Recherche

Présentation

"Bin Jamin", ça signifie "sans terre" en Hindi, et comme je m'appelle Benjamin et que je loue mon appartement, c'est un bon titre pour mon blog.

On nous parle à longueur de temps de "Mondialisation heureuse" et de développement nécessaire et favorable à tous. Alors juste un petit blog,  pavé de plus dans la mare des joyeux chantres des bienfaits de la Globalisation. Il se base sur des expériences personnelles et s'adresse à tous les "sans", sans terre, sans air, sans droits, sans papiers, sans travail, sans toit, sans toi aussi d'ailleurs... Les récidivistes du stage s'y reconnaîtront. Ce blog se veut un modeste lieu de "résistance", ce au sens noble du terme.

Toute accusation d´affiliation à un groupe (si ce n'est les écolos un peu gauchistes, je le concède volontiers, de même que Sauvons les Riches qui prône une mesure de salubrité publique, le revenu maximum), parti, association, clubs de libéraux masochistes ou de néomarxistes, de joueurs de boules, de propriétaires de chien qui pue, de réhabilitation du clocher de Moussac ou de je ne sais quoi encore ne serait que fumisterie et vil procès d´intention.

Les propos rédigés en ces pages n´engagent que leur auteur afin de partager des points de vue, des expériences vécues, des constats lors de voyages à l'étranger, etc. Il s'agit de réfléchir, un peu, sur le développement, sur l'environnement, sur l'actualité, sur la politique, sur l'altérité sans trop d'austérité. Bin Jamin se veut un vecteur d'informations généralistes à tendance sociale et écologique, mais également nationale et internationale, avec un intérêt marqué pour le Sous-Continent indien, véritable laboratoire de la globalisation, de ses excès et des mouvements qui tentent d'y remédier.

Sa philosophie: " L'erreur ne devient pas vérité parce qu'elle se propage et se multiplie. La vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit." (Gandhi)

Ou encore: "Le nouvel ordre mondial est en vigueur jour et nuit, selon le principe que celui qui ne produit pas, qui ne consomme pas et qui n'a pas d'argent pour le mettre en banque est inutile. Ainsi les immigrants, les sans terre, les sans toit sont traités comme les déchêts du système: ils doivent être éliminés." (John Berger)


Tous les commentaires sont les bienvenus, de même que les textes d'auteurs qui se sentent inspirés.
Dimanche 13 mai 2012 7 13 /05 /Mai /2012 15:45

Quelques jours après la victoire du candidat socialiste François Hollande à l’élection présidentielle française, force est de constater, d’ailleurs comme en 2007, que le sujet des affaires étrangères a été très peu traité tout au long de la campagne. Résultat, les citoyennes et citoyens de notre pays ont peu d’informations sur la politique vis-à-vis du reste du monde que veut mener le nouveau locataire de l’Elysée. Or les premiers grands rendez-vous du nouveau Président Hollande sont justement internationaux : le G8 les 18 et 19 mai à Camp David, près de Washington, le sommet de l’Alliance atlantique à Chicago les 20 et 21 mai et le Conseil européen à Bruxelles juste après, le 23 mai. Réunions auxquelles il convient d’ajouter le très important sommet de la Terre à Rio de Janeiro, le fameux Rio + 20, du 20 au 22 juin prochain, qui sera l’occasion pour le nouveau Président français de rencontrer les dirigeants des pays émergents. Ce sommet fondamental pour l’avenir de la planète n’a d’ailleurs pas du tout été mis en avant durant la campagne présidentielle, excepté par la candidate des écologistes Eva Joly.

861441_francois-hollande-socialist-party-candidate-for-the-.jpg

Le nouveau président de la République va être attendu au tournant sur ce sujet fondamental des affaires étrangères, part d’ombre du champ démocratique de la cinquième république. Et il ne pourra pas se permettre le luxe de décevoir, comme a pu malheureusement le faire en son temps François Mitterrand. Alors voici quelques éléments de réflexion à porter au débat:

Une nécessaire démocratisation de la politique étrangère française (dont la fin de la Françafrique)

Les affaires étrangères ont une place à part dans l’histoire de la Ve république, une place quelque peu « adémocratique », faite de « domaine réservé », de diplomatie parallèle, de Françafrique, bref de sujets pour lesquels le peuple français n’a que peu droit à la parole, laissant toute latitude à son « monarque républicain » pour le laisser seul (avec quelques conseillers plus ou moins influents bien sûr, telle la Cour à Versailles) décider de la voix de la France dans les affaires du monde. Parfois le monarque sait entendre ses concitoyens, tel Jacques Chirac refusant la guerre en Irak de l’Amérique de Georges W. Bush, soutenu par une immense majorité de l’opinion, parfois il n’en fait qu’à sa tête (par exemple le même Jacques Chirac reprenant les essais nucléaires en 1995 sous les critiques de l’opinion internationale). Côté socialiste, lorsque François Mitterrand est élu en 1981, il nomme Jean-Pierre Cot ministre délégué chargé de la Coopération et du Développement. Opposé à une vision de subventionnement corrupteur des pays africains par la France, celui-ci est partisan du codéveloppement. Il se voit alors très vite obligé de démissionner dès 1982, le président Mitterrand souhaitant perpétrer les très mauvaises habitudes prises depuis le Général de Gaulle de s’ingérer dans les politiques intérieures des anciennes colonies africaines de la France, ce dans le sens des seuls intérêts d’entreprises françaises comme Elf, quitte à soutenir des potentats locaux au détriment des droits des peuples. A ce propos, le 14 février dernier, Laurent Fabius, en pleine campagne de François Hollande, a été reçu à Libreville par le dictateur gabonais Ali Bongo, fils du despote Omar Bongo, imposé au pouvoir en 2009 par le biais d’un « coup d’État électoral ». Il a souligné les « excellentes » relations existant entre la France et le Gabon, souhaitant « qu’elles se développent dans le futur ». Sans vouloir se livrer d’emblée à un procès d’intention, cela peut tout de même légitimement inquiéter et semer des doutes sur la volonté de certains au PS de rompre définitivement avec la Françafrique, surtout de la part de celui que l’on pressent bientôt au Quai d’Orsay.

Nicolas Sarkozy quant à lui, alors qu’il nous avait promis une « rupture » en 2007, pour une France devenue « république irréprochable », dans laquelle « tous ceux qui sont persécutés par les tyrannies et les dictatures » verraient « la France être à leurs côtés » (discours de victoire de Nicolas Sarkozy au soir du 6 mai 2007), les liens avec les présidents dictateurs africains par exemple comme Sassou Nguesso ou Ali Bongo n’ont fait que perdurer. Pire, des soupçons graves pèsent sur le financement par Kadhafi de la campagne de Sarkozy de 2007. On peut revenir également sur la gestion calamiteuse du début du Printemps arabe, où le Président Sarkozy s’est montré incapable de prendre la juste mesure de ce qui était en train de se dérouler sur la rive sud de la Méditerranée. Il s’est ensuite précipité sur le cas libyen, engageant la France sans guère de temps de réflexion sur la suite à donner. Pour faire oublier les relations incestueuses passées, pour donner de lui une image de présidentiable, Sarkozy s’est laisser aller à la « diplomatie people », laissant le philosophe de salon Bernard Henri Levy parler au nom de la France au Conseil national de transition libyen. Or, si le dictateur a fini par tomber, des centaines de mercenaires de Kadhafi et des milliers d'armes sont disponibles aujourd’hui aux plus offrants, forts nombreux dans une région gangrénée par le trafic de drogues, d'armes ou de migrants. Le tout ne pouvant qu'amplifier la déstabilisation du pays. Que n’a t’on été capable d’anticiper ? Cette diplomatie française des « coups » médiatiques et des relations avec les « people » n’est vraiment pas à la hauteur des enjeux internationaux et de l’image de la France. 

Les relations internationales devraient être considérées comme un sujet beaucoup trop sérieux pour être dépendant d’une seule personnalité que l’on choisit à la tête de l’Etat. C’est pourquoi nous écologistes réclamons la fin du domaine réservé et la réelle participation du Parlement dans la prise de décisions en matière internationale. Qu’il décide d’un engagement extérieur de ses forces armées comme en Afghanistan, qu’il veuille revoir ses différentes alliances avec ses partenaires, qu’il reçoive un chef d’Etat controversé, tel feu le colonel Kadhafi ou Denis Sassou Nguesso, le Président de la République ne devrait pas être en mesure de le décider seul sans l’aval des citoyens, représentés à minima par leurs députés et sénateurs. Cela permettrait également la fin de certaines diplomaties parallèles qui entachent notre réputation de « patrie des droits de l’homme ». Ca pourrait être ça, une présidence « normale ».

Il est grand temps de faire entrer notre pays dans le XXIe siècle, en permettant enfin à la démocratie de s’exprimer avec la fin du domaine réservé. Quand les hommes n’y suffisent plus, il faut que les institutions viennent palier leurs manquements. Il faut en finir avec la realpolitik, car les diplomaties occidentales ont d'énormes responsabilités sur les conflits actuels du fait qu'au nom d'intérêts « nationaux », nous avons trop souvent laissé proliférer des dictateurs et des terrorismes et laisser des régions entières imploser. La paix dans le monde est un bien commun parmi les plus précieux, ne pouvant être bradé sur l'autel de la cupidité.

Une fois cela fait, la France pourrait être à l’initiative pour parler haut et fort à la communauté internationale.

… pour être à l’initiative d’une autre architecture internationale

international_01.jpg

A l’échelle internationale, le monde de 2012 n’est plus du tout celui de 1945. Il ne s’agit plus de continuer à se positionner par rapport à Yalta ou Bretton Woods, mais d’être capable de proposer un système de gouvernance garantissant la paix tout en prenant en compte la réalité des puissances émergentes. Dans un monde devenu multipolaire, avec l’émergence de ces nouvelles puissances, mais également avec la crise écologique gravissime qui, du réchauffement du climat à la raréfaction des matières premières et à la perte de la biodiversité, entraine l’humanité et la planète entière vers sa possible disparition, les affaires internationales sont un sujet majeur. Nous écologistes avons tenté d’en parler pendant cette campagne, par exemple à l’occasion d’une remise en cause du droit de véto français au conseil de sécurité de l’ONU. Que n’avait-on pas suggéré ? Au delà des caricatures habituelles concernant les écologistes, le monde d'aujourd'hui est devenu multipolaire. N'en déplaise aux anciens empires coloniaux comme la France, nous assistons à la montée en puissance de pays émergents, tels que l'Inde ou encore le Brésil, qui réclament à juste titre une réforme des institutions internationales pour une meilleure représentativité des équilibres géopolitiques actuels. Mais surtout, on le voit bien en Syrie où Bachar Al-Assad continue de massacrer son peuple sous le regard impuissant de la communauté internationale, il faut pouvoir parfois passer outre le droit de véto au Conseil de sécurité. A cause des vétos de la Russie et de la Chine, les Nations Unies ont montré une nouvelle fois (après les massacres en ex-Yougoslavie, le génocide rwandais, les atteintes au Droits de l'Homme commises en République Démocratique du Congo, en Tchétchénie, à Gaza, au Sri-Lanka, etc.) leur impuissance à empêcher que des crimes contre l'Humanité soient réalisés par des gouvernements en place.

C'est pourquoi les écologistes proposent une réforme en profondeur du Conseil de sécurité de l'ONU avec une meilleure représentativité de sa composition afin de prendre en compte la montée en puissance des Etats émergents et de plus grandes capacités à faire appliquer les résolutions onusiennes (vis-à-vis des territoires palestiniens notamment, alors que l'actuel gouvernement israélien continue sa politique illégale de colonisation ou le maintien en détention dans des conditions effroyables de milliers de prisonniers politiques palestiniens). L’objectif à terme serait un abandon du droit de véto, arme surannée qui finit par se retourner contre les peuples. Il s'agit tout simplement de se donner les moyens d'appliquer tous les grands textes internationaux qui protègent les êtres humains et leur environnement mais qui restent encore aujourd'hui lettre morte faute de volonté politique. Les fameux objectifs du millénaire pour le développement par exemple (les fameux OMD), qui se donnaient comme objectif d’éradiquer la pauvreté sur la planète en 2015, que sont-ils devenus ? Depuis la crise financière de 2008, ils semblent être passés totalement au second plan, à l’image de la lutte contre le réchauffement climatique. 

C’est pour tout cela que nous portons la vision d'une réforme en profondeur de l'architecture internationale, pour prendre en compte cette nouvelle donne, avec la remise au centre du dispositif institutionnel international des Nations Unies profondément réformées. Il convient également d’engager à terme la dissolution des G8 et G20, organisations informelles à très faible légitimité démocratique qui pourtant décident aujourd'hui en sus et place de l'ONU. De même, l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque mondiale devraient voir leurs règles soumises aux normes internationales sociales et environnementales des instances onusiennes, telles l'OIT (Organisation internationale du Travail), l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) ou encore l'UNESCO. La France doit enfin porter haut et fort la création d'une Organisation mondiale de l'environnement, en cours de formation actuellement, qui soit une institution internationale dotée de réels pouvoirs de coercition, notamment à l'encontre de multinationales ou d'Etats qui se rendraient responsables de pollutions majeures. Ce dernier point devra être concrétisé lors de la Conférence de Rio + 20 de juin prochain. Sur tous ces sujets, le nouveau Président ne peut pas se payer le luxe du statut quo et de manquer son rendez-vous avec l’Histoire.

… et d’une planète enfin débarrassée du feu nucléaire

mdt_13.jpg

Et que dire de la force de frappe nucléaire de la France. Alors que cette arme n'est plus aujourd'hui opérante, obérant le budget militaire et étant de plus en plus critiquée par les militaires, la classe politique continue à défendre ce mythe qui empêche l'armée de s'adapter aux nouvelles formes de conflit.

La question fondamentale de la prolifération nucléaire, on le voit notamment avec l’Iran, fait peser sur l’humanité toute entière le poids d’une menace apocalyptique en totale contradiction avec la nécessaire prise en compte des générations futures. Que le Président de la République française cesse d’être le VRP du nucléaire civil pour au contraire être à l’initiative avec ses corolaires européens d’une reprise des négociations sur le désarmement global paraît être bien plus une politique réaliste et digne de la France que celle menée jusque là par Nicolas Sarkozy. Surtout avec des Etats-Unis qui, sous l’égide de Barack Obama, demandent depuis 2008 la réouverture de négociations sur le sujet. Des années 60 aux années 90, avec le Traité de non prolifération (TNP-1968), puis SALT1 et SALT2 en 1972 et 1979, puis START 1 et START2 en 1991 et 1993, la communauté internationale prenait pleinement conscience du risque énorme de la prolifération des armes stratégiques. Un certaine relâchement a été observée depuis. Le Président Hollande a pleinement vocation à reprendre l’initiative sur le sujet.

Plutôt que de se draper dans les oripeaux surannés d’ancienne puissance impériale, comptant encore sur son arme nucléaire pour faire entendre sa voix, la France aurait mieux à faire en renouant clairement avec sa vocation première, celle que lui confère l’histoire, défendre partout où elle le peut, et clairement, sans double discours ou choix à la carte, les droits humains, auxquels elle ajouterait le défi majeur de notre siècle, la défense de l’environnement. Etre à l’initiative pour répondre à tous les nouveaux défis peu abordés par la classe politique française actuelle, écologistes exceptés : raréfaction des matières premières et des énergies non renouvelables (pétrole en premier lieu), crise alimentaire, diminution des ressources en eau potable, dérèglement climatique entrainant l’élévation du niveau de la mer et des mouvements massifs de population (les « réfugiés climatiques ») ou encore inégalités économiques entre les peuples. En cherchant à répondre à ces défis plutôt que de courir après des chimères, la France y retrouverait plus surement cette « grandeur » dont tant de gens semblent aujourd’hui être nostalgiques.

Tout cela ne se fera certainement pas en un jour, mais avec François Hollande élu, il s’agit de mettre tout de suite en œuvre le changement en matière de politique étrangère, car sur ce sujet comme sur les autres, l’état de grâce risque bien de ne pas durer. Alors comme le dit la dernière couverture de l’hebdomadaire Politis : « dépêchons-nous de rêver ».  

 

Par Ben - Publié dans : Actualité Bin Jamin - Communauté : Media - Actualité générale
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 20:16


 

Hier soir sur France 2, en deuxième partie de soirée, Eva Joly, candidate d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) à la présidentielle, était l’invitée politique de Laurent Ruquier sur France 2, dans son émission « On n’est pas couché ». ONPC comme on dit dans le « landernau », est un peu à l’image du Grand Journal sur Canal Plus, le salon politique du tout Paris dans lequel il faut obligatoirement passer lorsque l’on a un livre, un film, ou tout autre message à faire valoir. Pourtant l’exercice semble particulièrement pénible, tant le bavardage, les bons mots et les rubriques cinglantes des chroniqueurs prennent le pas sur le fond des messages.  

 

Les années précédentes, dans ONPC, nous avions droit au duo insupportable des deux Eric, Zemmour et Naulleau : Zemmour s’est spécialisé dans les propos racistes, anti-«droits de l’hommiste » (injure suprême dans sa bouche) et anti-féministes primaires. Pour lui, critiquer les progressistes, les défenseurs des opprimés, les écologistes, les internationalistes, constitue le summum de la transgression. Son combat, dénoncer la « bien-pensance », notamment toutes celles et ceux qui défendent les droits des minorités et des opprimés, immigrés, sans papiers, homosexuels, etc.

 

Quel courage ! Dénoncer sous Sarkozy, Guéant et compagnie les défenseurs des droits de l’homme relève d’une extraordinaire indépendance d’esprit ! De l’art de transformer la flagornerie et la démagogie la plus crasseuse, cachées sous des monceaux de références culturelles (là-dessus, Zemmour a grosso modo la même technique qu’Alexandre Adler) en « courage », celui de « dire la vérité aux Français ». Heureusement pour nous, Zemmour n’assène plus ses idées nauséabondes sur le Service public audiovisuel à heure de grande écoute (il officie encore tout de même sur RTL, i-Télé et Paris Première). Sa haine des femmes vient peut-être de déconvenues passées avec la gente féminine, quand à ses pseudo-dénonciations des «élites », elles ne doivent pas être étrangères au fait qu’il ait raté deux fois l’ENA.

 

Eric Naulleau quant à lui, titulaire d’un DEA à la faculté des lettres de Nanterre, était un bon éditeur et critique littéraire avant d’aller faire le beau dans le Salon du marquis de Ruquier chez France Télévisions. Là, il s’est retrouvé à contre-emploi en donnant la réplique à Zemmour dans une surenchère de méchanceté vis-à-vis des invités qui défilaient le samedi soir la peur au ventre d’être humiliés.

 

Mais bon, les deux compères sont partis côte à côte casser les oreilles des spectateurs de paris Première, tout de même nettement moins nombreux.

 

Et sont arrivées à la rentrée 2011, à la place des Dupont et Dupont de l’analyse télévisuelle (ou des deux « chiens de garde » pour être plus méchant et rendre hommage à Paul-Yves Nizan et Serge Halimi), Audrey Pulvar et Natacha Polony.

 

Bonne idée sur le papier : Audrey Pulvar, belle et brillante journaliste (France 3, France Inter, etc.), originaire de la Martinique, plutôt à gauche, compagne actuelle d’Arnaud Montebourg, est l’exacte opposée de Zemmour. Natacha Polony, lettrée, personnalité du Mouvement des citoyens de Jean-Pierre Chevènement et journaliste au Figaro, joue elle la caution intellectuelle de « droite », disons néo-républicaine à la Zemmour.

 

Mais au fur et à mesure des émissions, le duo arrive progressivement à devenir aussi insupportable que ses prédécesseurs. Et le point d’orgue est peut-être arrivé hier soir.

 

Eva Joly, venue défendre sa candidature extrêmement critiquée actuellement dans le landerneau politico-médiatique, est arrivée sur le plateau de ONPC vers minuit et demi. Elle venait également parler de son dernier livre, Sans tricher, qu’elle a écrit pour tenter de lever les ambiguïtés sur sa personnalité et montrer à un maximum de Français qui elle était et pourquoi elle se présentait aujourd’hui à la magistrature suprême.

 

Et là, ce fut un florilège, un festival d’attaques plus ou moins violentes contre l’ancienne magistrate, à se demander si elle ne devait pas être tenue pour responsable de tous les égarements de la France. Même des journalistes peu soupçonnables de sympathie pour les écologistes comme Dominique de Montvalon à France Soir on reconnu qu’il s’agissait peu ou prou d’un « procès » intenté à Eva Joly :

 

http://www.francesoir.fr/actualite/politique/le-proces-d-eva-joly-par-ruquier-pulvar-et-polony-180912.html

 

Attaques sur le 14 juillet, sur son accent, sur sa soi-disant haine de la « nation », sur l’abandon du siège de la France au Conseil de sécurité de l’ONU, sur l’avenir du nucléaire, sur les jours de congé supplémentaires pour les autres religions, etc. Tout y est passé sur un ton agressif et condescendant. Dans l’exercice de lynchage, Natacha Polony fut la plus virulente, se servant sans doute de la présence d’Eva Joly pour pouvoir déverser des tombereaux d’opprobre à l’égard des écologistes. Cela semblait visiblement la soulager.

 

Mais les idées portées hier soir par Eva Joly ne sortent pas uniquement de son cerveau. C’est bel et bien le programme écologiste défendu avec beaucoup de dignité, de professionnalisme et d’aplomb par la candidate d’EELV face à des chroniqueurs maniant les poncifs et la « pensée en boite » en se croyant géniaux. « Abandonner le droit de véto et le siège permanent de la France au Conseil de sécurité de l’ONU, non mais vous n’y pensez pas ma bonne dame ! » Et bien si pourtant, nous ne sommes plus en 1945, désolé madame Polony. Brésil, Inde, chine, Afrique du Sud aspirent à leur part du gâteau et nous n’échapperons pas à une nouvelle architecture internationale dans la gouvernance mondiale pour tenter d’y apporter de la légitimité.

 

Mais pour les journalistes de salon, peut-être que le monde continue de tourner autour du génie français, un peu comme le soleil tournait autour de la terre avant que n’arrive Copernic.

 

Sur le 14 juillet, Eva Joly n’a jamais dit qu’elle voulait annuler notre fête nationale, mais qu’elle préfèrerait voir défiler sur les Champs Elysées des instituteurs, des infirmières et des pompiers notamment aux côtés des militaires plutôt que des chars et des avions. Il n’y a plus que la France qui fait défiler ainsi son armée le jour de sa fête nationale, avec notamment la Russie ou la Corée du Nord, comme elle l’a très bien rappelé hier soir. Ce n’est pas grave, la caricature de la Norvégienne qui ne comprend rien à la France et qui est dans un parti de dangereux écologistes fous, ça passe mieux à la télé. Sur le nucléaire également, comme d’habitude, les écologistes à travers Eva Joly ont été totalement caricaturés, et notamment malheureusement par Audrey Pulvar qui sur ce coup a vraiment manqué de se taire. Le rapport de cette semaine de la cour des Comptes devrait pourtant convaincre les derniers indécis de la dangerosité, de l’absurdité et du coût énorme du nucléaire. Mais non, rien y fait ! Même pas Fukushima qui a pourtant ouvert les yeux à nos voisins Allemands. Pourtant, combien de Français savent par exemple que lors de la grande tempête de décembre 1999, on a frôlé une catastrophe nucléaire majeure à la centrale du Blayais, près de Bordeaux, quand celle-ci a été envahie par les eaux alors qu’elle était coupée du réseau électrique. Alain Juppé, maire de Bordeaux, fut réveillé en pleine nuit le 27 décembre par le préfet qui envisageait un plan d’évacuation de la ville. Si le scénario s’était déroulé, c’est par exemple l’ensemble du vignoble bordelais qui aurait été rayé de la carte pour des siècles.

 

Mais Audrey Pulvar préféra hier soir invoquer le « mythe des énergies renouvelables » qu’Eva Joly opposerait au « mythe » du nucléaire. Madame Pulvar devrait plutôt lire Bernard Laponche, qui s’y connaît à coup sûr bien mieux qu’elle pour parler nucléaire, plutôt que de dérouler la propagande habituelle d’EDF et d’Areva en attendant la prochaine catastrophe.

 

Quant à madame Polony, son regard et ses propos condescendants méritent d’être remis à leur place. A cet égard, Eva Joly a été particulièrement polie avec une journaliste de 37 ans qui avait pourtant la prétention de lui infliger des cours de géopolitique. C’est vrai, Eva Joly a juste instruit l’affaire Elf, travaillé à l’international pour des gouvernements notamment norvégiens ou islandais, avant de présider aujourd’hui la commission du développement du Parlement européen. Elle qui s’est battue toute sa vie contre la corruption de la finance internationale et les paradis fiscaux a sans doute des leçons à recevoir d’une jeune journaliste du Figaro qui a beaucoup œuvré sur les plateaux de télévision mais très peu à l’international.

 

Cela me faisait penser à l’époque où Jean-Marie Cavada, recevant Pierre Bourdieu sur son plateau, avait l’insolence de vouloir lui expliquer la sociologie des médias. Oui après tout, Jean-Marie Cavada était tout de même un grand journaliste (en termes d’audience), et donc que valait face à lui la parole du plus important sociologue de la seconde moitié du 20e siècle, enseigné dans toutes les grandes universités du monde mais encore dénigré dans le champ politico-médiatique français ?

 

Pour en revenir à hier soir, pas la peine non plus de rappeler que si Eva Joly est la candidate d’EELV et pas Nicolas Hulot, c’est qu’elle a été choisie par 25 000 adhérents lors de primaires, et ce de façon incontestable. Argument imparable de Natacha Polony, « les militants ne font pas toujours les meilleurs choix ». Je plussoie, et ayant même envie de lui répondre « les citoyens non plus ». Pensons à 2007, au « Travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy face à l’état actuel du pays et du pouvoir d’achat de nos concitoyens. Oui, les militants ne font pas forcément les meilleurs choix, mais aux yeux de qui exactement ? Cela s’appelle la démocratie, et Eva Joly a gagné loyalement et largement les primaires d’EELV. Quand François Hollande viendra à ONPC, si c’est après une baisse dans les sondages, oseront-ils lui demander si Martine Aubry n’aurait pas finalement mieux convenue ?

 

Bref, hier soir, Eva Joly nous a surtout montré que quelles que soient les difficultés, elle n’ira pas se coucher et se battra jusqu’au bout pour porter les idées de l’écologie politique, car, comme elle l’a rappelé hier soir, tout comme l’avait indiqué Dany Cohn Bendit au début de la semaine lors dune conférence de presse, quel que soit le score d’Eva Joly aux prochaines élections présidentielles, personne n’échappera dans les mois et les années qui viennent aux questions fondamentales posées par l’écologie politique et aux réponses qu’elle apporte. Et tous les arguments des journalistes de salon pour en décrédibiliser la portée n’y suffiront pas.

 

Par Ben - Publié dans : La course au château - Communauté : Media - Actualité générale
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 10 janvier 2012 2 10 /01 /Jan /2012 10:48

Edito 2012 pour la commission Transnationale d'Europe Ecologie Les Verts:

 

Lorsque l’on dresse un bilan des évènements s’étant produits tout au long de l’année 2011 sur la scène internationale, on est d’emblée pris de vertiges par leur nombre impressionnant: les révolutions arabes, avec la chute de Ben Ali en Tunisie, suivie de celle d’Hosni Moubarak en Egypte, les bombardements occidentaux en Libye et la mort de Mouammar Kadhafi, le séisme au Japon et la catastrophe nucléaire de Fukushima, la crise financière internationale et son évolution vers une très grave crise des dettes « souveraines » en Europe, les mouvements des Indignés, qui se sont levés un peu partout dans le monde (Etats-Unis, Chili, Grèce, Espagne, etc.), la répression sanglante de Bachar Al Assad sur son propre peuple en Syrie, la mort du dictateur Kim Jong Il en Corée du Nord, etc.

 

Sidi-Bouzid.JPG

Toute chose étant égale par ailleurs, 2011 semble avoir quelques similitudes avec 1989, lorsque l’effondrement de l’empire soviétique ouvrait la voie à de multiples bouleversements sur la scène internationale. Quelques-uns, comme le chercheur américain Francis Fukuyama, déclaraient alors que nous assistions à la « fin de l’histoire », à l’avènement partout sur la planète de la démocratie de marché suite à la fin de l’URSS. Puis Samuel Huntington (alors professeur à Harvard) nous persuadait qu’au contraire nous allions assister à un « choc des civilisations », principalement entre la « civilisation musulmane » et la « civilisation occidentale », la première n’étant dictée que par un Islam rigoriste tandis que la deuxième était portée par la démocratie, la liberté et s Unis on libre-échange intrinsèque. Ces civilisations ne pouvaient donc que se heurter dans leurs valeurs fondamentalement opposées, et les attentats du 11 septembre 2001 venaient valider spectaculairement cette thèse.

 

Or on s’aperçoit bien aujourd’hui à quel point toutes ces théories étaient fallacieuses et dangereuses :

 

Fallacieuses, car 2011 nous a démontré que non seulement les pays arabes avaient soif de démocratie et de liberté, mais que, à l’opposé, le libéralisme économique et le tout marché, étant censés être les vecteurs incontournables de la démocratie, pouvaient au contraire en être les fossoyeurs, lorsque par exemple des agences de notation et des investisseurs arrivent à provoquer la chute de gouvernements élus par le peuple (comme en Grèce ou en Italie, quoi que l’on puisse penser par ailleurs de tel ou tel gouvernement) .

 

Dangereuses, car soi disant au nom de la démocratie de marché, les Etats-Unis ont attaqué l’Irak en 2003. Alors que les troupes américaines ont commencé à se retirer en 2011 et que les bilans fleurissent, on entrevoit parfaitement le véritable désastre de l’intervention américaine en Irak. Tandis que des centaines de milliards de dollars, qui auraient pu bien mieux servir, ont été dépensés en armes et en bombardements, et que des milliers de vie humaines ont été sacrifiées (plus de 110 000 civils irakiens et près de 4500 soldats américains), soit disant au nom de la démocratie, l’immolation d’un jeune diplômé tunisien désespéré, vendeur de fruits et légumes à la sauvette dans les rues de Sidi Bouzid, dans le sud tunisien, a allumé une étincelle qui a embrasé l’ensemble des peuples arabes. On peut cyniquement en conclure que le sacrifice d’un vendeur ambulant tunisien s’est montré bien plus efficace pour la démocratie dans toute la région que la plus puissante armée du monde. L’histoire retiendra son nom, Mohamed Bouazizi (photo, sur la place de Sidi Bouzid).

 

Photo-Bouazizi.JPG

Décidément non, la démocratie ne s’impose jamais de l’extérieur par les armes. « La fin est dans les moyens tout comme l’arbre est contenu dans la graine » nous dirait Gandhi. On risque de le voir malheureusement bientôt en Libye. Nous pourrons déjà l’observer en 2012, entre l’Irak et la Libye débarrassées de leurs dictateurs avec des bombardements massifs occidentaux, et une Tunisie qui s’est elle-même libérée de ses chaînes (la France s’étant pitoyablement illustrée au tout début de l’année 2011, pendant la débâcle de Ben Ali, en lui proposant l’aide de ses forces de l’ordre, par la voix de la ministre des Affaires étrangères de l’époque Michèle Alliot-Marie), lequel de ces pays évoluera vers plus de liberté et de démocratie.

 

Non vraiment, en 2012, ça commence à se voir, toutes ces vertus dont se pare un Occident encore présomptueux pour soi-disant exporter sa vision de la démocratie mais en fait principalement exploiter pour ses multinationales les richesses naturelles de ces pays (si la Libye de Kadhafi n’avait pas eu de sous-sol aussi pétrolifère, pas sûr que l’Otan serait aussi promptement intervenue, de même que la France pour faire également oublier l’épisode Kadhafi reçu en grandes pompes à Paris en 2007. Dramatique illustration en Syrie où les massacres de Homs entrainent de multiples condamnations mais aucune action efficace pour tenter un tant soit peu de stopper la folie meurtrière du régime, tant côté américain qu’européen).

 

La donne internationale a définitivement changé cette année, et il n’est vraiment pas dit qu’à l’avenir nos beaux discours sur la démocratie et le libre échange aient encore un impact sur la scène internationale. De leur coté, le Brésil, l’Inde, la Chine pour ne citer qu’eux, bouleversent le système économique planétaire sans s’encombrer de belles formules ou d’aventurisme interventionniste, mais en se servant pragmatiquement de « nos » armes économiques capitalistes. Ils risquent très bientôt d’imposer leurs vues (ils le font déjà dans certains secteurs, comme dans la monnaie pour la Chine) aux anciennes puissances impérialistes et considéreront alors, d’ailleurs à juste titre, que ce n’est qu’une revanche normale de l’histoire.

 

De même, ça commence à se voir, que le libéralisme économique débridé et le tout marché ne sont pas des vecteurs intrinsèques de la démocratie. Il n’y a qu’à voir la Chine d’un côté, jouant à fond le jeu du libre échange tout en maintenant d’une main de fer un système politique autoritaire, et la crise des dettes souveraines en Europe de l’autre, qui « impose » à des gouvernements démocratiquement élus des mesures impopulaires pour lesquelles ils n’ont pourtant aucun mandat démocratique.

 

manif.JPG

Quand au bilan climatique et environnemental de notre petite planète, pour être tout à fait objectif, il est simplement alarmant, pour ne pas dire désespérant, plus encore en 2011. Alors qu’aucune décision concrète n’a été prise au sommet de Durban, le réchauffement climatique continue son petit bonhomme de chemin dans une encore bien trop grande indifférence. Pour les gouvernements actuels, il semble que le réchauffement climatique et la crise environnementale, « ça commence à bien faire », la crise économique ayant balayé toutes les bonnes intentions sur son passage. Là aussi, ça commence à se voir, que l’inquiétude de nos gouvernants pour le réchauffement climatique n’était qu’une attitude politicienne surfant sur un « phénomène » d’opinion sans avoir pris la réelle mesure des enjeux historiques auxquels nous sommes confrontés, pour l’humanité et l’ensemble de la planète. Finalement, que pèse la vie sur terre face à la crise de la dette ?

 

Face à ce sombre tableau, l’écologie politique a de multiples solutions à proposer, du local au global, pour plus de transparence, de démocratie, une meilleure prise en compte des citoyens, une réconciliation avec le vivant et la planète, la sortie du dogme du libre échange et de la croissance à tout prix au nom du bon sens : une croissance infinie de production de biens matériels est physiquement impossible sur une planète aux ressources finies, etc. L’écologie politique va dans le sens de l’histoire, elle doit donc se confronter à l’exercice du pouvoir pour démontrer la pertinence de ses thèses. Elle le fait déjà, localement, dans de nombreux villes et villages, en Europe, mais aussi en Amérique du Sud, en Afrique, au Japon, etc. Au parlement européen, nous avons un groupe de 58 députés Verts, dont 15 français, qui font valoir d’autres voies, notamment en matière de sortie de crise. En France, nous avons désormais un Sénat majoritairement à gauche comptant en son sein dix sénateurs écologistes (Europe Ecologie Les Verts - EELV) depuis septembre dernier qui « secouent » un peu et dépoussièrent déjà par leur travail et leurs analyses la vieille institution. Les élections présidentielle et législatives pointent à l’horizon (avril-mai et juin 2012) et nous avons une excellente candidate à l’élection présidentielle, Eva Joly, qui, par ses origines, son parcours, sa carrière, par tout ce qu’elle représente, porte haut et fort la parole de l’écologie dans une élection qui ne nous ait pourtant guère favorable. A elle et à EELV de montrer que l’écologie politique porte également une autre voix en termes de relations internationales, multilatérale, décentralisée, pacifique, dénucléarisée, désarmée, etc., au final tellement plus réaliste et plus raisonnable pour l’humanité que les diplomaties française et européenne auxquelles nous avons pu assister ces dernières années.

 

Europe Ecologie Les Verts a également de solides chances d’obtenir un groupe de députés nettement plus important (nous n’en avons que trois actuellement) en juin prochain, pour renouveler un peu les bancs, par trop uniformes, de l’Assemblée nationale.

 

Néanmoins, ces bonnes nouvelles et perspectives ne doivent pas nous pousser à « noyer le bébé avec l’eau du bain ». Pour que nous continuions à susciter l’espoir, notre maxime de « la politique autrement » ne doit pas être abandonnée. La perspective du pouvoir ne doit pas nous griser au point de renoncer au non cumul des mandats, au respect du vote des militants et des minorités, à la nécessité de continuer à multiplier les adhésions et à s’ouvrir à la société civile pour devenir un grand mouvement, à la transparence dans les prises de décision, à la convivialité, la bonne humeur et le respect des échanges dans les réunions, etc. Là encore, Gandhi avait trouvé la bonne formule avec le « sois toi-même ce que tu veux voir dans le monde ». Car si la poursuite du pouvoir se fait en oubliant au passage ce qui est sans doute l’essence même de notre engagement – vouloir changer le monde -, là aussi ça va commencer à se voir, et ce serait extrêmement dommageable, pas que pour Europe Ecologie Les Verts, mais pour l’écologie politique dans son ensemble qui en France a su commencer à ressusciter l’espoir et la croyance en une certaine forme de politique. Cela étant dit, que 2012 voit en France l’arrivée de la gauche et des écologistes au pouvoir et la fin de la clique sarkozienne constitue le grand espoir de cette année à l’échelle nationale.

 

La scène internationale risque en tout cas de continuer à connaître dans l’année qui vient de multiples évènements et profonds bouleversements. Il y a d’ores et déjà prévu au menu, outre l’élection présidentielle en France d’avril-mai prochain, de nombreuses élections qui vont être déterminantes en 2012 : au Sénégal en février, en Russie en mars, au Mexique en juillet et bien entendu aux Etats-Unis en novembre. Nous n’allons donc pas chômer encore cette année sur l’international. 

 

En tous cas, le 21e siècle historique débute peut être en 2011, et non le 11 septembre 2001, comme l’ont trop hâtivement affirmé de nombreux observateurs. Que notre siècle s’ouvre sur la perspective de plus de systèmes démocratiques, notamment dans toute une aire, le « monde arabe », qui en était jusqu’à présent quasiment dépourvue, plutôt que sûr des attentats meurtriers aux Etats-Unis ayant entrainé dans leur sillage une guerre en Afghanistan, c’est tout de même nettement plus positif.

 

Alors qu’en 2012, les indignés d’ici et d’ailleurs, du monde arabe (Israël et Palestine notamment), de Chine, d’Iran, d’Inde, d’Amériques, auxquels les écologistes ne peuvent qu’intrinsèquement être liés, réussissent enfin à bien se faire entendre et que plutôt que de prophétiser la fin du monde pour cette année, nous assistions au commencement d’une nouvelle ère plus démocratique et plus responsable vis-à-vis des générations futures. Inch Allah !

 

Benjamin Joyeux

Janvier 2012

Par Ben - Publié dans : Actualité Bin Jamin - Communauté : Media - Actualité générale
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 16 septembre 2011 5 16 /09 /Sep /2011 16:54

Logo-Satyagraha.jpg

Lundi 12 et mardi 13 septembre 2011, se tenait au Centre de Conférence International de Genève (Suisse) une grande « conférence internationale sur le droit à la terre et aux ressources naturelles ». Organisée par le réseau Ekta Europe et le mouvement emblématique indien Ekta Parishad, cette réunion rassemblait des militants et des organisations de tous horizons, sous l’égide de prestigieux partenaires comme CESCI Support Association, DANIDA (gouvernement danois), MINBUZA (gouvernement néerlandais), SDC (agence suisse pour le développement et la coopération), Action Aid, Solidarité, etc. Si la salle n’a contenu qu’au maximum une petite centaine de personnes durant ces deux jours, la conférence a permis des échanges vraiment fructueux et porteurs d’espoir pour l’avenir entre différentes têtes de réseau et personnalités importantes.

 

Tout le monde était là pour débattre du sujet essentiel de l’accès à la terre et aux ressources naturelles pour les différents peuples de la planète. 

 

Au pays des banques et des exilés fiscaux, la conférence d’Ekta voulait rien de moins que tracer « le chemin vers la sécurité alimentaire, l’accès aux ressources naturelles et le développement durable par une économie non violente au niveau mondial ».

 

La conférence s’était ainsi fixée trois objectifs : - tout d’abord attirer l’attention des autorités européennes et internationales sur les problématiques des pauvres ruraux dans les pays en développement ou en transition – ensuite tenter de mutualiser les efforts internationaux pour promouvoir le droit à la terre et le contrôle des ressources naturelles par les communautés locales, ce pour tendre vers la sécurité alimentaire, le travail décent et le développement durable – enfin gagner un soutien politique, institutionnel et financier pour la grande marche organisée par Ekta Parishad en Inde et un peu partout sur la planète en 2012, la Jan Satyagraha.

 

La cérémonie d’ouverture de la conférence à 13h ce lundi 12 septembre place la barre très haut, avec les interventions respectives de l’organisatrice Margrit Hugentobler, coordinatrice d’Ekta Europe, Caroline Morel, directrice de Swissaid, Flavio Valente, secrétaire général du FIAN (Food Information Action Network), Olivier De Schutter, rapporteur pour la droit à la sécurité alimentaire à l’ONU (par vidéo) et bien entendu le désormais célèbre Rajagopal P.V., fondateur et leader d’Ekta Parishad depuis 1991.

 

P1030862.JPG Rajagopal annonce d’emblée la couleur: « Dans un monde globalisé, c’est facile de voyager. La technique et le capital se retrouvent à cette échelle pour exploiter toutes les ressources. Mais le profit ne revient pas aux peuples. Il est gardé par une petite minorité et exporté. Résultat : plus de pauvreté, plus de migrations vers les villes et plus de violence. Ca se passe en Inde et ça se passe partout ailleurs. Les villes deviennent de plus en plus laides et les villages deviennent invivables. Alors comment renverser ce processus ? »

 

Il poursuit : « Nous voulons changer de paradigme de développement. L’espace démocratique se restreint de plus en plus. Mais qu’on le veuille ou non, les gens aspirent au changement. (...) Il faut décentraliser la gestion des ressources contre les décisions venant du sommet. (…) Mais rien ne peut arriver sans une grande solidarité mondiale. Les gouvernements peuvent écraser les mouvements locaux, mais pas si nous nous organisons mondialement. (...) On a tendance à tout attendre de l’Etat. Cela doit changer. Nous ne devons pas avoir une attitude d’attente. La mobilisation est décisive. Il s’agit de créer la solidarité en mobilisant l’opinion publique et d’influencer les institutions internationales comme la FAO, les Nations Unies, l’Union Européenne, etc. Créer des ponts de solidarité et mobiliser l’opinion publique grâce à des gens comme ceux dans cette salle».

 

Tel est l’objectif  de la grande marche de 2012. En 2007 avec Janadesh, en faisant marcher entre Gwalior et Delhi durant 26 jours 25 000 paysans, accompagnés par des dizaines de militants de toute la planète, Ekta Parishad avait obtenu du gouvernement indien une réforme agraire et la mise en place d’une commission chargée d’attribuer des terres aux plus démunis, ceux exclus par les projets de développement concoctés par le pouvoir central en lien avec des multinationales intéressées par le sol et le sous-sol de l’Inde. En 2012, il s’agit de faire marcher 100 000 personnes, en premier lieu paysans et petits producteurs, pendant un an  qui convergeront à Delhi en octobre 2012, en même temps que partout ailleurs sur la planète se dérouleront des actions de solidarité. Cela afin que non seulement le gouvernement indien finisse par tenir ses promesses, mais surtout pour que soit mis à l’agenda international la question de l’accès à la terre, terres qui sont de plus en plus accaparées un peu partout (Afrique, Asie, Amérique Latine, Europe de l’Est) par de grands groupes agro-industriels et des multinationales en recherche de matières premières au détriment des populations locales. 

 

Le message vidéo d’Olivier De Schutter (rapporteur du droit à la souveraineté alimentaire à l’ONU) diffusé suite aux propos de Rajagopal, précise le constat : « La petite agriculture familiale rend de grands services mais subit la concurrence déloyale des grandes exploitations. La marche d’Ekta Parishad en 2012 a une signification universelle. Dans toutes les régions du monde, des communautés se voient exclues du droit à la terre. Or 75 à 80% des pauvres dans le monde survivent dans les zones rurales. Dans beaucoup de régions, existent des programmes de titrisation pour donner le droit de propriété aux agriculteurs, mais ils ne sont pas accompagnés des programmes de soutien nécessaires et amènent à termes à plus de concentration agraire. Il faut garantir le droit de produire dans des conditions satisfaisantes. »

 

Monsieur De Schutter y ajoute une dimension supplémentaire, celle du genre : « Les femmes sont souvent exclues du droit à la terre. Or elles sont majoritaires à produire, mais ont beaucoup de mal à accéder au crédit. Ainsi le combat d’Ekta Parishad est un combat pour les paysans ET surtout les paysannes du monde, c’est un combat pour la planète et la sauvegarde de la biodiversité. »

 

Le secrétaire général de FIAN, Flavio Valente indique qu’entre 50 et 80 millions d’hectares de terre ont jusqu’à présent été transférés de petits propriétaires à des firmes multinationales. Il s’agit d’un acte de « viol social » inacceptable.

 

Flavio Valente rappelle également l’existence de l’Appel contre l’accaparement des terres préparé au dernier Forum Social Mondial, à Dakar en 2011, appel clair pouvant montrer la voie d’une nouvelle gouvernance mondiale sur cette question du droit à la terre.

 

De nombreux autres intervenants de grande qualité interviennent ainsi tout au long du lundi après-midi : Karima Delli, notre jeune et célèbre eurodéputée Europe Ecologie Les verts, enflamme l’assemblée avec un discours de volontarisme politique très loin de la langue de bois. Certes la pauvreté n’est pas à la mode, mais il faut pourtant porter cette question fondamentale au cœur des institutions, et notamment du Parlement européen. Elle s’engage à soutenir au maximum la marche, relayer ses revendications devant le Parlement européen et venir marcher aux côtés de Rajagopal et des paysans indiens plusieurs semaines en 2012.

 

P1030852.JPG

Madiodo Niasse, directeur d’International Land Coalition, nous livre lui les leçons qu’il a retenues de Gandhi, qui lui rappelle Mandela, dans la simplicité du message face à la « dimension de l’œuvre ». D’après lui, les leçons de sagesse de Gandhi restent très pertinentes et plus que jamais d’actualité aujourd’hui.

 

Après de très enrichissants débats, un « repas culturel » nous est offert dans le centre ville de Genève : Gauri Kulkarni, chorégraphe et danseuse indienne connue, membre d’Ekta loka kala manch (la branche artistique d’Ekta Parishad) nous danse durant une petite heure les épisodes clefs de la vie du Mahatma Gandhi.

 

Le mardi 13 septembre, nous rentrons dans le cœur du sujet organisationnel, en abordant notamment le rôle à jouer de la part des ONG et des agences internationales de développement, avec notamment des représentants d’Action Aid, Action Village India (Grande Bretagne), Oxfam international, Alter Eco, etc.

 

Toutes ces organisations mènent un combat extraordinaire et nécessaire, mais c’est toujours le même soucis : leurs actions et leur budget ne pèsent pas lourds face aux Etats surtout soucieux d’investissements directs étrangers (IDE), aux multinationales prédatrices de toujours plus de ressources naturelles et aux institutions internationales comme l’OMC ou la Banque mondiale, surtout promptes à déréglementer pour toujours plus de libre échange. C’est le combat de David contre Goliath, de don Quichotte contre les moulins à vent, de Sisyphe repoussant sans cesse son rocher.

 

Il est grand temps de globaliser toutes ces luttes, ce qui est l’objet de ma courte intervention ! Et la Jan Satyagraha 2012 d’Ekta Parishad peut être un excellent outil pour réaliser cela.

 

Après dix ans de combat et de lutte, et une énorme crise financière ayant mis à genoux de grandes banques, des pays entiers et des peuples qui n’avaient rien demandé, l’idée portée par ATTAC de taxation des transactions financières se trouve aujourd’hui à l’agenda du G20. Que n’a t’on pourtant tout au long de ces années entendu tous ces faux prophètes du libéralisme effréné nous expliquer la stupidité de cette idée ! Interdire aux multinationales ou aux gouvernements de s’accaparer des terres pour permettre aux populations de pouvoir rester et vivre dignement sur leur terrain, faire primer les règles de la FAO sur celles de l’OMC, reprendre les propositions de l’appel de Dakar et les porter devant l’ONU, etc., utopie ? Les utopies d’aujourd’hui sont de plus en plus les réalités de demain, avec l’accélération du dépérissement du modèle économique dominant se heurtant de plein fouet aux règles immuables de la nature (les ressources, contrairement à l’idée stupide de croissance infinie, ne sont pas illimitées).

 

Europe Ecologie Les Verts a ainsi pleinement vocation à soutenir la démarche d’Ekta Parishad et à en prendre sa part, pour qu’en 2012, plutôt que d’un match François, Martine, Ségolène (Eva Joly ce serait mieux) contre le petit Nicolas ou l’affreuse Marine, on puisse aborder de vrais sujets concernant les Français et l’ensemble de l’humanité (rappelons qu’en France chaque année 60 000 hectares de terres disparaissent au profit de la ville et qu’il subsiste aujourd’hui à peine un million de paysans français contre dix millions en 1945. Et on n’y a pas vraiment gagné en qualité nutritionnelle).

 

Alors personnellement pour 2012, mon passeport et mes chaussures sont prêts !

 

Benjamin Joyeux

 

Pour plus d’infos, voir notamment:

 

http://www.ektaparishad.com/

 

http://www.jan-ouest-2012.fr/

 

http://www.gandhi2012.org/

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ekta_Parishad

 

 

Par Ben - Publié dans : Inde - Communauté : Media - Actualité générale
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés