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"Bin Jamin", ça signifie "sans terre" en Hindi, et comme je m'appelle Benjamin et que je loue mon appartement, c'est un bon titre pour mon blog.

On nous parle à longueur de temps de "Mondialisation heureuse" et de développement nécessaire et favorable à tous. Alors juste un petit blog,  pavé de plus dans la mare des joyeux chantres des bienfaits de la Globalisation. Il se base sur des expériences personnelles et s'adresse à tous les "sans", sans terre, sans air, sans droits, sans papiers, sans travail, sans toit, sans toi aussi d'ailleurs... Les récidivistes du stage s'y reconnaîtront. Ce blog se veut un modeste lieu de "résistance", ce au sens noble du terme.

Toute accusation d´affiliation à un groupe (si ce n'est les écolos un peu gauchistes, je le concède volontiers, de même que Sauvons les Riches qui prône une mesure de salubrité publique, le revenu maximum), parti, association, clubs de libéraux masochistes ou de néomarxistes, de joueurs de boules, de propriétaires de chien qui pue, de réhabilitation du clocher de Moussac ou de je ne sais quoi encore ne serait que fumisterie et vil procès d´intention.

Les propos rédigés en ces pages n´engagent que leur auteur afin de partager des points de vue, des expériences vécues, des constats lors de voyages à l'étranger, etc. Il s'agit de réfléchir, un peu, sur le développement, sur l'environnement, sur l'actualité, sur la politique, sur l'altérité sans trop d'austérité. Bin Jamin se veut un vecteur d'informations généralistes à tendance sociale et écologique, mais également nationale et internationale, avec un intérêt marqué pour le Sous-Continent indien, véritable laboratoire de la globalisation, de ses excès et des mouvements qui tentent d'y remédier.

Sa philosophie: " L'erreur ne devient pas vérité parce qu'elle se propage et se multiplie. La vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit." (Gandhi)

Ou encore: "Le nouvel ordre mondial est en vigueur jour et nuit, selon le principe que celui qui ne produit pas, qui ne consomme pas et qui n'a pas d'argent pour le mettre en banque est inutile. Ainsi les immigrants, les sans terre, les sans toit sont traités comme les déchêts du système: ils doivent être éliminés." (John Berger)


Tous les commentaires sont les bienvenus, de même que les textes d'auteurs qui se sentent inspirés.
Mercredi 23 juin 2010 3 23 /06 /Juin /2010 14:32

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Le gouvernement a tranché sur la réforme programmée des retraites. Ce sera allongement de la durée des cotisations jusqu’à 63 ans. Et nos syndicats, qui ne représentent guère qu’eux-mêmes, c’est à dire plus grand monde, jouent les vierges effarouchées et menacent de descendre dans la rue en masse le 24 juin, comme s’ils ne s’y attendaient pas de la part de ce gouvernement.

Pourtant pas ou peu de surprise. La base du projet reste la philosophie du « travailler plus », en l’occurrence plus longtemps, en annonçant officiellement le changement de l’âge minimum légal de départ à la retraite, qui est à 60 ans en France depuis 1983. La base de la réforme est de faire, comme indiqué dans le document d’orientation du gouvernement en mai dernier, « de l’augmentation de la durée d’activité le socle d’une réponse durable et juste au déséquilibre des régimes de retraite. » « Durable et juste » ? Voyez-vous cela ?

Ce document d’orientation nous disait également que les hauts revenus et les revenus du capital seraient « sollicités ». Très bien, nous sommes priés de les croire sur parole. Solliciter ? A quelle hauteur ? Selon quel mécanisme et quels critères? On dirait bien ici un pur effet d’annonce, vœu pieu destiné à faire passer la pilule de droits des salariés encore rognés, en sus du « plan de rigueur » qui ne veut pas dire son nom mais qui apparaissait lors d’un sommet de l’Elysée le 10 mai dernier, confirmé ensuite par une lettre de cadrage de Matignon. Sans doute également une mesure prompte à faire passer un futur système généralisé de retraites par cotisation, à l’anglo-saxonne.

32, 2 milliards d’Euros, c’est le montant exact du déficit du système des retraites en 2010 qui justifie cette volonté de la majorité de le réformer. 32,2 milliards ? Comparaison n’est pas raison, certes, mais amusons-nous toutefois à mettre ce chiffre en perspective par exemple avec les 468 niches fiscales que l’on trouve en France en 2010 : Celles-ci représentent d’après le Conseil des impôts un manque à gagner pour l'État de 50 à 73 milliards d'euros.

Quelques exemples : le crédit d'impôt à la recherche, qui finance les entreprises pour leurs dépenses de développement, coûte 4 milliards d'euros, la TVA à 5,5 % dans la restauration, créée par Nicolas Sarkozy en juillet 2009, coûte 3 milliards d'euros en 2010, l'emploi d'un salarié à domicile coûte au total 2,9 milliards, ou encore plus anecdotique mais tellement symbolique, l'abattement spécial sur les plus-values lors de la cession d’un cheval de course coûte 2 millions d'euros en 2010, etc. Nombreux sont les domaines dans lesquels existent des niches fiscales et qui n’apparaissent pas à première vue répondre à l’intérêt général, mais bien plutôt à un ensemble d’intérêts particuliers, dans lesquels l’Etat pourrait faire des économies et permettre un financement durable des retraites sans toucher à l’âge légal de départ à la retraite ou à la durée de cotisation, mesures d’équité sociale obtenues de haute lutte par les salariés. 

Mais non, selon une logique totalement idéologique, la majorité préfère s ‘en prendre aux droits des salariés plutôt qu’envisager d’autres solutions, comme par exemple la hausse des cotisations, en particulier pour les Français les plus privilégiés, ou le financement par de nouvelles taxations, par exemple sur les transactions financières. 

Pourquoi ne jamais envisager de hausse du niveau des cotisations ? D’après Jean-Marie Harribey, professeur d’économie à l’Université Bordeaux IV et membre d’ATTAC, augmenter le niveau des cotisations signifie « modifier la répartition de la valeur ajoutée entre salaires et profits, en faveur des premiers. Plus de cotisations signifie en effet plus de masse salariale, moins de profits et moins de dividendes à verser aux actionnaires. » Toucher aux sacro-saints dividendes ? Mon Dieu ! Comment oser blasphémer ainsi ?

Pourtant quelques 400 personnalités françaises (universitaires, économistes, sociologues ou philosophes, responsables syndicaux ou associatifs, élus ou personnalités de gauche, etc.) ont lancé un appel début avril pour « faire entendre les exigences citoyennes sur les retraites », soulignant notamment qu’il n’y a aucun sens à augmenter l’âge de la retraite quand le chômage de masse sévit pour les jeunes. Sachant que les dividendes ont explosé ces trois dernières décennies, passant de 3,2 % du PIB en 1982 à 8,5 % en 2007, pendant que la part des salaires dans la valeur ajoutée chutait en parallèle, il s’agit pour les signataires de l’appel, plutôt que de demander aux salariés de « travailler toujours plus », de s’attaquer aux revenus financiers, qui ne profitent réellement qu’aux plus riches.

Bien entendu, des mesures telles que la hausse des cotisations pour les plus aisés ou la taxation des transactions financières pour financer les retraites n’auraient d’intérêt qu’à l’échelon européen à minima. La majorité des dirigeants politiques européens est bien loin de ce genre de considération. Pourtant, si on demandait aux citoyens européens de donner leur avis sur le sujet, pas sûr que nombre d’entre eux ne trouveraient pas cela équitable et parfaitement envisageable, et pas seulement en Grèce.

Alors pas d’autres solutions pour sauver nos retraites que l’allongement de la durée de cotisation, le report de l’âge légal ou encore la capitalisation?  La prochaine fois que l’on vous présente l’équation sous cette forme, comme la plupart du temps, rétorquez « taxation des transactions financières, des dividendes, ou encore hausse des cotisations pour les plus aisés », vous verrez bien les réactions.

Il y a tellement d’autres pistes à explorer en matière fiscale pour de nouvelles sources de financement, de la taxe carbone européenne progressive touchant d’abord les gros pollueurs à la chasse aux paradis fiscaux en passant par la taxation de transactions financières.

Mais non, on continue à faire les mêmes vieilles confitures dans les mêmes vieux pots, avec une vieille droite libérale qui ne pense qu’à détruire tous les droits de salariés au nom de la sacro-sainte compétitivité (pour les aligner sans doute sur les salariés chinois qui se suicident par centaines ces jours-ci), face à une vieille gauche coincée dans sa contradiction productiviste et sociale-démocrate.

Ben oui, comment lorsque l’on a un socialiste français à la tête du Fonds Monétaire International et un autre socialiste français à la tête de l’Organisation mondiale du Commerce, peut-on croire des socialistes français prôner, en France, le maintien de l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans ? En mal de logiciel, ils tâtonnent, entre société du « care » et maintien du système par répartition sans nous dire exactement comment financer. « Dialogue avec les syndicats » ? Parlons-en :

Tous les moins de 40 ans comme moi qui sont entrés tard sur le marché du travail, après de longues études et des stages à n’en plus finir, ne se sentent pas concernés par les syndicats et leurs discours. C’est un syndicalisme ne s’adressant qu’à des CDI, espèce en voie de disparition, à l’image de biens d’autres espèces partout sur la planète. Les stagiaires, les précaires, les générations galères, qui, leur demande leur avis et les représente sur la question des retraites?

Quand on doit attendre d’avoir 30 ans pour finir par vraiment entrer dans des conditions quasi normales sur le marché du travail, on cotisera 43 ans ? J’arrêterais de travailler à 73 ans minimum ? Assez d’hypocrisie ! Personne ne sait ce qu’il en sera alors. Ce dont par contre on peut être sûr, c’est que l’on aura épuisé la totalité des ressources de notre planète à force de vivre à crédit sur son dos, aussi nos retraites n’auront guère plus d’importance puisque nous serons tous malades ou en sursis. 

Alors si on parlait enfin des vrais problèmes ?

Pour un petit tour des différents régimes de retraite en Europe, voir cet article publié sur Politique.net : http://www.politique.net/2007112203-les-retraites-en-europe.htm

 

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Vendredi 18 juin 2010 5 18 /06 /Juin /2010 11:50

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Rajagopal, le fameux leader charismatique indien, porte parole d’Ekta Parishad, mouvement indien de défense des sans terres, était au Parlement européen de Strasbourg, ce mercredi 16 juin 2010, à l’invitation de l’eurodéputée Karima Delli.

Venu parler de la grande marche qu’il prépare avec son mouvement en 2012, le « nouveau Gandhi » (comme aiment à l’appeler ses compatriotes), a été auditionné par le groupe des Verts au Parlement européen, lors de leur réunion de groupe, de 19h à 21h.

Après avoir présenté son combat et celui d’une partie de son peuple, les pauvres qui en Inde sont victimes de la Globalisation, expropriés de leurs terres par le gouvernement indien pour notamment permettre à de grands groupes nationaux et internationaux d’implanter leurs infrastructures sur le territoire, Rajagopal a invité les eurodéputés Verts à le rejoindre pour la grande marche de 2012.

Il a été longuement applaudi par le groupe.

En 2012, Ekta Parishad espère pouvoir réunir plus de 100 000 personnes qui parcourront des milliers de kilomètres dans toute l’Inde pour rejoindre Delhi le 2 octobre, journée internationale de la non-violence. Cette marche, nommée « Jan satyagraha » (« force de la vérité ») se veut un grand mouvement national et international qui, sur le modèle de la fameuse « marche du sel » de Gandhi en 1930, permettra de peser sur le gouvernement indien pour réclamer le respect des droits des paysans et des pauvres de l’Inde, et au-delà d‘interroger notre modèle économique d’exploitation illimitée des ressources naturelles au détriment d’une bonne partie de l’Humanité.

La Jan Satyagraha débutera le 2 octobre 2011, et Rajagopal et ses compagnons de route espèrent parcourir 6000 km dans toute l’Inde durant un an.

Pour la financer, Rajagopal a expliqué au groupe des Verts que chacun des participants indiens à la marche devait chaque jour mettre une roupie de côté. Il a ainsi proposé pour les Européens souhaitant soutenir son action une campagne Un Euro par jour pour la Jan Satyagraha de 2012. 

Cette marche nécessite un budget d’environ 4 millions d’euros. Des marches de soutien sont d’ores et déjà prévues dans plusieurs régions de France.

Toutes les infos sur le site d’Ekta Parishad et sur http://www.jan-ouest-2012.fr/#

* Copyright photo Benjamin Joyeux 

 

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Samedi 15 mai 2010 6 15 /05 /Mai /2010 19:45

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L’Inde, ce n’est pas seulement des traditions millénaires pour touristes occidentaux à la recherche de spiritualité, des logiciels informatiques ou des call centers. L’Inde, c’est également l’un des plus gros producteurs de médicaments génériques dans le monde. Depuis les années 1970, le Sous Continent produit des médicaments pour les pays en développement. Ces génériques bon marché ont permis des avancées spectaculaires dans le traitement de maladies comme la tuberculose, le paludisme ou encore le SIDA. Selon PricewaterhouseCoopers, l’Inde fabrique aujourd'hui 20% des génériques dans le monde, et particulièrement les génériques permettant de soigner à bas coût les malades du SIDA dans les pays pauvres, principalement en Afrique.

L’ONG Médecin Sans Frontières a rappelé dans un communiqué publié fin avril que 80% des médicaments antirétroviraux qu’elle distribue aux malades du SIDA en Afrique sont des génériques fabriqués en Inde. Si ces génériques n’avaient pas été produits, ce sont sans doute des millions de vie humaine au sein des populations pauvres de la planète qui n’auraient pas pu être sauvées. MSF indique également dans son communiqué que les médicaments génériques fabriqués en Inde ont contribué à faire passer les prix des traitements du SIDA de 1.000 à 80 dollars par an.

Or ce progrès indéniable risque d’être remis en cause, comme d’habitude au nom du sacro-saint business: un accord de libre-échange négocié entre l'Union européenne et New Delhi pourrait en effet réduire l'accès de millions de personnes à des médicaments génériques bon marché.

Pour les détracteurs de cet accord, les règles sur la propriété intellectuelle proposées par l’Europe entraveraient la production des médicaments génériques indiens. Par exemple, l’accord semblerait prévoir d’allonger les droits de la propriété industrielle ou encore d’inclure une notion d'exclusivité des données. Cela contraindrait les fabricants de génériques à de longs et coûteux essais et privilégierait les grands laboratoires pharmaceutiques au détriment des malades n'ayant pas les moyens de se soigner.

Il y a un an déjà, l’ONG Oxfam avait dénoncé les saisies par les douanes belges de médicaments en provenance de Chine et d’Inde et destinés à l’Afrique, sous prétexte qu’ils étaient des contrefaçons sans effets thérapeutiques. Pourtant, toujours d’après Oxfam, 90% de ces médicaments chinois et indiens mis en vente sur le marché africain ont des effets thérapeutiques incontestables.

Il n’y a pas que les ONG occidentales qui dénoncent la teneur de l'accord bilatéral UE-Inde: pour Amar Lulla, un responsable de Cipla, l'un des plus gros producteurs indiens de génériques :

"Le sort de millions d'Indiens pauvres sera décidé par un accord de libre-échange avec l'Europe. Si les droits de propriété industrielle l'emportent sur les droits des patients, ce serait un génocide".

John Clancy, porte-parole de l'UE pour les questions commerciales, a assuré pourtant que « L'UE s'engage pleinement à garantir que les personnes dans les pays les plus pauvres aient accès à des médicaments abordables ».

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Mais au-delà des mots, quelles garanties avons nous vraiment que les droits de la propriété intellectuelle ne se renforcent pas au détriment de l’accès aux médicaments et du droit à la santé pour tous, en particulier pour les plus pauvres ?

Ces dernières années, l'Europe, (tout comme d’ailleurs les Etats-Unis) a utilisé des accords de libre-échange pour renforcer les règles de propriété intellectuelle au-delà de ce qu'impose l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Ces mesures étaient justifiées par le soutien à l'innovation et l'investissement. Mais elles ont eu surtout pour principal effet de faire grimper le coût des médicaments dans les pays pauvres.

AMI, ADPIC, ACTA, accords bilatéraux, quoi encore demain ? Les gouvernements des « pays riches » et les grandes organisations internationales semblent ne pas avoir tiré les leçons de la triple crise écologique, économique et démocratique actuelle et continuent de signer des accords dans le dos des peuples au bénéfice des multinationales, en l’espèce les grands groupes pharmaceutiques au détriment des malades africains. Cet état de fait ne pourra pas continuer éternellement. Les Indiens, les Grecs et tous les autres finiront bien par se révolter.  

 

Par Ben - Publié dans : Inde - Communauté : Media - Actualité générale
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Jeudi 7 janvier 2010 4 07 /01 /Jan /2010 15:55

Voici ci-dessous l'introduction du mémoire que j'ai rédigé pour valider mon Master 2 de Droit international de l'environnement et consacré à l'Inde et au droit de l'environnement. Je le mettrai progressivement en ligne car cela peut servir à toutes celles et ceux qui cherchent des informations sur cet extraordinaire pays. Bonne lecture!

UNIVERSITÉ DE LIMOGES

 

FACULTÉ DE DROIT ET DES SCIENCES ÉCONOMIQUES DE LIMOGES

 

PROGRAMME UNIVERSITÉ PAR SATELLITE

 

AGENCE UNIVERSITAIRE DE LA FRANCOPHONIE (AUF)

 

 

 

MASTER DROIT INTERNATIONAL ET COMPARÉ DE L’ENVIRONNEMENT

 

Formation à distance, Campus Numérique « ENVIDROIT »

  

Droit international de l’environnement : une perspective indienne

 

 

  

Mémoire présenté par Benjamin JOYEUX

Sous la direction de Mme le Professeur Jessica Makowiak

 

Août 2009


« Ce que nous faisons aux forêts dans le monde n'est que le reflet
de ce que nous faisons à nous-mêmes et aux autres.
 »
Mahatma Gandhi

 

  

 

« En trouvant la solution à notre problème, nous aurons contribué à résoudre simultanément le problème du monde […] Si l’Inde peut offrir sa solution au monde, ce sera une contribution pour l’humanité. »

Rabindranath Tagore



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Introduction :

 

L’Inde apparaît dans l’imaginaire collectif occidental comme la terre des contrastes, des paradoxes, comme l’Etat symbole, aujourd’hui encore, de l’orientalisme et de sa spiritualité face à un Occident matérialiste en quête de sens. Les tours opérateur, indiens comme étrangers, ne manquent d’ailleurs pas d’exploiter cette image pour développer le tourisme sur le Sous Continent.

Or, les touristes de même que les observateurs étrangers ne retiennent la plupart du temps que les facettes les plus spectaculaires et paradoxales de la société indienne, pour les opposer les unes aux autres : croissance fulgurante dans le domaine des nouvelles technologies contre prégnance de traditions ancestrales, système inégalitaire des castes contre vigueur de la démocratie représentative indienne, pays de la non violence qui promeut la bombe atomique, société spiritualiste dont une majeure partie de la population recherche l’enrichissement matériel, modes de vie traditionnels face à une urbanisation exponentielle entraînant son lot de pollutions diverses et variées cataclysmiques dans les grandes agglomérations indiennes, etc. Si ces éléments détiennent une part de vérité, au bout du compte, ne subsiste toujours qu’une image partielle de la société indienne.

En France, nous manquons d’informations sur l’Inde dans la réalité de sa dynamique juridique, politique, économique et sociale.

Depuis quelques années pourtant, les Français semblent redécouvrir cet immense pays : les grandes entreprises françaises telles l’Oréal dans le domaine des cosmétiques, Renault avec sa Logan à petit prix, Carrefour dans la grande distribution, etc., ne sont pas en reste et ne peuvent plus ignorer l’Inde dont le potentiel de consommateurs, avec 600 millions de personnes ayant moins de 25 ans, est phénoménal. Mais les universitaires et autres intellectuels français eux aussi semblent de plus en plus s’intéresser au Sous Continent. Focalisés essentiellement sur le géant chinois dans les années 80, 90[1], leur regard a fini par franchir la chaîne himalayenne pour s’apercevoir progressivement que dans cet immense pays qu’est l’Inde, tant par sa population que par sa superficie, se jouait peut-être une bonne partie de l’avenir de la planète. Christophe Jaffrelot, Laurent Gayer et quelques autres commencent à faire des émules au sein du milieu universitaire et de la recherche.

Dans le domaine de la culture, la littérature indienne perce en France depuis quelques années, et des auteurs comme Mira Kamdar, Amitav Gosh, Salman Rushdie bien sûr, Vikram Shandra, Ruhinton Mistry, Amartya Sen, Arundhati Roy et bien d’autres voient enfin leurs ouvrages traduits en français et de plus en plus vendus dans l’Hexagone. Tant et si bien que le Salon du Livre qui se tient chaque année à Paris Porte de Versailles, à l’aura internationale, a été consacré en 2007 à l’Inde et ses écrivains, d’hier et d’aujourd’hui. De même, de plus en plus de nos concitoyens semblent se passionner également pour les films issus des studios de Bollywood, pour la cuisine indienne, etc. Près de 86 000 touristes français effectuent chaque année un séjour moyen d'un mois en Inde. Par ailleurs, la tendance actuelle est à l'augmentation de la communauté française en Inde (les Français y vivant à l’année), notamment dans la circonscription de New-Delhi, du fait de l'implantation de nouvelles entreprises françaises. Au 31 décembre 2008, ils étaient 8 669 Français à y être enregistrés comme résidents. A New-Delhi, la communauté française inscrite au registre des Français établis hors de France est de 1 318 personnes.  A Bombay, on compte 1 005 Français enregistrés.  A Pondichéry,  la communauté française enregistrée est de 6 346 personnes[2].


Toutes ces données nous montrent bien que la France ne peut plus se permettre d’ignorer ou de sous-estimer le Sous Continent. Et elle ne peut pas non plus se contenter des clichés répandus dans la presse hexagonale. Certes l’Inde connaît depuis quelques années une croissance phénoménale, certes son leadership dans le domaine des logiciels informatiques est impressionnant, certes le développement du cinéma indien et de ses chiffres faramineux a un impact sur la production culturelle mondiale, mais l’Inde est loin de se limiter à cela. C’est également, et cela on le sait beaucoup moins, un haut lieu de débats, de débats notamment autour de l’écologie et des choix de stratégies de développement dans diverses instances (Gouvernement, ministères, assemblées fédérales et autres institutions, ONG, associations, etc.), ce pays étant aujourd’hui confronté à un immense défi en matière d’environnement.


L’Inde est en effet le deuxième Etat de la planète en nombre d’habitants, avec 1, 147 milliards d’habitants (estimation 2008). Connaissant depuis plusieurs années un taux de croissance de plus de 7 %[3] (9,2% en 2006, près de 10% en 2007, croissance néanmoins revue à la baisse depuis le troisième trimestre 2008 avec la crise financière mondiale, restant toutefois à un niveau élevé de 7,1%[4]),  le Sous Continent est une nouvelle puissance régionale et sans doute bientôt globale, à l’image de son grand voisin chinois. Avec un produit intérieur brut (PIB) de 2 965 milliards de dollars en 2007, l'Inde fait aujourd’hui partie des dix premières puissances économiques mondiales. C’est également la quatrième puissance agricole mondiale et le secteur compte pour approximativement 20% du produit national brut (PNB). L’agriculture emploie encore plus des 2/3 de la population active. Un paysan sur cinq, dans le monde, est indien.

Un humain sur six est Indien et ce pays peut devenir bientôt le deuxième marché de consommation mondiale, avec un demi-milliard d’individus dotés d’un réel pouvoir d’achat. Possédant également l’arme nucléaire, la « plus grande démocratie du monde » est bien consciente de sa puissance et convaincue de son droit à siéger parmi les membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies. De plus, l’Inde connaît aujourd’hui un nombre de diplômés supérieur à l’ensemble de la population française, ce qui lui permet d’être un leader mondial dans le domaine des technologies de l’information.

L’Inde est dès à présent un des principaux acteurs de la Mondialisation et un grand consommateur de matières premières.

Mais le développement économique indien pose à l’humanité un problème majeur : la planète ne dispose pas de suffisamment de ressources naturelles pour assurer à un milliard d’Indiens un niveau de vie équivalent à celui des populations occidentales, américaines ou européennes, selon leur mode de consommation actuelle. L’Inde est déjà le premier consommateur mondial d’or, et de loin : elle représente quelque 20% de la demande mondiale de ce métal. Le pays absorbe également 2% de la demande mondiale de cuivre et 3% de celle de pétrole brut[5].

La question de l’augmentation exponentielle de l’empreinte écologique indienne[6] est ainsi incontournable aujourd’hui.

Les Etats-Unis, les Etats membres de l’Union européenne, le Japon, l’Inde et la Chine ont besoin à eux seuls de 75% de la biocapacité[7] de la planète. L’empreinte écologique moyenne d’un Indien est aujourd’hui de 0,8 hectare. À titre comparatif, celle d’un Japonais ou d’un Européen est de 4,5 hectares, alors que celle d’un Américain s’élève à 9,7 hectares. La moyenne mondiale est actuellement de 2,3 hectares. Au-dessus de 1,9 hectare en moyenne par personne, la capacité biologique de la planète est déjà dépassée. Cependant, d’ici 2030, l’empreinte écologique d’un Indien ou d’un Chinois devrait atteindre celle d’un Japonais aujourd’hui.

Dans le schéma de développement mis en œuvre à l’heure actuelle, il est donc nécessaire de disposer de plusieurs planètes pour répondre aux besoins de l’ensemble de l’humanité.

L’Inde ne peut donc pas éviter la question de son schéma de développement, et même si la croissance permet à la population de s’enrichir, la soutenabilité de celle-ci est d’ores et déjà à prioriser.

Ce défi environnemental immense comprend également la problématique de l’accès aux ressources naturelles pour une grande partie de la population indienne, ayant beaucoup de difficultés aujourd’hui encore à subvenir à ses besoins vitaux, que ce soit pour l’accès à la terre, l’accès à l’eau ou l’accès à la nourriture de base. 

L’Inde a pourtant amélioré considérablement le bien-être de sa population au cours de ces dernières années. Elle a fait des progrès constants en matière de réduction de la pauvreté, grâce à une croissance rapide lors de la dernière décennie. Une classe moyenne très dynamique, dotée d'un réel pouvoir d'achat, a vu le jour (quelques 10,7 millions de foyers disposent aujourd’hui d’un revenu annuel situé entre 5000 et 20 000 dollars[8]). Toute une nouvelle génération d'industriels et d'entrepreneurs s’est lancée dans la compétition au niveau mondial.

Des progrès notables ont également été enregistrés au niveau des principaux indicateurs sociaux, notamment l'alphabétisation et la scolarisation (108 millions d’enfants sont actuellement inscrits en école primaire en Inde).  


Malgré ces chiffres encourageants, la réduction de la pauvreté demeure le plus grand défi de l'Inde. Selon les statistiques officielles, il y a toujours en Inde 260 à 290 millions de pauvres. Ces chiffres atteignent 390 millions environ, si l'on mesure la pauvreté en fonction de la norme internationale qui prend en compte les personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour
[9].


A l’autre bout de la chaîne, environ un million d’ingénieurs indiens ont un revenu égal ou supérieur à 25 000 dollars annuels. Tandis que le nombre de millionnaires en dollars augmente dans les grandes villes, à Bombay, Delhi, Bangalore, Calcutta ou Madras, des milliers de paysans, étranglés par les dettes, sont acculés au suicide. L’Etat du Maharastra a recensé par exemple près de 4100 morts volontaires en 2004, cinq fois plus que dans les années 1990. Depuis 2002, un paysan indien se suicide toutes les trente minutes dans le pays. En dix ans, nous en sommes à quelques 100 000 agriculteurs qui se sont suicidés.


Si les experts économiques tablent sur le fameux Trickle down effect
[10] pour lutter contre la pauvreté, l’écart semble pourtant se creuser entre les gagnants et les exclus de l’ouverture indienne à la globalisation.


Et cet état de fait ne concerne pas seulement les Indiens mais nous concerne tous. En effet, la population indienne, de 1,147 milliard d’habitants, couvre tout l'éventail possible en matière d'éducation et de revenus, sa culture comprend des langues, des religions et des systèmes sociaux extrêmement variés, et sa géographie est un échantillon de la presque totalité des zones climatiques de la planète.


N’oublions pas non plus que l’Inde a été victime d’une des plus grandes catastrophes environnementales de la fin du 20ième siècle, ce par le biais d’une entreprise étrangère, en l’occurrence américaine : la nuit du
3 décembre 1984, à Bhopal, capitale du Madhya Pradesh[11], l'explosion d'une usine de pesticides appartenant au groupe américain Union Carbide provoque un immense nuage de pesticides, composé de 40 tonnes d'isocyanate de méthyle, gaz létal imparable, qui s’étend sur la ville et tue entre 16 000 et 30 000 personnes, dont 8000 dès la première nuit. Aujourd’hui encore, des enfants naissent avec des malformations et des habitants de la ville souffrent de cancers directement induits par la propagation de ce gaz, il y a maintenant un quart de siècle. La catastrophe de Bhopal est la plus importante catastrophe industrielle recensée à ce jour. Seul aspect positif, elle contribua grandement à faire prendre conscience à bon nombre d’Indiens de l’importance de la protection de l’environnement par le droit, en ne laissant plus les entreprises, en particulier les multinationales étrangères, développer leurs activités sur le sol indien en polluant en toute impunité. La catastrophe de Bhopal fut également l’objet d’une longue et intense bataille judiciaire, en Inde et aux Etats-Unis, et Warren Anderson, PDG d’Union Carbide à l’époque, fut accusé d’homicides par la justice indienne jusqu’à sa mort en 2007 à Long Island. Chaque année, au mois de décembre, des milliers d'habitants de Bhopal victimes de la catastrophe manifestent au cours d'un lugubre carnaval où l'on détruit par le feu des mannequins représentant les responsables de la firme américaine. Bhopal reste aujourd’hui le symbole de l’avidité occidentale au détriment de la nature et des peuples du « Tiers Monde ».

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A
u vue de tout ceci, pour citer Mira Kamdar, chercheuse à l’Asia Society à New York et auteur à succès :

« Aucun pays n’est plus important pour l’avenir de notre planète que l’Inde […] De la lutte contre le terrorisme international à la découverte de remèdes contre les pandémies les plus mortelles, de la recherche de solutions pour la crise de l’énergie à la prévention des pires scénarios de réchauffement de la planète, du soucis de remédier aux inégalités dans le monde à la stimulation d’innovations permettant de créer des emplois et d’améliorer le mode de vie, l’Inde est devenue un acteur pivot […] L’Inde est un monde en microcosme. »

Ou plus loin :


« L’Inde doit faire à tous les problèmes essentiels de notre temps : extrême inégalité sociale, précarité de l’emploi, crise croissante de l’énergie, déficit sévère en eau, dégradation de l’environnement, réchauffement climatique, épidémie galopante de SIDA, attaques terroristes – le tout à une échelle qui défie l’imagination. […] Si l’Inde réussit […], elle nous aura montré comment sauvegarder notre environnement. Le pari de l’Inde est vraiment l’enjeu de ce siècle. »
[12]


D’où en droit de l’environnement, l’importance du sujet « Inde ». Acteur aujourd’hui incontournable des grandes « messes » internationales en matière d’environnement, de Stockholm à Kyoto et Copenhague, le Sous Continent n’a pas attendu 2009 pour commencer à s’intéresser au développement durable et à la nécessité de légiférer sur l’environnement et sa protection face à toutes les éventuelles pollutions induites par notre mode de vie moderne. Et pourtant, il n’existe quasiment pas en France de travaux en droit de l’environnement consacrés exclusivement à l’étude de ce « pays-monde ». Ce mémoire cherche ainsi tout d’abord à remédier à cela.


Comment l’Inde, par le biais du droit de l’environnement, en interne et à l’international, lutte contre les diverses pollutions auxquelles elle se trouve confrontée ? Quel est également son rôle dans la fabrication du droit international de l’environnement ? Quel impact ce dernier a-t-il sur son corpus juridique interne ? Et quelles leçons à retirer pour le reste du monde de l’expérience indienne en matière de droit de l’environnement, si l’Inde constitue « un monde en microcosme », comme le dit si bien Mira Kamdar ?


Comme l'Inde va continuer de connaître, sur les plans démographique, économique et social, un développement très important dans les années qui viennent, tout ce qui pourra être appris de l’expérience indienne est d’ores et déjà précieux pour la réflexion globale en droit de l’environnement.


Ainsi il faut envisager en premier lieu les caractères généraux du droit de l’environnement en Inde, son historique et ses sources, pour s’apercevoir entre autre que ce pays a depuis ses origines les plus lointaines un rapport particulier, sacré, avec son environnement, mû par des considérations religieuses plus ou moins propices à la protection de la nature (I). Cela permettra de mieux de comprendre l’administration indienne contemporaine de l’environnement, tant au niveau de l’Etat central et de ses ministères, dans chaque Etat fédéré qu’au sein d’institutions nationales plus ou moins indépendantes travaillant dans le domaine environnemental (II). Restera alors à envisager les immenses défis environnementaux auxquels est confronté le pays, sa façon d’y répondre et ainsi mieux appréhender l’apport de l’Inde à la communauté internationale en terme de création de normes destinées à préserver l’environnement, en matière de lutte contre le réchauffement climatique, de défense de la biodiversité, de recherches contre les grandes pandémies, etc., et réciproquement, afin de savoir si réellement, en droit de l’environnement, pour reprendre les termes de Mira Kamdar
[13] :


« Il n’y a aucun défi auquel nous faisons face, aucune occasion que nous saisissons, où l’exemple de l’Inde n’est pas de réelle pertinence. »



[1] Cf le célèbre ouvrage d’Alain Peyrefitte Quand la Chine s’éveillera, ayant eu un certain retentissement en France dès sa première parution en 1973.

[2] Données du Ministère français des Affaires étrangères, voir sur http://www.mfe.org/Default.aspx?SID=8440 

[3]C’est à partir de 1991, lorsque P. V. Narasimha Rao, alors Premier Ministre, décida d’ouvrir le pays à la concurrence internationale, que débuta réellement l’insertion de l’Inde dans le processus de mondialisation et le début de sa fulgurante croissance économique.

[5] Voir par exemple L’Inde, une "deuxième Chine" pour les matières premières. Article paru dans Témoignages le lundi 4 juillet 2005

 

[6] L’empreinte écologique est une unité de mesure, calculée en hectares globaux, permettant de mesurer la surface nécessaire à une personne (ou à un groupe) pour produire ce qu’elle consomme et absorber ce qu’elle rejette. C’est un outil d’évaluation de la pression qu’exerce l’homme sur la nature. A titre d’exemple, en 1999, l’empreinte écologique française s’élevait à 5,2 hectares par habitant, ce qui dépassait de 83% la biocapacité de notre pays.

[7] La biocapacité (ou capacité biologique) est la capacité de production biologique utilisable totale d’une surface biologiquement productive, par exemple dans les limites d’un pays, pour une année donnée. Elle peut être exprimée en hectares globaux.

[8] Voir sur www.cyberpresse.ca

[9] Chiffres de la Banque mondiale consultables sur www.banquemondiale.org

[10] Théorie économique libérale qui prétend que l’enrichissement de l’élite irrigue, grâce à ses investissements et à sa consommation en découlant, l’ensemble de la pyramide sociale jusqu’aux plus pauvres.

[11] Etat central de l’Inde, qui, avec plus de 443 000 km² est le plus grand par la superficie, équivalent aux ¾ du territoire français, et peuplé de plus de 60 millions d’habitants.

 

[12] Mira Kamdar, Planet India : L’ascension turbulente d’un géant démocratique, Actes Sud, Arles, 2008, p.26-27.

[13] Ibid

Par Ben - Publié dans : Inde - Communauté : Media - Actualité générale
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