Recherche

Présentation

"Bin Jamin", ça signifie "sans terre" en Hindi, et comme je m'appelle Benjamin et que je loue mon appartement, c'est un bon titre pour mon blog.

On nous parle à longueur de temps de "Mondialisation heureuse" et de développement nécessaire et favorable à tous. Alors juste un petit blog,  pavé de plus dans la mare des joyeux chantres des bienfaits de la Globalisation. Il se base sur des expériences personnelles et s'adresse à tous les "sans", sans terre, sans air, sans droits, sans papiers, sans travail, sans toit, sans toi aussi d'ailleurs... Les récidivistes du stage s'y reconnaîtront. Ce blog se veut un modeste lieu de "résistance", ce au sens noble du terme.

Toute accusation d´affiliation à un groupe (si ce n'est les écolos un peu gauchistes, je le concède volontiers, de même que Sauvons les Riches qui prône une mesure de salubrité publique, le revenu maximum), parti, association, clubs de libéraux masochistes ou de néomarxistes, de joueurs de boules, de propriétaires de chien qui pue, de réhabilitation du clocher de Moussac ou de je ne sais quoi encore ne serait que fumisterie et vil procès d´intention.

Les propos rédigés en ces pages n´engagent que leur auteur afin de partager des points de vue, des expériences vécues, des constats lors de voyages à l'étranger, etc. Il s'agit de réfléchir, un peu, sur le développement, sur l'environnement, sur l'actualité, sur la politique, sur l'altérité sans trop d'austérité. Bin Jamin se veut un vecteur d'informations généralistes à tendance sociale et écologique, mais également nationale et internationale, avec un intérêt marqué pour le Sous-Continent indien, véritable laboratoire de la globalisation, de ses excès et des mouvements qui tentent d'y remédier.

Sa philosophie: " L'erreur ne devient pas vérité parce qu'elle se propage et se multiplie. La vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit." (Gandhi)

Ou encore: "Le nouvel ordre mondial est en vigueur jour et nuit, selon le principe que celui qui ne produit pas, qui ne consomme pas et qui n'a pas d'argent pour le mettre en banque est inutile. Ainsi les immigrants, les sans terre, les sans toit sont traités comme les déchêts du système: ils doivent être éliminés." (John Berger)


Tous les commentaires sont les bienvenus, de même que les textes d'auteurs qui se sentent inspirés.
Dimanche 12 juin 2011 7 12 /06 /Juin /2011 15:10

Ca y est ! Depuis vendredi dernier, 14h, les inscriptions pour pouvoir voter aux primaires de l’écologie politique, et ainsi départager les quatre candidats en lice, sont closes. 32 896 personnes, plus du double du nombre des adhérents d'Europe Ecologie - Les Verts, se sont enregistrées sur le site des primaires et devront donc départager entre le 15 et le 23 juin prochains Henri Stoll, Stéphane Lhomme, Nicolas Hulot et Eva Joly.

La première bonne nouvelle est que l’on n’a jamais autant parlé d’Europe Ecologie – Les Verts, et que ce parti semble enfin prêt à peser sur l’échiquier politique à la hauteur de ce que représente en 2011 l’écologie politique pour l’opinion publique française. Malgré son peu de moyens comparé aux « grandes » formations politiques telles que le PS et l’UMP, il faudra désormais (mais on l’avait compris depuis les Européennes de 2009) compter avec EELV.

primaire-EELV-Paris.JPG

(2e débat de la primaire d'EELV à Paris, jeudi 9 juin 2011)

La seule question qui vaille maintenant, c’est de savoir quelle campagne les écologistes doivent mener pour la présidentielle de 2012. Les deux débats qui se sont jusqu’à présent déroulés à Paris et à Toulouse, et auxquels j’ai pu assister en direct,  ont permis d'illustrer les divergences entre ce que l'on nomme dans la presse "l'écologie de combat" (Eva Joly) et "l'écologie de la pédagogie" (Nicolas Hulot). Les deux candidats s'en sont bien sortis, et les deux autres (Stéphane Lhomme et Henri Stoll) aussi d'ailleurs. Ils se sont tous montrés prêts quoiqu'il advienne à porter le programme décidé collectivement par Europe Ecologie - Les Verts. Et au final, s'il n'y a qu'une seule personne véritablement issue des Verts (Henri Stoll, Stéphane Lhomme n'était pas adhérent jusqu'à présent), nos quatre candidats illustrent et l'ouverture de notre mouvement, et sa diversité. 

Quoiqu’il advienne, la ou le candidat qui sortira en tête des primaires devra porter le programme du parti EELV, et les trois autres auront la responsabilité de faire campagne à ses côtés.

Reste la façon d’incarner ce programme, et c’est pourquoi, et ces quelques lignes n’engagent que moi, je pense qu’Eva Joly est la meilleure des candidates.

Certes elle a un accent, certes elle parle lentement et n'est pas la meilleure des bretteuses en débat. Mais elle incarne tellement de choses: la justice contre les puissants, les pétroliers, les paradis fiscaux, les multinationales de toutes sortes, celles qui pillent l'Afrique et ses ressources, ses minéraux, ses terres rares, etc. Au Parlement européen, en tant que présidente de la commission du développement, elle a montré son inflexibilité face à la puissance des lobbys industriels et financiers, etc. Avec son accent étranger et son parcours, arrivée en France sans parler un mot de la langue comme jeune fille au pair à peine sortie de l'adolescence, devenue secrétaire, puis magistrate après avoir passé le concours à trente ans, etc.

Voir http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=11035

Eva Joly incarne la persévérance et la résistance. 

Face à cela, j'observe que Nicolas Hulot joue très bien le jeu d'EELV. Il se plie aux règles, multiplie les rencontres et les débats, se montre ouvert, sympathique, pédagogique, etc. Mais lorsqu'il laisse parler son inconscient, comme après quelques verres le vendredi soir du Congrès d’EELV à la Rochelle, il ne peut dissimuler sa sympathie et sa proximité pour Jean-Louis Borloo. Dans les mêmes circonstances, je suis sûr que demain il ne pourrait dissimuler bien longtemps son admiration et sa sympathie pour Jacques Chirac. Et cela est assez rédhibitoire pour l’électorat écolo. Je trouve cependant l'exploitation politicienne permanente des petites phrases assez pénible et on ne va pas passer notre temps à faire un procès d'intention à Hulot. Ce qui compte en effet, c'est l'avenir et non le passé, et Nicolas Hulot semble à présent avoir fortement évolué, notamment sur les questions sociales  

Ainsi, plutôt que d'une posture moraliste ou politique, je défendrai une posture électoraliste sur pourquoi il faut voter Eva Joly, puisque c'est le principal argument des pro Hulot, comme Gilles Lemaire, ancien secrétaire national des Verts et pourtant très à gauche d’EELV, et même José Bové, que l’on ne peut vraisemblablement pas soupçonner d’accointances avec les multinationales. Ils sont tous persuadés que Nicolas Hulot doit être le candidat des écologistes car il fera un meilleur score. 

Et je ne suis pas du tout d'accord avec cette analyse : en effet, le vote contestataire risque d'être très élevé lors des prochaines présidentielles. Et le parti qui fera le meilleur score au premier tour sera celui qui attirera le plus des voix des contestataires. 

En stratégie électorale, il y a un terme pour désigner un parti qui accueille la majorité des voix anti gouvernement et «anti système » : on parle de « structure d’accueil ». Le parti « structure d’accueil » est ainsi le parti qui réussi à faire voter pour lui la plupart des mécontents à une élection donnée. En période de crise, l’électorat anti système qui se rue sur la structure d’accueil est celui qui fait l’élection. Pour capter cet électorat, le parti développe ainsi à fond le discours de l’anti, du contre, de la « rupture » (rappelez-vous le Sarkozy de 2007). Le pire exemple de l’histoire est le parti nazi qui est passé sous la République de Weimar de 3% des voix vers 1928 à presque 20% deux ans plus tard, et on connaît la suite, car il avait su mieux que tous les autres capter les mécontentements de la crise de 1929.

En 2012, les candidat(e)s qui donneront l'impression de faire partie du sérail, de ce qu'Hervé Kempf nomme « les oligarchies » (financières, politiques, médiatiques), n'attireront sans doute pas les voix de toutes celles et ceux qui en ont raz le bol, et ils sont largement majoritaires dans notre pays. Seule Marine Le Pen et l'abstention les attirent pour l'instant. Or je ne vois pas comment Nicolas Hulot pourrait attirer sur son nom cet électorat, lui qui dans la mémoire collective reste et restera le présentateur vedette d'Ushuaïa sur TF1. C'est pour cela que je ne crois pas à tous les sondages qui nous donnent un score à deux chiffres avec Nicolas Hulot. 

Je pense à l'heure actuelle que la seule chose qui différencie Eva de Nicolas est le déficit de notoriété pour la première. Or si comme je l'espère elle devient notre candidate à la présidentielle, ce déficit sera très rapidement comblé. 

Eva-manif-du-premier-mai.JPG

(Eva Joly en compagnie de Julien Bayou à Paris lors de la manif du 1er mai cette année)

La seule chose qui compte est « quelle campagne voulons-nous »? Puisque de toute façon, comme je l’ai déjà écrit, les deux (les quatre pardon) candidats porteront notre programme. Et je suis persuadé qu'il faut que l'on fasse une campagne sur le mode « écologie de combat ». D'après toutes les enquêtes « quali », comme disent les « professionnels de la profession », seuls deux partis dans la tête des gens ne font pas partie de ce qu'ils désignent comme « le système »: le Front National et Europe Ecologie - Les Verts. Si nous avons un candidat qui « incarne » le système, les voix récoltées au centre ne pèseront pas lourd face à toutes celles perdues à gauche, à l'extrême gauche et surtout dans le camp des abstentionnistes et des dégoûtés de la politique.  

Eva Joly reste et restera la juge de l'affaire Elf, celle qui a voulu mettre les puissants en prison et celle qui se bat contre l'oligarchie:

Lire notamment http://www.bastamag.net/article1551.html

C'est vraiment l'anti Marine Le Pen, et c'est pour cela que malgré tous les sondages, je pense que c'est la plus susceptible de faire le meilleur score, malgré également ses faiblesses à l'oral qui pourraient être compensées par le choix d'un excellent porte-parole. Et d'ailleurs Nicolas Hulot, excellent pédagogue et communiquant, serait très bon dans ce rôle. 

C'est pour cela qu'au final je suis pour qu'Eva gagne les primaires, puis que l'on fasse ensuite un ticket avec Nicolas Hulot pour faire une campagne collective à contre courant qui dirait avant toute chose qu'il faut en finir avec la Ve république et son régime présidentiel anti démocratique. Mais là on va encore dire que je suis complètement naïf ou utopique. Au départ, je souhaitais même qu'on fasse une campagne collective avec toutes nos « vedettes » et qu'on tire au sort un nom juste avant le dépôt au Conseil constitutionnel.

Car pour finir, malgré tout, il faut bien garder en tête que la présidentielle française est vraiment une « maladie », là-dessus je suis complètement d'accord avec Dany Cohn-Bendit, et pour moi le meilleur remède est Eva Joly (dans le cadre d'une campagne collective et dans l'optique de faire d'EELV une structure d'accueil pour tous les dégoûtés de la politique). Mais Nicolas Hulot a néanmoins toute sa place au sein d’EELV, qui se doit de rassembler bien au-delà des Verts historiques pour être demain majoritaire, battre Sarkozy, et enfin mettre en œuvre la transformation écologique dont notre société a tant besoin. Et grâce à Henri Stoll, la cravate en bois (bois certifié bien sûr) sera bientôt le dernier accessoire à la mode dans les soirées branchouilles parisiennes. 

Par Ben - Publié dans : Actualité Bin Jamin - Communauté : Media - Actualité générale
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Jeudi 18 novembre 2010 4 18 /11 /Nov /2010 15:54

Certes je me répète un peu, mais étant donné que ce sujet est totalement absent des médias, il est nécessaire d'en remettre une couche:

photoInde1-copie-1.JPG

Actuellement et en catimini, des responsables indiens et européens se rencontrent à Bruxelles pour mettre au point les détails de finalisation d’un accord de libre-échange entre l’Inde et l’Union européenne, en cours de négociation depuis plusieurs mois. Or cet accord risque de réduire l'accès à des médicaments génériques bon marché pour des millions de personnes. 

 La Commission européenne souhaite en effet une meilleure réciprocité dans l'accès aux marchés des pays émergents, en particulier la Chine et l’Inde, comme elle l’a indiqué début novembre en présentant sa stratégie commerciale pour les cinq ans à venir :

 "Mon objectif est de veiller à ce que les entreprises européennes obtiennent des conditions équitables et que nos droits soient respectés afin que nous puissions tous profiter des bénéfices du commerce", a notamment souligné le commissaire européen au Commerce, Karel de Gucht.

 

Bien lui en fasse : mais doit-on sacrifier le droit à la santé pour tous sur l’autel du business ? Car la question se pose sérieusement au regard de certaines clauses écrites dans l’accord bilatéral signé entre Bruxelles et New Delhi. En effet, les règles sur la propriété intellectuelle proposées par l’Europe risquent d’entraver sérieusement la production des médicaments génériques indiens. Car l’accord prévoit d’allonger les droits de la propriété industrielle ou encore d’inclure une notion d'exclusivité des données (la très controversée clause de data exclusivity). Cela contraindrait les fabricants de génériques à de longs et coûteux essais et privilégierait les grands laboratoires pharmaceutiques au détriment des malades n'ayant pas les moyens de se soigner.

Or on n’y pense pas toujours, mais l’Inde, au delà des clichés habituels (vaches sacrées, Bolywood, call centers ou logiciels informatiques), c’est surtout l’un des plus gros producteurs de médicaments génériques dans le monde. Depuis les années 1970, le Sous Continent produit des médicaments pour les pays en développement, tant et si bien qu’on le considère aujourd’hui comme la « pharmacie du monde ». Ces génériques bon marché ont permis des avancées spectaculaires dans le traitement de maladies graves comme la tuberculose, le paludisme ou encore le SIDA. L’Inde fabrique aujourd'hui 20% des génériques dans le monde.

Actuellement par exemple, plus de 50 % des médicaments distribués par l'Unicef viennent d'Inde. Des experts estiment que dans le cas des antirétroviraux destinés aux malades du SIDA, ce chiffre s'élève à 93 %.

Le développement de l'industrie indienne a eu un impact déterminant sur l’ensemble de la planète, favorisant des baisses drastiques des médicaments et des traitements, malgré toutes les déclarations contraires des grandes entreprises pharmaceutiques. Dans les années 90, une fois mis en concurrence (certes toute relative) avec l'Inde, les laboratoires occidentaux ont revu leurs tarifs à la baisse, entrainant la chute des prix de plus de 90 % en quelques années.

Et l’Europe remettrait en cause ce progrès indéniable au nom du sacro-saint business ?

L'adoption de ce traité signifie rien de moins que la mort de centaines de milliers de personnes. L’industrie pharmaceutique indienne ne serait plus en capacité de fournir des médicaments aux pays en développement et les laboratoires occidentaux pourraient de nouveau affirmer que les prix sont justes et au plus bas, sans contradicteur. En plus ces accords vont au-delà des demandes, déjà strictes, de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

De l'Organisation mondiale de la santé (OMS) au Parlement européen en passant par des chercheurs et des personnalités politiques de tous bords, beaucoup ont d’ores et déjà vivement critiqué ces mesures. Les négociateurs, eux, restent muets.

Le gouvernement indien lui-même commence à s’inquiéter et à se demander si dans les négociations internationales en cours, en particulier au sein des négociations autour d’ACTA (Anti-Counterfeiting Trade Agreement ou Accord commercial anti-contrefaçon[1]) les médicaments, leur fabrication et leur commercialisation ne doivent pas être exclus. 

Il est temps que les citoyens s’emparent de ce sujet, en interpellant par exemple leurs députés européens sur la nécessité d’empêcher que les négociations commerciales en cours entre l’UE et l’Inde puissent porter sur les droits de propriété intellectuelle concernant les médicaments, et en leur demandant également de réclamer à la Commission une transparence totale sur cet accord de libre échange.

Liste des députés européens français ici :

http://www.europarl.fr/ressource/static/files/membres/annuaire_des_deputes.pdf

Les gouvernements des « pays riches » et les grandes organisations internationales n’ont toujours pas tiré les leçons de la triple crise écologique, économique et démocratique actuelle et continuent de signer des accords dans le dos des peuples au bénéfice des multinationales, en l’espèce les grands groupes pharmaceutiques au détriment des malades d’Afrique et d’ailleurs. Mais la société civile internationale s’organise et ils ne pourront pas éternellement passer outre ses légitimes revendications.

Benjamin Joyeux

 



[1] L’ACTA est une proposition de traité international multilatéral concernant les droits de propriété intellectuelle, la lutte contre les produits contrefaits et les échanges illicites de fichiers sans autorisation des ayants-droit. Il est en cours d'élaboration entre plusieurs États qui se rencontrent périodiquement pour négocier: l'Australie, le Canada, la Corée du Sud, les Emirats arabes unis, les Etats-Unis, le Japon, la Jordanie, le Maroc, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, Singapour, la Suisse et l'Union européenne. L'absence de publicité des négociations suscite de vives critiques, les dispositions du nouvel accord s'annonçant bien plus complètes et restrictives que celles déjà prévues par l'ADPIC, négocié à la fin du cycle d'Uruguay du GATT en 1994.

Par Ben - Publié dans : Inde - Communauté : Media - Actualité générale
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 23 septembre 2010 4 23 /09 /Sep /2010 11:33
Le Collectif Sauvons les riches, qui a passé un bon moment à compter les points dans les affaires Woerth-Bettencourt-Banier-Wildenstein-Sarkozy repart à l'assaut.

Sur un cas tout aussi desespéré pour la médecine, mais pas pour Sauvons les riches : Jacques Chirac.
 
Vous le savez peut-être, le Conseil de Paris se verra proposer lundi 27 septembre un protocole d'accord entre l'UMP et la Ville, sorte d'échange.

En échange d'un remboursement de 2,2 millions d'euros, dont 1,65 million serait acquitté par l'UMP et le reste par le justiciable Jacques C, la ville de Paris retirerait sa constitution de partie civile, de sorte que l'ancien président se retrouverait sans adversaire au tribunal, fin 2010 ou début 2011, le parquet demandant la relaxe de Jacques Chirac.
 
Pour Sauvons les riches et l'association Anticor,  l’argument de la bonne gestion et de la réparation civile pèse malheureusement trop peu face au risque de « justice à deux vitesses ». Nous ne réclamons ni vengeance ni acharnement, mais simplement le fonctionnement normal et équitable de la justice. A l’heure où la justice française est si dure avec les faibles, elle ne doit pas se révéler, une fois de plus, si douce avec les puissants.

Ceux qui édictent les lois doivent être les premiers à les respecter.

A vous de l'expliquer aux membres du Conseil de Paris d'ici lundi.

Et rendez-vous lundi !

L'équipe de Sauvons les riches.
www.sauvonslesriches.lu

Par Ben - Publié dans : Actualité Bin Jamin - Communauté : Sauvons les riches
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 22 septembre 2010 3 22 /09 /Sep /2010 10:57

« Dis-moi comment tu traites les étrangers

et je te dirai quelle société tu construis »

Vous avez aimé le feuilleton sur les Rom ? Vous allez adorer celui sur le nouveau droit des migrants, dont le scénario a été concocté par les apprentis sorciers du ministère de « l’immigration et de l’identité nationale », dont Judas, Eric Besson pardon, est à la tête. Dans la série « le droit pour les nuls », l’UMP continue son escalade vers les sommets.

Le 28 septembre prochain en effet, pour la quatrième fois en sept ans, un nouveau projet de loi sur l’immigration va être présenté aux députés à l’Assemblée nationale.  Il y a eu en effet la loi Sarkozy I en 2003, la loi Sarkozy II en 2006, la loi Hortefeux en 2007. Et voici venir la loi Besson.

Mais pourquoi diable une telle focalisation sur ce sujet ? On aimerait voir autant de volontarisme en matière d’écologie, après le quasi abandon en rase campagne du processus du Grenelle parce que l’environnement, « ça commence à bien faire », dixit l’actuel locataire de l’Elysée au dernier salon de l’agriculture en mars 2010.

070112_ump_sarko.jpg

Allons, malgré cet acharnement législatif, faisons néanmoins preuve de bonne volonté et intéressons-nous donc précisément à ce projet de loi déposé par Eric Besson le 31 mars 2010.

Peut-être s’avérait-il vraiment nécessaire ? C’est en tous cas l’argumentaire du ministère d’Eric Besson, expliquant que ce projet de loi a essentiellement pour but de transposer dans le droit français trois directives européennes :

- la directive « Retour »

- la directive « Carte bleue européenne »

- la directive « Sanctions »

En effet, lorsque les instances européennes adoptent une directive qui crée de nouvelles normes, les Etats membres de l’Union européenne ont l’obligation de veiller à ce que leur droit national intègre bien celles qui s’imposent à eux (elles ne sont pas toutes impératives). Si ce n’est pas le cas, ils doivent modifier leur droit national avant la date limite fixée par la directive.

Eric Besson était donc dans l’obligation de déposer ce texte eu égard aux obligations européennes de la France.

Explication un peu facile : d’après le collectif UCIJ (Uni(e)s contre une immigration jetable), qui regroupe des organisations spécialisées connaissant parfaitement le droit, et notamment le droit des étrangers, comme la Ligue des Droits de l’Homme, le GISTI, l’ANAFE etc., derrière cette apparence trompeuse de « simples mesures techniques », se cache une nouvelle machine de guerre contre les étrangers. On me rétorquera que ces organisations sont des regroupements de « gauchistes » et autres « droits de l’hommiste » qui empêchent des « hommes politiques courageux » d’expulser les étrangers en situation irrégulière.


logo_jetable.gif

Pourtant, étant données les polémiques de ces dernières semaines sur les Rom, et notamment celle de la circulaire du cabinet d’Hortefeux, on m’excusera d’avance de préférer faire confiance à des professionnels en matière de droit plutôt qu’aux politicards qui nous gouvernent actuellement. C’est vrai quoi ! Imaginez que vous soyez convoqué devant un tribunal pour une action intentée contre vous au Pénal. Vous embauchez un bon avocat ou bien votre beau frère qui milite dans une section locale de l’UMP ?

 Soyons donc sérieux et regardons ce que nous dit l’UCIJ sur le projet de loi Besson :

 Il semble que ce projet diffère des précédents en marquant un tournant considérable dans la politique d’immigration française. Il introduit notamment de véritables régimes d’exception pour les étrangers. Attention point Godwin, mais je me couvre en citant Viviane Reding, qui n’est pas n’importe qui mais la vice-Présidente de la Commission européenne responsable de la Justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté : « Je pensais que l'Europe ne serait plus le témoin de ce genre de situation après la seconde guerre mondiale ».

Avec ce projet de loi, le gouvernement en profite pour aggraver sa politique d’hostilité aux étrangers, en allant au-delà de ce à quoi il est obligé en vertu des directives européennes et en glissant dans son projet de loi des changements sur des points qui n’ont rien à voir avec les directives de l’Union, au motif de « renforcer la politique d’intégration », ou encore d’introduire des mesures « de simplification », deux formules bien éloignées de la réalité d’après l’UCIJ.

Un exemple : la directive « Retour » : elle prévoit la possibilité de retenir enfermés des migrants, y compris mineurs, pour préparer leur « éloignement » pour une durée allant jusqu’à dix-huit mois. La durée de rétention est en effet aujourd’hui très variable d’un État membre à l’autre, parfois supérieure à dix-huit mois dans certains pays ou encore même pas réglementée, avec des migrants se voyant enfermés jusqu’à deux, voire trois ans. Dans ces Etats membres, la directive constituait donc un progrès. Mais pas en France, où la directive devient un bon prétexte pour allonger la durée de l’enfermement en centre de rétention (CRA). 

La durée maximale de rétention y est en effet actuellement de 32 jours. Avec le projet de loi « Besson », elle passerait à 45 jours. Pourtant, selon la directive, la durée de rétention doit être « aussi brève que possible » et elle doit être un dernier recours, lorsqu’il y a « une perspective raisonnable » d’éloignement.

Et selon la Cimade, soit l’administration parvient à renvoyer les étrangers placés en rétention dans les 10 premiers jours, soit elle n’y parvient pas et devra donc les remettre en liberté. L’allongement de la durée de rétention n’a donc aucune utilité juridique, si ce n’est le plaisir d’enfermer des étrangers plus longtemps. 

La directive précise que les Etats « peuvent » (et non « doivent ») procéder à l’enfermement, « à moins que d’autres mesures puissent être appliquées efficacement ». Le projet de loi Besson prévoit lui de prononcer des assignations à résidence au lieu d’enfermer en CRA, mais pour des durées pouvant aller jusqu’à deux fois six mois, voire plus, et sans possibilité réelle d’intenter un recours. Le principe de proportionnalité est donc bien mis à mal.

La directive limite également la possibilité de l’enfermement à des cas bien précis : - s’il y a « risque de fuite » du migrant, ou encore si le migrant empêche la préparation de son départ. La réforme envisagée par la France ne mentionne même pas ces cas spécifiques, et l’exposé des motifs fait référence, de façon floue, à « une menace pour l’ordre public ». Bien commode cette « menace pour l’ordre public ». On lui fait dire tout et n’importe quoi, comme le fait qu’une implantation de caravanes puisse constituer en tant que telle une… Une quoi ? Une « menace contre l’ordre public » ! C’est bien, vous progressez en « droit pour les nuls » version UMP.

Attention, le pompon : la zone d’attente « sac à dos » :

Les services de Besson nous ont concocté une nouvelle définition de la zone d’attente.Le projet de loi prévoit effectivement que dorénavant « la zone d’attente s’étend du lieu de découverte des intéressés jusqu’au point de passage frontalier le plus proche ». Une zone d’attente pourrait ainsi se créer juste à l’endroit où se trouvent des étrangers, comme s’ils l’avaient apportée avec eux dans leur sac à dos, et les suivre partout ! Alors ça c’est beau. 

Explication de texte : en janvier 2010, plusieurs dizaines de Kurdes originaires de Syrie avaient été découverts venant de débarquer sur les côtes corses. Eric Besson avait décidé de les placer dans divers centres de rétention sur le continent. Or les juges qui avaient eu à se prononcer sur la prolongation de leur enfermement avaient sanctionné les irrégularités de procédure commises et avaient ordonné la libération de tous, ce qui avait constitué un désaveu cuisant pour le ministre. Salauds de juges qui s’acharnent à appliquer le droit.

Le droit français emmerde notre ministre ? Qu’à cela ne tienne ! On tord le droit et on en fait n’importe quoi. Et vive les zones d’attente « sac à dos » !

Laissons les faire et bientôt ils nous inventerons la « peine de mort démocratique », pour les multirécidivistes. Mais comme dirait Sarko « mais qu’est-ce que je dois faire ? (à dire avec l’accent de Stéphane Guillon imitant notre « grand président ») Laisser des barbus musulmans intégristes lancer des moutons égorgés du haut des minarets en criant « Allah Akbar » ? » (Voir Action discrète). 

Les zones d’attente sont des espaces dans lesquels les étrangers qui arrivent en France attendent que l’on décide de les autoriser à entrer sur le territoire national. On trouve aujourd’hui ces espaces dans les aéroports, les ports ou encore les gares qui desservent l’international. Par un petit tour de passe-passe juridique, ces espaces sont hors territoire français et les étrangers y voient alors leurs droits soumis au bon vouloir des forces de l’ordre. Alors si les migrants transportent leur zone d’attente avec eux, ça sera très pratique.

Et tout le reste de ce texte est de cet acabit. Je vous laisse découvrir l’analyse synthétique de l’UCIJ sur le projet de loi Besson ici :

http://www.gisti.org/IMG/pdf/hc_ucij_mini-analyse_2010-07.pdf

Et dire que c’est un ancien socialiste qui porte ce projet de loi. Sarko 1er doit en éprouver une immense jouissance. Mais nos droits fondamentaux en prennent eux un sacré coup au passage.

Galouzeau de Villepin, dont je ne suis guère fan mais à qui je reconnais le sens de la formule, a déclaré à propos du discours ultra sécuritaire de Sarkozy à Grenoble cet été et de ses projets de déchéance de nationalité que tout ceci constituait « une tâche de honte sur notre drapeau ». Avec cet énième projet de loi sur l’immigration, notre actuel président et son gouvernement se servent carrément de notre drapeau comme papier toilettes. 

Avant même le vote de ce projet de loi, on ne peut pas dire que le sort des étrangers en France soit déjà des plus exemplaires. Illustration par le livre sorti ces jours-ci par un collectif de 18 associations et intitulé « Etrangers, conditions d'accueil et traitement des dossiers à la préfecture de Bobigny: l'indignité ».

prefecture bobigny2-9f049

(Queue un matin comme les autres à la préfecture de Bobigny).

Mais où donc s’arrêteront-ils dans leur obsession de capter l’électorat du Front National ? Nicolas Sarkozy et l’UMP, en foulant aux pieds toutes les valeurs d’un mythe de plus en plus amoché, la « Patrie des droits de l’Homme » sèment les graines de la haine et de la xénophobie en espérant en cueillir les fruits aux prochaines échéances électorales. Malheureusement pour eux, en se mettant à dos la droite républicaine, gaulliste et catholique par ce type de politique, ils risquent surtout de n’en faire profiter que Marine Le Pen et ses troupes. Et on verra alors si le refus de Xavier Bertrand de toute alliance avec le FN, réaffirmé récemment sur France Inter, tiendra encore partout aux prochaines législatives.

Heureusement que face à ces comportements des plus dangereux pour notre démocratie et notre vivre ensemble, de simples citoyens s’insurgent et agissent, et pour dénoncer la politique xénophobe du gouvernement, et pour proposer d’autres alternatives.

Début septembre par exemple, neuf personnes ont entamé un jeûne de dix jours devant l'Assemblée nationale au moment où la commission des Lois examinait et amendait le projet de loi sur l'immigration pour «toucher les députés dans leur conscience», dixit Jean-Paul Nuñez, pasteur détaché auprès de la Cimade (voir l’article de Libération).

Un collectif, Circul’Air, vient également de se créer pour dénoncer avec humour mais détermination la politique du gouvernement sur d’immigration et proposer un vrai débat en matière de liberté de circulation et d’installation.

Car en matière d’immigration, tout comme en matières de retraites, en matières d’emploi, en matière d’imposition, en matière d’environnement, etc. d’autres politiques non seulement sont possibles mais sont nécessaires avant que les fractures qui ne traversent notre pays ne deviennent irréversibles.

Il va falloir que la gauche et l’ensemble des opposants à Sarkozy, en particulier les écologistes, s’emparent sérieusement du sujet de l’immigration, sans tabous ni faux fuyants, pour déconstruire enfin cette question manipulée depuis trente ans par une classe politique effrayée par le Front National qui, non et non, ne pose même pas les bonnes questions.

Commençons donc par aller voir le dernier film de Rachid Boucharef, Hors-la-loi, qui sort ce mercredi.

Par Ben - Publié dans : Actualité Bin Jamin - Communauté : Media - Actualité générale
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés