Lassé par toutes ces inepties politico-médiatiques qui s'auto-alimentent au détriment des citoyens, je préfère parler aujourd'hui d'un homme politique, au sens noble du "politique", qui s'est rendu à Paris en ce début de semaine en toute discrétion et dans l'indifférence médiatique, alors qu'il est une véritable star dans son pays, Rajagopal (photo).Rajagopal part ensuite travailler avec les plus pauvres, les dalits ("intouchables") et les tribus aborigènes vivant depuis des temps immémoriaux au coeur des forêts. Méprisées et brimées par la poussée de la modernité, ces populations sont en effet chassées sans vergogne de leurs terres par l?exploitation des forêts et la construction de barrages.
Pour unifier les luttes sur cinq Etats, Rajagopal crée en 1990 le mouvement Ekta Parishad, "le Forum de l'Unité" en Hindi, qui se bat pour permettre aux plus pauvres d'accéder à la terre selon les principes gandhiens basés sur la non violence. En 2000, l'organisation obtient une grande victoire, une réforme agraire dans le Madhya Pradesh. Rajagopal passe alors du statut d'agitateur local à celui de star national, avec qui il faut désormais compter. En 2004, Ekta Parishad a par exemple joué un rôle déterminant dans la victoire du parti du Congrès aux élections, en faisant voter les dalits et les populations tribales, des centaines de millions d'Indiens, pour la gauche. Mais le mouvement refuse d'entrer dans le jeu politique et Rajagopal, malgré les nombreuses sollicitations, préfère agir dans le cadre de la société civile plutôt que d'entrer dans la logique des jeux de pouvoir.
Personnage devenu incontournable, qui déplace aujourd'hui en quelques mots des dizaines de milliers d'intouchables désormais politisés, celui que l'on appelle le "nouveau Gandhi" était donc à Paris mardi 9 et mercredi 10 mai. Il a participé à un colloque à l'Inalco (au centre de la photo avec à sa gauche Jean-Louis Bato, spécialiste de l'Inde et président de l'ONG Solidarité) le 9 mai sur le mouvement des sans terres en Inde et a livré à un auditoire de plusieurs dizaines de personnes très attentives sa vision du développement, qui va dans le mur, et de la mondialisation, qui est à ses yeux un "processus d'appropriation des ressources naturelles au profit d'un groupe de plus en plus restreint d'individus". Personnage chaleureux, toujours souriant et toujours à l'écoute, Rajagopal a beaucoup à nous apprendre sur la façon de faire de la vraie politique, sur l'amour de son prochain et sur la vision d'un monde beaucoup moins ethnocentré. Après avoir mangé en sa compagnie, ma sinistrose politique s'estompait et je reprenais du poil de la bête.
Nos politiques empêtrés ou agitateurs dans l'affaire Clearstream devrait en prendre de la graine.
Pour en savoir plus sur le mouvement Ekta Parishad, voir leur site Internet.
Voir aussi le site de Solidarité
A l'heure où la sécheresse menace
Plus qu'une super reforme du CDI, la politique de l'or bleu à bien besoin d'être réformée. Les élus locaux en ont assez d'un système inégalitaire dans lequel les communes paient à la place des autres. Les juristes ne comprennent pas comment un système déclaré inconstitutionnel en 1982 subsiste encore en 2006.
Pour comprendre la nécessité de la reforme de la politique de l'eau, il faut s'attacher à démontrer les points de blocage du système actuel. D'abord, le système financier des six agences de l'eau (organismes percevant des fonds sur les usagers pour financer des ouvrages de traitement et d'épuration des eaux), modèle internationalement reconnu pour sa capacité à accumuler des fonds pour une politique de l'environnement, est aujourd'hui remis en cause par l'anticonstitutionnalité des redevances qu'elles perçoivent. Une décision du conseil constitutionnel de 1982 requalifie les redevances en impôts, dès lors soumis à l'article 34 de
La petite loi sur l'eau propose une alternative assez approximative. Le plafond du budget des agences, proposé au vote du Parlement, est fixé à 12 milliards d'euros, soit le montant du dernier programme quinquennal des agences. Mais ce chiffre (en apparence logique puisqu'il reprend le montant antérieur) ne prend pas en compte quelques petits changements de taille. La commission européenne a adopté, en 2000, une directive visant à atteindre le bon état écologique d'ici 2015. Or, les études sur l'état des plans d'eau n'étant pas encore terminées, personne ne peut prévoir les actions à mener, et par conséquent, le montant de ces actions. En outre, les 12 milliards englobent une nouvelle charge pour les agences, puisque celles-ci doivent financer le FNDAE (fond national pour le développement des adductions d'eau).
En d'autres termes, le budget des agences passe de 400 millions d'euros par an et par agence à 375... Les sommes allouées à la protection de l'eau sont donc en chute libre, et il ne faut surtout pas compter sur un ministère de l'environnement inexistant pour combler ce manque, avec un budget réduit d'année en année. De plus, la tendance est plutôt de ponctionner l'argent des agences pour financer le ministère que le contraire.
Mais la réforme la plus importante ne relève pas de la logique juridique. Ce sentiment doit sans doute être partagé par l'ensemble des groupes politiques, puisque le système anticonstitutionnel dure depuis 24 ans.
Le véritable enjeu d'un remaniement de la politique de l'eau vise à une plus grande égalité du système.
En effet, les agriculteurs totalisent 50% de la consommation d'eau, contribuent à hauteur de 1,2% au système des agences, et en reçoivent 9,5%. Les particuliers, par l'intermédiaire des collectivités, financent 84,2 % du budget des agences, et ne reçoivent que 77,5%, quand les industriels participent à hauteur de 14,6% et récupèrent 13%. Or la source principale de financement des agences de l'eau étant calculée en fonction de la quantité de pollution émise, il est assez surréaliste de voir que les agriculteurs contribuent si peu, alors qu'ils sont la première cause de pollution des milieux aquatiques, du fait du rejet des nitrates qu'ils utilisent pour leur cultures et élevages. La raison est pourtant simple : les agriculteurs ne paient pas de redevance nitrates.
C'est donc sur ce point que le projet de loi sur l'eau était le plus attendu par les écologistes. Et que change-t-il exactement? Rien du tout. Ceux qui polluent le plus continueront à polluer autant, sans payer, puisque la redevance nitrate n'est pas inscrite dans la petite loi.
Pourtant, selon un fonctionnaire de la direction de l'eau au ministère de l'écologie et du développement durable, un accord avait été trouvé avec les agriculteurs, qui avaient accepté la redevance nitrate à deux conditions: que l'on crée un fond sur les boues, et que l'on inscrive la taxe phytosanitaire dans le budget des agences (pour donner l'illusion que les agriculteurs participent plus qu'avant au système financier. Ainsi leur contribution passera magiquement de 1,2% à 4% sans qu'ils ne versent un sous de plus).
Les deux conditions ayant été acceptées, les agriculteurs se sont engagés à supporter la redevance nitrates. Pourtant, une semaine après l'accord, un grand Monsieur nommé Jacques Ch..., Président de
Voir sur le même sujet:
les marchands d’eau et les agro-industriels dictent la loi.
Kévin Marcombe
Juriste
Alors qu'hier soir, mardi 2 mai, le projet de loi de Sarkozy était débattu dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, à l'extérieur, une centaine de sans papiers et militants s'étaient réunis pour défendre leurs droits et afficher leur hostilité à ce projet de loi. Au cri, désormais classique, mais visiblement pas assez entendu, de "Nous sommes tous des enfants d'immigrés", les militants réclamaient le retrait de la réforme du Céséda et la régularisation de tous les sans papiers. Les députés, eux, écoutaient doctement le ministre de l'Intérieur exposer avec éloquence et efficacité (je lui reconnais un grand talent dans la démagogie) son projet qui s'avère pourtant être une remise en cause gravissime du droit des étrangers en France. Sarkozy s'est livré pendant son exposé à un de ses sports favoris, la division de l'adversaire, en bon adepte de Machiavel. Ainsi a t'il salué "la responsabilité" et le "réalisme" de certains socialistes tels Strauss-Khan ou Malek Boutih, qui avaient rejeté la régularisation des sans papiers présents sur le territoire français, contrairement à Lang ou à Fabius qui pour une fois avaient affiché, sans trop d'hésitations, une position de gauche, la régularisation.
Et voilà, chapeau l'artiste. Les socialistes apparaissent divisés, Sarkozy s'affiche comme pragmatique, et personne ne remet en cause ce projet de loi scandaleux qui va sans conteste venir compliquer, voire détruire la vie de milliers de nos concitoyens dans l'indiférence générale.

Faut-il le rappeler, l'immigration n'est pas le problème de la France. Ce n'est d'ailleurs pas un "problème" mais une chance pour notre petit pays, par ailleurs souvent fermé sur lui-même et qui s'adapte tant bien que mal à la mondialisation. (Les grands groupes français n'ont eux aucun problème à s'adapter, tel Bouygues qui investit même dans certains pays délaissés par tous les autres -voir sur ce blog Bouygues et le Turkménistan-).
Ce ne sont pas les immigrés qui créent le chomage, qui ont des comportements délictueux, qui font baisser les revenus des ménages, qui provoquent les délocalisations. Bien au contraire ils en sont les premières victimes. Mais c'est tellement plus facile de s'en prendre aux plus faibles. Surtout qu'ils n'ont toujours pas le droit de vote (promesse de Mitterrand dans le programme commun de 1981, il y a 25 ans). Alors c'est pratique de taper sur ceux qui ne sont pas des électeurs tout en flirtant avec d'autres, ceux du FN, qui dans le calcul de Sarko pourraient lui faire remporter les présidentielles. Comme d'habitude, les étrangers sont la variable d'ajustement des politiques électoralistes de nos hommes politiques français sans scrupule. Mais désolé pour eux (Sarkozy, De Villiers et consorts), Jean-Marie vivant, ses électeurs ne le délaisseront pas. Tous les politologues semblent d'accord sur ce point.
Enfin, regardons plutôt du côté des sans papiers, qui manifestaient hier de façon organisé et bon enfant, réclamant simplement le droit à l'existence juridique. Ils sont en France, souvent depuis de nombreuses années, ils y travaillent (au noir et sont donc exploités la plupart du temps), ils y ont leur famille et leurs liens et rien ne sert de continuer à nier leurs droits.
Quelques personnalités politiques de gauche étaient présentes à leur côté, telles Martine Aubry (Maire de Lille, PS) ou encore Yves Cochet (député de Paris -photo-), candidat à l'investitures des Verts pour les présidentielles de 2007. Et les autres? Dans l'hémicycle à écouter les amendements sur la réforme du Céséda. La gauche (une certaine gauche, celle qui, comme le disent les journalistes, a "vocation à gouverner"-pas de commentaires-) risque une nouvelle fois, comme entre 1997 et 2002, de se faire piéger par la droite sur le thème de l'immigration, qui, comme l'insécurité, n'est qu'un cache sexe des vrais problèmes français. Les politiciens ayant laissé aux économistes et aux marchands le soin de gérer nos vies, notre environnement, notre emploi et notre avenir, ils se rattrapent sur les seuls sujets pour lesquels ils ont encore l'impression d'avoir un tant soit peu d'influence, tels que les politiques migratoires.
J'ose croire encore qu'il y a plus de progressistes que de racistes dans notre pays. Mais il faut dire que le gouvernement actuel ne facilite pas les choses en la matière.
Dernière chose, même si je sais que ça n'a rien à voir: Combien coûte pour le budget de l'Etat un immigré qui réclame une CMU par rapport à un porte-avion Clémenceau qui fait le tour du monde en en finissant pas de pourrir en route?Rappel: Pétition et site de l'UCIJ
Voici une lettre magnifiquement écrite concernant les politiques migratoires de l'Europe en général et de la France en particulier. Je n'ai absolument rien à ajouter.
Source : http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=13443
" A Monsieur Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur,
A Messieurs les ministres de l’intérieur de l’Union Européenne,
L’une de vos préoccupations aujourd’hui semble être d’endiguer le flux ininterrompu des réfugiés économiques qui assiègent les frontières de l’Union Européenne, réfugiés qui, pour beaucoup, viennent d’Afrique noire.
Nous savions depuis longtemps que la pression était forte et des milliers de cadavres balisent déjà les routes du désert quand les vieux camions rendent l’âme, le détroit de Gibraltar quand coulent les frêles embarcations, ou les autoroutes d’Europe quand on oublie d’aérer citernes ou conteneurs où ils voyagent.
Qu’une route se ferme, une autre s’ouvre... et il va en être ainsi pour longtemps !
Vous pouvez bien affréter ces humiliants charters de « retour au pays » qui blessent profondément l’âme hospitalière africaine, elle qui garde mémoire d’avoir été convoquée pour défendre la mère patrie,
vous pouvez bien mettre une troisième rangée de grillage à Ceuta et Mellilla (Que faisons-nous encore là-bas ?) ou faire disparaître le camp de Sangate,
vous pouvez bien organiser des reconduites aux frontières sous les feux des caméras de télévision, cela rassurera peut-être vos opinions publiques mal informées, mais cela n’arrêtera pas l’arrivée des réfugiés économiques.
Ils arriveront quand même parce que les gouvernements français et européens n’ont jamais vraiment souhaité que les paysans d’Afrique de l’Ouest (80% de la population) puissent vivre du travail de leur terre. Vous refusez d’acheter leurs produits à un prix rémunérateur qui leur donne la possibilité de rester chez eux. Vous refusez d’investir dans l’agriculture familiale qui seule peut fixer les populations chez elles.
Vous avez toujours préféré distribuer de l’aide déstructurante quand il est trop tard et que les plus faibles sont déjà morts. Vous préférez apporter une aide tardive avec vos stocks d’invendus transportés à grands frais, plutôt que de créer un environnement qui permette aux paysans africains de développer leurs propres productions et leurs propres stocks.
Vous déstabilisez leurs marchés avec les faux prix du pseudo marché mondial, que vous bricolez à votre guise (par des subventions ou du dumping). Et vous annoncez à tous cette nouvelle soit-disant vérité : Commerce ultra-libéral = développement.
Alors que nous voyons chaque jour que cette recette ne fait qu’enrichir les riches et appauvrir les pauvres...
Ils arriveront quand même parce que vos collègues chargés du développement l’ont trop souvent réduit à des aides budgétaires ou à des prêts ponctuels favorisant des régimes corrompus à la tête d’Etats où règnent le non-droit, la corruption et le racket permanent des plus faibles. Peu de chances alors de voir les plus jeunes se motiver dans un tel environnement. Ils veulent venir en Europe, et ils viendront.
Ils arriveront quand même parce que, quittant la campagne, ces jeunes ne trouvent dans les villes sous-équipées ni travail, ni considération, ni perspectives d’avenir. Les quelques emplois qui existent sont déjà aux mains d’une minorité qui se les réserve. Restent les seuls chemins de l’aventure que "TV5 monde" fait briller à leurs yeux. Ils rêvent de l’Europe.
Ils arriveront quand même parce que finalement vous en avez besoin
- dans l’agriculture (légumes, fruits et primeurs) parce que la grande distribution, en écrasant les prix, ne permet pas de salarier normalement ceux qui produisent et récoltent,
- dans le bâtiment, parce que les contrats de sous-traitance de nos grands groupes BTP, s’ils favorisent la création d’importants bénéfices, ne permettent pas non plus de rémunérer normalement la main-d’oeuvre de ce secteur,
- et parce qu’il faudra bien remplacer l’importante génération du « baby-boom » qui commence à prendre sa retraite.
Quand la communauté européenne prendra conscience que le monde a besoin de toutes les agricultures du monde,
quand la communauté européenne décidera qu’il est juste et bon que l’Afrique protège ses filières de productions naissantes (agricoles et autres) pour parvenir à la souveraineté alimentaire,
quand la communauté européenne ouvrira vraiment ses marchés aux productions de l’Afrique sub-saharienne pour qu’elle devienne enfin solvable,
quand la communauté européenne renoncera à imposer ses Accords de Partenariat Economique (APE, qui sont en fait des accords de libre-échange) qui vont ruiner ce qu’il reste encore de production locale et appauvrir un peu plus les Etats africains,
quand la communauté européenne cessera de soutenir les " démocratures " africaines,
Alors, Monsieur le ministre, Messieurs les ministres, alors seulement, peut-être, la pression sera moins forte à vos frontières.
Bon courage !"
Jacques LACOUR,
Koudougou, le 5 avril 2006
