Editorial
On nous parle à longueur de temps de "Mondialisation heureuse" et de développement nécessaire et favorable à tous. Alors juste un petit blog, pavé de plus dans la mare des joyeux chantres des bienfaits de la Globalisation. Il se base sur des expériences personnelles et s'adresse à tous les "sans", sans terre, sans air, sans droits, sans papiers, sans travail, sans toit, sans toi aussi d'ailleurs... Les récidivistes du stage s'y reconnaîtront.
Toute accusation d´affiliation à un groupe, parti, association, clubs de libéraux masochistes ou de néomarxistes, de joueurs de boules, de propriétaires de chien qui pue, de réhabilitation du clocher de Moussac ou de je ne sais quoi encore ne serait que fumisterie et vil procès d´intention. Les propos rédigés en ces pages n´engagent que leur auteur afin de partager des points de vue, des expériences vécues, des constats lors de voyages à l'étranger, etc. Il s'agit de réfléchir, un peu, sur le développement, sur l'environnement, sur l'actualité, sur la politique, sur l'altérité sans trop d'austérité. Bin Jamin se veut un vecteur d'informations généralistes à tendance sociale et écologique, mais également nationale et internationale.
Sa philosophie: " L'erreur ne devient pas vérité parce qu'elle se propage et se multiplie. La vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit." (Gandhi)
Ou encore: "Le nouvel ordre mondial est en vigueur jour et nuit, selon le principe que celui qui ne produit pas, qui ne consomme pas et qui n'a pas d'argent pour le mettre en banque est inutile. Ainsi les immigrants, les sans terre, les sans toit sont traités comme les déchêts du système: ils doivent être éliminés." (John Berger)
Tous les commentaires sont les bienvenus, de même que les textes d'auteurs qui se sentent inspirés.
Les 27 et 28 octobre à Paris, DES ELUS SONT DEVENUS RECELEURS en acceptant des sachets de semences
paysannes remis par le collectif "Semons la Biodiversité" !
Le 28 octobre, une délégation du collectif « Semons la biodiversité » a remis sur le Parvis de l'Hôtel de
Ville de Paris des sachets de semences fermières (semences sélectionnées par l'industrie semencière mais multipliées à la ferme) et paysannes (semences sélectionnées et reproduites à la ferme) à
Denis Baupin, adjoint au Maire de Paris chargé du Développement Durable, de l'Environnement et du Plan-climat, et Fabienne Giboudeaux, adjointe au Maire de Paris en charge des espaces verts.
Tous les échanges de semences paysannes, même à titre gratuit, sont interdits par la législation française alors qu'ils sont indispensables à la survie de la biodiversité cultivée par les
paysans. Par ailleurs, les paysans qui ont récolté dans leurs champs ces grains de blé refusent de payer des royalties à l'industrie semencière : ils sont de ce fait coupables de contrefaçon et
toute personne acceptant de recevoir ces semences devient coupable de recel d'une contrefaçon.
Après Jacques Boutault, Maire du 2e arrondissement de Paris qui avait accepté la veille au soir les sachets de semences paysannes, en présence de plus de 350 personnes en salle Jean Dame, deux
autres élu-e-s sont devenu-e-s receleurs...
Les élus receleurs
envoyé par latelevisionpaysanne
DÉCLARATION COMMUNE ADOPTÉE LE 27 OCTOBRE A PARIS PAR LE COLLECTIF "SEMONS LA BIODIVERSITÉ"
"Nous, paysans, jardiniers, consommateurs, citoyens, réunis ce lundi 27 octobre à la salle Jean Dame de la mairie du 2° arrondissement de Paris, déclarons nous associer au mouvement des semeurs volontaires de biodiversité. En conservant, en semant, en multipliant, en échangeant et en vendant des semences de variétés paysannes libres de droit, non mutées ni manipulées et non inscrites au catalogue officiel, nous refusons : tout droit de propriété intellectuelle sur le vivant, brevet ou certificat d'obtention végétale, le fichage génétique des plantes ou des animaux dans le seul but de faciliter ces formes légales d'appropriation privée des biens communs, les semences industrielles manipulées grosses consommatrices d'engrais et pesticides chimiques qui réchauffent la planète et affament les peuples pauvres pour nourrir les animaux et les voitures des riches,
En conservant, en semant, en multipliant, en échangeant et en vendant des semences de variétés paysannes libres de droit, non mutées ni manipulées et non inscrites au catalogue officiel, nous : contribuons au renouvellement indispensable de la biodiversité cultivée, garantissons l'existence d'agricultures paysannes et biologiques seules capables de nourrir et de refroidir la planète, défendons notre droit à une nourriture suffisante, de qualité et à la souveraineté alimentaire, devenons volontairement receleurs et diffuseurs de variétés paysannes interdites par des lois illégitimes,
Nous exigeons une évaluation indépendante et contradictoire des risques des OGM sur la santé, l'environnement et les agricultures paysannes, biologiques et de qualité. Toute coexistence est impossible et le droit des régions et des pays à refuser toute culture de PGM et toute semence contaminée doit rester inaliénable. Une semence ou un produit n'est pas un peu contaminé. Ils sont contaminés ou ne le sont pas. Nous refusons toute dissémination de plantes génétiquement manipulées, que ce soit par transgénèse, mutagénèse dirigée, fusion cellulaire, nanotechnologies ou autres techniques de bricolage du vivant.
Les semences sont le bien commun des communautés rurales qui les ont sélectionnées et conservées. C'est pourquoi, au soir de cette initiative de la campagne « semons la biodiversité », nous nous engageons à faire respecter les droits collectifs des paysans et des communautés d'user, de développer, d'échanger et de protéger leurs semences, première marche du droit des peuples à la souveraineté alimentaire, contre la globalisation du commerce.
Si l'ensemble des paysans, jardiniers, consommateurs, citoyens sèment et cultivent la biodiversité enfermée dans les banques de gènes partout dans leurs champs, jardins privés, partagés ou publics, sur leurs balcons, alors le château de carte des Droits de Propriété Intellectuelle sur le vivant s'écroulera."
A Paris, le 27 octobre 2008
« Le discours politique est destiné à donner aux mensonges l'accent de la vérité, à rendre le meurtre respectable et à donner l'apparence de la solidarité à un simple courant d'air ». Georges Orwell
A Droite, il fait avaler de travers, à gauche également, bien entendu pas pour les mêmes raisons. Cette dernière se veut de ne pas l’avoir inventé plus tôt, la première s’indigne que son chef à
talonnettes, élu sur les promesses des baisses d’impôt, en sorte actuellement un nouveau par semaine.
Mais l’ensemble de l’échiquier politique (exceptée la « gauche juste avant les bombes » comme dirait Denis Robert, ou l’extrême droite dont on se fout de l’avis) semble d’accord sur une
chose, « le RSA est une bonne idée.» Est-ce donc si vrai ?
Premier argument pour commencer, certes un peu démago mais ça fait du bien : toutes celles et ceux que l’on entend sur les ondes dire du bien du Revenu de Solidarité Active n’auront jamais à
le toucher à la fin du mois.
Exemple : Martin Hirsch, grand gourou promoteur du RSA. Avec une allocation
mensuelle de 12 795 euros, à laquelle il faut ajouter un accès gratuit au réseau SNCF (1ère classe), des quotas de déplacements aériens, une mise à disposition d'un parc automobile, des
dépenses téléphoniques et de courrier, une voiture de fonction avec chauffeur et enfin un logement de fonction pris en charge par l'Etat d'une superficie maximale de 80 m² plus 20 m²
par enfant à charge (autant dire un logement social), le Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté n’aura sans doute jamais besoin du RSA en complément de revenu. Lui et ses
collègues ministres, de même que les parlementaires, de droite comme de gauche, dithyrambiques sur le RSA, n’auront jamais à se soucier de fins de mois difficiles (à moins qu’ils aient été assez
cons pour souscrire à un PEA, plan d’épargne en actions, « dynamique », comme disent ces escrocs de conseillers financiers, bientôt tous
« subprimés »).
Une fois cela dit, arrêtons-nous donc tout d’abord sur les termes, « solidarité active ». C’est quoi le contraire, une solidarité passive ? On regarde les pauvres à la télé d’un
air attendri ? Et que la collectivité verse un complément de revenus aux travailleurs précaires parce que le système économique est devenu tellement inique que travailler ne suffit plus à
subvenir à leurs besoins élémentaires, ça c’est « actif » ?
« Solidarité active », ça ne veut rien dire ! La solidarité est une et indivisible, comme la laïcité. La solidarité est une démarche humaniste de personnes qui choisissent ou ressentent une obligation morale d'assister d’autres personnes. Elle existe en elle-même et n’a que faire
d’adjectif lui collant au derrière. Elle est holistique, comme dirait les sociologues. De même que la laïcité, qui n’est pas « positive » (que signifie « laïcité
positive » ? Comme dirait Christophe Alévêque « se faire mettre un doigt dans le cul par un curé en chantant la Marseillaise ? »).
C’est toujours la même méthode en Sarkozye : on prend un concept de gauche, la solidarité, ou la laïcité, on le saucissonne et on l’instrumentalise ensuite (la « bonne laïcité »,
la « bonne solidarité », comme s’il pouvait y en avoir des mauvaises). Et ces benêts du PS, au lieu de crier à l’imposture, courent derrière en se désolant de ne pas y avoir pensé plus
tôt. Il ne faudra pas s’étonner après si François Bayrou devient Président en 2012 sur les cendres encore chaudes de la Rose, qui aura perdu définitivement ses
épines.
Les termes mis à part, le Revenu de Solidarité active, c’est quoi donc ? Il s’agit d’une allocation qui vise à la fois à remplacer les minima sociaux existants comme le RMI ou l’API,
allocation de parent isolé, et à se substituer à des dispositifs comme la prime pour l’emploi.
Le RSA, c’est censé être pour ceux qui ne travaillent pas un revenu minimum et pour ceux qui
travaillent un complément de revenu. C’est du moins comme cela qu’on le présente au Gouvernement. La mise en place du RSA repose sur l'idée qu'une partie des chômeurs ne travaille pas car,
bénéficiant de minimas sociaux assortis de droits connexes, ceux-ci n'ont pas intérêt financièrement à reprendre un emploi. C’est vrai qu’au chômage après un emploi au SMIC, situation déjà vécue
par des millions de Français, on s’éclate par les temps qui courent.
On voit bien que les crânes d’œuf qui ont pondu ce type d’analyse partent déjà d’un à priori quant à une situation, la pauvreté, qu’ils ne connaissent qu’à travers les statistiques, mais
certainement pas à travers des expériences personnelles (prouvez-moi le contraire ! Je ne demande que ça !
De plus, les RSAistes, comme les chômeurs indemnisés par l'Assedic, devront respecter les obligations définies dans leur projet personnalisé d’accès à l’emploi et ne pourront refuser deux offres
«raisonnables» sous peine de sanction/suspension de la prestation. Le RSA, un bel outil pour surveiller et punir les pauvres.
Le RSA garantira pour l’instant un revenu salarial plafonné à 1.040 € par mois. Ouaouh ! Les pauvres travailleront donc plus, seront surveillés,
mais resteront pauvres. Certes on fera baisser les chiffres de la « très grande pauvreté », en faisant gagner une centaine d’euros supplémentaires à des précaires pour les faire sortir
des barèmes statistiques désobligeants pour le Gouvernement, mais ces personnes resteront soumises à un salaire de misère, à un temps de travail rallongé, et la collectivité paiera de plus le
complément qui devrait être réglé par les entreprises. Plutôt que l’assistance généralisée, des salaires décents pour tous me parait être une revendication plus classique mais beaucoup plus
logique.
Petite information, les entreprises ont reçu, en 2008, 65 milliards d'€ d'aides publiques, dont 32 milliards d’€ rien qu'en allègements de «charges» ou exonérations de cotisations. Ce chiffre est
à comparer déjà avec le coût, 1,5 milliards d’€, du RSA. Qui sont réellement les plus assistés dans notre pays ?
Martin Hirsch semble oublier qu'aujourd'hui les salaires pratiqués sont de plus en plus bas et l'emploi de plus en plus précarisé. Comme dirait Gérard Filoche, «Un salaire, c’est un salaire,
pas un soin palliatif». C’est là la question centrale. Mais tandis que les entreprises et leurs actionnaires, après s’être gavées de façon ignominieuse sur le dos des salariés, font
aujourd’hui payer la note de leur impéritie aux contribuables (voir crise des subprimes et autre couillonnade libérale), le gouvernement fait culpabiliser les premières victimes de ce système
suicidaire et leur balance des cacahuètes. Surtout que cette grosse cacahuète de RSA risque d’inciter les entreprises, voyant que la collectivité paye la note, à verser des salaires de plus en
plus minables. La suppression du Smic est en marche et la droite en a parfaitement conscience. La gauche elle dit que « l’idée est bonne mais qu’il ne faut pas la faire payer par les
classes moyennes », avec le prélèvement prévu de 1 et quelques % du Capital. Ignares ! L’idée est mauvaise !
Comme d’habitude, les bénéfices, c’est pour le privé (le blocage de l’augmentation des salaires avec le chantage au chômage), et les pertes (le RSA), c’est pour la
collectivité.
Tout ceci pour le plus grand bénéfice des patrons. La preuve : en mars 1998, le président du CNPF (ancêtre du Medef), un certain Ernest Antoine Seillière, avait suggéré dans un entretien à
la Tribune que l’Etat pourrait compléter le salaire que les entreprises régleraient « à hauteur de ce que peuvent payer les clients » par un, et les mots sont de lui,
« revenu de solidarité ». Il manquait le mot « active ». Merci Martin Hirsch. Avec lui, finie la pauvreté. Vive la précarité pour tous !
Comme le
rappelle Michel Guerrin, chef du service culture du Monde, dans son édito du vendredi 12 septembre 2008, les critiques autour de ce photoreportage de Paris Match, réalisé par
la journaliste Véronique de Viguerie, ont trois angles :D’abord il constituerait « une insulte » vis-à-vis de nos soldats tués et de leur famille, ensuite il ferait « la promotion » des Talibans et enfin il fragiliserait l’effort militaire français en Afghanistan.
Si le premier argument est à peu près recevable du point de vue des familles des victimes, qui n’ont pas encore eu le temps de faire leur deuil, les deux autres sont inopérants si l’on tient un tant soit peu à la liberté de la presse et au devoir d’informer. Néanmoins une phrase de Pascale Aragonès, épouse du chef de corps du 8e RPIMa encore en Afghanistan actuellement, est choquante : « Je me demande comment cette journaliste se regarde en face dans la glace », a t’elle déclaré à propos de Véronique de la Viguerie. Cette personne n’a visiblement pas compris quel était le rôle d’un journaliste, surtout reporter de guerre, mais nous mettrons cela sur le compte de l’émotion.
Mais le plus lamentable, ce sont les réactions de nos hommes politiques : Philippe de Villiers a parlé à propos de ce reportage de « haute trahison ». On en attendait pas moins de l’excité du bocage vendéen, mais le Premier Ministre François Fillon ou le Ministre de la Défense Hervé Morin ne sont pas en reste, de même qu’à gauche, ce qui est stupide de la part de personnes se voulant progressistes, chacun y va de sa critique à l’encontre de la journaliste de Paris Match : Pierre Moscovici ou Jean-Luc Mélenchon au PS, de même que Daniel Cohn- Bendit chez les Verts, qu’on a pourtant souvent connu bien plus inspiré.
Rappelons que les photos qui font polémique sont celle où l’on voit des Talibans qui semblent en train de poser avec des « trophées », objets qui appartenaient aux soldats français tués, casques, armes, treillis, et celle qui montre en gros plan la montre d’un des soldats remise ensuite par les Talibans à la journaliste qui l’a rendue à la famille de celui-ci de retour en France.
Revenons-en à l’argumentaire : ce reportage et ces photos feraient la promotion des Talibans et affaibliraient la France. Mais qu’est-ce que c’est que ce discours martial ? Nous sommes bien en temps de guerre, celui du « eux et nous » cher à Georges Bush et aux dangereux excités de la Maison Blanche qui , espérons-le, ont déjà commencé à faire leur carton. Mais, et désolé pour tous ces politiques français qui veulent surfer sur l’émotion des familles et de l’opinion publique pour se redorer l’image, le rôle du journaliste est de déconstruire ce discours : il n’y a pas de « eux et nous », il n’y pas que les affreux Talibans contre les gentils Occidentaux partis loin de chez eux pour apporter la démocratie aux quatre coins de la planète. Ca, ce sont les discours.
Mais ces Talibans sont des êtres humains qui existent, même si ça dérange, et le rôle du reporter de guerre, rempli ici avec beaucoup de courage et un grand professionnalisme par
Véronique de la Viguerie, est de montrer les deux, voire les multiples facettes de la réalité.
Lorsque des journalistes filment nos seuls soldats français en Afghanistan, bien peu les accusent de faire la promotion de l’armée et de prendre parti, alors que d’un strict point de vue
journalistique, il s’agit de propagande puisque l’on a qu’un seul discours à l’écran ou sur le papier, le notre, celui de l’Etat français par le biais de ces forces armées.
Si les Talibans recrutent si facilement en Afghanistan et qu’ils sont soutenus par une partie de la population, c’est qu’en face les « bavures » (le mot est bien trop faible) de l’OTAN
se multiplient et les Occidentaux sont de plus en plus perçus comme des envahisseurs. Un exemple, le 22 août dernier, près du village d'Azizabad, à quelques 120 kilomètres
d'Hérat (non loin de la frontière iranienne), un raid des forces internationales sous commandement américain et de commandos afghans a fait 90 morts parmi les civils, principalement des femmes et
des enfants. 90 morts bon sang ! Et pas des militaires qui ont signé pour être prêts à risquer leur vie! Des innocents, l’innocence même quand il s’agit d’enfants. Bien peu de nos
hommes politiques français se sont alors indignés. Que feriez-vous si vous étiez Afghans?
Alors oui c’est vraiment affreux ce qui est arrivé à dix de nos soldats, mais c’est cela la guerre ! Et les responsables de tous ces deuils et ces drames, ce sont les politiciens qui ont décidé dans leur bureau d’aller livrer bataille dans un pays lointain, qui n’a jamais eu de répit depuis la fin des années 70. On amène la démocratie avec le dialogue, la confrontation d’idées, l’exemplarité, et certainement pas avec les bombes et les chars.
Les journalistes qui montrent la cruauté de ces Talibans ne sont eux, sûrement pas responsables de tout ce « merdier », mais ils tentent courageusement de faire leur travail en allant sur le terrain, au plus prêt des acteurs, pour déconstruire des discours politiques et nous montrer l’horreur de la réalité, à nous qui sommes bien loin de tout cela, tranquillement attablés devant le poste (malgré certes la « crise du pouvoir d’achat »).
Surtout, les reporters de guerre montrent à ces hommes politiques qui eux décident des guerres, portent réellement la responsabilité de tous ces morts, et restent soigneusement loin
des combats, et bien que la guerre, c’est con et ça tue ! Je croyais que chez nous, on l’avait compris depuis la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948.
Rien ne justifie la guerre, seule peut se défendre l’idée de la résistance à l’oppression. Et pour paraphraser Gandhi,
contrairement à la doctrine de Machiavel, la fin ne justifie pas les moyens. Quand les moyens utilisés ne sont pas justes, la fin n’est jamais bonne. Et la guerre n’apportera jamais la
démocratie. L’Afghanistan est partie pour rester un bourbier dans les décennies qui viennent, et si Sarkozy a envoyé de jeunes soldats français là-bas, ce n’est certainement pas pour le bonheur
des civils afghans.
Alors plutôt que de critiquer l’excellent travail de Véronique de Viguerie (bravo à elle !), prenons-en nous donc à nos
dirigeants qui ont décidé, pour faire plaisir au Grand Frère américain, de participer à cette guerre inique.
Certes Paris Match se fait du pognon avec tout ça, mais « c’est de bonne guerre », sans vouloir faire de vilain jeu de mots.
« Il y a assez de tout
dans le monde pour satisfaire aux besoins de l'homme, mais pas assez pour assouvir son avidité ». Le Mahatma Gandhi
Que diriez-vous si une entreprise étrangère brevetait la recette de la baguette, chaque boulanger français se
voyant alors obligé de lui demander l’autorisation et de verser des royalties pour faire son pain ? C’est pourtant ce qui arrive notamment aux Indiens Ashaninka du Pérou concernant le Sacha
Inchi, une amande à la base de leur alimentation.
En 2006, un rapport de l’Union internationale pour la Conservation de la nature a démontré une nouvelle fois
que le développement de la civilisation humaine est en train de ravager un des plus grands trésors de notre planète, la biodiversité. L’exploitation croissante des ressources naturelles à des
fins commerciales détruit non seulement la diversité du vivant mais s’accompagne également de ce qu’Aminata Traoré nomme pour l’Afrique un « viol de l’imaginaire », le pillage culturel
des peuples autochtones. L’absence de règles internationales sur l’utilisation des ressources naturelles permet à chacun de s’approprier des savoirs traditionnels au détriment de leurs détenteurs
ancestraux à travers le système des brevets. C’est ce que l’on nomme la biopiraterie.
Ce phénomène de prédation planétaire ne fait jamais la une de l’actualité, alors que des millions de personnes
partout sur la planète, parmi les couches populaires les plus fragiles, en sont directement victimes. Il est donc grand temps que les militants écologistes s’emparent de ce sujet, au confluent
des urgences sociale et environnementale, pour sensibiliser l’opinion publique et lutter contre ce fléau.
Le fait de s’approprier les ressources biologiques d’un pays, d’une population ou d’une communauté à des fins commerciales, par le biais de dépôts de
brevets sur des gènes ou des espèces, sans respecter les droits des détenteurs des savoirs locaux, est essentiellement une pratique des laboratoires privés des pays du Nord.
Ces laboratoires profitent d’un vide juridique pour, d’une part diminuer leurs dépenses de recherche et développement en utilisant les savoirs traditionnels, et d’autre part s’approprier l’exclusivité des bénéfices de leur exploitation.
Quasi absente des médias, la lutte contre la biopiraterie est un élément clef dans la défense de la biodiversité, enjeu écologique majeurs du XXIe siècle, aussi déterminant pour l’avenir de notre planète que le réchauffement climatique.
La biopiraterie a été théorisée et clairement définie par Vandana Shiva,
(photo) physicienne indienne et militante écologiste, prix Nobel alternatif 1993, dans son ouvrage La Biopiraterie,
ou le pillage de la nature et des connaissances[1]. Pour celle qui est également directrice de la « Fondation de recherche
pour la science, les technologies et les ressources naturelles »[2] et fondatrice
de l’association Navdanya[3]
, la biopiraterie
« est un déni du travail millénaire de millions de personnes et de cerveaux travaillant pour le bien de l’humanité ».
Le terme « biopiraterie » a été d’abord utilisé pour décrire les brevets déposés par les grosses firmes privées travaillant sur le génie génétique dans les années 1980 afin de s'approprier un droit exclusif sur les gènes du génome humain, des plantes, et plus largement de tout ce qui est vivant, notamment les ressources naturelles de populations autochtones.
Mais ce type de pratique est du point de vue de Vandana Shiva, bien plus ancien : ces velléités prédatrices exercées par l’Occident colonisateur peuvent s’observer par exemple dès le XVème siècle, lorsque le pape Alexandre VI Borgia accorde aux rois catholiques, Isabelle Ire de Castille et Ferdinand II d'Aragon, toutes les terres se situant à l'Ouest et au Sud des Açores, en l’occurrence les Amériques que découvre par erreur Christophe Colomb en 1492, croyant être arrivé aux Indes.
Une autorité occidentale proclame alors unilatéralement son droit de propriété sur
des espaces encore inconnus (d’elle-même). Les populations locales, pourtant habitants légitimes de ces terres, regroupées sous le vocable erroné d’ « Indiens », n’ont plus qu’à
accepter cet état de fait ou à disparaître. La suite de l’histoire tout le monde la connaît : au prétexte d’exporter le progrès en ces territoires inexplorés par les colons européens,
ceux-ci vont massacrer sans vergogne la majorité des Amérindiens. Entre les pillages auxquels se livrent Anglais, Français et Néerlandais au Nord ou Portugais et Espagnols au sud, auxquels on
peut ajouter les maladies apportées par bateaux du Vieux Continent, coqueluche, rougeole, variole ou encore peste bubonique, les « Indiens » d’Amérique passent de plusieurs dizaines de
millions à la fin du XVe siècle à quelques centaines de milliers au XVIIe siècle. Ce « vol » des terres et de la vie de ces millions d’ « indigènes » américains par les
colons européens avides d’or et de ressources naturelles n’a pas d’équivalent dans l’histoire de l’humanité. Nos livres d’Histoire sont pourtant bien peu bavards en la matière[4].
Aujourd'hui, il n’y a plus de tels espaces géographiques à conquérir, et le XXe siècle a été marqué par le paroxysme mortifère puis le déclin (relatif) des Etats Nations. Les grandes firmes multinationales ont pris le relais de ces derniers dans le processus de prédation planétaire, et leurs nouveaux terrains de conquête se trouvent désormais à l’intérieur des êtres vivants, au niveau des cellules et des gênes.
Après la conquête de l’or (qui a justifié les massacres perpétrées pendant trois siècles par les Espagnols en Amérique du Sud, à la recherche notamment du mythique Eldorado), puis de l’ « or noir » durant tout le XXe siècle, semble venu le temps de l’ « or vert ».
Toute la vie sur terre, infiniment riche et diverse, que l’on peut désigner sous
le vocable « biodiversité », est devenue objet de convoitise pour les industries agrochimiques, pharmaceutiques ou encore biotechnologiques, se livrant à une prospection incessante des
plantes et des savoirs y étant associés. Nouveaux médicaments, produits cosmétiques, produits phytosanitaires et agroalimentaires, les débouchés commerciaux des gisements verts constituent une
immense source de profits pour les multinationales, particulièrement avides en la matière.
Non seulement ces firmes s’emparent de connaissances censées appartenir à l’ensemble de l’Humanité, mais de plus, comme 90% de la biodiversité se situe dans les pays du Sud, elles pillent les dernières richesses de populations extrêmement fragiles. Déjà martyrisés par l’histoire, massacrés, colonisés et exploités par les Occidentaux, nombre de peuples du Sud voient aujourd’hui leurs savoirs ancestraux appropriés par des grandes entreprises sans aucune contrepartie.
La biopiraterie constitue alors une des formes les plus poussées et les plus insidieuses de colonisation dont ait fait preuve l'Occident.
Il existe pourtant à l’échelle internationale des dispositifs censés protéger les droits des peuples autochtones. Ainsi la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) [5], signée lors du Sommet de la Terre à Rio en 1992, reconnaît officiellement l’existence de savoirs traditionnels et permet de faire valoir le principe de l’antériorité de ces savoirs oraux sur les droits conférés par des brevets. Mais dans le cadre des discussions autour de cette convention, les firmes multinationales cherchent encore à accroitre leur contrôle sur les ressources naturelles aux dépends des communautés rurales et indigènes par le biais d’un lobbying incessant. Elles continuent de promouvoir la privatisation du vivant.
A l’ère de l’économie de la connaissance, les questions de propriété intellectuelle sont au cœur des négociations commerciales internationales. Dans le cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce, les ADPIC (Accords sur les Aspects de Droits de Propriété Intellectuelle qui touchent au Commerce) constituent depuis le G4 de Postdam, la clef de voute du système de libre commerce. Les ADPIC protègent ainsi les firmes multinationales du Nord en leur permettant de breveter les ressources naturelles au détriment de la souveraineté alimentaire des pays du Sud.
En France, sur le marché très développé des produits cosmétiques, de nombreux laboratoires vont puiser leurs matières premières dans les zones de grande diversité biologique, faisant de notre pays un territoire privilégié pour les biopirates.
Face à cela, un groupe de travail s’est crée en 2007 pour défendre les droits des peuples autochtones et proposer des modes de valorisation alternatifs de la biodiversité et des savoirs traditionnels associés. Il réunit des associations de défense des droits des peuples indigènes et relaye le travail de terrain réalisé par des organisations et des gouvernements sur la biopiraterie, dans le but de faire annuler les brevets biopirates déposés en Europe. Il est vrai que le temps presse. Le gouvernement péruvien a dénoncé en 2006 et 2007 deux brevets déposés par des laboratoires français sur le Sacha Inchi. Les laboratoires GREENTECH et COGNIS ont en effet déposé un brevet pour des applications cosmétiques de l’huile de Sacha Inchi, utilisée depuis des siècles par de nombreuses ethnies amazoniennes dans leur alimentation et leur hygiène corporelle. Ces entreprises prétendent avoir découvert que l'huile et les protéines extraites de cette plante pouvaient servir à faire des cosmétiques particulièrement performantes dans les soins anti-âge. Or des écrits datant de 1992 rapportent que l'usage cosmétique du sacha inchi par les peuples du Pérou est connu depuis longtemps. Il y est décrit que les femmes mélangent l'huile de sacha inchi à de la farine de la graine pour préparer une crème revitalisante et rajeunissante; et les hommes frottent leur corps avec l'huile pour soigner les douleurs musculaires et les rhumatismes après l'effort. La preuve est faite que les brevets sont contestables, et ce combat ne fait que commencer.
Face à des enjeux économique très importants, la lutte contre la biopiraterie ne concerne ni plus ni moins que de la défense de la diversité de la vie, biologique et culturelle. Les peuples autochtones qui ont su jusqu’à aujourd’hui préserver les secrets de la nature, sont plus que jamais menacés par la voracité des businessmen planétaires, démunis face aux règles du jeu définis par les pays développés. Notre participation à ce combat constitue à cet effet une humble pierre à l’édifice d’un monde solidaire, dans lequel l’enrichissement de quelques uns ne pourra plus se faire au détriment de tous les autres.
Benjamin Joyeux, avec l'aide de Matthieu Mellul (collectif Biopiraterie)
Pour plus d’infos :
-www.icra.org
-www.biotech.indymedia.org
-www.biopiraterie.org (en cours de construction)
[1] Biopiracy : The Plunder of Nature and Knowledge, Vandana Shiva, SouthPress, 1997
[2] Research Foundation for Science, Technology and Natural Resource Policy
[3] http://www.navdanya.org/
[4] Lire à ce propos l’excellent ouvrage d’Howard Zinn, professeur émérite à la Boston University, Une histoire populaire des Etats-Unis, publié en France chez Agone, 2002.
[5] www.cbd.int
