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"Bin Jamin", ça signifie "sans terre" en Hindi, et comme je m'appelle Benjamin et que je loue mon appartement, c'est un bon titre pour mon blog.

On nous parle à longueur de temps de "Mondialisation heureuse" et de développement nécessaire et favorable à tous. Alors juste un petit blog,  pavé de plus dans la mare des joyeux chantres des bienfaits de la Globalisation. Il se base sur des expériences personnelles et s'adresse à tous les "sans", sans terre, sans air, sans droits, sans papiers, sans travail, sans toit, sans toi aussi d'ailleurs... Les récidivistes du stage s'y reconnaîtront. Ce blog se veut un modeste lieu de "résistance", ce au sens noble du terme.

Toute accusation d´affiliation à un groupe (si ce n'est les écolos un peu gauchistes, je le concède volontiers, de même que Sauvons les Riches qui prône une mesure de salubrité publique, le revenu maximum), parti, association, clubs de libéraux masochistes ou de néomarxistes, de joueurs de boules, de propriétaires de chien qui pue, de réhabilitation du clocher de Moussac ou de je ne sais quoi encore ne serait que fumisterie et vil procès d´intention.

Les propos rédigés en ces pages n´engagent que leur auteur afin de partager des points de vue, des expériences vécues, des constats lors de voyages à l'étranger, etc. Il s'agit de réfléchir, un peu, sur le développement, sur l'environnement, sur l'actualité, sur la politique, sur l'altérité sans trop d'austérité. Bin Jamin se veut un vecteur d'informations généralistes à tendance sociale et écologique, mais également nationale et internationale, avec un intérêt marqué pour le Sous-Continent indien, véritable laboratoire de la globalisation, de ses excès et des mouvements qui tentent d'y remédier.

Sa philosophie: " L'erreur ne devient pas vérité parce qu'elle se propage et se multiplie. La vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit." (Gandhi)

Ou encore: "Le nouvel ordre mondial est en vigueur jour et nuit, selon le principe que celui qui ne produit pas, qui ne consomme pas et qui n'a pas d'argent pour le mettre en banque est inutile. Ainsi les immigrants, les sans terre, les sans toit sont traités comme les déchêts du système: ils doivent être éliminés." (John Berger)


Tous les commentaires sont les bienvenus, de même que les textes d'auteurs qui se sentent inspirés.
Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 20:16


 

Hier soir sur France 2, en deuxième partie de soirée, Eva Joly, candidate d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) à la présidentielle, était l’invitée politique de Laurent Ruquier sur France 2, dans son émission « On n’est pas couché ». ONPC comme on dit dans le « landernau », est un peu à l’image du Grand Journal sur Canal Plus, le salon politique du tout Paris dans lequel il faut obligatoirement passer lorsque l’on a un livre, un film, ou tout autre message à faire valoir. Pourtant l’exercice semble particulièrement pénible, tant le bavardage, les bons mots et les rubriques cinglantes des chroniqueurs prennent le pas sur le fond des messages.  

 

Les années précédentes, dans ONPC, nous avions droit au duo insupportable des deux Eric, Zemmour et Naulleau : Zemmour s’est spécialisé dans les propos racistes, anti-«droits de l’hommiste » (injure suprême dans sa bouche) et anti-féministes primaires. Pour lui, critiquer les progressistes, les défenseurs des opprimés, les écologistes, les internationalistes, constitue le summum de la transgression. Son combat, dénoncer la « bien-pensance », notamment toutes celles et ceux qui défendent les droits des minorités et des opprimés, immigrés, sans papiers, homosexuels, etc.

 

Quel courage ! Dénoncer sous Sarkozy, Guéant et compagnie les défenseurs des droits de l’homme relève d’une extraordinaire indépendance d’esprit ! De l’art de transformer la flagornerie et la démagogie la plus crasseuse, cachées sous des monceaux de références culturelles (là-dessus, Zemmour a grosso modo la même technique qu’Alexandre Adler) en « courage », celui de « dire la vérité aux Français ». Heureusement pour nous, Zemmour n’assène plus ses idées nauséabondes sur le Service public audiovisuel à heure de grande écoute (il officie encore tout de même sur RTL, i-Télé et Paris Première). Sa haine des femmes vient peut-être de déconvenues passées avec la gente féminine, quand à ses pseudo-dénonciations des «élites », elles ne doivent pas être étrangères au fait qu’il ait raté deux fois l’ENA.

 

Eric Naulleau quant à lui, titulaire d’un DEA à la faculté des lettres de Nanterre, était un bon éditeur et critique littéraire avant d’aller faire le beau dans le Salon du marquis de Ruquier chez France Télévisions. Là, il s’est retrouvé à contre-emploi en donnant la réplique à Zemmour dans une surenchère de méchanceté vis-à-vis des invités qui défilaient le samedi soir la peur au ventre d’être humiliés.

 

Mais bon, les deux compères sont partis côte à côte casser les oreilles des spectateurs de paris Première, tout de même nettement moins nombreux.

 

Et sont arrivées à la rentrée 2011, à la place des Dupont et Dupont de l’analyse télévisuelle (ou des deux « chiens de garde » pour être plus méchant et rendre hommage à Paul-Yves Nizan et Serge Halimi), Audrey Pulvar et Natacha Polony.

 

Bonne idée sur le papier : Audrey Pulvar, belle et brillante journaliste (France 3, France Inter, etc.), originaire de la Martinique, plutôt à gauche, compagne actuelle d’Arnaud Montebourg, est l’exacte opposée de Zemmour. Natacha Polony, lettrée, personnalité du Mouvement des citoyens de Jean-Pierre Chevènement et journaliste au Figaro, joue elle la caution intellectuelle de « droite », disons néo-républicaine à la Zemmour.

 

Mais au fur et à mesure des émissions, le duo arrive progressivement à devenir aussi insupportable que ses prédécesseurs. Et le point d’orgue est peut-être arrivé hier soir.

 

Eva Joly, venue défendre sa candidature extrêmement critiquée actuellement dans le landerneau politico-médiatique, est arrivée sur le plateau de ONPC vers minuit et demi. Elle venait également parler de son dernier livre, Sans tricher, qu’elle a écrit pour tenter de lever les ambiguïtés sur sa personnalité et montrer à un maximum de Français qui elle était et pourquoi elle se présentait aujourd’hui à la magistrature suprême.

 

Et là, ce fut un florilège, un festival d’attaques plus ou moins violentes contre l’ancienne magistrate, à se demander si elle ne devait pas être tenue pour responsable de tous les égarements de la France. Même des journalistes peu soupçonnables de sympathie pour les écologistes comme Dominique de Montvalon à France Soir on reconnu qu’il s’agissait peu ou prou d’un « procès » intenté à Eva Joly :

 

http://www.francesoir.fr/actualite/politique/le-proces-d-eva-joly-par-ruquier-pulvar-et-polony-180912.html

 

Attaques sur le 14 juillet, sur son accent, sur sa soi-disant haine de la « nation », sur l’abandon du siège de la France au Conseil de sécurité de l’ONU, sur l’avenir du nucléaire, sur les jours de congé supplémentaires pour les autres religions, etc. Tout y est passé sur un ton agressif et condescendant. Dans l’exercice de lynchage, Natacha Polony fut la plus virulente, se servant sans doute de la présence d’Eva Joly pour pouvoir déverser des tombereaux d’opprobre à l’égard des écologistes. Cela semblait visiblement la soulager.

 

Mais les idées portées hier soir par Eva Joly ne sortent pas uniquement de son cerveau. C’est bel et bien le programme écologiste défendu avec beaucoup de dignité, de professionnalisme et d’aplomb par la candidate d’EELV face à des chroniqueurs maniant les poncifs et la « pensée en boite » en se croyant géniaux. « Abandonner le droit de véto et le siège permanent de la France au Conseil de sécurité de l’ONU, non mais vous n’y pensez pas ma bonne dame ! » Et bien si pourtant, nous ne sommes plus en 1945, désolé madame Polony. Brésil, Inde, chine, Afrique du Sud aspirent à leur part du gâteau et nous n’échapperons pas à une nouvelle architecture internationale dans la gouvernance mondiale pour tenter d’y apporter de la légitimité.

 

Mais pour les journalistes de salon, peut-être que le monde continue de tourner autour du génie français, un peu comme le soleil tournait autour de la terre avant que n’arrive Copernic.

 

Sur le 14 juillet, Eva Joly n’a jamais dit qu’elle voulait annuler notre fête nationale, mais qu’elle préfèrerait voir défiler sur les Champs Elysées des instituteurs, des infirmières et des pompiers notamment aux côtés des militaires plutôt que des chars et des avions. Il n’y a plus que la France qui fait défiler ainsi son armée le jour de sa fête nationale, avec notamment la Russie ou la Corée du Nord, comme elle l’a très bien rappelé hier soir. Ce n’est pas grave, la caricature de la Norvégienne qui ne comprend rien à la France et qui est dans un parti de dangereux écologistes fous, ça passe mieux à la télé. Sur le nucléaire également, comme d’habitude, les écologistes à travers Eva Joly ont été totalement caricaturés, et notamment malheureusement par Audrey Pulvar qui sur ce coup a vraiment manqué de se taire. Le rapport de cette semaine de la cour des Comptes devrait pourtant convaincre les derniers indécis de la dangerosité, de l’absurdité et du coût énorme du nucléaire. Mais non, rien y fait ! Même pas Fukushima qui a pourtant ouvert les yeux à nos voisins Allemands. Pourtant, combien de Français savent par exemple que lors de la grande tempête de décembre 1999, on a frôlé une catastrophe nucléaire majeure à la centrale du Blayais, près de Bordeaux, quand celle-ci a été envahie par les eaux alors qu’elle était coupée du réseau électrique. Alain Juppé, maire de Bordeaux, fut réveillé en pleine nuit le 27 décembre par le préfet qui envisageait un plan d’évacuation de la ville. Si le scénario s’était déroulé, c’est par exemple l’ensemble du vignoble bordelais qui aurait été rayé de la carte pour des siècles.

 

Mais Audrey Pulvar préféra hier soir invoquer le « mythe des énergies renouvelables » qu’Eva Joly opposerait au « mythe » du nucléaire. Madame Pulvar devrait plutôt lire Bernard Laponche, qui s’y connaît à coup sûr bien mieux qu’elle pour parler nucléaire, plutôt que de dérouler la propagande habituelle d’EDF et d’Areva en attendant la prochaine catastrophe.

 

Quant à madame Polony, son regard et ses propos condescendants méritent d’être remis à leur place. A cet égard, Eva Joly a été particulièrement polie avec une journaliste de 37 ans qui avait pourtant la prétention de lui infliger des cours de géopolitique. C’est vrai, Eva Joly a juste instruit l’affaire Elf, travaillé à l’international pour des gouvernements notamment norvégiens ou islandais, avant de présider aujourd’hui la commission du développement du Parlement européen. Elle qui s’est battue toute sa vie contre la corruption de la finance internationale et les paradis fiscaux a sans doute des leçons à recevoir d’une jeune journaliste du Figaro qui a beaucoup œuvré sur les plateaux de télévision mais très peu à l’international.

 

Cela me faisait penser à l’époque où Jean-Marie Cavada, recevant Pierre Bourdieu sur son plateau, avait l’insolence de vouloir lui expliquer la sociologie des médias. Oui après tout, Jean-Marie Cavada était tout de même un grand journaliste (en termes d’audience), et donc que valait face à lui la parole du plus important sociologue de la seconde moitié du 20e siècle, enseigné dans toutes les grandes universités du monde mais encore dénigré dans le champ politico-médiatique français ?

 

Pour en revenir à hier soir, pas la peine non plus de rappeler que si Eva Joly est la candidate d’EELV et pas Nicolas Hulot, c’est qu’elle a été choisie par 25 000 adhérents lors de primaires, et ce de façon incontestable. Argument imparable de Natacha Polony, « les militants ne font pas toujours les meilleurs choix ». Je plussoie, et ayant même envie de lui répondre « les citoyens non plus ». Pensons à 2007, au « Travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy face à l’état actuel du pays et du pouvoir d’achat de nos concitoyens. Oui, les militants ne font pas forcément les meilleurs choix, mais aux yeux de qui exactement ? Cela s’appelle la démocratie, et Eva Joly a gagné loyalement et largement les primaires d’EELV. Quand François Hollande viendra à ONPC, si c’est après une baisse dans les sondages, oseront-ils lui demander si Martine Aubry n’aurait pas finalement mieux convenue ?

 

Bref, hier soir, Eva Joly nous a surtout montré que quelles que soient les difficultés, elle n’ira pas se coucher et se battra jusqu’au bout pour porter les idées de l’écologie politique, car, comme elle l’a rappelé hier soir, tout comme l’avait indiqué Dany Cohn Bendit au début de la semaine lors dune conférence de presse, quel que soit le score d’Eva Joly aux prochaines élections présidentielles, personne n’échappera dans les mois et les années qui viennent aux questions fondamentales posées par l’écologie politique et aux réponses qu’elle apporte. Et tous les arguments des journalistes de salon pour en décrédibiliser la portée n’y suffiront pas.

 

Par Ben - Publié dans : La course au château - Communauté : Media - Actualité générale
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Mardi 10 janvier 2012 2 10 /01 /Jan /2012 10:48

Edito 2012 pour la commission Transnationale d'Europe Ecologie Les Verts:

 

Lorsque l’on dresse un bilan des évènements s’étant produits tout au long de l’année 2011 sur la scène internationale, on est d’emblée pris de vertiges par leur nombre impressionnant: les révolutions arabes, avec la chute de Ben Ali en Tunisie, suivie de celle d’Hosni Moubarak en Egypte, les bombardements occidentaux en Libye et la mort de Mouammar Kadhafi, le séisme au Japon et la catastrophe nucléaire de Fukushima, la crise financière internationale et son évolution vers une très grave crise des dettes « souveraines » en Europe, les mouvements des Indignés, qui se sont levés un peu partout dans le monde (Etats-Unis, Chili, Grèce, Espagne, etc.), la répression sanglante de Bachar Al Assad sur son propre peuple en Syrie, la mort du dictateur Kim Jong Il en Corée du Nord, etc.

 

Sidi-Bouzid.JPG

Toute chose étant égale par ailleurs, 2011 semble avoir quelques similitudes avec 1989, lorsque l’effondrement de l’empire soviétique ouvrait la voie à de multiples bouleversements sur la scène internationale. Quelques-uns, comme le chercheur américain Francis Fukuyama, déclaraient alors que nous assistions à la « fin de l’histoire », à l’avènement partout sur la planète de la démocratie de marché suite à la fin de l’URSS. Puis Samuel Huntington (alors professeur à Harvard) nous persuadait qu’au contraire nous allions assister à un « choc des civilisations », principalement entre la « civilisation musulmane » et la « civilisation occidentale », la première n’étant dictée que par un Islam rigoriste tandis que la deuxième était portée par la démocratie, la liberté et s Unis on libre-échange intrinsèque. Ces civilisations ne pouvaient donc que se heurter dans leurs valeurs fondamentalement opposées, et les attentats du 11 septembre 2001 venaient valider spectaculairement cette thèse.

 

Or on s’aperçoit bien aujourd’hui à quel point toutes ces théories étaient fallacieuses et dangereuses :

 

Fallacieuses, car 2011 nous a démontré que non seulement les pays arabes avaient soif de démocratie et de liberté, mais que, à l’opposé, le libéralisme économique et le tout marché, étant censés être les vecteurs incontournables de la démocratie, pouvaient au contraire en être les fossoyeurs, lorsque par exemple des agences de notation et des investisseurs arrivent à provoquer la chute de gouvernements élus par le peuple (comme en Grèce ou en Italie, quoi que l’on puisse penser par ailleurs de tel ou tel gouvernement) .

 

Dangereuses, car soi disant au nom de la démocratie de marché, les Etats-Unis ont attaqué l’Irak en 2003. Alors que les troupes américaines ont commencé à se retirer en 2011 et que les bilans fleurissent, on entrevoit parfaitement le véritable désastre de l’intervention américaine en Irak. Tandis que des centaines de milliards de dollars, qui auraient pu bien mieux servir, ont été dépensés en armes et en bombardements, et que des milliers de vie humaines ont été sacrifiées (plus de 110 000 civils irakiens et près de 4500 soldats américains), soit disant au nom de la démocratie, l’immolation d’un jeune diplômé tunisien désespéré, vendeur de fruits et légumes à la sauvette dans les rues de Sidi Bouzid, dans le sud tunisien, a allumé une étincelle qui a embrasé l’ensemble des peuples arabes. On peut cyniquement en conclure que le sacrifice d’un vendeur ambulant tunisien s’est montré bien plus efficace pour la démocratie dans toute la région que la plus puissante armée du monde. L’histoire retiendra son nom, Mohamed Bouazizi (photo, sur la place de Sidi Bouzid).

 

Photo-Bouazizi.JPG

Décidément non, la démocratie ne s’impose jamais de l’extérieur par les armes. « La fin est dans les moyens tout comme l’arbre est contenu dans la graine » nous dirait Gandhi. On risque de le voir malheureusement bientôt en Libye. Nous pourrons déjà l’observer en 2012, entre l’Irak et la Libye débarrassées de leurs dictateurs avec des bombardements massifs occidentaux, et une Tunisie qui s’est elle-même libérée de ses chaînes (la France s’étant pitoyablement illustrée au tout début de l’année 2011, pendant la débâcle de Ben Ali, en lui proposant l’aide de ses forces de l’ordre, par la voix de la ministre des Affaires étrangères de l’époque Michèle Alliot-Marie), lequel de ces pays évoluera vers plus de liberté et de démocratie.

 

Non vraiment, en 2012, ça commence à se voir, toutes ces vertus dont se pare un Occident encore présomptueux pour soi-disant exporter sa vision de la démocratie mais en fait principalement exploiter pour ses multinationales les richesses naturelles de ces pays (si la Libye de Kadhafi n’avait pas eu de sous-sol aussi pétrolifère, pas sûr que l’Otan serait aussi promptement intervenue, de même que la France pour faire également oublier l’épisode Kadhafi reçu en grandes pompes à Paris en 2007. Dramatique illustration en Syrie où les massacres de Homs entrainent de multiples condamnations mais aucune action efficace pour tenter un tant soit peu de stopper la folie meurtrière du régime, tant côté américain qu’européen).

 

La donne internationale a définitivement changé cette année, et il n’est vraiment pas dit qu’à l’avenir nos beaux discours sur la démocratie et le libre échange aient encore un impact sur la scène internationale. De leur coté, le Brésil, l’Inde, la Chine pour ne citer qu’eux, bouleversent le système économique planétaire sans s’encombrer de belles formules ou d’aventurisme interventionniste, mais en se servant pragmatiquement de « nos » armes économiques capitalistes. Ils risquent très bientôt d’imposer leurs vues (ils le font déjà dans certains secteurs, comme dans la monnaie pour la Chine) aux anciennes puissances impérialistes et considéreront alors, d’ailleurs à juste titre, que ce n’est qu’une revanche normale de l’histoire.

 

De même, ça commence à se voir, que le libéralisme économique débridé et le tout marché ne sont pas des vecteurs intrinsèques de la démocratie. Il n’y a qu’à voir la Chine d’un côté, jouant à fond le jeu du libre échange tout en maintenant d’une main de fer un système politique autoritaire, et la crise des dettes souveraines en Europe de l’autre, qui « impose » à des gouvernements démocratiquement élus des mesures impopulaires pour lesquelles ils n’ont pourtant aucun mandat démocratique.

 

manif.JPG

Quand au bilan climatique et environnemental de notre petite planète, pour être tout à fait objectif, il est simplement alarmant, pour ne pas dire désespérant, plus encore en 2011. Alors qu’aucune décision concrète n’a été prise au sommet de Durban, le réchauffement climatique continue son petit bonhomme de chemin dans une encore bien trop grande indifférence. Pour les gouvernements actuels, il semble que le réchauffement climatique et la crise environnementale, « ça commence à bien faire », la crise économique ayant balayé toutes les bonnes intentions sur son passage. Là aussi, ça commence à se voir, que l’inquiétude de nos gouvernants pour le réchauffement climatique n’était qu’une attitude politicienne surfant sur un « phénomène » d’opinion sans avoir pris la réelle mesure des enjeux historiques auxquels nous sommes confrontés, pour l’humanité et l’ensemble de la planète. Finalement, que pèse la vie sur terre face à la crise de la dette ?

 

Face à ce sombre tableau, l’écologie politique a de multiples solutions à proposer, du local au global, pour plus de transparence, de démocratie, une meilleure prise en compte des citoyens, une réconciliation avec le vivant et la planète, la sortie du dogme du libre échange et de la croissance à tout prix au nom du bon sens : une croissance infinie de production de biens matériels est physiquement impossible sur une planète aux ressources finies, etc. L’écologie politique va dans le sens de l’histoire, elle doit donc se confronter à l’exercice du pouvoir pour démontrer la pertinence de ses thèses. Elle le fait déjà, localement, dans de nombreux villes et villages, en Europe, mais aussi en Amérique du Sud, en Afrique, au Japon, etc. Au parlement européen, nous avons un groupe de 58 députés Verts, dont 15 français, qui font valoir d’autres voies, notamment en matière de sortie de crise. En France, nous avons désormais un Sénat majoritairement à gauche comptant en son sein dix sénateurs écologistes (Europe Ecologie Les Verts - EELV) depuis septembre dernier qui « secouent » un peu et dépoussièrent déjà par leur travail et leurs analyses la vieille institution. Les élections présidentielle et législatives pointent à l’horizon (avril-mai et juin 2012) et nous avons une excellente candidate à l’élection présidentielle, Eva Joly, qui, par ses origines, son parcours, sa carrière, par tout ce qu’elle représente, porte haut et fort la parole de l’écologie dans une élection qui ne nous ait pourtant guère favorable. A elle et à EELV de montrer que l’écologie politique porte également une autre voix en termes de relations internationales, multilatérale, décentralisée, pacifique, dénucléarisée, désarmée, etc., au final tellement plus réaliste et plus raisonnable pour l’humanité que les diplomaties française et européenne auxquelles nous avons pu assister ces dernières années.

 

Europe Ecologie Les Verts a également de solides chances d’obtenir un groupe de députés nettement plus important (nous n’en avons que trois actuellement) en juin prochain, pour renouveler un peu les bancs, par trop uniformes, de l’Assemblée nationale.

 

Néanmoins, ces bonnes nouvelles et perspectives ne doivent pas nous pousser à « noyer le bébé avec l’eau du bain ». Pour que nous continuions à susciter l’espoir, notre maxime de « la politique autrement » ne doit pas être abandonnée. La perspective du pouvoir ne doit pas nous griser au point de renoncer au non cumul des mandats, au respect du vote des militants et des minorités, à la nécessité de continuer à multiplier les adhésions et à s’ouvrir à la société civile pour devenir un grand mouvement, à la transparence dans les prises de décision, à la convivialité, la bonne humeur et le respect des échanges dans les réunions, etc. Là encore, Gandhi avait trouvé la bonne formule avec le « sois toi-même ce que tu veux voir dans le monde ». Car si la poursuite du pouvoir se fait en oubliant au passage ce qui est sans doute l’essence même de notre engagement – vouloir changer le monde -, là aussi ça va commencer à se voir, et ce serait extrêmement dommageable, pas que pour Europe Ecologie Les Verts, mais pour l’écologie politique dans son ensemble qui en France a su commencer à ressusciter l’espoir et la croyance en une certaine forme de politique. Cela étant dit, que 2012 voit en France l’arrivée de la gauche et des écologistes au pouvoir et la fin de la clique sarkozienne constitue le grand espoir de cette année à l’échelle nationale.

 

La scène internationale risque en tout cas de continuer à connaître dans l’année qui vient de multiples évènements et profonds bouleversements. Il y a d’ores et déjà prévu au menu, outre l’élection présidentielle en France d’avril-mai prochain, de nombreuses élections qui vont être déterminantes en 2012 : au Sénégal en février, en Russie en mars, au Mexique en juillet et bien entendu aux Etats-Unis en novembre. Nous n’allons donc pas chômer encore cette année sur l’international. 

 

En tous cas, le 21e siècle historique débute peut être en 2011, et non le 11 septembre 2001, comme l’ont trop hâtivement affirmé de nombreux observateurs. Que notre siècle s’ouvre sur la perspective de plus de systèmes démocratiques, notamment dans toute une aire, le « monde arabe », qui en était jusqu’à présent quasiment dépourvue, plutôt que sûr des attentats meurtriers aux Etats-Unis ayant entrainé dans leur sillage une guerre en Afghanistan, c’est tout de même nettement plus positif.

 

Alors qu’en 2012, les indignés d’ici et d’ailleurs, du monde arabe (Israël et Palestine notamment), de Chine, d’Iran, d’Inde, d’Amériques, auxquels les écologistes ne peuvent qu’intrinsèquement être liés, réussissent enfin à bien se faire entendre et que plutôt que de prophétiser la fin du monde pour cette année, nous assistions au commencement d’une nouvelle ère plus démocratique et plus responsable vis-à-vis des générations futures. Inch Allah !

 

Benjamin Joyeux

Janvier 2012

Par Ben - Publié dans : Actualité Bin Jamin - Communauté : Media - Actualité générale
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Vendredi 16 septembre 2011 5 16 /09 /Sep /2011 16:54

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Lundi 12 et mardi 13 septembre 2011, se tenait au Centre de Conférence International de Genève (Suisse) une grande « conférence internationale sur le droit à la terre et aux ressources naturelles ». Organisée par le réseau Ekta Europe et le mouvement emblématique indien Ekta Parishad, cette réunion rassemblait des militants et des organisations de tous horizons, sous l’égide de prestigieux partenaires comme CESCI Support Association, DANIDA (gouvernement danois), MINBUZA (gouvernement néerlandais), SDC (agence suisse pour le développement et la coopération), Action Aid, Solidarité, etc. Si la salle n’a contenu qu’au maximum une petite centaine de personnes durant ces deux jours, la conférence a permis des échanges vraiment fructueux et porteurs d’espoir pour l’avenir entre différentes têtes de réseau et personnalités importantes.

 

Tout le monde était là pour débattre du sujet essentiel de l’accès à la terre et aux ressources naturelles pour les différents peuples de la planète. 

 

Au pays des banques et des exilés fiscaux, la conférence d’Ekta voulait rien de moins que tracer « le chemin vers la sécurité alimentaire, l’accès aux ressources naturelles et le développement durable par une économie non violente au niveau mondial ».

 

La conférence s’était ainsi fixée trois objectifs : - tout d’abord attirer l’attention des autorités européennes et internationales sur les problématiques des pauvres ruraux dans les pays en développement ou en transition – ensuite tenter de mutualiser les efforts internationaux pour promouvoir le droit à la terre et le contrôle des ressources naturelles par les communautés locales, ce pour tendre vers la sécurité alimentaire, le travail décent et le développement durable – enfin gagner un soutien politique, institutionnel et financier pour la grande marche organisée par Ekta Parishad en Inde et un peu partout sur la planète en 2012, la Jan Satyagraha.

 

La cérémonie d’ouverture de la conférence à 13h ce lundi 12 septembre place la barre très haut, avec les interventions respectives de l’organisatrice Margrit Hugentobler, coordinatrice d’Ekta Europe, Caroline Morel, directrice de Swissaid, Flavio Valente, secrétaire général du FIAN (Food Information Action Network), Olivier De Schutter, rapporteur pour la droit à la sécurité alimentaire à l’ONU (par vidéo) et bien entendu le désormais célèbre Rajagopal P.V., fondateur et leader d’Ekta Parishad depuis 1991.

 

P1030862.JPG Rajagopal annonce d’emblée la couleur: « Dans un monde globalisé, c’est facile de voyager. La technique et le capital se retrouvent à cette échelle pour exploiter toutes les ressources. Mais le profit ne revient pas aux peuples. Il est gardé par une petite minorité et exporté. Résultat : plus de pauvreté, plus de migrations vers les villes et plus de violence. Ca se passe en Inde et ça se passe partout ailleurs. Les villes deviennent de plus en plus laides et les villages deviennent invivables. Alors comment renverser ce processus ? »

 

Il poursuit : « Nous voulons changer de paradigme de développement. L’espace démocratique se restreint de plus en plus. Mais qu’on le veuille ou non, les gens aspirent au changement. (...) Il faut décentraliser la gestion des ressources contre les décisions venant du sommet. (…) Mais rien ne peut arriver sans une grande solidarité mondiale. Les gouvernements peuvent écraser les mouvements locaux, mais pas si nous nous organisons mondialement. (...) On a tendance à tout attendre de l’Etat. Cela doit changer. Nous ne devons pas avoir une attitude d’attente. La mobilisation est décisive. Il s’agit de créer la solidarité en mobilisant l’opinion publique et d’influencer les institutions internationales comme la FAO, les Nations Unies, l’Union Européenne, etc. Créer des ponts de solidarité et mobiliser l’opinion publique grâce à des gens comme ceux dans cette salle».

 

Tel est l’objectif  de la grande marche de 2012. En 2007 avec Janadesh, en faisant marcher entre Gwalior et Delhi durant 26 jours 25 000 paysans, accompagnés par des dizaines de militants de toute la planète, Ekta Parishad avait obtenu du gouvernement indien une réforme agraire et la mise en place d’une commission chargée d’attribuer des terres aux plus démunis, ceux exclus par les projets de développement concoctés par le pouvoir central en lien avec des multinationales intéressées par le sol et le sous-sol de l’Inde. En 2012, il s’agit de faire marcher 100 000 personnes, en premier lieu paysans et petits producteurs, pendant un an  qui convergeront à Delhi en octobre 2012, en même temps que partout ailleurs sur la planète se dérouleront des actions de solidarité. Cela afin que non seulement le gouvernement indien finisse par tenir ses promesses, mais surtout pour que soit mis à l’agenda international la question de l’accès à la terre, terres qui sont de plus en plus accaparées un peu partout (Afrique, Asie, Amérique Latine, Europe de l’Est) par de grands groupes agro-industriels et des multinationales en recherche de matières premières au détriment des populations locales. 

 

Le message vidéo d’Olivier De Schutter (rapporteur du droit à la souveraineté alimentaire à l’ONU) diffusé suite aux propos de Rajagopal, précise le constat : « La petite agriculture familiale rend de grands services mais subit la concurrence déloyale des grandes exploitations. La marche d’Ekta Parishad en 2012 a une signification universelle. Dans toutes les régions du monde, des communautés se voient exclues du droit à la terre. Or 75 à 80% des pauvres dans le monde survivent dans les zones rurales. Dans beaucoup de régions, existent des programmes de titrisation pour donner le droit de propriété aux agriculteurs, mais ils ne sont pas accompagnés des programmes de soutien nécessaires et amènent à termes à plus de concentration agraire. Il faut garantir le droit de produire dans des conditions satisfaisantes. »

 

Monsieur De Schutter y ajoute une dimension supplémentaire, celle du genre : « Les femmes sont souvent exclues du droit à la terre. Or elles sont majoritaires à produire, mais ont beaucoup de mal à accéder au crédit. Ainsi le combat d’Ekta Parishad est un combat pour les paysans ET surtout les paysannes du monde, c’est un combat pour la planète et la sauvegarde de la biodiversité. »

 

Le secrétaire général de FIAN, Flavio Valente indique qu’entre 50 et 80 millions d’hectares de terre ont jusqu’à présent été transférés de petits propriétaires à des firmes multinationales. Il s’agit d’un acte de « viol social » inacceptable.

 

Flavio Valente rappelle également l’existence de l’Appel contre l’accaparement des terres préparé au dernier Forum Social Mondial, à Dakar en 2011, appel clair pouvant montrer la voie d’une nouvelle gouvernance mondiale sur cette question du droit à la terre.

 

De nombreux autres intervenants de grande qualité interviennent ainsi tout au long du lundi après-midi : Karima Delli, notre jeune et célèbre eurodéputée Europe Ecologie Les verts, enflamme l’assemblée avec un discours de volontarisme politique très loin de la langue de bois. Certes la pauvreté n’est pas à la mode, mais il faut pourtant porter cette question fondamentale au cœur des institutions, et notamment du Parlement européen. Elle s’engage à soutenir au maximum la marche, relayer ses revendications devant le Parlement européen et venir marcher aux côtés de Rajagopal et des paysans indiens plusieurs semaines en 2012.

 

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Madiodo Niasse, directeur d’International Land Coalition, nous livre lui les leçons qu’il a retenues de Gandhi, qui lui rappelle Mandela, dans la simplicité du message face à la « dimension de l’œuvre ». D’après lui, les leçons de sagesse de Gandhi restent très pertinentes et plus que jamais d’actualité aujourd’hui.

 

Après de très enrichissants débats, un « repas culturel » nous est offert dans le centre ville de Genève : Gauri Kulkarni, chorégraphe et danseuse indienne connue, membre d’Ekta loka kala manch (la branche artistique d’Ekta Parishad) nous danse durant une petite heure les épisodes clefs de la vie du Mahatma Gandhi.

 

Le mardi 13 septembre, nous rentrons dans le cœur du sujet organisationnel, en abordant notamment le rôle à jouer de la part des ONG et des agences internationales de développement, avec notamment des représentants d’Action Aid, Action Village India (Grande Bretagne), Oxfam international, Alter Eco, etc.

 

Toutes ces organisations mènent un combat extraordinaire et nécessaire, mais c’est toujours le même soucis : leurs actions et leur budget ne pèsent pas lourds face aux Etats surtout soucieux d’investissements directs étrangers (IDE), aux multinationales prédatrices de toujours plus de ressources naturelles et aux institutions internationales comme l’OMC ou la Banque mondiale, surtout promptes à déréglementer pour toujours plus de libre échange. C’est le combat de David contre Goliath, de don Quichotte contre les moulins à vent, de Sisyphe repoussant sans cesse son rocher.

 

Il est grand temps de globaliser toutes ces luttes, ce qui est l’objet de ma courte intervention ! Et la Jan Satyagraha 2012 d’Ekta Parishad peut être un excellent outil pour réaliser cela.

 

Après dix ans de combat et de lutte, et une énorme crise financière ayant mis à genoux de grandes banques, des pays entiers et des peuples qui n’avaient rien demandé, l’idée portée par ATTAC de taxation des transactions financières se trouve aujourd’hui à l’agenda du G20. Que n’a t’on pourtant tout au long de ces années entendu tous ces faux prophètes du libéralisme effréné nous expliquer la stupidité de cette idée ! Interdire aux multinationales ou aux gouvernements de s’accaparer des terres pour permettre aux populations de pouvoir rester et vivre dignement sur leur terrain, faire primer les règles de la FAO sur celles de l’OMC, reprendre les propositions de l’appel de Dakar et les porter devant l’ONU, etc., utopie ? Les utopies d’aujourd’hui sont de plus en plus les réalités de demain, avec l’accélération du dépérissement du modèle économique dominant se heurtant de plein fouet aux règles immuables de la nature (les ressources, contrairement à l’idée stupide de croissance infinie, ne sont pas illimitées).

 

Europe Ecologie Les Verts a ainsi pleinement vocation à soutenir la démarche d’Ekta Parishad et à en prendre sa part, pour qu’en 2012, plutôt que d’un match François, Martine, Ségolène (Eva Joly ce serait mieux) contre le petit Nicolas ou l’affreuse Marine, on puisse aborder de vrais sujets concernant les Français et l’ensemble de l’humanité (rappelons qu’en France chaque année 60 000 hectares de terres disparaissent au profit de la ville et qu’il subsiste aujourd’hui à peine un million de paysans français contre dix millions en 1945. Et on n’y a pas vraiment gagné en qualité nutritionnelle).

 

Alors personnellement pour 2012, mon passeport et mes chaussures sont prêts !

 

Benjamin Joyeux

 

Pour plus d’infos, voir notamment:

 

http://www.ektaparishad.com/

 

http://www.jan-ouest-2012.fr/

 

http://www.gandhi2012.org/

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ekta_Parishad

 

 

Par Ben - Publié dans : Inde - Communauté : Media - Actualité générale
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Samedi 13 août 2011 6 13 /08 /Août /2011 11:59

Si l’écologie au sens large se définit comme le domaine de réflexion prenant pour étude les interactions de l’homme et de son environnement, et ses conséquences, alors l’écologie politique ne peut éviter de se préoccuper du champ religieux. Les religions sont depuis l’aube de l’Histoire les principales pourvoyeuses de mythes gérant les rapports de l’homme et de la nature, avant de voir la science devenir prééminente à partir du XXe siècle. En France, où les religions sont perçues avec méfiance par une bonne part de la population depuis les grands combats pour la laïcité de la Troisième République, l’écologie politique est encore parfois frileuse à aborder de façon pragmatique le champ religieux et spirituel. Pourtant, ailleurs sur la planète, des mouvements religieux ou spirituels sont les alliés objectifs de mouvements écologistes pour la défense de l’environnement face à certains prédateurs capitalistes, en premier lieu les multinationales. Alors la religion, et plus largement la spiritualité, amie ou ennemie de l’écologie ? A l’heure de la stigmatisation permanente de certaines personnes dans notre pays, en particulier celles de confession musulmane, à droite mais également à gauche, la question mérite débat.

 

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Etats-Unis, 1966 : Lynn Townsend White Jr., professeur d’histoire médiévale à l’université de Los Angeles, jette un sacré pavé dans la mare, lors d’une conférence intitulée « les racines historiques de notre crise écologique » : d’après lui, le christianisme, et particulièrement sous sa forme occidentale, est responsable de l’exploitation à outrance par l’homme de la nature. L’anthropocentrisme exacerbé de la religion chrétienne aurait rendu les êtres humains totalement indifférents aux autres êtres vivants et à leur environnement si ce n’est à des fins d’exploitation pour leurs intérêts personnels. La religion chrétienne responsable de la crise écologique ? Sa réflexion fait l’effet d’une bombe dans l’Amérique bigote des années 60.

 

On pense alors à la thèse de Descartes sur l’ « animal-machine », défendue dans son illustre Discours de la méthode au XVIIe siècle, on pense également à Max Weber et à son ouvrage L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, sorti au tout début du XXe siècle. Le capitalisme occidental, dont les caractéristiques ont fini par s’imposer à l’ensemble du globe (même si en 2011 c’est la Chine encore officiellement « communiste » et de religion taoïste qui semble le mieux tirer son épingle du jeu) nous a amené à la crise écologique actuelle. Et ce capitalisme ne tombe pas du ciel… enfin si peut-être. Il s’inscrit sur un substrat philosophique et spirituel essentiellement chrétien (aujourd’hui, avec 2,3 milliards de croyants, le Christianisme, bien que divisé en 33 000 confessions différentes, est encore la religion la plus importante du globe).

 

Dieu (enfin l’interprétation qu’en font les hommes qui y croient) responsable du réchauffement climatique et de la crise de la biodiversité ? Alors à quel saint se vouer ? La thèse de Lynn Townsend White Jr. fit en tous cas son petit bonhomme de chemin puisque des mouvements écologistes occidentaux comprirent très vite l’influence de la spiritualité et de la religion sur le comportement des hommes et donc la nécessité de la prendre en compte. Ainsi par exemple le WWF célébra ses 25 ans d’existence en 1986 à Assise, en Italie, en présence des représentants des cinq plus grandes religions de la planète, et cela débouche en 1995 sur la création de l’ARC, Alliance of Religions and Conservation. Aujourd’hui l’ARC regroupe pas moins de onze religions et agit sur tous les continents en faveur de l’environnement, de la Chine au Etats-Unis en passant par le Cambodge, l’Inde ou encore le Royaume-Uni (voir http://www.arcworld.org/). L’ARC est essentiellement portée par le Prince Philipp, duc d’Edimbourg.

 

Des mouvements plus anciens et plus populaires prirent également appui sur la religion et la spiritualité à des fins de défense de la nature et de l’homme contre l’exploitation capitaliste. Ainsi de la Théologie de la Libération, qui prônait l’émancipation des pauvres par eux-mêmes pour sortir de leurs conditions de vie misérable en Amérique Latine. Les restes des prêches des premiers missionnaires chrétiens en Amérique du Sud, qui s’inquiétèrent très tôt de la façon dont les « indigènes » étaient traités par les colons, débouchèrent sur cette doctrine d’émancipation des plus vulnérables et de défense notamment des modes de vie des Indiens d’Amazonie contre la destruction du poumon vert de la planète à des fins mercantiles.

 

En Inde, le Mahatma Gandhi, hindouiste critique mais convaincu, réussit l’exploit d’opérer un syncrétisme entre hindouisme, christianisme et désobéissance civile qui amena à une doctrine politique ayant permis non seulement d’amener l’Inde à l’indépendance, mais également porteuse de sens pour réconcilier l’homme avec lui-même et avec la nature. La vision de la société non violente chère à Gandhi constitue aujourd’hui encore une critique radicale et pertinente du mythe occidental du développement et du progrès, fait au détriment de la majorité des hommes et de la nature. Aujourd’hui encore, en Inde et ailleurs, la « spiritualité » gandhienne inspire nombre d’écologistes de tout crin.

 

Ainsi les religions et leur interprétation, prises sous un certain angle, semblent capables parfois d’offrir à l’homme une vision du monde susceptible de le réconcilier avec ses semblables et avec son environnement. Si Dieu est parfois l’ennemi de l’environnement, comme dans la thèse de Lynn Townsend White Jr., la sacralisation de la nature portée par différentes religions peut au contraire aider à la défense de l’environnement.

 

Qu’en est-il donc en France, « patrie de la laïcité » ? Le combat pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat, qui amena à la loi de 1905 et à la conception française de la laïcité, a laissé des traces jusqu’à nos jours. Si les grands penseurs et politiciens de la Troisième République réussirent heureusement à débarrasser la sphère publique et politique de l’influence directe d’une Eglise envahissante et particulièrement conservatrice, on observe aujourd’hui certaines dérives racistes faites au nom de la laïcité, comme lorsque le mouvement Riposte Laïque organise des Assises contre « l’islamisation de l’Europe » ou des apéros « saucisson-pinard » clairement xénophobes vis-à-vis des personnes de confession musulmane. La conception française de la laïcité semble parfois ouverte à des interprétations quelques peu fumeuses. Des précisions s’imposent :

 

Plus largement, depuis maintenant une vingtaine d’années, nous assistons à un retour en France du vocable « république », invoqué à toutes les sauces dans le champ politique, à droite comme à gauche, comme si celle-ci était en grave danger face aux méandres de la mondialisation, des phénomènes migratoires, et plus particulièrement de la « montée » de l’Islam politique. A gauche comme à droite, on invoque la « République et ses valeurs », le « modèle républicain » contre toute une partie de la population soupçonnée de ne pas vouloir s‘intégrer : immigrés récents ou plus anciens, principalement de nos anciennes colonies africaines, personnes de confession musulmane, jeunes des quartiers, pourtant nés la plupart du temps sur le territoire national, etc. Sous ses dehors généreux, cette vision néorépublicaine fournit pourtant bien souvent à la société française une excuse pour se replier sur elle-même et l’illusion de sa supériorité, phénomène classique en période de crise. Le meilleur exemple de cette réalité fut sans doute le vote en 2005 de la fameuse loi  « sur les bienfaits de la colonisation », dont l’alinéa 2 de l’article 4 stipulait :

 

« Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit ».

 

Ou comment falsifier l’Histoire et transformer une entreprise criminelle à grande échelle par le bais de la loi en une période de grandeur d’une France généreuse distribuant ses « valeurs républicaines universelles » aux quatre coins du globe. Or pour les colonisés et leurs descendants d’aujourd’hui, entre ce discours et la réalité des expériences vécues ou entendues, il y a comme qui dirait une sacrée « dissonance cognitive ». Mais attention, on ne touche pas au passé de notre précieuse République.

 

Un exemple récent encore de cette République intouchable fut les réflexions faites à notre candidate d’Europe Ecologie Les Verts aux élections présidentielles de 2012 Eva Joly, qui lors des dernières cérémonies du 14 juillet, avait juste signifié qu’elle rêvait d’un défilé citoyen pour remplacer le traditionnel défilé militaire d’une France par trop « guerrière » à ses yeux. Que n’avait-elle pas dit ? Crime de lèse république qui du parti socialiste au Front National entraina un concert de critiques, puis des remarques clairement racistes, plus particulièrement des membres de l’UMP et du Premier Ministre. La quasi unanimité de nos politiques, dans un réflexe « franchouillard » somme toute minable, n’a même pas relevé que la France était la dernière démocratie européenne à se livrer encore en 2011 à un défilé militaire de cette ampleur.

 

Et une des principales valeurs de la République, en dehors de son triptyque « liberté, égalité, fraternité », est notre laïcité, celle que le monde entier nous envierait, du moins d’après les Français. La laïcité, c’est la séparation du civil et du religieux dans l’Etat, le principe d'unité qui rassemble les hommes d'opinions, religions ou de convictions diverses en une même société politique, distincte par conséquent d'une communauté. Dans une perspective laïque, les croyances et convictions qui ont rapport à la religion ne sont que des opinions privées, sans aucun rapport avec la marche de l'État. La laïcité, c’est donc le droit de croire comme celui de ne pas croire, ce n’est pas un rejet des croyances et de la religion. C’est tout simplement un outil de démocratie.

 

Or la laïcité n’est pas une invention française. Il y a une conception américaine de la laïcité (Thomas Jefferson, Thomas Paine, James Madison), une conception turque de la laïcité (voir les Six principes d’Atatürk), une conception indienne de la laïcité (articles 15, 25 et 26 de la Constitution indienne), etc. Mais nous avons souvent tendance à croire dans notre pays que nous seuls avons compris la laïcité et quelle place devait avoir la religion dans le champ politique, c’est à dire officiellement aucune et officieusement juste pour la religion catholique considérée comme « identité majoritaire » (ou « identité nationale » pour la droite). A cet égard, on peut se rappeler le discours de Sarkozy en décembre 2007 sur les racines de la France « essentiellement chrétiennes ». Merci pour toutes les Françaises et les Français juifs, musulmans, agnostiques, hindous, sikhs, animistes, athées, etc. qui ne seraient donc pas des Français à part entière. 

 

Cette version déviée de la laïcité vient alors enrichir une vision culturaliste dans laquelle les « minoritaires » sont sommés en permanence de « s’intégrer », voire de « s’assimiler ». Or la France est plurielle et diverse aujourd’hui, quoi que puisse penser le mâle blanc de plus de cinquante aux racines chrétiennes, ultra majoritaire au Parlement et dans tous les grands corps de l’Etat ; et nier ce fait, en instrumentalisant notamment la laïcité, ne sert qu’à élargir le fossé d’incompréhension entre « Français dit de souche » (ou « Français issus de Français », exprimant mieux le ridicule de cette perception) et immigrés récents voire plus anciens.

 

Au sein même des écologistes français, le débat sur la laïcité a provoqué des remous et des incompréhensions, en particulier au moment du vote de la loi sur les signes religieux dans les écoles publiques en 2004, puis lors de celle sur l’interdiction du port du voile intégral en 2011. Beaucoup, notamment au nom du féminisme, se retrouvaient en porte à faux entre le refus assez compréhensible de voir dans nos rues des femmes « fantômes » voilées de la tête aux pieds, et le soutien à une loi clairement outil de propagande électorale de la droite sarkozienne pour récupérer les électeurs tentés par le Front national. Le dernier malaise en date est l’affaire du mariage de Lyon, dans laquelle une élue municipale EELV, Fatiha Ben Ahmed, a demandé à la jeune mariée de retirer son voile avant de célébrer la cérémonie. Cette adjointe à la mairie du 9e arrondissement de Lyon s’est alors retrouvée vouée aux gémonies par la communauté musulmane alentours, avant que l’affaire ne devienne nationale. Accusations d’islamophobie d’un côté contre procès en intégrisme de l’autre, des milliers de mails aux tons parfois dignes de l’Inquisition ont été échangés entre militants et élus Europe Ecologie Les Verts dans un climat d’invectives peu prompt au débat serein.

 

Or il est plus que nécessaire, à l’heure de la mondialisation et alors que l’on observe un retour en force du fait religieux, bien souvent plus en tant qu’instrument d’affiliation et d’affirmation de son identité culturelle qu’en tant que dogme « dur » susceptible de s’imposer aux autres, d’analyser tous ces faits à tête reposée. L’Islam, depuis sans doute l’arrivée au pouvoir de l’imam Khomeini en Iran en 1979, et plus surement depuis les attentats du 11 septembre 2001, est l’objet de tous les fantasmes. Thomas Deltombe, dans son ouvrage « L’Islam imaginaire », a parfaitement montré comment les médias, en mélangeant un peu tout, « islam », « intégrisme », « islamisme », « laïcité », « intégration », ont fabriqué un ennemi de l’extérieur puis de l’intérieur en dehors de la réalité. Tous ces discours ont rendu en France le « jeune de banlieue » de culture musulmane soupçonnable de pouvoir sombrer à chaque instant dans le terrorisme islamiste. Alors que loin des télévisions, la tendance lourde pour l’Islam de France est une sécularisation de plus en plus affirmée, en témoigne l’augmentation constante des mariages mixtes.

 

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Ce climat idéologique assez malsain empêche donc de raisonner sereinement en France sur l’apport potentiel des religions, de l’Islam et des autres, dans le champ de l’écologie politique. Pourtant, on le voit bien, la science seule n’est pas suffisante à répondre à la gravité de la crise environnementale que nous devons affronter à l’échelle du Globe. François Rabelais disait déjà au XVIe siècle « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». A l’heure de Fukushima et du débat sur la sortie du nucléaire, ses paroles résonnent encore particulièrement. Le scientisme exacerbé à la sauce Claude Allègre n’est pas apte à nous apporter la solution pour nous guérir de la croissance, de l’hyperconsommation et de la dégradation généralisée de la biosphère qu’elles entrainent. Et les fameuses « valeurs républicaines », si on n’imagine pas un nouveau pacte républicain dans lequel une place plus grande serait faite à la diversité culturelle, ne serviront qu’à stigmatiser les « minorités » selon une vision largement fantasmée d’une France éternelle face au reste du monde.

 

Certains mouvements ont parfaitement synthétisé toute cette réflexion en inversant avec humour la perception afin de montrer que les religions établies ne sont pas toujours celles auxquelles on pense à priori. C’est le cas par exemple de l’Eglise de la Très Sainte Consommation, mouvement potache où un prêtre et ses faux dévots se rendent dans les supermarchés pour y réaliser de grandes messes dédiées à la sacro-sainte croissance.

 

(voir http://www.consomme.org/). 

 

Les religions, prises en temps que philosophie de vie et grille de lecture de notre rapport au monde, peuvent nous apporter des réponses adéquates à la crise environnementale et à notre crise de sens. On pense d’emblée au Bouddhisme, mais pas seulement. Encore faut-il se livrer au préalable à une déconstruction de tous les fantasmes et de tous les intégrismes. Ne jamais perdre de vue que les intégristes du libéralisme et des marchés, de même que les intégristes républicains (Riposte Laïque et consort) sont tout aussi dangereux que les intégristes de l’Islam pour l’homme et pour la nature en général, les premiers étant même plus dangereux car numériquement bien plus nombreux. Le Mahatma Gandhi, assassiné par un fanatique hindou, avait su prendre le meilleur de deux grandes religions pour réinterroger notre rapport à l’autre et au monde. Le pasteur Martin Luther King avait su en faire de même avec le protestantisme comme instrument d’émancipation des noirs américains. Alors ne soyons pas obtus, et en tant qu’écologistes sachons ouvrir les yeux et tendre les oreilles aux grands mouvements du monde, pour que la spiritualité puisse se mettre au service de l’homme et de la nature. 

 

Viva la Pachamama !

Par Ben - Publié dans : Q lture - Communauté : Media - Actualité générale
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