Editorial

"Bin Jamin", ça signifie "sans terre" en Hindi, et comme je m'appelle Benjamin et que je loue mon appartement, c'est un bon titre pour mon blog.

On nous parle à longueur de temps de "Mondialisation heureuse" et de développement nécessaire et favorable à tous. Alors juste un petit blog,  pavé de plus dans la mare des joyeux chantres des bienfaits de la Globalisation. Il se base sur des expériences personnelles et s'adresse à tous les "sans", sans terre, sans air, sans droits, sans papiers, sans travail, sans toit, sans toi aussi d'ailleurs... Les récidivistes du stage s'y reconnaîtront.

Toute accusation d´affiliation à un groupe, parti, association, clubs de libéraux masochistes ou de néomarxistes, de joueurs de boules, de propriétaires de chien qui pue, de réhabilitation du clocher de Moussac ou de je ne sais quoi encore ne serait que fumisterie et vil procès d´intention. Les propos rédigés en ces pages n´engagent que leur auteur afin de partager des points de vue, des expériences vécues, des constats lors de voyages à l'étranger, etc. Il s'agit de réfléchir, un peu, sur le développement, sur l'environnement, sur l'actualité, sur la politique, sur l'altérité sans trop d'austérité. Bin Jamin se veut un vecteur d'informations généralistes à tendance sociale et écologique, mais également nationale et internationale.

Sa philosophie: " L'erreur ne devient pas vérité parce qu'elle se propage et se multiplie. La vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit." (Gandhi)

Ou encore: "Le nouvel ordre mondial est en vigueur jour et nuit, selon le principe que celui qui ne produit pas, qui ne consomme pas et qui n'a pas d'argent pour le mettre en banque est inutile. Ainsi les immigrants, les sans terre, les sans toit sont traités comme les déchêts du système: ils doivent être éliminés." (John Berger)


Tous les commentaires sont les bienvenus, de même que les textes d'auteurs qui se sentent inspirés.
 

Mercredi 25 juin 2008

L’incendie qui a complètement détruit les bâtiments du centre de rétention administrative de Vincennes (CRA), dimanche 22 juin 2008, était malheureusement prévisible. Il est le résultat d’une politique inique, inhumaine et scandaleuse, en matière d’immigration, conduite sciemment par le Président de la République et son gouvernement. Cet incendie est également la conséquence d’une gestion calamiteuse des conditions de détention dans notre pays, que ce soit en centre de rétention administratif ou dans les établissements pénitentiaires.

Contrairement aux affirmations cyniques et grotesques du député UMP Frédéric Lefebvre, l’incendie n’a pas été provoqué ou entretenu par les associations de défense des sans papiers, qui manifestaient alors à l’extérieur du centre, mais bel et bien par le décès, samedi 21 juin en fin d’après midi, d’un Tunisien âgé de 41 ans suite à un arrêt cardiaque. Ainsi, un homme, non pas un chiffre ou une statistique chers à Brice Hortefeux, meurt enfermé, et ses codétenus s’interrogent légitimement sur les circonstances de son décès, jusqu’à la révolte ayant amené certains à mettre le feu à leur matelas. Ce type de phénomènes s'observe également de plus en plus dans les prisons françaises surpeuplées et indignes de la République, quoi que dise notre Garde des Sceaux ("à champagne" comme dirait le Canard). 

Cet incendie est donc le fruit d’un sentiment d’injustice et de colère vécu par des gens qui, rappelons-le encore, ne sont ni des délinquants ni des criminels mais des êtres humains dont la seule faute est d’avoir voulu coûte que coûte gagner la France pour améliorer leurs conditions de vie. Essayer de détourner l'attention sur la responsabilité des associations est absolument indigne. L'UMP n'a décidément peur de rien en matière de démagogie. 

Le CRA de Vincennes était le plus grand centre de rétention administratif de France, avec 249 personnes enfermées au moment du drame, tête de pont de la politique d’expulsion pratiquée par Sarkozy et son ministre de l’immigration Brice Hortefeux. Il est aujourd’hui totalement détruit.

Ce nouvel incident doit amener l'excité de l'Elysée à s’interroger sérieusement sur le bilan de sa politique migratoire à très courte vue, qui coûte cher à notre pays en terme de drames humains, entache douloureusement notre parvis des droits de l’Homme, donne une image calamiteuse de la France à l’étranger, et dont les bénéfices sont totalement nuls pour nos concitoyens qui eux, se préoccupent surtout de leur pouvoir d'achat. Et ce n'est pas une campagne de communication (de propagande) grotesque orchestrée par Thierry Saussez, le gourou publicitaire de Sarkozy, qui va faciliter les fins de mois de plus en plus difficiles de la majorité des Français.

Arrêtons donc de poursuivre, d’arrêter, d’enfermer et d’expulser les étrangers en situation irrégulière comme s’ils étaient des criminels. Stop à la politique du chiffre !  Dans un prochain article, nous verrons d'ailleurs combien coûte précisément, en monnaie sonnante et trébuchante, cette politique migratoire raciste et stupide faite pour galvaniser l'électorat d'extrême droite et qui ne résout en rien les problèmes de notre pays.

Si la France continue à pratiquer ce type de politique, la seule question à se poser est malheureusement: où et quand la prochaine explosion ?

Expulsion des immigrés clandestins, diminution des remboursements de soins, chasse aux sans papiers, aux chômeurs, aux jeunes des cités, aux syndicalistes, stigmatisation des profs, des petits fonctionnaires, des Français issus de l'immigration, des associations de défense des droits de l'homme, etc.

La stratégie de la majorité est simple et se résume en trois points: -aider les riches (paquet fiscal, privatisation des services publics, dont l'audiovisuel public, etc.) -culpabiliser les pauvres (notamment la nouvelle "offre raisonnable d'emploi" dont l'esprit sous-entend que l'on peut se complaire dans le chomage. On voit bien que ce texte a été écrit par un jeune sous-ministre, Laurent Wauquiez, qui ne connaît pas les mois à moins de 10 000 euros d'argent de poche). -détricoter les derniers restes de l'Etat providence tel qu'issu du Conseil national de la Résistance après la Seconde Guerre Mondiale, en gros ce qui faisait la spécificité, donc la fierté de la France.

On l'a voulue, on l'a la "rupture"!

Mais attention, l'urgence sociale est de plus en plus prégnante et la majorité ferait bien de se méfier d'un retour de bâton, pas de l'opposition, totalement inefficiente, mais bel et bien de la rue. Même Raffarin sent bien que "ça peut péter à tout moment!". 

Vendredi 13 juin 2008

Et bien on ne trouve pas beaucoup de journalistes pour relayer l’information. Chaque année à la même période, le groupe de Bilderberg se réunit discrètement en un bel hôtel de la planète pour traiter des affaires du monde. Cette fois-ci, la réunion « secrète » a eu lieu à l'hôtel Westfields Marriott de Chantilly, en Virginie, à une quinzaine de kilomètres de l'aéroport international de Washington Dulles (plus pratique en sortant du jet, un petit coup de limousine et on y est), le week-end dernier.

Mais qu’est-ce donc que ce groupe de Bilderberg ? Comme le résume très bien Wikipedia, le groupe de Bilderberg, ou conférence de Bilderberg, ou encore Club Bilderberg est un rassemblement annuel et non-officiel d'environ 130 membres, dont la plupart sont des décideurs, des influenceurs comme on dit en marketing, banquiers, hommes politiques, industriels, universitaires, haut fonctionnaires, personnalités d'influence dans le monde du travail et de l'éducation, et journalistes. Ce groupe se réunit depuis 1954 (photo  de la première réunion) en différents lieux d’Europe ou d’Amérique du Nord. L’idée de départ était de renforcer, dans le contexte de la Guerre Froide, la coopération entre les Etats-Unis et leurs partenaires européens, notamment via l’OTAN. Bien entendu, leur rôle a considérablement évolué depuis la chute du mur de Berlin.

Certains vont jusqu’à affirmer que Bilderberg est le lieu où sont choisis les futurs présidents américains et Premiers ministres britanniques. Cela serait corroboré par la présence de Bill Clinton à ces réunions en 1991 et celle de Tony Blair en 1993. Sans aller jusque là, les peuples choisissant tout de même à la fin leur dirigeant par le biais des urnes, le groupe de Bilderberg constituerait un des principaux lieux décisionnels de la mondialisation.

Ainsi les « Bilderbergers », comme ils se nomment eux-mêmes, à l’abri des regards extérieurs, en dehors de toute médiatisation, gèrent les affaires du monde. Ce genre de groupe, c’est vraiment du pain béni pour tous les adeptes de la « théorie du complot ». A leur décharge, sur ce coup là, on ne peut que comprendre leur paranoïa. Alors que la réunion s’est tenue les 7 et 8 juin, pas une agence, pas un journal et très peu de sites Internet pour relayer cette information. On se croirait dans Le Talon de Fer, de Jacques London. Saluons les sites Alterinfonet et Rue89, les seuls qui ont parlé de la réunion de cette année. Pourtant rien que la liste des participants avait de quoi allécher toute la presse, notamment people.

Aller, « en exclu » comme ils disent, voici la liste des participants français de cette année :

-Christophe Margerie, PDG de Total,

-Thiery de Montbrial, président de l’Institut français des Relations internationales (IFRI), ça c’est pour le côté intello,

-Nicolas Baverez, doxosophe de salon et « déclinologue » célèbre,

-Henri de Castries, président du directoire du groupe AXA,

-Bertrand Collomb, président du Conseil d’administration du groupe Lafarge,

-Bassma Kodmani (ouaih, une femme !), directrice de l’Arab Reform Initiative, 

-Et dame Christine, comme disait Philippe Alexandre, Christine Okrent, épouse de l’autre et toujours dans les bons coups,

 jusqu’ici rien d’étonnant

Pour les politiques :

-Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d’Etat aux affaires européennes,

-François Pérol, secrétaire général adjoint de l’Elysée,

-Hubert Védrine, prof de relations internationales pour VIP au portefeuille bien garni,

-Jean-Claude Trichet, Président de la Banque centrale européenne,

-Et petite surprise, Manuel Valls, oui, oui, le socialiste député-maire d’Ivry en campagne, comme tout le monde au PS en ce moment, pour prendre la tête du parti.

Que faisait donc ce dernier au groupe de Bilderberg ? Il donnait des cours de socialisme ? N’en doutons pas ! Un peu comme Strauss Kahn au FMI ou Lamy à l’OMC. En fait, ce sont des taupes infiltrées au cœur du grand capital pour faire sauter cette mondialisation inique qui creuse chaque jour le gouffre des inégalités et amener au pouvoir l’international socialiste.

Merci camarades de vous battre pour les peuples du monde entier asservis par le Capital !  

En tous cas, c‘est Sarkozy qui peut être content. Avec des Socialistes comme ça, le danger est à chercher plutôt du côté des récalcitrants de la majorité. Pendant qu’au PS, on se bat pour savoir qui est le plus libéral, partout ailleurs, on se bat pour pouvoir finir le mois, surtout les trente derniers jours, alors que le monde n’a jamais autant créé de richesses qu’aujourd’hui.

Soyons sur que le groupe de Bilderberg a travaillé cette année sur une plus juste répartition des richesses et sur la lutte contre la crise écologique, les deux grandes urgences de la planète en ce début de 21ième siècle. Non ?

D’après le site Alterinfonet, l’ordre du jour des Bilderbergers de cette année était consacré tout d’abord au prix de l’essence, on s’en serait douté, puis à une probable attaque américaine de l’Iran (oui, oui, les faucons de la Maison Blanche, fiasco après fiasco, n’arrivent toujours pas à se calmer). Visiblement sur cette question les Bilderbergers européens étaient des plus septiques (c’est bien les gars !). Enfin, et ça c’est beau, le groupe de Bilderberg a évoqué la lutte contre le terrorisme et, à cet effet, la possibilité de poser une micropuce sur chaque citoyen américain pour surveiller les possibles futures recrues d’Al Qaeda. Je leur proposerai bien plutôt le code barre dans l’anus, plus discret, mais on va me taxer de vulgarité.

On le voit, le groupe de Bilderberg, c’est vraiment nécessaire pour sauver la planète ! Alors merci à Manuel Valls d’être allé le surveiller pour que nous la gauche, nous participions à la construction du bonheur de demain.

Désolé Ségolène mais je crois que l’on tient le futur secrétaire du PS. Et avec un PS aussi combattif, la droite a de belles années de pouvoir sans partage devant elle. Et l’année prochaine, on va tous à la réunion Bilderberg !

Lundi 2 juin 2008

Certes la diversité est devenue un thème très à la mode, qui s’impose désormais dans la plupart des partis politiques, du moins en apparence, comme un impératif démocratique. Ainsi Nicolas Sarkozy lors de son élection a mis en avant des personnalités dites «de la diversité », devenues ensuite ministres telles que Rama Yade ou Rachida Dati, jusqu’alors inconnues du grand public.

Pourtant, pourtant, on sent bien encore que quelque chose cloche, comme du temps de la promotion d’Azouz Begag, sous Chirac, qui avait eu ce bon mot : « je ne veux pas être l’Arabe qui cache la forêt ».

C’est là qu’intervient l'enquête réalisée par Vincent Geisser et El Yamine Soum.

Les auteurs, après avoir enquêté auprès d’une vingtaine d’élus et de militants politiques issus de l’immigration et des DOM-TOM, dénoncent une opération de diversion, une colorisation superficielle de la vie politique française pour mieux dissimuler les rapports de type colonial qui prévalent encore dans les formations politiques.

La diversité en politique, parlons-en ! Elus locaux ou nationaux, cadres et responsables, au PS, à l’UMP, chez les Verts, au PCF, au Modem, ils ont accumulé parfois plus de 20 ans de militantisme. Pourtant, aujourd’hui encore, ils sont unanimes à dénoncer les discriminations qui sévissent dans leur parti politique.

On s’aperçoit à travers ce livre que la diversité telle que pratiquée par les partis politiques conduit davantage à une gestion exotique des minorités dites « visibles », qu’à un véritable partage du pouvoir. Des noirs et des arabes, on en veut bien comme militants de base et colleurs d’affiches, mais quand il s’agit de devenir élu, représentant du peuple, là les partis sont unanimes pour favoriser les « non colorés ». On entend à ce propos d’ailleurs toujours les mêmes vielles rengaines : « le peuple n’est pas prêt », « cela choquerait notre électorat », « la prochaine fois sera la bonne », etc.

Dressant un bilan critique des élections législatives de 2007 qui se sont traduites par une totale invisibilité des « minorités visibles », les militants décrits dans le livre, issus de l’immigration maghrébine, africaine et des DOM-TOM, réclament un « traitement de choc républicain », pour instaurer une égalité réelle dans les partis.

Sceptiques à l’égard de la « discrimination positive », perçue majoritairement comme un faux remède, ils proposent un certain nombre de mesures concrètes pour lutter contre ce phénomène de « plafond de verre » qui domine encore aujourd’hui, en 2008,  la vie politique française.

Le véritable communautarisme, ne serait-ce pas plutôt celui des grandes formations politiques, qui fait que les institutions ne sont plus aujourd’hui à l’image de la France, diverse ?

La diversité à la Française ne doit pas être une voie de garage ethnique servant d’alibi aux partis politiques pour se donner bonne conscience.

Après la lecture de cet ouvrage, les nombreuses hypocrisies et impostures qui règnent sur le sujet sont démasquées et des pistes sont ouvertes.

Mercredi 28 mai 2008

Ce titre d’une pièce de Shakespeare, publiée en 1600, « Much Ado about Nothing » en version originale, convient parfaitement à la réforme constitutionnelle voulue par Sarko et étudiée en ce moment même à l’Assemblée nationale, avant un petit tour au Sénat et son vote définitif au Congrès réuni à Versailles, début juillet. Sur les 89 articles que compte la Constitution de la Vième République, en vigueur depuis 1958, pas moins de 33 vont être toilettés. Comme toujours, l’excité de l’Elysée voit les choses en grand.

Plus de révisions constitutionnelles que Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac réunis. Comme De Gaulle ! A part la taille, pour Sarko, rien entre lui et le grand homme. « La plus profonde réforme » depuis l’élection du Président de la République au suffrage universel en 1962, dixit François Fillon, qui sur ce coup cire les bottes de son chef alors qu’il n’en finit pas de voir son poste court-circuité par l’hyperactivité de Sarkozy. Il oublie le passage au Quinquennat effectué sous Jospin en 2000, après un référendum d’ailleurs et non un vote au Parlement. Là, on ne demande pas l’avis du peuple, on cherche à lui en mettre plein la vue. Mais les réformes institutionnelles en court ne permettront pas aux Français de voir leur facture à la pompe ou à la caisse des supermarchés diminuer.

Alors quel intérêt que tout cela, si ce n’est une nouvelle fois de nourrir le narcissisme de nature psychotique de notre Président, cherchant coûte que coûte à apparaître comme le meilleur ? Passe t’on enfin à un régime clairement présidentiel ou au contraire totalement parlementaire ? Avons-nous  en ligne de mire une Nouvelle République, genre 6ième, chère il y a encore quelques années à Arnaud Montebourg, avant qu’il ne se rallie à Ségolène et se complaise dans le cumul des mandats, sans doute à l’approche de la crise de la cinquantaine ?

Non, non et non ! Même si plus d’un tiers des articles vont être modifiés, on ne touche pas aux fondamentaux. Par exemple, étant donné la pratique actuelle concernant les prérogatives de Matignon, on pourrait supprimer purement et simplement le poste de Premier Ministre. Cela soulagerait Fillon, obligé tous les 15 jours d’aller s’emmerder chez PPDA ou Chazal pour prouver qu’il existe. Le Président ne partagerait alors plus le pouvoir exécutif, mais se verrait en contrepartie vraiment responsable devant le Parlement. Il faudrait donc supprimer son droit de dissolution de même que le 49.3 permettant au Gouvernement de passer outre l’avis des parlementaires.

L’Assemblée devrait également maîtriser complètement son ordre du jour, alors que dans la fausse réforme actuelle, le gouvernement garde la mainmise sur les navettes entre le Palais Bourbon et le Sénat. On pourrait alors passer à un véritable régime présidentiel à l’américaine, avec un Président fort mais contrôlé par le Parlement. Ce n’est pas mon souhait (je préfèrerais un régime parlementaire avec suffrage proportionnel permettant la représentativité réelle du corps électoral français) mais cela aurait au moins le mérite de la clarté.

Rien de tel dans la réforme de Sarko. On ne touche pas au mode de scrutin des Parlementaires, alors que celui des Sénateurs pose un réel problème démocratique (aucune alternance depuis les débuts de la Vième République), on ne touche pas au cumul des mandats, alors que c’est l’exception culturelle française (dans aucun autre pays démocratique, on n’imagine des députés qui soient également maires, présidents d’agglomération, ayant un siège au conseil général et régional et qui en plus exerceraient une fonction dans le privé, n’est-ce pas Monsieur Copé ?, mais il n’est pas le seul), et bien entendu on ne touche pas vraiment au pouvoir de nomination du Président de la République, qui ressemble plus au fait du Prince qu’aux décisions d’un chef d’Etat d’un grand pays moderne. Il faudra désormais 3/5 des voix du Parlement pour s’opposer à une nomination du Président. Les optimistes y verront un progrès, mais avec une telle majorité qualifiée, Sarkozy est tranquille et pourra continuer de nommer qui il veut, de même que de donner des titre honorifiques tels que Légion d’Honneur et Grande Croix du mérite à des personnes aussi méritantes qu’Isabelle Balkany, condamnée par la justice pour prise illégale d’intérêts.

Par contre, le Chef de l’Etat pourra désormais s’inviter au Parlement pour donner les grandes lignes de sa politique. Ca nous fait une belle jambe, d’autant que l’intervention ne sera suivie d’aucun débat ou vote. Simplement, il restait un endroit où Sarko ne pouvait pas s’inviter pour jouer les gros bras devant les caméras. Et bien maintenant il le pourra. Quelle avancée pour les citoyens ? Rien.

Et le droit de vote des résidents étrangers pour les élections locales dans tout ça ? Toujours pas au programme, alors qu’il faisait partie des promesses de Mitterrand avant l’élection de 1981. Une loi fut votée sous Jospin en 2000, à l’initiative du député Vert Noël Mamère, mais le gouvernement socialiste refusa ensuite de la présenter au Sénat, au prétexte que la majorité de droite de la validerait pas. On attend toujours. Un amendement déposé la semaine dernière par les Verts et les Communistes à l’Assemblée nationale a été rejeté d’emblée par la majorité. Alors que 16 pays européens ont d’ores et déjà accordé à leurs résidents étrangers extracommunautaires le droit de vote aux élections locales, la France, en retard comme toujours, veut bien chasser ses clandestins mais ne surtout pas faciliter par le vote la situation de ses étrangers réguliers, qui payent des impôts mais se voient encore en 2008 privés d’un droit fondamental, celui de voter et de participer à la vie politique du pays dans lequel ils vivent. Le droit de vote des résidents étrangers incorporé dans la Constitution, ça aurait été une vraie avancée démocratique.

Quant au PS, que réclame t’il pour voter le texte? Une réforme du Sénat bien entendu, dans la seule optique de récupérer la présidence de la Haute Assemblée au prochain renouvellement de 2011. Sinon, il veut que l’on comptabilise le temps de parole du Président de la République. Quel rapport avec la Constitution me direz-vous ? Aucun, mais le PS aimerait bien rouler des gros bras devant les caméras plus souvent, comme Sarko, que les ténors socialistes admirent plus finalement qu’ils ne s’opposent à lui. Avec des ennemis comme ça, pas besoin d’amis !

Cette réforme pourrait finalement s’appeler « Petits arrangements entre amis ». Elle ne permettra certainement pas de réconcilier les citoyens, à qui l’on demande en permanence de fournir plus d’efforts, avec leurs représentants politiques, qui eux vont pouvoir continuer à cumuler et à se gaver sur le dos du peuple. Mais elle facilitera la com’ élyséenne et donnera à l’opposition socialiste l’occasion de montrer qu’elle a des idées (tu parles !). Pour paraphraser NTM, « mais qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ? ».   

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