adopte aujourd’hui des lois sur l’immigration de plus en plus restrictives, répressives et liberticides. Les migrants, surtout en provenance d’Afrique, subissent de la part de l’Administration et des forces de police françaises une présomption de culpabilité qui va en s’aggravant au fur et à mesure des textes votés.

Notre gouvernement actuel adopte en la matière des postures et attitudes n’ayant rien à envier à un parti d’extrême droite tristement célèbre. Et je ne dis rien concernant les propos de notre excité du Karcher et ministre de l’Intérieur, ouvert à toute démagogie lui semblant électoralement payante.

Le constat est sombre certes, mais il n’est pas question de désespérer. Il faut tout faire pour remettre l’être humain au centre des politiques d’immigration. Il n’est pas normal qu’aujourd’hui une marchandise bénéficie de bien plus de liberté de circulation qu’un homme.
Bien entendu, il ne s’agit pas de laisser l’Europe accueillir « toute la misère du monde », mais là n’est pas la question. Il faut prendre le mal à la racine. Pourquoi tant de gens choisissent de quitter leur famille, leur village, leur pays, pour rejoindre dans des conditions catastrophiques le continent européen ? C’est bien parce qu’ils subissent l’injustice, la misère et la précarité tous les jours dans leur pays d’origine. C’est contre cet état de fait qu’il faut lutter, non contre les personnes qui le subissent.

Comment lutter efficacement contre la pauvreté dans les pays du Sud ? C’est d’abord à cette question qu’il faut s’atteler.

Lorsque certains Etats membres de l’Union européenne n’engagent même pas 0,45 % de leur PIB à l’aide publique au développement alors qu’ils se sont engagés à y consacrer un pourtant bien maigre 0,7 % et à répondre aux objectifs du millénaire des Nations Unies (réduction de moitié de la pauvreté dans le monde d’ici 2015), ne vont-ils pas finalement à l’encontre de leurs propres intérêts ?

Plus la pauvreté s’accumule aux portes de l’Europe, plus celle-ci aura vocation à subir des vagues de migration. Bien sûr, l’aide publique au développement ne peut constituer à elle seule l’alpha et l’oméga d’une politique efficace pour réduire les phénomènes d’immigration clandestine.

Faisons un peu preuve d’imagination en la matière, en mettant par exemple l’accent sur le co-développement, comme dans le cadre du processus de Barcelone mis en place par l’UE et les pays des rives Sud et Est de la Méditerranée. Ce qui est certain, c’est qu’une politique basée uniquement sur la répression et la fermeture n’est pas un modèle viable sur le long terme.

Nous savons bien que les multinationales, aujourd’hui occidentales, demain chinoises, pillent les ressources naturelles de l’Afrique et ce presque toujours au détriment de ses populations. Rien d’utopique dans la volonté de réclamer un peu de redistribution sur les marchés mondiaux des matières premières, par une taxe sur les transactions financières par exemple. Toutes les solutions alternatives sont recevables.

Peut-être qu’en cessant d’être le principal fournisseur et la poubelle de la mondialisation, l’Afrique redeviendra une terre d’accueil et non plus d’exil.

Plus que jamais la fameuse maxime altermondialiste « nos vies valent plus que leurs profits » reste d’actualité.

En tous cas les politiques mises en œuvre actuellement par l’Union européenne et par la France en matière d’immigration font fausse route, sans compter les effets pervers qu’elles peuvent provoquer sur la notion même de citoyenneté.

Ainsi, en refusant aux candidats à l’immigration le respect de leurs droits et libertés, les pouvoirs publics européens rognent, sans peut-être même s’en apercevoir, sur les libertés publiques de leur propre population. C’est le modèle démocratique européen lui-même qui finit par en subir les conséquences désastreuses. 
 
I) L’Union européenne ou la « forteresse Schengen »
 
La première chose que l’on constate, c’est qu’il existe un contraste saisissant entre les valeurs professées tout autour de la planète par l’Union européenne, basées sur le respect des Droits de l’Homme, et la réalité concrète des politiques migratoires de l’UE.
Petit à petit, tout un arsenal de mesures de répression de l’immigration s’est mis en place en Europe, tout d’abord avec la signature des accords de Schengen en 1985. Puis le phénomène s’est accéléré après les attentats du 11 septembre 2001.

L’objectif non officiel est bien d’éloigner et de tenir à distance les migrants potentiels, bien plutôt que de protéger les populations vivant sur le sol européen.
Les pays visés sont ceux qui fournissent le plus de migrants pauvres, au premier lieu le Maghreb et l’Afrique noire. Viennent s’y ajouter les Balkans, l’Irak, l’Afghanistan, le Pakistan, fonction des guerres et situations de crise.

Ce que l’on peut dire, c’est qu’en matière d’accueil, l’harmonisation des politiques européennes est laborieuse. Entre de soudaines vagues de régularisation (en Espagne et en Italie par exemple), provoquant de brusques mouvements de population au sein de l’espace Schengen, des douaniers qui ferment les yeux sur le transport de certains clandestins, l’essentiel étant qu’ils quittent rapidement leur territoire national, ou encore la focalisation pratiquée sur le « premier pays traversé » pour savoir de quel Etat relève la responsabilité de l’expulsion des migrants concernés, les Etats membres semblent adopter la politique du « je te refile la patate chaude ».

Seule chose sur laquelle ils s’entendent, c’est que la priorité est donnée au « contrôle » des migrants bien plus qu’au respect de leurs droits. En témoigne les morts candidats à l’immigration cités précédemment.

Ces politiques semblent toujours se baser sur l’idée d’un continent assiégé par les « hordes barbares » venues du Sud par vagues successives en Europe, ce afin de nous voler nos emplois. C’est à peine exagéré. Quand l’Europe, et notamment la France, avait besoin de contingents de soldats supplémentaires comme les tirailleurs sénégalais durant la Première Guerre Mondiale, ou de main d’œuvre pour reconstruire le continent dévasté après la Seconde Guerre Mondiale, elle ouvrait plus facilement ses frontières aux populations du Maghreb et d’Afrique noire.

Mais depuis trente ans le chômage fait rage en Europe. Et les partis d’extrême droite ont réussi, la crise aidant, à pervertir les esprits et à imposer dans le débat public l’idée absolument néfaste du 1 chômeur= 1 immigré.
N’importe qui peut démontrer en très peu de temps l’absurdité totale de cette équation. Mais les fantasmes ayant bientôt pris le pas sur la rationalité, et la démagogie des hommes politiques aidant, les immigrés sont devenus bien vite les boucs émissaires des problèmes sociétaux en Europe.

« Le Front national, a-t-on pu entendre dans la bouche de Laurent Fabius, pourtant membre éminent du parti socialiste français, pose les bonnes questions mais n’apporte pas les bonnes réponses. »

Cette conception de l’immigration, partagée aujourd’hui par la gauche comme par la droite, ne repose pourtant sur aucune réalité sociologique.

Ce fantasme politique est né en Europe de l’Ouest dans les années 70, avec la crise sociale et la montée du chômage, accentuées par une politique économique d’inspiration néolibérale, qui ont affaibli le mouvement ouvrier et ont ouvert un boulevard pour l’extrême droite, bien heureuse d’exploiter la misère populaire.

Aujourd’hui l’Union européenne ne lésine pas sur les moyens pour contrôler, appréhender, surveiller et expulser les immigrés clandestins : mise en place d’un fichier douanier centralisé, le SIS (système d’informations Schengen), radars, caméras thermiques et infrarouges qui surveillent en permanence le détroit de Gibraltar, « coopération » avec les douanes et la police des pays voisins de l’Union européenne, etc.

L’Europe a même désormais ses camps de détention, sous-traités à des pays comme la Libye, respectueuse des Droits de l’Homme comme chacun le sait. Un véritable « rideau de fer » est bel et bien tombé entre l’UE et l’Afrique, et les candidats à l’immigration viennent tenter leur chance à Ceuta et Melilla, ou encore en tentant d’atteindre l’île italienne de Lampedusa.

L’Europe clame haut et fort ses beaux principes de respect des droits de l’homme, mais en matière d’immigration, sur le terrain, elle applique aujourd’hui des politiques dont Le Pen lui-même n’aurait osé rêver.

Il ne faut toutefois pas être trop injuste envers l’Union européenne. Des processus positifs ont été mis en place pour soutenir les pays du Sud. Ainsi du partenariat euro-méditerranéen : depuis l’automne 1995, les relations entre l’Union européenne et les pays des rives Sud et Est de la Méditerranée sont encadrées par le processus de Barcelone. Ce processus œuvre pour la construction d’une zone euro-méditerranéenne de prospérité partagée et l’instauration progressive du libre-échange, au travers notamment de la mise en œuvre d’accords d’association avec chaque pays de la zone, formant l’ensemble du Partenariat euro-méditerranéen. Ce processus avait de grandes ambitions, notamment celle d’œuvrer au règlement du conflit israélo-palestinien

Le Partenariat euro-méditerranéen substitue aux accords commerciaux bilatéraux existants auparavant une approche originale, globale, multilatérale et basée sur le co-développement, celle d’accords d’association comportant trois volets : un volet politique, avec la définition d’un espace commun de paix et de stabilité, un volet économique, avec la mise en place d’un partenariat économique et financier et l’instauration progressive d’une zone de libre-échange d’ici 2010, et enfin un volet social, culturel et humain, prônant le rapprochement entre les peuples et les échanges entre les sociétés civiles.

Ces trois volets du processus de Barcelone bénéficient du soutien financier du programme MEDA. Son enveloppe financière, sur la période 2000-2006, s’élevait par exemple à 5,35 milliards d’euros.

Malheureusement, la logique libérale qui anime ce processus fait que ce dernier œuvre bien plus pour faciliter la création d’une zone de libre échange entre l’UE et les pays des zones Sud et Est de la Méditerranée que pour permettre la libre circulation des individus. Le premier volet concentre toutes les attentions tandis que le troisième se limite à l’organisation de festivals ou à des rencontres entre intellectuels. Une fois de plus, les populations du Sud voient leur espoir déçu.

Pourtant l’approche multilatérale de ce processus offre un cadre original, à exploiter absolument pour résoudre les problèmes posés par l’immigration clandestine.  

Qu’en est-il maintenant de la France en matière d’immigration ? Sa politique sécuritaire mise en œuvre ces dernières années fleure bon le racisme le plus primaire inspiré des idées du Front National.

II) La France et la politique de l’ « immigration choisie »

Pour l’actuel gouvernement français, comme cela est précisé dans
l’avant-projet de loi relatif à l’immigration en date de décembre 2005, il s’agit de lutter contre l’ « immigration subie » et promouvoir l’ « immigration choisie ». C'est-à-dire que la France ferait le tri au sein des candidats à l’immigration, pour faire ses courses en quelque sorte, et ne choisir que les personnes susceptibles de lui offrir une plus-value, cadres supérieurs, chercheurs universitaires, ingénieurs, etc.

Il s’agit d’une discrimination absolument scandaleuse, basée sur des critères on ne peut plus subjectifs. Sans compter ce que ce genre de politique promeut la fuite des cerveaux dans les pays du Sud, qui ont pourtant besoin plus que jamais de leurs têtes pensantes. C’est un pillage de plus du Sud au profit du Nord.
Le document de travail interministériel visant à réformer le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) est à ce propos particulièrement choquant et inquiétant.

Le but est de restreindre encore un peu plus les droits des étrangers, y compris de ceux qui séjournent légalement sur le territoire français. Notre ministre de l’Intérieur, Sarkozy pour ne pas le nommer, déjà à l’origine de lois restreignant l’asile et l’immigration de novembre-décembre 2003 qui a totalement chamboulé l’esprit et la lettre de l’ordonnance de 1945, récidive dans son projet lepéniste pour la France.

Les dispositions prévues en matière de durcissement des conditions de regroupement familial ainsi que celles sur le séjour des malades étrangers, la mise en place d’un barème ou encore les conditions d’attribution des visas de long séjour mettent fin à la tradition d’accueil de la France. C’est une honte pour notre pays.

Ne parlons pas de certains critères d’appréciation subjectifs devant être mis en place pour évaluer le « degré d’intégration » de l’étranger, à caractère raciste, comme l’évaluation de « son intégration républicaine dans la société française, appréciée en particulier au regard de son adhésion personnelle aux principes de la République française ainsi que de leur respect dans son comportement quotidien et de sa connaissance de la langue française ».
La volonté de créer un nouveau visa « capacités et talents » est une mesure totalement discriminatoire. Elle confirme la vision strictement utilitariste du gouvernement qui ne cherche qu’à « piller les cerveaux ». Il fait preuve d’une inhumanité totale en la matière qui fait froid dans le dos.

On peut d’ores et déjà imaginer les effets de ce projet : plus de précarité, plus de discrimination et une banalisation accentuée dans l’opinion des thèses racistes.
Il faudrait au contraire agir aux antipodes de cette politique, et commencer par accorder aux résidents étrangers le droit de vote, afin de leur reconnaître enfin une vraie citoyenneté. Ils ne sont aujourd’hui que des « indigènes » dans notre République.

La France
, bien souvent dans l’Histoire aux avant-postes des idées progressistes (par exemple la Constitution de 1793, jamais appliquée, accordait dans son article 5 la citoyenneté « à tout étranger qui, domicilié en France depuis une année, y vit de son travail, ou acquiert une propriété, ou épouse une Française, ou adopte un enfant, ou nourrit un vieillard, tout étranger enfin qui sera jugé par le corps législatif avoir bien mérité de l’humanité »), apparaît désormais en Europe à la pointe de la lutte sécuritaire contre l’immigration, politique on ne peut plus conservatrice et dénuée totalement d’imagination.

Une majorité de Français ont voté en 2002 au second tour des présidentielles contre Le Pen. L’UMP, depuis quatre ans, applique des pans entiers de son programme. C’est une drôle de façon d’envisager la valeur du suffrage universel et la volonté exprimée par le corps électoral. 
Sans compter les effets pervers que peuvent provoquer ces politiques sur la notion même de citoyenneté. En France et en Europe, certaines idées qui circulent et qui se banalisent à propos de l’immigration nous ramènent aux heures les plus sombres de l’histoire de notre continent.

III) Un impact néfaste sur la citoyenneté européenne

Lors de la séance des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale le 18 janvier dernier, le ministre de l'Intérieur a confirmé que son prochain projet de loi sur l'immigration proposerait la suppression des régularisations de clandestins qui prouveraient dix ans de présence sur le territoire national. Ce nouveau message envoyé aux candidats à l’immigration vers notre pays est très clair. Ils ne sont vraiment plus les bienvenus chez nous. Quand à ceux qui sont d’ores et déjà sur le territoire, quid de leur situation, eux qui ont peut-être une situation familiale bien établie et des enfants français ? Va-t-on revenir au droit du sang ? Certains des jeunes de banlieues ayant pris part aux émeutes de novembre dernier avaient sans doute des parents en situation irrégulière. Ce type de politique ne peut que les amener à haïr notre République.

Les conséquences de ce genre de politique commencent à se faire sentir au Sud. Les Africains choisissent par exemple de plus en plus d’immigrer vers l’Amérique du Nord et l’Asie, voyant qu’en Europe ils sont réellement devenus persona non grata. Le Canada fait aujourd’hui figure de destination privilégiée pour les candidats maghrébins à l'exil, et le Maroc est son premier pourvoyeur de migrants.

Selon les chiffres publiés par l'ambassade du Canada en France pour la période 1998-2004, 17 517 Marocains ont obtenu un visa de résident permanent. Le Maroc est suivi de près par l'Algérie, avec 15 840 migrants. Arrivent ensuite loin derrière la Tunisie, avec 2 633 résidents permanents, et la Libye (1 520).

Et ces chiffres ne peuvent aller qu’en augmentant, étant donné l’accueil que nous réservons aux gens qui nous font l’honneur de choisir notre continent et notre pays pour s’établir et tenter de mener une vie meilleure.

Nous sommes très doués en Europe pour critiquer tant sur le fond que sur la forme l’idée américaine théorisée par Samuel Huntington de « choc des civilisations ». Pourtant l’image que nous envoyons aux candidats à l’exil, à leurs amis et leur famille par nos politiques migratoires constitue un terreau fertile pour ce genre de théorie néfaste.

Le mépris, l’humiliation et l’inhumanité dont font preuve certains Etats européens aujourd’hui, la France notamment, envers les immigrés, clandestins ou non d’ailleurs, est un facteur non négligeable de frustration, pouvant entraîner des actions violentes, terroristes notamment. Face à ces risques, les pouvoirs publics européens ne font que renforcer leur arsenal sécuritaire: politiques pénales de plus en plus répressives au détriment des droits de la défense, vidéosurveillance, fichage systématique, systèmes biométriques, etc.

Ce processus a alors des conséquences néfastes pour les immigrés bien sûr, considérés comme des délinquants potentiels par leur simple existence, mais également pour l’ensemble des citoyens, qui voient progressivement leurs libertés rognées au profit de leur soi-disant sécurité. La vidéosurveillance par exemple remet en cause nombre de droits fondamentaux du citoyen, filmé en permanence dans les rues sans le savoir ni avoir de regard sur son propre droit à l’image. Les dérives d’un système à la Big Brother ne sont pas à exclure en Europe. Il suffit de voir par exemple que chaque Londonien est filmé en moyenne aujourd’hui plus de 300 fois par jour.

C’est notre liberté d’aller et de venir qui est profondément mise à mal par ce type de mesures.

C’est pourquoi les politiques migratoires aujourd’hui sont l’affaire de tous. Les citoyens européens doivent demander à leurs Etats respectifs de faire preuve de bien plus d’humanité dans leur traitement des candidats à l’immigration.

Comme pour d’autres sujets, l’environnement et les choix de politique énergétique par exemple, chacun doit se saisir de ces problématiques et ne pas les laisser entre les seules mains des dirigeants politiques. Les forums sociaux ont été créés à cet effet.

Aujourd’hui ce sont les ONG et les associations qui se retrouvent à gérer les conséquences des politiques sécuritaires des Etats concernant l’immigration. Leur savoir faire et leur expertise sur ces questions doivent leur permettre d’être une force de proposition déterminante face à des Etats n’ayant plus aucune vision à long terme en matière de politiques migratoires.
L’Europe compte aujourd’hui plus de 20 millions de résidents étrangers. Ceux-ci participent à l’essor des sociétés tant d’accueil que d’origine par le biais d’investissements et de transferts de fonds mais aussi par leurs compétences. Tous les acteurs de la coopération internationale reconnaissent aujourd’hui l’impact réellement positif de l’immigration tant dans les pays du Nord que dans ceux du Sud.

Les immigrés constituent donc un atout pour le développement, bien entendu dans leur pays d’origine, mais également dans les pays d’accueil. Ces derniers doivent donc cesser de n’envisager les migrations qu’en terme de « problèmes ». Elles sont bien au contraire synonyme de partage et de richesses.  
Mardi 10 janvier 2006
En ce début d'année 2006, alors que malheureusement aucune écheance électorale n'aura lieu cette année en France, l'espoir politique de ces prochains jours est peut-être à chercher du côté du Forum social mondial. Né en 2001 à Porto Alegre, au Brésil, avec la volonté d'être le pendant social du Forum économique mondial de Davos, les principes du FSM sont totalement à l'opposé des grands rendez-vous internationaux habituels: participation de tous, transparence des débats, ouverture à toutes les tendances politiques, associatives, religieuses, etc. Nous sommes loin des réunions bunkerisées du G8 ou de l'OMC dans lesquelles les simples citoyens n'ont pas le droit de cité et pour lesquels nombre de quartiers aux alentours du lieu de la réunion sont totalement bouclés au détriment des habitants qui n'ont rien demandé.

Vu de l'intérieur, un Forum social n'est pas, au grand dam des fantasmes de nombre de journalistes occidentaux, une réunion de révolutionnaires, néogauchistes et autres extrêmistes, notamment musulmans, mais bien plutôt une grande foire de la société civile où se côtoient chercheurs universitaires, militants associatifs, syndicats, et surtout beaucoup de simples citoyens curieux de faire de la politique autrement. Faire de la politique autrement, c'est à dire s'emparer d'un sujet personnellement sans attendre la bonne volonté de nos responsables politiques qui ne savent plus que faire de la communication ou agir sur les seules fonctions encore propriété de l'Etat, c'est à dire ses foncions régaliennes (armée, police, justice). Et oui, participer à un FSM réconcilie avec l'imaginaire et nous donne à voir qu' "un autre monde est possible".

Le libéralisme et cette "dictature de la réalité" qui nous impose de consommer toujours plus de produits en nous martyrisant la conscience (pillage de l'Afrique et de l'Amérique du Sud pour assurer notre consommation d'énergie et notre mode de vie) ou alors en nous demandant de l'éteindre pour rendre notre cerveau disponible à la publicité, développe, chez un citoyen occidental pour lequel les Droits de l'homme et l'environnement sont importants, une schizophrénie parfois difficile à gérer.

Pour la soigner, un forum social est un très bon outil de cure thérapeutique collective. Rien que pour cela il devrait être salué plutôt que voué aux gémonies. Ce n'est pas parce que des islamistes peuvent éventuellement profiter d'une réunion du Forum social pour se retrouver qu'il en devient une réunion d'extrêmistes.

Alors pourquoi les FSM sont encore très largement boudés par les politiques et les journalistes en Occident (oui, car dans les pays du Sud, un FSM comme celui de Bombay en 2004 attire tous les responsables intitutionnels locaux)? Sans doute parce que le  FSM dans ses principes même remet en cause la représentation politique traditionnelle, et par la même l'utilité de nos hommes politiques. Pour les jounalistes cela est plus complexe. Lorsqu'ils pénètrent dans un FSM et voient le monde qu'il y a, sans doute que les journalistes les plus importants (des chaînes de télé institutionnelles) ne savent pas trop à qui lécher le cul, puisque très peu de politiques sont présents, et donc ils ne peuvent attendre aucune promotion réelle ou symbolique de leur présence dans un tel lieu. Pour les autres journalistes, de plus en plus s'intéressent il est vrai à ses réunions.

Cette année le Forum social mondial est policentrique, d'abord à Bamako, capitale du Mali, du 19 au 23 janvier, avant de s'exporter à Caracas, capitale du Vénézuéla, du 24 au 29 janvier. Sa présence pour la première fois en Afrique est très importante puisque ce continent, on peut le dire  sans être taxé de "gauchiste", est la principale victime de la mondialisation libérale. Sa présence en Amérique du Sud relève quant à elle de la symbolique politique, dans un pays dirigé par un des seuls chefs d'Etat de la planète se revendiquant "alter" et réclamant une révolution bolivarienne (Hugo Chavez), et sur un continent qui a vu arriver au pouvoir ces dernières années des hommes politiques de gauche (Lula au Brésil, Toledo au Pérou, dernièrement Moralès en Bolivie) s'opposant, ne serait-ce que dans les termes, à la mondialisation libérale.

Alors si vous n'avez rien à faire dans les jours qui viennent, genre en stage ou au chômage, ce qui est un peu la même chose, allez faire un tour au FSM. Je sais que le billet d'avion est cher et que cette machine pollue, mais cela fait du bien. Et puis sortir de France est toujours instructif pour voir un peu comment se porte le reste de la planète (pas forcément bien, désolé pour les fans de Lorie). Que je saches, rêver un peu, même en politique, ce n'est encore ni payant, ni interdit. Alors profitez-en avant  qu'il ne soit trop tard!

Petit conseil pour Ségolène Royal qui se trouve actuellement au Chili pour faire genre
 "voyez gentils Français, les Chiliens s'apprêtent à élire une femme présidente. Ayez donc la même idée en 2007 en m'envoyant à l'Elysée!":

Allez donc, chère Mme Royal, faire un tour à Caracas. De plus en plus de gens ne se reconnaissent plus dans une politique qui n'est que de la communication. Visitez donc les laboratoires dans lesquels certains essayent d'en faire de la vraie!
Lundi 2 janvier 2006

Très bonne année 2006 à toutes et à tous. Juste une petite lecture instructive pour bien commencer cette année durant laquelle il n'y aura malheureusement pas d'élections. Nous allons continuer de subir cette dictature molle de l'UMP avec le spectacle affligeant du duel Villepin-Sarkozy, censé être une préoccupation majeure des Français, tandis que les problèmes écologiques et économiques mondiaux se multiplient sans guère prêter attention à notre petit  pays champion du nombrilisme patriotique.  Il s'agit du livre de Pierre Rimbert, journaliste de PLPL et du site Acrimed consacré à la critique des médias, Libération de Sartre à Rotthschild. Ce titre, neutre et provocateur à la fois, souligne à lui seul l'évolution du fameux quotidien fondé par le grand intellectuel de gauche Jean-Paul Sartre en 1973 et étant devenu aujourd'hui propriété du banquier d'affaires Edouard de Rothschild. C'est l'histoire de la métamorphose progressive d'un journal d'opinion, fondé par de jeunes maoïstes, qui se voulait la voix du peuple face aux puissants, se convertissant en chantre d'un libéralisme débridé, gardant ses opinions de gauche pour la spère culturelle. Au delà de l'histoire de Libé, ce livre montre comment a pu s'opérer une révolution conservatrice au sein du monde des intellectuels français. Comment ce journal des Maos est-il devenu le journal des Bobos?

Libération de Sartre à Rothschild, Pierre Rimbert, éd. Raisons d'agir, nov.2005.

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