Editorial
On nous parle à longueur de temps de "Mondialisation heureuse" et de développement nécessaire et favorable à tous. Alors juste un petit blog, pavé de plus dans la mare des joyeux chantres des bienfaits de la Globalisation. Il se base sur des expériences personnelles et s'adresse à tous les "sans", sans terre, sans air, sans droits, sans papiers, sans travail, sans toit, sans toi aussi d'ailleurs... Les récidivistes du stage s'y reconnaîtront.
Toute accusation d´affiliation à un groupe, parti, association, clubs de libéraux masochistes ou de néomarxistes, de joueurs de boules, de propriétaires de chien qui pue, de réhabilitation du clocher de Moussac ou de je ne sais quoi encore ne serait que fumisterie et vil procès d´intention. Les propos rédigés en ces pages n´engagent que leur auteur afin de partager des points de vue, des expériences vécues, des constats lors de voyages à l'étranger, etc. Il s'agit de réfléchir, un peu, sur le développement, sur l'environnement, sur l'actualité, sur la politique, sur l'altérité sans trop d'austérité. Bin Jamin se veut un vecteur d'informations généralistes à tendance sociale et écologique, mais également nationale et internationale.
Sa philosophie: " L'erreur ne devient pas vérité parce qu'elle se propage et se multiplie. La vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit." (Gandhi)
Ou encore: "Le nouvel ordre mondial est en vigueur jour et nuit, selon le principe que celui qui ne produit pas, qui ne consomme pas et qui n'a pas d'argent pour le mettre en banque est inutile. Ainsi les immigrants, les sans terre, les sans toit sont traités comme les déchêts du système: ils doivent être éliminés." (John Berger)
Tous les commentaires sont les bienvenus, de même que les textes d'auteurs qui se sentent inspirés.
- En ces mois d’été mornes et pluvieux, que vous soyez cancéreux au fond de votre lit, juillettistes arnaqués, de retour au bureau les yeux et les poches vides, sans images de vacances promptes à ressusciter un enthousiasme professionnel bien léger, aoutiens en camping, sous une tente humide, à regarder gambader des marmots insupportables dont les cris sont à peine couverts par les rots et pets de bière nauséabonds des voisins de caravane, dans une promiscuité balnéaire faisant presque regretter la promiscuité citadine ; chômeurs disparus des statistiques parce qu’ en « fin de droit », travailleurs précaires, jeunes et pourtant sans avenir, mais en vacances, perpétuelles et involontaires ; que vous soyez devant votre téléviseur où les « Sarkozy en vacances » prennent le pas sur « les Sarkozy au travail », dans une omniprésence médiatique digne du Turkménistan, etc. ; bref que vous soyez ici où là-bas, toujours avec vous-même au cœur d’une époque en manque de magie et de sacré, voici quelques petites lectures salvatrices pour vos neurones (et qui ne parlent pas du nain de l’Elysée ou de sa « compagne », et oui, extraordinaire, ça changera de l’Express, de Paris Match, du Nouvel Obs, du Point, du Monde, du Figaro, etc, bref de la quasi–totalité des hebdomadaires et quotidiens hexagonaux qui vendent de la paperasse grâce à la marque « Sarko » !)
-Comment les riches détruisent la planète, d’Hervé Kempf, journaliste au Monde et ardent défenseur de l’écologie. L’auteur nous y fait «comprendre que crise écologique et crise sociale sont les deux facettes d’un même désastre, et que ce désastre est mis en œuvre par un système de pouvoir qui n’a plus pour fin que le maintien des privilèges des classes dirigeantes. » Hervé Kempf nous explique comment les différentes classes sociales inférieures tentent de copier (par le choix de la voiture, du téléphone, de l’ordinateur, etc.) sur le mode de vie d’une caste de privilégiés devenus apatrides, sans aucun but si ce n’est la poursuite perpétuelle d’un bien être matériel illusoire et surtout prédateur pour notre planète et ses ressources naturelles. En tentant d’imiter le mode de vie de ces aristocrates inconséquents du 21e siècle, stars du Showbiz, chefs et cadres de multinationales, sportifs, princes anachroniques et autres jet-setters ridicules, les « classes moyennes » ou du moins ce qu’il en reste, et en dessous tous les autres, courent derrière un rêve prompt à faire oublier l’essentiel, la question sociale, au cœur d’une question plus vaste, celle de l’écologie. Toujours cette contradiction d’un système économique basé sur une croissance infinie prenant place sur une planète aux ressources finies. Quand la gauche acceptera enfin de se poser sérieusement la question de la décroissance, peut-être que l’on pourra enfin avancer. Un des grands intérêts de l’ouvrage de Kempf et de faire resurgir des vieux grimoires un économiste trop peu connu de la fin du XIXème siècle: Thorstein Veblen. Celui-ci a démontré comment le jeu économique est déterminé par l’ostentation et l’imitation. Ainsi : «puisque la classe de loisir établit le modèle de consommation de la société, si son niveau est abaissé, le niveau général de la consommation diminuera ». En gros, diminuons le train de vie des riches, et la planète pourra respirer un peu. Elémentaire mon cher Watson. A faire lire à ses copains pleins aux as. (PS:Merci Anne L. S. de m'avoir offert ce livre)
- Dans un autre registre, la saison se prête bien à la relecture d'Ebène, aventures africaines de Ryszard Kapuscinski. Né en Pologne en 1932, l'auteur est correspondant de l'Agence de presse polonaise jusqu'en 1981. A ce titre, il couvre le monde d'Asie en Amérique en passant par l'Afrique et ses grandes vagues de décolonisation des années 60. Ce sont ces dernières, vécues de l'intérieur, que Kapuscinski nous relate dans Ebènes. S'en suivront guerres et famines, dans la grande désillusion africaine des années 70 et 80, avant le terrible génocide rwandais de 94 qui traumatisera à jamais les esprits. Témoin de multiples coups d'état et guerres civiles, le grand reporter nous relate l'histoire de potentats tels qu'Amin Dada et remonte la véritable source des conflits postcoloniaux africains, à mille lieux des généralités occidentales stupides habituelles sur les "guerres tribales et ethniques" du continent noir. Armé d'une plume d'écrivain et d'un regard humaniste, Kapuscinski semble avoir su éviter tout au long de sa carrière le regard paternaliste et néocolonial du Blanc du nord pour s'attacher aux gens et à la vie tumultueuse d'un continent immense et pluriel, ne se résumant certainement pas aux guerres, aux famines ou aux problèmes économiques. Ca change du Négrologie de Stephen Smith et autre "bouquin" sur le soi-disant retard perpétuel des Africains. Du vrai travail de journaliste, ça manque de nos jours.
-Une dernière pour la route: Une petite BD, aux fabuleuses éditions poitevines imprononçables, FLBLB, Petite histoire des colonies françaises, Tome 1. Excellente réponse, sarcastique et historiquement très bien documentée, à la loi totalement incongrue sur les "aspects positifs de la colonisation française" que nous avaient sortie l'année dernière quelques députés et politiciens débiles nostalgiques de l'Algérie française sans aucun doute. L'ouvrage remet les choses à leur place en passant en revue cinq siècles de colonisation. Avec des dessins minimalistes, il explique clairement les choses et peut ainsi parfaitement convenir aux enfants, bien souvent peu renseignés sur ces questions à l'école. Vivement le tome 2! (PS 2:Merci à Yoyo pour cette petite BD de convalescence). Retour sur une Présidentielle dont je me souviendrai longtemps :
Je ne me sens pas révolté mais résigné, maussade, fatigué. Je ne sais pas encore que mon état physique est du à la maladie qui a commencé à me ronger de l'intérieur. Avachi sur le canapé, je regarde le cirque médiatique qui commence à se mettre en place, avec son lot de connivences si prégnantes chez les journalistes français de l'audiovisuel. Ils ont déjà fait allégeance, et depuis longtemps, à Sarko Premier, premier flic de France et désormais patron suprême de notre République. On nous rabat à toutes les sauces la participation record. La participation électorale, c'est le « meublage » télévisuel nécessaire pour maintenir le gogo devant sa télé jusqu'à 20h. A chaque élection, c'est la même ritournelle. Attention, là c'est historique, messieurs dames. Un pourcentage record. Il en a de la légitimité le nouveau Président, oh là là ! Et quel homme, quelle prestance, quelle énergie ! Aille ! Je suis en train moi aussi d'être contaminé, après Enrico Macias, Mireille Mathieu, Johnny et toute cette clique d'« artistes » de seconde zone effrayés par un contrôle fiscal.
Ma tendre moitié me fait alors remarquer en ce dimanche soir de mai bien morose que j'ai les yeux jaunes. Les yeux jaunes ? Certes depuis deux semaines, je vomissais et avait mal au ventre, mais faisais confiance à mon médecin traitant, qui m'avait diagnostiqué une gastrite. Docteur Paumé il s'appelle, ça ne s'invente pas. Mais là, les yeux jaunes ! Hépatite ? En plus j'ai les selles claires, je chie blanc pour être précis. Mais les yeux jaunes, ça n'empêche pas de regarder la télé que je sache, qui plus est en couleur.
Il est 20h. C'est bien ça, 53%. Comment il doit jubiler le petit ! Il ne pense qu'à ça depuis si longtemps déjà. Revanche sur Cécilia qui n'est toujours pas là et qui n'a même pas voté en ce dimanche de mai. New York avec Machin ? Laissons à la presse people ce genre de détails pour aller voir l'ambiance en plateau. Ségolène intervient la première, dès 20h05, toute sourire, ravie comme une diva en fin de tournée exceptionnelle qui n'attend qu'une chose, de bientôt remettre ça. Hou hou, Sarkozy a gagné ! On en a pour cinq ans. C'est fou comme chez les Socialistes, en tous cas chez les dirigeants, l'intérêt personnel ou partisan prime sur nos intérêts à nous pauvres mortels. La preuve avec Strauss Kahn qui explique tout de suite sur France 2 qu'il fallait faire la révolution sociale démocrate, comme bien entendu il le réclamait depuis longtemps.
Bien que j'étais jeune, je me souviens encore parfaitement de mai 1995, le soir de l'élection présidentielle, Chirac en CX filmé vitre baissé par les journalistes de France 2 en moto en train de foncer sur les boulevards parisiens. C'était le début du degré zéro de l'information politique de nos soirées électorales. Et c'était France 2, le service public ! J'en viens souvent à regretter l'ORTF que je n'ai pourtant pas connu. Boycott de la redevance!
Tant pis. Au lit ! Urgences peut être demain. Je retournerai en tous cas voir mon médecin.
Lundi 7 mai, il est 10h. Nous faisons visiter le Sénat avec mes collègues à des collégiens. Tout le monde me dit que je suis jaune. Mais Sarko a gagné quand même ! Je suis jaune oui ! Rien ne sert d'être vert de rage. Il a été élu, désigné par les urnes, face à la candidate du Parti socialiste. Intense propagande médiatique pendant des années certes, mais sans assassinat de journalistes que je sache. Nous ne sommes pas en Russie. A la loyale donc, et moi jaune de dépit, d'autant que le Vert n'est plus à la mode depuis le premier tour de ces foutues présidentielles. Allez hop, direction chez le médecin, je ne vais quand même pas rester jaune durant tout le mandat de Sarkozy.
Sans doute une hépatite me dit le sieur Paumé. Direction un laboratoire d'analyses, bien situé, au coeur de Pigalle, là où l'on ne doit pas manquer d'analyses en tout genre. Résultats dans 48h. C'est un peu long non ? Trop pour ma moitié. Dès le lendemain matin, direction les urgences.
Services des Urgences, Hôpital Bichat, Porte St Ouen, Paris 18e arrondissement, mardi 7 mai, 11h du matin. Les urgences de l'hôpital Bichat c'est... comment dire ?...difficile, pour ceux qui y attendent des heures avec cette frénésie propre à la terminologie « urgence » mariée à leurs petits problèmes de santé, qui peuvent d'ailleurs au final basculer dans le gros problème très rapidement, comme le mien par exemple. « Glauque », mot quelque peu galvaudé mais qui résume assez bien le service et ses locaux. En état de décrépitude avancée, comme je l'imagine maintenant dans bon nombre d'établissements hospitaliers de France et de Navarre. Voilà un sujet qui jusqu'alors ne m'avait que très peu attiré l'attention. Bah oui, quand on est jeune, la maladie, c'est une hypothèse d'école. C'est en vieillissant qu'elle devient une frayeur de chaque instant, sauf chez les hypocondriaques j'en conviens.
Alors ce visage jaune d'oeuf ? Après quelques menus examens et une attente interminable, on décide vers 21h de me garder. Sarkozy est élu depuis à peine 48 h que je suis d'ores et déjà hospitalisé. Ca n'augure rien de bon. C'est un ICTERE il paraît. ICTERE. J'en conclus qu'il s'agit d'une Incapacité Corporelle par Traumatisme Electoral Radical à l'Elysée.
Je passerais les dix jours suivants à l'hôpital Bichat en service de gastroentérologie. Il y a un « obstacle » qui a provoqué cet ICTER, ce teint jaune, cette montée de bile, semble t'il. Ils vont finir par trouver les bougres. Après deux fibroscopies dans deux hôpitaux différents, ça y est, ils sont fixés. C'est un lymphome. Sympa, un p'tit cancer du système lymphatique, à 27 ans.
Non non, j'en suis sûr, c'est une bonne Sarkozyte. Petit virus énervé et extrêmement agressif qui infiltre un corps donné et prolifère jusqu'à occupation complète de l'espace par vampirisation. Certains comme moi sont touchés dans le système digestif, et d'autres sont bien plus gravement contaminés, au cerveau : Kouchner, Jouyet, Martin Hirsh, Fadela Amara, et j'en passe. Leur hémisphère gauche a été complètement ravagé par
La France
Tout ou presque a été dit: le "vote utile" en faveur de Ségolène Royal, qui a laminé les candidats de la gauche de la gauche, dont les électeurs étaient effrayés par un second tour Le Pen/Sarkozy. A cet égard la propagande du PS et son discours culpabilisateur ont fonctionné à plein. Le vote protestataire, "antisystème", que Bayrou a su incarné bien mieux que tous les autres et qui a permis à l'UDF de passer de 6, 84% des voix en 2002 à plus de 18% en 2007, en ratissant très large à gauche. Les mauvaises campagnes, inaudibles, de Voynet comme de Bové, puisque Besancenot, qui aurait du également subir l'effet "vote utile", s'en sort plus qu'honorablement avec un score de 4,08%, etc. Il me semble qu'il manque une analyse qui a été déterminante dans ces élections, celle de la victoire totale, et de la revanche par rapport à 2002, des fabricants d'opinion publique, instituts de sondage, grands médias, et spin doctors de la com. politique, dont d'excellents spécimens sont tout de même chez Sarko. Tout d'abord aujourd'hui, d'après tous les calculs électoraux, l'excité du karcher a toutes les chances d'être notre futur chef de l'état. On va laisser à un type dont la phrase récurrente est "je vais tous les niquer!" et qui a notamment plusieurs fois qualifié de "connard" un de ses collègues au gouvernement, Azouz Begag, menaçant de "lui casser la gueule" (alors que du haut de ses 1m65, Sarko ferait mieux de se calmer), les clefs de l'Elysée et le bouton nucléaire.
Sarko peut être de droite, il peut également braconner sur les terres de l'extrême droite, même si cela est moralement condamnable. Finalement, le problème n'est pas là. Nous sommes en démocratie et toutes les opinions doivent pouvoir s'exprimer, même les plus nauséabondes. Le problème, c'est plutôt la personnalité de ce garçon et la façon dont il est arrivé jusqu'aux portes du poste suprême de notre République. Tout ceci est en effet très inquiétant.
Pour en revenir au rôle joué par les médias dans ces élections, premier élément: en dix ans, Sarkozy est passé environ 4500 fois à la télévision, soit en moyenne plus d'une fois par jour pendant 10 ans. C'est un phénomène inédit dans l'histoire de notre pays. Jamais aucun homme politique n'a passé autant de temps dans le petit écran, même Chirac ou Mitterrand. Ainsi tout le monde en France connaît Sarkozy. C'est devenu une marque déposée. D'ailleurs l'UMP en a bien conscience, en vendant à chaque meeting des T shirts Sarko, des stylos Sarko ou des tongs Sarko. Il est un peu notre Coca Cola politique. Tout le monde à l'étranger connaît désormais Sarkozy, à l'instar de Zidane. Et finalement, qu'on lui dresse des lauriers ou qu'on le critique sévèrement, peu importe. Ce qui est important pour le petit Nicolas, c'est qu'on parle de lui. Qu'on l'aime, qu'on le haïsse, mais surtout, surtout, il ne faut pas qu'on l'ignore. Cela caractérise une névrose certaine, égocentrisme (ce dont souffre la plupart de nos hommes politiques) voire mégalomanie et narcissisme obsessionnel. L'excellent article paru dans le Marianne de la semaine dernière est sur ce point très révélateur. Il explique à quel point Sarkozy n'a pour seuls inquiétude et intérêt que sa propre personne. Il n'a comme vision du monde que son propre miroir dans lequel se reflète démesurément sa petite personne. C'est le complexe bien connu du Narcisse qui finit par se noyer dans sa propre image.
Sauf que là, le petit homme n'est pas en passe de se noyer, bien au contraire. Les journalistes étrangers ont bien compris ce trait de caractère, comme quand quelqu'un d'une radio suédoise pose la question "Sarkozy ne représente t'il pas un risque de dictature?" (comme le rapporte Marianne). Chez les journalistes français, jamais de propos de ce genre. Même si beaucoup graignent une dérive autoritaire, personne ne l'évoque. Et oui, Nicolas est bien souvent l'ami du patron, Bouygues, Lagardère, Dassault et consorts, possédant les trois quarts des grands médias. Et il est un excellent client, faisant vendre sur son nom du papier et faisant grimper les chiffres de l'audimat. On a connu un phénomène semblable en Europe dans l'Italie de Berlusconi. En Russie, la première chose qu'a faite Poutine en arrivant au pouvoir, c'est de mettre au pas les grands médias nationaux. Aujourd'hui sa côte en Russie est de plus de 70% d'opinion favorable malgré sa dérive autocratique et le conflit immonde qu'il a provoqué en Tchétchénie.
Alors voilà, aujourd'hui le vrai pouvoir, c'est celui du contrôle du flux médiatique. Les UBM de Sarko (unités de bruit média, qui permettent de mesurer scientifiquement la présence dans les médias d'un sujet ou d'une personnalité), sont ainsi surveillées de très prêt tous les jours par son équipe.
Face à lui, pourquoi Ségolène? On l'a vu dimanche soir, on ne peut pas dire que ce soit la meilleure oratrice au PS. Mais les militants socialistes l'ont désignée comme candidate car elle arrivait en tête de tous les sondages, après une conquête lancée par la madonne il y a plus de deux ans du champ politico-médiatique français (pour reprendre une terminologie bourdieusienne plus que jamais d'actualité). Ainsi les médias et instituts de sondages ont réussi à persuader les socialistes, puis ensuite les Français, que c'était elle, le meilleur produit contre Sarkozy. Et ça a marché. Revanche de 2002, où les instituts et les médias voulaient un duel Jospin-Chirac, avec ensuite un outsider, en la personne de Chevènement, gonflé artificiellement pour faire croire au suspense. Le résultat, on s'en souvient, abstention énorme et présence de Le Pen au second tour. Là, ils ont pris leur revanche les bougres. Avec de la propagande Ségo-Sarko depuis six mois, ils ont mis tous les atouts de leur côté pour influencer l'électorat selon leur bon vouloir. Ca fait vendre des feuilles de choux, des nouvelles émissions poujadistes style "j'ai une question à vous poser" et de l'espace publicitaire. Après 2002, on avait dit "les sondages, on ne m'y reprendra plus". Après mai 2005 et la propagande ouiouiste au TCE ayant amené à la débâcle que l'on sait, on l'avait une nouvelle fois affirmé. Et cette année? Et bien 220 sondages en six mois, plus d'un par jour. Bien plus qu'en 2002. Et Roland Cayrol, et Pierre Giacometti, et toute la clique des sondeurs peuvent continuer à venir pérorer tous les soirs au bistrot télévisuel C dans l'air. Les résultats leur ont donné raison. Mais l'opinion donne les résultats des sondages ou les sondages créent l'opinion? Question de la poule et l'oeuf. Je reste pour ma part d'accord avec Patrick Champagne: "L'opinion publique, ça se fabrique".
Dernière chose, le bègue des Pyrénées. Lou Bayrou a commencé à monter dans les sondages et à accaparer les médias entre Ségo et Sarko à partir du moment où il s'est mis à taper sur les grands médias et leur manque d'indépendance. Et oui, la critique médiatique a le vent en poupe depuis le TCE. Paradoxe apparent donc, plus il critiquait les médias, plus il y était invité. Ses talents d'orateur et sa position "antisystème" ont fait le reste, de même que son omniprésence sur le web (Bayrou est un des premiers chefs politiques à avoir compris très tôt, il y a plus de dix ans, l'intérêt d'Internet pour la conquête politique. Il a d'ailleurs été élu candidat du Net par les Internautes pendant cette campagne. Pendant sa déclaration de dimanche soir d'ailleurs, Bayrou parlait avec en fond www.bayrou.fr à côté de son oreille droite). Finalement, même la critique systémique des médias sert à renforcer ces mêmes médias. Quadrature du cercle. Un peu comme Sarko finalement. Qu'on le critique ou qu'on le soutienne, on finit par le renforcer. Ignorons le, tout en votant Ségolène Royal, et puis en le qualifiant, juste un petit peu, ça ne fait pas de mal, de mégalomaniaque inconstant.
En attendant, je ne vois pas dans les résultats de ce premier tour qu'une droitisation, certes inquiétante, de l'ensemble du corps électoral français. J'y vois également une contamination à l'américaine du champ politique par le tout médiatique et communicationnel selon des méthodes marketing bien rodées. Sarko étant le produit le plus présent sur les étalages, il obtient forcément la meilleure part de marché. Ce n'est qu'un élément d'un ensemble multifactoriel, mais il est central. Alors vendons du Ségolène, même si ce n'est pas ce qui ce fait de mieux sur le marché. En plus, il paraît que les voix centristes sont à vendre. Espérons que ce soit dans des boutiques de gauche.
Gardons espoir tout en préparant les valises.
Alors que
L’Amérique Latine, la mythique, a souvent servi de référent idéologique aux gauches européennes en mal ou en panne d’idées, depuis les aventures révolutionnaires d’Emiliano Zapata au début du siècle en passant par les combats du Che Guevara, l’arrivée au pouvoir et la fin tragique de Salvador Allende ou jusqu’à aujourd’hui l’EZLN du sous-commandant Marcos, les expériences de Porto Alegre et le lancement des FSM, le chavisme au Vénézuéla, etc.
Continent foyer de révolutions permanentes, provoquées par le rejet de régimes iniques et d’inégalités abyssales, les luttes d’Amérique Latine apparaissent toujours comme une sorte de laboratoire in vivo d’expériences de gauche difficiles voire impossibles à mettre en œuvre en Europe, continent sans doute trop ancien, trop légaliste, trop blasé d’expériences multiples de révolutions manquées. Alors on regarde de l’autre côté, avec des yeux passionnés et une nostalgie non feinte. Pourtant, pourtant les constats faits là-bas sont transposables ici. Les destructions inhérentes dues à la mondialisation néolibérale et leurs cortèges d’exclus traversent les eaux et les continents. Alors les expériences réalisées là-bas sont toujours riches d’enseignements pour ici.
L'Amérique latine apparaît comme un laboratoire et un enjeu, pour la gauche de gouvernement tout comme pour la mouvance altermondialiste, fédérée autour du Forum social mondial de Porto Alegre au Brésil. Et ces dernières années, quelque chose de géopolitiquement déterminant se déroule là-bas : le basculement à gauche de la quasi-totalité du centre et du sud du continent américain, sous des formes certes différenciées, entre, disons pour faire simple, « gauche d’accompagnement » et « gauche de transformation » vis-à-vis de la mondialisation, mais avec des points communs des plus intéressants.
Après avoir été pendant des décennies l’arrière-cour sanglante des Etats-Unis, avec entre autre le sinistre plan Condor, dans les années 1980 et 1990, l’Amérique latine tente de mettre en place un ensemble de réformes sociales, politiques et économiques déterminantes, pour démilitariser les rapports sociaux, démocratiser le pouvoir et libérer l’économie. Mais après les dictatures militaires, ce sont celles du marché et des règles du commerce international qui viennent frapper de plein fouet la majorité de la population. Les Etats-Unis poussent alors à la signature de traités de libre échange. D’abord l’ALENA (accord de libre échange nord américain) avec le Mexique et le Canada avant des traités bilatéraux pour parvenir à leur fin, la constitution de
A la fin des années 90 commence alors à se traduire dans les urnes un raz le bol vis-à-vis de la prééminence de règles favorisant avant toute chose le grand voisin américain.
Laissons de côté Cuba et son vieux chef Fidel Castro, régime bien entendu anti-américain depuis la chute de Batista en 1959, quelque peu moribond et parmi les derniers Etats communistes de la planète.
Le Venezuela ouvre le bal en décembre 1998. Tout au long des années 90, le pays connaît un climat d’agitation politique et de crises économiques dues entre autre à la dépendance économique vis-à-vis des cours mondiaux des hydrocarbures. En 98, la forte diminution du prix du pétrole entraîne l’aggravation de la crise politique. Les partis traditionnels sont laminés aux élections par Hugo Chavez (photo), à la tête du MVR (Mouvement Ve république), qui entend bien mettre en œuvre une véritable « révolution », qui plus est bolivarienne[1], en faveur de plus de justice sociale et d’une réelle répartition des richesses que procure le pétrole vénézuélien. Depuis lors président du Venezuela malgré les tentatives de déstabilisation de l’opposition et la tenue d’un référendum révocatoire en août 2004, Hugo Chavez est réélu en décembre 2006 avec 63% des voix. Souvent accusé de populisme outrancier et de dérives autoritaires, non sans raison, Chavez a néanmoins réussi à redonner espoir aux couches les plus pauvres par le biais de diverses mesures : nationalisation des immenses propriétés terriennes non cultivées appartenant aux plus riches propriétaires pour les redistribuer à des agriculteurs travaillant dans de petites coopératives. Cela permet de donner du travail aux plus pauvres et de limiter les importations dans un pays endetté. Par ailleurs, un système de banque de semences est mis en place afin de préserver la diversité des plantes et la culture des OGM est interdite. Afin de protéger les petits pêcheurs et la biodiversité maritime, la pêche intensive n’est plus possible dans les eaux territoriales vénézuéliennes.
Malgré la concentration du pouvoir entre ses mains et au-delà de la personnalité controversée de Chavez, véritable personnage de roman à la sauce Garcia Marquez, le Venezuela offre aujourd’hui des caractéristiques de prémices d’une écologie populaire au service des oubliés de la mondialisation.
La puissance régionale de la zone, le Brésil, élit quant à lui, le 27 octobre 2002, Luiz Inácio Lula da Silva (photo), ancien ouvrier syndicaliste, à la présidence de la république. Elu avec 60% des suffrages, Lula devient le premier président de gauche du Brésil, suscitant d’immenses espoirs au sein des couches populaires dans les favelas et les campagnes brésiliennes ravagées par la pauvreté.
De 1990 à 2002, les classes dominantes brésiliennes avaient mis en oeuvre un programme néolibéral désastreux pour l’économie et la population, dilapidant les services publics, livrant au capital financier et international les entreprises publiques et privées et provoquant une augmentation désastreuse de la dette. Résultat de cette politique, le Brésil se retrouvait à payer les intérêts les plus élevés de la planète et c’est la population qui payait les pots cassés.
Mais à l’arrivée de Lula au pouvoir, celui-ci agit d’abord pour répondre aux exigences du Fonds monétaire international, tout en militant néanmoins avec l'Argentine pour leur assouplissement, tant et si bien que fin 2003 les demandes du FMI sont même dépassées. En octobre 2006, malgré les déceptions et les scandales de corruption ayant frappé le Parti des Travailleurs, Lula est réélu président.
Les mouvements sociaux, s’ils ont participé à la prise du pouvoir par Lula, restent critiques vis-à-vis de sa politique économique. Le MST (Mouvement des sans terre, immense organisation de quelques 1,5 millions de membres) se manifeste régulièrement pour protester contre la lenteur de la réforme agraire, la priorité donnée à l’agrobusiness et la non réalisation du Plan national de réforme agraire.
Clairement écolo et résolument populaire, les sans terre brésiliens ont construit des milliers d’écoles et obtenu des financements publics pour leur fonctionnement. Ils ont permis la scolarisation de centaines de milliers d’enfants des couches populaires. Le MST défend par ailleurs une agriculture traditionnelle à l’opposé de l’agro business promu par les multinationales.
Même si Lula n’a pas réussi à répondre aux immenses espoirs qu’avait suscité son élection, il reste néanmoins un interlocuteur ouvert pour le mouvement social brésilien.
L’autre grand pays de la zone, l’Argentine, est dirigé depuis mai 2003 par un président de centre gauche et péroniste[2], Nestor Kirchner (photo, à gauche avec Morales, Lula et Chavez).
En décembre 2001, l’Argentine connaît la pire crise économique de son histoire. Les politiques néolibérales, notamment les ajustements structurels réclamés par le FMI et
Le président d’alors, Fernando De
Après cinq présidents en une dizaine de jour, Eduardo Duhalde réussit à stabiliser l’économie, mais la crise sociale continue d’envenimer le pays.
Néstor Kirchner est alors élu en mai 2003 et reprend à son compte une partie des revendications des Argentins. Il prend ses distances vis-à-vis des institutions internationales en développant un discours antilibéral et épure l’armée des derniers reliquats de la dictature en faisant annuler les lois sur l’impunité pour les responsables de la disparition de 30 000 opposants entre 1975 et 1983. Avec seulement quelques programmes d’assistance aux plus démunis, Kirchner réussit l’exploit de désamorcer la bombe des protestations des millions d’Argentins qui vivent sous le seuil de pauvreté. C’est surtout la reprise économique, avec baisse du chômage et hausse de la consommation, qui redonne espoir à la population. Pourtant les inégalités demeurent flagrantes, mais par sa politique de centre gauche habile, le président péroniste a réussit à faire le vide politique sur sa gauche.
Néanmoins, de nouvelles luttes émergent parallèlement à la prise du pouvoir par Kirchner. Au plus fort de la crise argentine, de nombreuses entreprises en faillite sont occupées par les ouvriers et transformées en coopératives. Elles sont devenues un symbole de lutte contre la désindustrialisation du pays mais également un symbole altermondialiste de résistance à l’ordre néolibéral, popularisé par Naomi Klein dans son documentaire « The Take ». Aujourd’hui, ce sont près de 160 entreprises récupérées qui produisent selon un modèle de coopérative, de l’hôtellerie de luxe au textile en passant par les machines agricoles.
C’est également et surtout autour des questions écologiques que naissent de nouveaux mouvements sociaux. Celui notamment de la ville de Gualeguaychu (située à
En Uruguay d’ailleurs, depuis le 1er mars 2005, c’est Tabaré Vazquez qui est président de
Plus à l’Ouest, au Chili, c’est Michèle Bachelet, femme de gauche, qui accède au pouvoir en janvier 2006. Ségolène Royal s’était d’ailleurs rendu à Santiago pour la soutenir avant son élection, tandis que les éléphants du PS, pris de court médiatiquement, barrissaient sous la pluie de Jarnac en hommage à Mitterrand. Une femme socialiste au pouvoir au Chili, bien que modérée, c’est toutefois assez gênant pour Washington qui aimerait bien imposer son hégémonie économique sans condition dans la zone.
Mais deux pays dans la région ont fait le choix d’une gauche résolument alternative par rapport à l’ordre mondial dominant :
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En janvier 2006, Evo Morales (photo), syndicaliste issu d’une modeste famille de paysans Aymara[3], accède à la présidence de
Une des batailles symboliques qui avait réussi à cristalliser le mouvement social bolivien fut celle de l’eau dans la ville de Cochabamba : en 1999, le gouvernement néolibéral d’Hugo Banzer favorise la privatisation des services de distribution de l’eau de Cochabamba au profit d’une filiale de
Après cette première victoire décisive, le mouvement social réussit donc à faire élire un indigène issu du peuple, Evo Morales, au poste suprême. Et celui-ci s’oppose à la privatisation des ressources naturelles au profit des multinationales étrangères. Pour contrer la volonté impérialiste américaine et sa ZLEA, Morales se rapproche également de Chavez et de Castro pour promouvoir l’ALBA, Alternative bolivarienne pour les Amériques, se voulant une organisation de coopération intégrée dans les domaines social, économique et politique, à la philosophie bolivarienne fondée sur plus d’égalité et de justice sociale, et pas seulement sur des échanges commerciaux.
La lutte contre l’appropriation des ressources naturelles et pour les droits des « indigènes » en Bolivie a ainsi gagné plusieurs rounds, mais le combat contre les multinationales et l’ordre néolibéral à volonté hégémonique porté par Washington est loin d’être terminé. Néanmoins, les mouvements sociaux boliviens sont riches d’enseignements pour les mouvements sociaux français et européens portés par des valeurs d’écologie populaire, même si nos « indigènes » ne sont pas les leurs et que le processus de privatisation des ressources est moins violent, ou sans doute moins visible et plus pernicieux, dans nos contrées[4].
-En Equateur ensuite :ce petit pays, à peine grand comme la moitié de
A l’image d’Evo Morales, Correa a été porté au pouvoir par le mouvement social, et notamment la puissante Conaie (Confédération des nationalités indigènes de l’Equateur) qui représente les intérêts des amérindiens locaux, jusqu’alors exclus des politiques publics, bien que constituant un tiers de la population.
Cette vague contestataire s’étend également jusqu’au Mexique, où malgré la victoire récente de Felipe Calderon, serrée et contestée face à Lopez Obrador, un mouvement social immense et influent existe, incarnée notamment par le sous-Commandant Marcos et l’EZLN (Armée Zapatiste de libération nationale).
Avec l'accès de la gauche au pouvoir et l'apparition de nouveaux leaderships, notamment « indigènes », l'effervescence sociale a trouvé un débouché inédit dans plusieurs pays latino-américains et est porteuse d’un grand espoir pour tous les indigènes et autres exclus de la mondialisation partout sur la planète. Les modes d’action de tous ces mouvements doivent être étudiés de prêt, pour inspirer les « indigènes » ici, vivant dans les quartiers populaires et eux aussi exclus de l’ordre économique régnant , pour un modèle alternatif, résolument écologique, profondément populaire.
Alors en France, la gauche ferait bien de s’inspirer de tout ceci pour réfléchir à son modèle idéologique en perte de vitesse, surtout la gauche dite « de gouvernement ». Certes Ségolène Royal s’était rendue au Chili pour soutenir Michèle Bachelet, femme socialiste. Mais il s’agissait avant toute chose de faire de belles photos de deux FEMMES, dites « de gauche », en course pour le poste suprême. Mais en dehors de cette opération marketing, quelles leçons le parti socialiste français tire des victoires des gauches un peu partout en Amérique Latine ? Pourquoi n’est-il pas ici la courroie de transmission des mouvements sociaux ?
La France
Et pourtant… Pourtant tout cela ne se traduit pas électoralement parlant. José Bové, candidat altermondialiste, n’a pas réussi pour le moment à recueillir sur son nom toute cette dynamique, à cause des querelles de boutiques (principalement PC et LCR) mais également sans doute en raison d’une campagne trop tardive et improvisée, et au nom de l’antilibéralisme plutôt que de l’écologie politique, pourtant seule idéologie réellement digne du XXIe siècle. Cette dernière se retrouve alors incarnée par la candidate des Verts, Dominique Voynet, dont l’image pâtie d’une expérience gouvernementale qui a laissé de mauvais souvenirs. Et puis une élection présidentielle au suffrage universelle, par définition hyper personnifiée, ne convient pas forcément à une galaxie de mouvements altermondialistes se méfiant de ce type d’exercice à haute valeur démagogique.
Du coup les électeurs français qui en ont marre, qui veulent faire « péter le système », ont perdu leur boussole électorale. Les exclus de la globalisation économique, jeunes diplômés en stage, sans diplôme en intérim, sans logis, ouvriers, paysans, retraités, immigrés (ceux qui ont le droit de vote bien sûr), etc. (et ça en fait du monde), semblent tentés par un vote contestataire…Bayrou…ou Le Pen. Cherchez l’erreur ! Je ne veux certes pas les mettre dans le même panier. Bayrou, bien qu’ayant toujours été de droite et dont tous les élus de son parti, l’UDF, ont été élus par des accords avec l’UMP, a mené une campagne républicaine contestataire habile contre le gouvernement en place. L’autre, sous ses airs de grand père débonnaire, reste un dangereux démagogue d’extrême droite aux propos nauséabonds qui n’ont pas changé d’un iota depuis des décennies, malgré toutes les tentatives de normalisation menées par sa fille Marine.
Et des électeurs qui devraient « naturellement » se tourner vers l’altermondialisme semblent tentés soit par l’ « extrême centre », soit par l’extrême droite. Finalement, alors que les regards « antisystèmes » devraient convergés vers l’Amérique Latine, beaucoup semblent s’inspirer de l’Allemagne : pour son passé immonde, avec Le Pen (oui, oui, le FN aura beau protester, c’est en France le seul parti assez malade pour défendre le nazisme), pour son présent indécis, avec Bayrou (qui s’inspire de la coalition droite-gauche allemande au pouvoir, qui pourtant ne fait pas que des émules outre Rhin et est plutôt taxée d’immobilisme). Il faut dire aussi que la place laissée aux questions internationales durant la campagne a été plutôt ridicule, alors que tout le monde nous rabat par ailleurs les oreilles avec la mondialisation. Nous verrons bien le soir du 22 avril.
En tous cas, nous risquons tous d'en perdre notre géographie, et pas seulement.
[1] En référence à Simon Bolivar, général et homme politique vénézuélien, figure emblématique des indépendances des colonies espagnoles au 19e siècle.
[2] Juan Domingo Perón (1873-1974), militaire argentin qui fut président de l'Agentine du 4 juin 1946 au 21 septembre 1955 et du 12 octobre 1973 au 1er juillet 1974.
[3] Aymara désigne à la fois un peuple originaire de la région du lac Titicaca, au croisement de la Bolivie, du Pérou et du Chili, et une langue véhiculaire qui a remplacé de nombreuses autres comme l'Uru ou l'Uchhumatagu de Bolivie. Contrairement à une opinion répandue, ce n'est pas le Quechua, mais bien l'aymara qui était la langue officielle de l'empire inca.
[4] Pour une histoire « populaire » de l’Amérique Latine en général et de
[5] Titre d’un ouvrage de Mona Chollet.
